Nouvelle Societe

01-06-09

Gauche, droite… libertaire ?

Il y aura bientôt 12 ans que j’écris sur Internet des textes qu’on a un jour décidé d’appeler des blogues. Plus d’un millier de textes parlant de politique, décrivant l’avènement d’une « Nouvelle Société » plus juste. Comme au départ on disait de gauche tout ce qui prônait plus de justice, je me suis vite dit de gauche.

Deux fois candidats pour le Nouveau Parti Démocratique  –  parti centriste selon les critères universels, mais à gauche de l’échiquier politique canadien –  personne ni moi, n’avons plus jamais douté de mon allégeance. Jusqu’à ce que l’on me souligne des divergences entre mes prises de positions et la Gauche orthodoxe.

Par exemple, j’ai un grand respect pour l’ordre.  Pas l’ordre établi, mais un ordre juste, qui reste à établir; quand elle semble s’opposer à la clémence envers les coupables, ma priorité va à la défense des innocents.  De même, quand il apparait que trop de remises en questions  peuvent mener à l’inaction, ma priorité va à l’efficacité.  Suis-je vraiment à gauche ?

J’ai aussi beaucoup de respect pour les appartenances identitaires, avec  un refus des brassages de cultures imposés par la pauvreté ou les impératifs stratégiques.  Ce respect des cultures me rend bien à l’aise au sein de la gauche quand je dénonce férocement l’impérialisme occidental au tiers-monde,  les incursions militaires qu’on y entreprend et quand je soutiens que le mondialisme est une sordide arnaque.

Je m’y sens moins à ma place, toutefois, quand le même respect des cultures m’amène à souhaiter qu’on ne se mêle des affaires des autres que s’ils nous invitent à le faire. Encore moins quand  le respect de NOTRE culture me fait dénoncer l’immigration et que je dis que c’est chez eux et non chez-nous qu’il faut aider les autres. Je me retrouve alors souvent avec une Droite que d’habitude je ne fréquente pas.

Je fais aussi froncer les sourcils de mes camarades de la gauche, lorsque je dis que la redistribution de la richesse ne doit pas conduire à une parfaite égalité, sous peine de réduire dangereusement la motivation dont nous avons besoin pour progresser, mais à une société tendanciellement égalitaire, dont la misère est supprimée, mais où subsistent les inégalités qui récompensent l’effort et qui répondent aux exigences éthiques de la justice commutative.

Je reçois de même, parfois, des oeillades assassines de la gauche tout autant que de la droite, quand  je dis que le véritable clivage, quand on pense à bâtir une nouvelle société, n’est plus entre travailleurs et patrons, mais entre d’une part un capitalisme élitiste s’appuyant sur l’assistanat  et, d’autre part, un entrepreneuriat auquel la créativité et l’initiative inhérentes à une société complexe font désormais accéder tous les travailleurs. 

Pour coiffer le tout,  mon coeur est-il bien à gauche, si je crois que l’ultime objectif social du citoyen  n’est pas son enrichissement – qui n’est qu’une condition préalable nécessaire -mais le pouvoir que lui donne cet enrichissement pour affirmer sa liberté et se réaliser comme individu ?  Avec tous ces petits travers, puis-je néanmoins me dire un homme de gauche ?

Je l’espère, car ayant une position ferme pour l’intervention de l’État et soutenant la nécessité d’une redistribution massive  de la richesse, je suis inacceptable à droite.  Ou suis-je ? Qui suis-je ?  Étais-je un libertarien qui s’ignore ?  J’ai consulté les défenseurs du dogme et l’on m’a vite détrompé…

Pourtant, m’interrogeant moi-même, j’en ai conclu que je l’étais à moitié, car la Nouvelle Société que je souhaite est à deux paliers. A la base, un palier qui correspond  à cette division du travail que permet la vie en société et qui nous enrichit.  À ce palier, il faut  reconnaître notre interdépendance et promouvoir la solidarité. Il faut mettre en commun. Il faut accepter l’État et c’est le domaine de la démocratie. 

Sur ce basilaire, cependant,  un deuxiéme palier se construit, au rythme de notre enrichissement collectif, où notre individualité  et notre désir de liberté doivent prévaloir.  Ce désir de liberté est légitime. Être de gauche, à mon avis, ce n’est pas s’opposer à la construction de ce piano nobile libertaire dont chacun aménagera sa parcelle à son goût.   C’est s’assurer qu’est construite prioritairement la base collective qui garantit la dignité  de chacun et le bien être de tous, à la mesure des moyens que nous fournit notre société  d’abondance et de la volonté de partage que détermine le consensus social.   En bas, il faut que ce soit tous pour un. À l’étage, vive l’individu et sa liberté !

Pierre JC Allard

3 commentaires »

  1. J’ai réfléchit un peu avant de commenter votre billet. Je me souviens plus si je vous ai déjà répondu à ce sujet.

    En arrivant au Québec de la France, j’ai découvert un autre clivage que gauche-droite avec souverainiste-fédéraliste. J’avais perdu mes repères de ma culture politique. Depuis j’ai réfléchit et je n’utilise plus ces mots pour définir une position politique. J’utilise plutôt 2 axes, autoritaire-libertaire et social-économie. Ca nous donne quatre combinaisons possibles plutôt que 2. D’ailleurs sur FaceBook, il y a un test The Political compass qui vous indique un peu cela. Je suis dans le carré vert (social et libertaire) ce qui correspond plutôt au parti NPD ou un courant social au PLC. J’ai opté finalement pour le parti Libéral pour « l’orienter » comme modeste militant un peu plus vers le social. L’économie a besoin d’un social en bonne santé. Il faut trouver une bonne synergie plutôt que les opposer.

    J’apprécie les libertés individuelles davantage depuis que je suis au Québec. En France, il y a une dérive autoritaire et intollérante assez inquiétante. Plutôt que l’ordre, je suis pour la paix et la raison. L’ordre « juste » pour qui et écrit par qui ? La sécurité publique est une nécessité mais il faut qu’elle reste à sa place et ne se mèle pas d’affaires trop privées. L’équilibre est délicat entre sécurité publique et liberté individuelle. On voit bien les dérives aux USA et dans une moindre mesure en France.

    Commentaire par Paul de Montreal — 02-06-09 @ 7:17

  2. Je précise, dérives aux USA sous la présidence de Bush Junior avec entre autres le Patriot Act et le terrorisme comme justification des mesures liberticides.

    Commentaire par Paul de Montreal — 02-06-09 @ 7:26

  3. Cette division selon deux (2) axes était populaire dans les années « 70. Je ne me souviens pas du nom de ce modèle, mais je vous le donne dès que ca me revient. Je pense que, personnellement, je me situe quelque part au « nord-ouest » de votre position, si on peut dire: plus socialement autoritaire et économiquement égalitaire, mais uniquement à ce que j’appelle le basilaire, le palier ou nous sommes interdépendants. Quand on arrive au palier des décisions strictement individuelles, je suis TOTALEMENT libertaire. Voyez ce que j’en disait en 1992, dans le livre « Monde ordinaire, c’est à ton tour…  »

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/20-lemancipation/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 02-06-09 @ 10:37


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