Nouvelle Societe

03-07-09

274 « Vers demain »

Cet article ne s’adresse qu’aux Québécois. En fait, aux Québécois de plus de 50 ans, car en France vous n’avez pas eu de « Créditistes ». Vous avec eu Poujade et quelques juments vertes qui ont fait un malheur, mais pas de créditistes. Dommage… J’ai écrit cet article il y a 10 ans et que je crois bien que la réalité a rejoint ma fiction.

XXX

Quand je vois le Dow-Jones franchir la barre magique des 10 000 sans ralentir et crever 11 000 en un temps record, je n’éprouve pas l’émoi triomphaliste que les prophètes du néo-libéralisme voudraient que nous ressentions. J’ai plutôt la même sainte trouille que m’inspirent certains numéros du Cirque du Soleil, ceux où il semble inéluctable que, tôt ou tard, quelqu’un se casse la gueule. J’ai la trouille, mais je me souviens aussi avec une certaine nostalgie de Réal Caouette, des Créditistes et des Bérets blancs.

Je me souviens d’une époque où des gens simples disaient, en leur propres mots, que l’argent n’était qu’un outil, que les banques étaient des opérations de brigandages institutionnalisées et qu’on ne s’en porterait que mieux si l’État distribuait chaque mois aux citoyens un “dividende” social qui constituerait pour chacun sa juste part de l’enrichissement national.

Parce que ceux qui le disaient n’utilisaient pas le vocabulaire des économistes en titre, on ne se privait pas de se moquer de “la piasse à Caouette” et il était de bon ton de sourire quand quiconque parlait du Crédit Social ou du Ralliement des Créditistes. On souriait, ce qui évitait d’engager le débat. Et quand le journal “Vers demain” répétait ad nauseam les mêmes thèmes, les rieurs avaient beau jeu pour souligner qu’il n’apportait rien de nouveau.

Une génération plus tard – et les Bérets blancs, pour autant que je sache, étant passés à l’histoire – il n’est pas sans intérêt de constater aujourd’hui qu’il n’y a sans doute pas de meilleur mot que “créditiste” pour qualifier le mode de gestion que tous les gouvernements depuis Trudeau ont appliqué au Canada… et les autres gouvernements modernes à leurs États respectifs. La monnaie, dégagée de la contrainte que lui imposait sa relation avec l’or, est bien devenue un outil et, comme le disait le vieux slogan des Créditistes, on a rendu “financièrement possible tout ce qui est techniquement réalisable”. Demain est arrivé.

Nous vivons dans un régime “créditiste”. Évidemment, on n’a pas tout pris du “crédit social”. On a pris le crédit mais on a négligé le social, de sorte que le “dividende” n’a pas été distribué à la population pour soutenir le pouvoir d’achat et faire tourner l’économie; le “dividende” – la plus-value, année après année du progrès technologique – est resté sagement dans le giron des nantis et s’est soldé par une hausse météorique de la valeur des actions en bourse.

Parce que l’argent est resté dans la bourse des riches, il n’y a pas eu cette inflation des prix à la consommation dont nous menaçaient jadis les détracteurs de la “piasse à Caouette”, une inflation qui, d’ailleurs, intelligemment contrôlée, aurait été une bénédiction. Il n’y a eu qu’une explosion de la valeur des titres boursiers. Une enflure exorbitante, démesurée de la richesse virtuelle qui ne représente aucune réalité puisque notre niveau de vie réel, en dollars constants, n’a pas bougé depuis 17 ans alors que le Dow-Jones, depuis 1982, est passé de 750 à 11 000, multipliant sa valeur nominale par 14 !

