Nouvelle Societe

11-07-09

282 Peut-on aider l’Afrique ?

Omar Bongo est mort et la Françafrique est bien malade. Obama est à Accra, le G8 parle de 15 puis de 20 milliards pour contrer la faim dans le monde… Tout le monde pense « Afrique ». Aujourd’hui. Qui pensera à l’Afrique dans une semaine ?

Pas la maghrébine, l’égyptienne ou celle de l’or et des diamants du Transvaal, mais celle qu’on imagine dans les cauchemars : la subsaharienne. Avec les chèvres qui broutent les dernières racines pour que le désert avance au Sahel, les Hutus et les Tutsis qui se massacrent à tour de rôle, ou ces gens du Darfour dont c’est toujours le tour d’être massacrés. L’Afrique des familles de six ou huit enfants dont la moitié périront en bas âge, celle des espaces de palu, de piat, de désordre permanent, comme la Somalie. Qui va penser à l’Afrique ?

Personne ne pensera à l’Afrique demain que ceux qui penseront en tirer quelques choses. Même les Africains préfèrent ne pas penser à l’Afrique. Ni les uns, ni les autres. Les uns, qui sont l’oligarchie des affranchis enrichis par leur service complaisant de l’ancient colonisateur – culturellement plus blanchis que Jackson n’aura jamais réussi à l’être sur sa peau – et ne s’identifiant plus du tout aux populations qu’ils dominent. Les autres, les dominés, dont le plan de carrière passe par l’émigration vers l’Europe et qui se méprisent d’être enchaînés à ce continent africain qui est leur malédiction.

Personne ne veut penser à l’Afrique. Dans le sillage de la colonisation occidentale – qui n’en a pas été vraiment une, dans le sens d’une population étrangère qui serait venu s’y établir en masse – puis de la décolonisation, qui n’a été que le passage d’un quasi-esclavage à un servage, plus rentable pour l’exploitant, des pays se sont créés en Afrique subsaharienne sans homogénéité ni cohésion. Des pays qui n’en sont pas.

Pour gérer cette Afrique de faux pays, on y a surimposé aux réalités une structure politique artificielle dont les plans ont été tracés ailleurs et dont le développement n’a d’autre but que la rentabilisation des investissements étrangers. Dans cette Afrique de pays sans cohésion ni cohérence, aucune émancipation ni progrès ne sont possibles qui seraient générés de l’intérieur, puisqu’en l’absence du sentiment d’appartenance qui naîtrait de cette cohésion aucune solidarité sincère ne peut se développer.

Attention, ne pas en conclure que l’Africain est pur égoïsme ! Au contraire, il peut être d’une loyauté exemplaire. Mais son appartenance et donc sa loyauté sont au niveau de la famille élargie, du clan, de la tribu, de l’ethnie, à des paliers où les entités politiques correspondantes qui auraient permis de tirer avantage d’une solidarité n’ont été que bien rarement constituées.

La loyauté envers un ensemble comme le Congo/Zaïre ou le Nigeria, par exemple, est une fiction. En l’absence de solidarité, la gouvernance y ressemble donc vite à l’exploitation d’un cheptel et l’administration à un système de fermage dont il n’est pas dit, mais accepté, que chacun tirera son revenu de redevances exigées des administrés. Des administré qui, quand on monte dans la hiérarchie, sont vite perçus comme d’une autre caste.

Ce qui nous apparaît de l’extérieur comme une corruption généralisée, n’en est donc en fait au sens strict, la plupart du temps, que quand c’est l’étranger qui l’introduit. Dans le cours des relations entre Africains, celui qui a le pouvoir ne quémande pas : il exige et il prend. Ce n’est donc pas tant de corruption que d’une forme d’extorsion qu’il s’agit.

Dans ce modèle, être élu est vu comme un raccourci vers l’enrichissement personnel. Il est illusoire de penser que la démocratie représentative conduira au pouvoir un régime dont le bien commun serait le véritable but. C’est un leurre, et l’Afrique subsaharienne ne peut donc aller que de mal en pis. Y mettre des milliards d’aide, comme on l’a dit souvent, n’a pour effet que de faire contribuer les pauvres des pays riches à l’enrichissement des riches des pays pauvres….

Y a-t-il une solution ? OUI, si les Africains acceptaient d’importer leur gouvernance, le temps que des solidarités nationales naissent en Afrique. Mais ils ne le veulent pas. Pas encore.

Pierre JC Allard

(Ceux qu’intéresse cette question peuvent passer ici à un texte beaucoup plus élaboré.

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11 commentaires »

  1. @pierre je vient de discuter avec un maire socialiste , et ils sont embourbés dans leur mentalités . Le pire je dirais c’est qu’en plus ils ont confiance du phénomène mais – qu’avec cynisme – il s’élude lui meme. Ridicule.

    La pensée d’avenir du socialisme est mort – en fait il n’a fonctionné, n’est arrivait au pouvoir, que lorsqu’il représentait l’avancé : le progrès.

    Il faut dire que ce maire socialiste a ces problèmes – qui je dois dire – dans lequel il s’y est mis comme le socialisme en général.

    En refusant à la fois d’avancer et de prospecter pour faire avancer. Ce qui donne une ville sans emplois avec que du tertiaire … ( ce qui dans un avenir sans pétrole équivaut à la mort ).

    Il n’empêche que mon projet de nouvelle production d’énergie l’interressa, je me demande qui ne serait pas interressé.

