Nouvelle Societe

17-04-09

L’approche fractale

Filed under: Actualité,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:02

L’État a toujours une responsabilité implicite de gérance de l’enrichissement collectif et donc de la production. Quand la société permet la création d’une entreprise, elle lui confie en fait la responsabilité de satisfaire un besoin des sociétaires que la collectivité, autrement, devrait prendre sur elle-même de satisfaire. Elle lui laisse le choix des moyens et consent à ce que sa rémunération dépende des résultats qu’elle obtient et donc de son efficacité….

Pour réunir et gérer efficacement des compétences qui se ramifient ad infinitum dans le système de production qui découle de l’abondance, il faut diffuser plus largement l’obligation de synthèse et la fonction de gérance qui définissent la notion d’entreprise elle-même. Il n’y a pas meilleure façon de le faire que la sous-traitance, laquelle peut reproduire à tous les niveaux le modèle qui prévaut à celui de l’économie tout entière.

Sous-traiter, pour une entreprise, c’est retransmettre en aval la responsabilité d’atteindre un objectif précis que la société lui a confié. Elle le fait  en déléguant à une entité distincte le choix des moyens, faisant dépendre les  profits de celle-ci de ses résultats et donc de son efficacité.  On voit que c’est l’application, à un autre palier, du même processus qui a permis que se développe une économie entrepreneuriale.   C’est reproduire au sein de chaque partie de la structure le schéma organisationnel qui a fait ses preuves pour l’ensemble, puisque c’est la même problématique qui y prévaut.  C’est une approche fractale, à la Mandelbrot.

Pour une société qui veut non seulement demeurer entrepreneuriale, mais le devenir davantage, la sous-traitance est la voie logique à suivre pour répondre à la complexification exponentielle de sa structure de production : il faut que la responsabilité de produire et la motivation du profit rejoignent en profondeur d’autres paliers et jusqu’aux plus petits éléments de cette structure de production.

Comment s’amorcera ce processus ? Des groupes de travailleurs au sein de l’entreprise seront incités à se constituer en équipe et se verront sous-traiter un objectif de production en considération d’un prix ferme.  Ils pourront travailler au sein de l’entreprise, qui leur fournira les matières premières, et avec l’équipement de celle-ci dont le coût d’amortissement aura été prévu dans les conditions du contrat.  Ils seront autonomes.

Ce sera un premier pas, mais le contrat ferme qu’ils auront signé avec leur ex-employeur cautionnera leur crédibilité auprès des fournisseurs et des banquiers et, en temps opportun, ils pourront  assumer la responsabilité de leurs achats et de leurs équipements.  Il deviendra alors logique – et avantageux pour tous – qu’ils deviennent eux-mêmes une entité corporative, sous-traitante de la corporation initiale.  Ils pourront accorder à cette dernière  l’exclusivité de leurs services, mais dans la mesure seulement où ils en auront convenu et la lui auront consentie ; cette exclusivité ne se présumera pas et sera rarement absolue.

L’équipe des travailleurs autonomes  serra devenue une compagnie et assumera toutes les responsabilités d’une compagnie. Elle pourra même déplacer ses pénates. Peut-on dire des membres de cette équipe devenue compagnie qu’ils sont vraiment des travailleurs autonomes ? Oui, dans la mesure ou leur rémunération n’est plus un salaire, mais consiste en une participation aux profits de l’entreprise sous-traitante. LEUR entreprise.

Il pourra se développer des inégalités au sein de cette nouvelle compagnie, certains travailleurs devenant de quasi-patrons et d’autres de quasi employés ou même des salariés !   La compagnie qui dérivera dans cette direction, toutefois, fera face aux mêmes problèmes de motivation que la compagnie-mère initiale… et réagira de la même façon. Certains professionnels y deviendront plus autonomes et évolueront vers un rôle de consultants, alors que les travailleurs dont la production est le résultat d’une action conjointe tendront à s’y constituer en équipes qui s’émanciperont à leur tour, pour remettre sans cesse la rémunération du travail en rapport étroit  avec l’utilité du travail de chacun.

Ce processus d’essaimage ne cesse et l’équilibre ne devient stable, que quand chaque travailleur du système peut gagner plus en travaillant plus… et ne peut espérer gagner plus en travaillant seul ou dans une structure plus restreinte.  C’est vers cet équilibre que tend le système, dans une structure de complémentarité où le rôle de chacun est indispensable et où la garantie d’un revenu qui n’est pas une pitance – mais une juste évaluation de sa valeur professionnelle qui ne fluctue pas selon les aléas du marché ! – met chaque travailleur en position de force pour exiger son dû.

La structure de production globale tend donc à devenir un agencement de « structures participatives » – ici dans le sens littéral du terme – à l’intérieur de chacune desquelles prévalent la compétence pour les décisions et l’équité pour le partage des revenus. Cette structure globale de l’industrie n’exige pas qu’on l’impose, seulement qu’on la laisse naître

Les avantages de gérer en participation et de produire au sein d’une entité de taille humaine – en fait, de taille « familiale » – sont tels, qu’il faut envisager une structure de production presque totalement par paliers. Dans cette structure globale, l’équipe de travail qui se forme puis devient  compagnie peut naître à tout niveau.  Ce n’est pas normalement une corporation géante qu’elle aura pour cliente,  mais plutôt une entité bien plus petite, elle-même née d’une autre… et cette dernière sous-traitante  d’une autre également… et ainsi de suite, jusqu’au palier d’une ex-division, déjà énorme, d’une de nos compagnies géantes actuelles dont elle se sera scindée.

Ce processus de constitution en équipes de travail et d’incorporation visant à la sous-traitance peut être appliqué avec profit à autant de paliers qu’il en est où le résultat est clairement identifiable et où la valeur ajoutée dépend de la motivation, de la qualité et de la quantité du travail effectué.  On le fera et c’est ce qui maintiendra la motivation essentielle à l’efficacité et au profit.

La structure de production devient ainsi fractale. Elle est une collection de mini-entreprises dont chacune a son plan, son équipement, sa structure interne, mais toutes structurée selon le même modèle d’entrepreneuriat participatif.  On a une structure gigogne, dont les modules tendent vers une même taille qui apparaît optimale.  La taille où l’on se connaît et l’on se parle, conscients d’être indispensables les uns aux autres.

Parler de « mini » entreprise » se réfère à la volonté de garder à cette échelle humaine le nombre de participants actifs, pas à l’importance de l’entreprise, ni à la richesse dont elle dispose, pas plus que la taille d’un Conseil d’Administration d’aujourd’hui n’est révélatrice de l’importance des décisions qu’il prend….  Une équipe collée aux ateliers et devenue entreprise pourra ne gérer que quelques milliers d’euros, une autre au faîte de la pyramide, pourra en gérer des dizaines de milliards.  Mais le  modèle sera le même. On aura une structure modulaire.

Pierre JC Allard

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