Nouvelle Societe

25-05-09

Munyaneza, le Rwanda… et la France

La Cour Supérieure du Québec à Montréal vient de condamner Désiré Munyaneza pour son role dans le genocide de 1994 au Rwanda qui a fait au moins 500 000 et plus probablement 800 000 victimes en trois mois. Réalisé avec des moyens de fortune, mais beaucoup de diligence et un grand entousiasme populaire chez les Hutus, ce genocide, en ne se laissant pas distraire par le problème de la disposition des cadavres, a réussi à massacrer ses victims plus vite qu’on n’avait pu le faire meme à Auschwitz, atteignant ainsi le sommet absolu de l’horreur en ce siècle, sinon pour tous les temps.

Munyaneza était le chef d’un groupe de miliciens Interhamwe (Hutus) dans la region de Butare, ayant commis des dizaines de viols et de meurtres de Tutsis. Sa condamnation est un signe bienvenu que le monde s’interesse enfin à punir les coupables. Au Canada, cette decision contre Munyaneza est importante, car c’est la première condamnation en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre qui, depuis 2000, permet à la justice canadienne de juger tout suspect d’actes commis à l’étranger, mais retrouvé au Canada. Le jugement fera jurisprudence au Canada, mais, le plus important, toutefois, ce sont les effets qu’il aura à l’étranger et particulièrement en France.

Les Occidentaux, en effet, ne sont pa à l’abri de toute critique en cette affaire… D’abord, la rivalité entre Tutsis et Hutus existait dejà depuis longtemps, mais elle a été exacerbée, au cours de la période de colonisation belge, par le favoritisme officiel des autorités belges en faveur des Tutsis, considérés comme “racialement supérieurs” aux Hutus, ainsi que le permettaient les theories prévalentes à l’époque. Ce préjugé colonial en faveur des Tutsis est une réalité que personne ne conteste.

Ce qui ne fait pas consensus, toutefois, c’est un autre favoritisme au moment même des massacres, dont c’est la France qui est soupconnée et dont ce sont cette fois les Hutus qui auraient bénéficié. Un favoritisme qui expliquerait les zones d’ombre qui persistent concernant le role des organisations internationales durant les massacres, et auquel un autre Canadien, le general Dallaire, aujourd’hui sénateur, a déjà fait allusion.

Alors que le massacre des Tutsis par les Hutus se poursuit et atteint rapidement ses objectifs, en effet, deux forces militaries étrangères sont présentes au Rwanda. Celle des Nations Unies (MINUAR) et une autre dénommée Turquoise dont la France a le contrôle. Ce que ces deux forces ont fait – et surtout n’ont pas fait – lors du génocide – n’a pas été parfaitement élucidé.

Il est admis de tous qu’une guerre civile se déroulait alors au Rwanda, avec ses périodes de virulence et de latence, et que, dans cette guerre, c’est le gouvernement Hutu qui avait la sympathie de la France alors que les rebelles Tutsis avaient celle d’autres pays étrangers dont l’Uganda. Dans quelle mesure ces sympathies – et les intérêts qu’elles recouvraient – ont elle eu un impact sur les activités des intervenants, dont au premier chef celles de l’Operation Turquoise ?

Bien des gens en France s’interrogent et des enquêtes ont été lancées pour faire jaillir la vérité. Il n’est pas impossible que le jugement Munyaneza au Canada stimule la pousuite de ces enquêtes dont les conclusions auront des consequences sur l’opinion publique en France…et ses choix politiques.

Pierre JC Allard

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