Pour comprendre toute l’absurdité de cette richesse “virtuelle” que représente un Dow Jones à 11 000, il faut revenir à un langage simple collé à la réalité, le langage qu’auraient adoré les vieux Créditistes. Ça vaut quoi, pour vrai, une action en Bourse?. L’action d’une compagnie en Bourse, vaut l’espérance du profit à réaliser en vendant aux gens les produits de cette compagnie. Si les gens n’on pas plus d’argent qu’il y a 17 ans, on ne peut pas faire plus d’argent qu’il y a 17 ans à leur vendre quoi que ce soit. Une compagnie peut valoir plus, une autre moins mais, en moyenne – ce que tentent de représenter les indices comme le Dow Jones ou Standard & Poor – les actions en Bourse (sauf en fonction de l’accroissement démographique) ne valent pas vraiment plus aujourd’hui qu’il y a 17 ans. La hausse de valeur des actions en bourse est une pure construction mentale.

La réalité, c’est que le régime “créditiste-capitaliste” des trois dernières décennies a créé une situation non seulement plus injuste, mais infiniment plus dangereuse que celle qu’aurait créée un “crédit social”, puisque l’inflation progressive qui aurait résulté de la distribution d’un dividende social aurait pu être progressivement corrigée, alors que la bulle fragile de la valeur boursière illusoire qu’on nous propose comme base de la richesse peut nous éclater au visage à tout moment, donnant un sens nouveau et terrifiant à ce “vers demain” que les Créditistes naïfs de la génération passée proposaient comme un message d’espoir.

Pierre JC Allard

P.S Nous sommes au surlendemain….

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5 commentaires »

  1. Bonjour Pierre,
    Ça fait des mois que j’attends… J’ai eu une idée semblable: traiter de Réal Caouette et du «crédit-social». Lien: argent virtuel.
    Là, vous êtes l’homme de la situation…
    Vous parlez de la «piasse» à Caouette. Je vais rappeler au lecteur qu’on a même imprimé de ces «dollars» pour faire peur aux gens lors d’une élection. Un peu comme la «propagande» anti-Ignatieff à la télé.
    Ça frappait. Je les ai vus…. Dommage de n’en avoir pas gardé…Une pièce de collection.
    Il faut dire que mon père, peu instruit, pauvre, aimait bien cet orateur qui martelait à la Hitler son discours. Et souvent avec bon sens… Ceux qui se moquaient de lui étaient probablement des économistes très «pragmatiques». Illusoire que d’imprimer de l’argent…
    Illusoire, en effet. Mais, au moins, on peut tâter le papier.
    P.S. On vient de voir disparaître 16Millions en or des voûtes de notre Banque du Canada,je ne sais trop…
    On a d’abord cru à une erreur comptable. C’Est la première fois que j’entends parler qu’un «pays» se fait dévaliser… de l’extérieur 🙂
    Bonne journée!

    Commentaire par gaetanpelletier — 03-07-09 @ 5:27

  2. Bonjour Pierre,
    J’ai retrouvé une image de la piasse à Caoouette…

    «Refusera au porteur sur demande»…

    Commentaire par gaetanpelletier — 03-07-09 @ 5:41

  3. @ GP: « J’ai eu une idée semblable: traiter de Réal Caouette et du «crédit-social». Lien: argent virtuel. » Et maintetant vous avec même l’illustration… Pourquoi ne pas faire benéficier les 7 d’un article sur ce sujet que je n’ai qu’effleuré ?

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 04-07-09 @ 12:53

  4. Je suis en train de le faire… Je ne maîtrise pas bien «l’économie». Je crains de «tituber» 🙂
    C’est en titubant qu’on finit par marcher…
    Quant à la bourse, c’est la chose la plus mystérieuse et incompréhensible pour moi. Je ne suis pas capable de relier aucun de ces «indices» à une réalité tangible. J’ai déjà donné un cours sur Comment gérer son argent. Il y avait un chapitre sur la bourse. Je me le suis fait explique par mon épouse…
    Un mur… Pas l’épouse, la bourse.
    Vais essayer de me trouver LA BOURSE POUR LES NULS…
    Bonne journée!

    Commentaire par gaetanpelletier — 04-07-09 @ 11:14

  5. @ GP: 🙂

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 05-07-09 @ 2:50


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