Nouvelle Societe

02-07-09

273 Se fédérer, est-ce si bête ?

Chaque année, comme le Premier de l’An suit Noël, la fête du Canada suit celle du Québec, apportant un deuxième long week-end et permettant un sondage par les faits des opinions des Québécois. Malgré des hauts et des bas, la Saint-Jean reste le plus populaire des deux événements. Au Québec francophone, on est indiscutablement, en grande majorité, Québécois d’abord et (parfois) Canadien ensuite.

Bon, et alors ? Est-ce que cet attachement au Québec interdit de penser que, dans le contexte géopolitique actuel, l’appartenance à une confédération canadienne puisse être néanmoins, la meilleure option pour le Québec ? Nous avons deux nations qui ont indubitablement des valeurs communes et qui doivent vivre en relation constante avec le géant USA; n’ont-elles pas intérêt à mettre en commun leurs efforts et à harmoniser leurs politiques ?

Supposons que le Québec eut été indépendant depuis 1763, ou depuis 1931, est-ce qu’on ne serait pas, aujourd’hui même, à proposer une confédération canadienne ? Si nous étions séparés, n’y a-t-il pas des principes sur lesquels nous savons que nous sommes d’accord et donc des choses que voudrions convenir de faire en commun ? Quelles sont ces choses ?

D’abord, illusions et prétentions mises à part, nous savons que, pour l’avenir prévisible, notre politique internationale sera celle des USA et qu’il ne peut en être autrement. Nous savons aussi que notre politique financière et monétaire sera celle du Fonds Monétaire International et que nous en suivrons les directives… comme le font tous les autres pays du monde à qui le Fonds se donne la peine d’en donner. Faut il se mettre à deux pour aller prêter ces allégeances ? Une confédération canadienne peut s’en charger. Ensuite, si dans l’espace économique déjà bien poreux que constitue l’ensemble canadien au sein de l’Alena, des rapports économiques privilégiés peuvent être maintenus, n’est-il pas bon qu’existe un arbitrage ?

Si existaient aujourd’hui au nord des USA, deux ou plusieurs pays, il semblerait bien opportun qu’ils confient tous à une instance confédérale des responsabilités touchant la monnaie, les politiques financières, la défense, les relations internationales et le commerce interprovincial… Peut-être conviendrait-il, aussi, qu’ils affirment haut et fort leur volonté commune de maintenir la gratuité en matière de santé et d’éducation, ainsi que des normes de sécurité sociale, se garantissant un “espace de compassion” de taille suffisante face à la menace du désert social que sont les Etats-Unis.

Si le Canada n’existait pas, il faudrait l’inventer… Avec une répartition différente des pouvoirs entre Ottawa et Québec, peut-être, mais on comprend que c’est une autre question. À la première question qui est de se fédérer, la réponse serait sans doute oui. Oui, si on laissait la porte ouverte à une distribution négociée des pouvoirs que le simple logique des faits se chargerait d’imposer sans peine.

C’est cette porte, que le système actuel fait tout pour fermer. Quand on interroge la population québécoise sur son désir d’appartenance au Canada, on triche sans cesse, en présentant le statu quo de la distribution des pouvoirs comme la seule base de discussions. Cette attitude est bien révélatrice de la sordide manipulation qui est en marche depuis des décennies pour garder la « question nationale » au coeur du débat politique au Québec et voir à ce qu’elle ne soit jamais résolue.

Pourquoi le système ne veut-il pas que nous sortions de cette discussion ad nauseam d’une « indépendance » qui, dans le monde actuel, ne peut être, pour nous comme pour les autres nations, que la précision des conditions d’une universelle interdépendance ? Parce que cette discussion nous met les oeillères qu’on veut que nous portions.

Le système ne veut pas que nous discutions des choses vraiment importantes, comme la place du français au Québec, le partage des responsabilités entre le secteur privé et le secteur public, la politique de développement de nos ressources – commençant par celui de nos ressources humaines ! – et, bien sur, les mesures qui permettraient de réduire l’écart entre pauvres et riches et de créer une société plus juste.

Le système préfère nous garder dans une dichotomie simpliste entre « séparatistes » et « fédérastes », échangeant des invectives au lieu de nous émanciper de notre véritable dépendance; celle qui nous asservit à des patrons économique désuets et à une fausse démocratie inefficace et corrompue.

Il ne serait pas bête que ceux d’entre nous qui voulons des changements, au Québec comme dans le reste du Canada, fédérions nos efforts pour échapper à cette manipulation du grand capital et proposer une confédération canadienne conforme à la volonté populaire.

Pierre JC Allard

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