    Cette confrontation me fut intéressante au moins pour moi – et ma position sur le parti socialiste ( non pas que je ne suis pas pour du social dans la société ).

    Commentaire par Eric — 11-07-09 @ 4:59

  2. L’évolution de l’homme passe par son affranchissement progressif des contraintes de la nature. Disposer de plus d’énergie avec moins de travail est LA première condition matérielle d’émancipation. Le reste est en croissance exponentielle puisque chaque avancée s’appuie sur les précédentes. Mais trouver l’énergie est à de temps en temps à réinventer

    http://nouvellesociete.org/A10.html

    https://nouvellesociete.wordpress.com/ressources-naturelles/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 11-07-09 @ 7:37

  3. La dernière phrase résume tout le problème : «Y a-t-il une solution ? OUI, si les Africains acceptaient d’importer leur gouvernance, le temps que des solidarités nationales naissent en Afrique. Mais ils ne le veulent pas. Pas encore.»
    Quand les dirigeants africains cesseront de se remplir les poches, il y aura de l’espoir; en attendant, rien à faire…

    Commentaire par Garamond — 12-07-09 @ 2:39

  4. @Garamond vous simplifier le monde outre mesure – et vous avez surement du mal a comprendre le role de nos politiques – en grande partie des usa – sur ces meme pays que vous citez.

    Nous leur avons interdit de s’industrialiser, et nous leurs interdisont encore.

    Selon la pensé actuelle – qui ne se trouve pas dans les jt mais qui sont représentés par les faits…

    Il faut bien des pauvres pour qu’il y ait des riches.

    Il faut des maitres et des esclaves, et il faut des profiteurs et d’autre victime de vol organisé pour d’autres pays.

    Si vous comprenez cela on peut continuer la discussion.

    Commentaire par Eric — 12-07-09 @ 3:03

  5. @ Eric & Garamond : vos commentaires ajoutent à l’article, mais ne le contredisent pas.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 12-07-09 @ 3:44

  6. Qu’est-ce que ça veut dire « si les Africains acceptaient d’importer leur gouvernance »?

    Commentaire par Ralph — 06-09-09 @ 1:54

  7. @ Ralph: résumant un peu les conclusions du texte en lien, « importer leur gouvernance » consisterait en une délégation par les Africains de toutes les fonctions administratives de l’État à un gouvernement étranger (partenaire), pour une durée ferme, après accord sur des objectifs précis quantifiables à atteindre et en considération d’honoraires prédéterminés.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 06-09-09 @ 7:56

  8. Bonjour Messieurs,

    La solution à nos problèmes internes passent par le développement intelligent des pays africains.
    Pour faire court, je vous demande de vous connecter à mon blog : yvangavoille.unblog.fr
    dans lequel vous découvrirez un manifeste-programme  »VOULOIR C’EST POUVOIR  » qui consacre un paragraphe à ma vision du problème et à sa solution.
    Par contre, il faut impérativement ABANDONNER l’ idée  »d’ IMPORTER LA GOUVERNANCE » car il faut faire confiance aux peuples africains qui s’ élèveront d’ eux-mêmes à condition que, tout comme en France actuellement pour les laissés pour compte, nous les aidions HONNETEMENT à produire de la valeur ajoutée en exportant notre savoir faire, nos techniques afin de réaliser les infrastructures dont ils ont VRAIMENT besoin.
    A bientôt et courage.

    Commentaire par yvan gavoille — 22-11-10 @ 10:30

  9. @ YG
    Ne vous méprenez pas sur le sens de ma proposition. Je fait au moins tout aussi confiance aux peuples africains qu’aux Occidentaux. Mais la logique de la démocratie manipulés a conduit a une TOTALE corruption dont il est impossible de s’extraire sans une intervention extérieure !. Les Africains peuvent jouer les dissensions entre intérets divergents des pays riches pour se donner un moment de remise en forme. Les Occidentaux n’ont plus cette possibilité, a moins que les Martiens ou des cohortes célestes ne nous envahissent…. SI cette force extérieure existait, ma solution pour l’Occident ne serait pas si differente de celle pour l’Afrique.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 22-11-10 @ 2:08

  10. Bonsoir Monsieur,

    Nous parlons de peuples, malheureusement, nos dirigeants et plus généralement les occidentaux ont exporté dans les pays d’ Afrique 99% de leurs vices et 1% de savoir. Que l’ on ne s’ étonne pas, aujourd’hui, que les élèves surpassent leurs maîtres, ce n’ est que pure logique. Par ailleurs, l’ actualité n’ est elle pas là pour le prouver! Pas un jour sans que n’ éclate un scandale national, pas une décennie qui ne révèle une crise grave due essentiellement à la cupidité des dirigeants et à leur manque de clairvoyance chronique…et cela se passe chez nous, dans des pays modernes, civilisés…blancs quoi!
    La solution pour sortir l’ occident de sa torpeur, de son immense suffisance est bel et bien en nous et nulle part ailleurs et cela est valable pour les pays d’ Afrique.
    A bientôt – YG

    Commentaire par yvan gavoille — 23-11-10 @ 4:53

  11. @ YG

    Nous en sommes à l’acte de foi, de part et d’autre. Mon argumentaire complet est au lien ci-dessous. https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/08/31/partenariat-sauver-lafrique/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 23-11-10 @ 6:54


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