Nouvelle Societe

15-04-09

Au bercail ou ailleurs

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:08

En pratique, on lui garantit un emploi et un revenu de salaire au moins égal à celui qu’il avait au moment de sa mise à pied. S’il veut travailler comme travailleur autonome et peut en tirer de meilleures conditions, à la bonne heure, considérons le problème comme résolu. S’il ne cherche pas ou ne réussit pas à se créer une niche, cependant, le « Bureau du Travail » lui trouve une affectation. Quelle sera cette affectation ? Il y a deux (2) scénarios.

Le premier scénario, c’est que son ex-employeur cherche à remplir, plus ou moins remanié, le poste que Dupont occupait. L’affectation des travailleurs étant faite selon les similitudes entre leurs compétences et les exigences des offres d’emploi, c’est sans doute vers son ancien poste que Dupont sera d’abord orienté et, si son travail était satisfaisant, il est probable qu’on le lui confie. Il se retrouve donc là où il était, mais y travaillant moins d’heures pour un même salaire – la différence étant couverte par l’État – et avec, en plus, la possibilité d’arrondir ses fins de mois grâce à un travail autonome en parallèle à son emploi. Il a évidemment gagné au change.

Bien possible que l’ex-employeur s’aperçoive alors que son ex-salarié lui en donne plus que tout autre travailleur que pourrait lui suggérer le Bureau du Travail et qui ne se sera pas frotté, lui, durant des mois ou des années, au contexte et aux manières de faire de son entreprise. L’employeur qui a réussi à se libérer de son travailleur salarié découvrira peut-être qu’il y avait VRAIMENT une plus-value dans cette compétence maison que ce travailleur avait acquise dans son entreprise…

L’entrepreneur ne peut-il pas optimiser ses coûts en ne cherchant pas à embaucher un autre salarié, mais en offrant plutôt à quelqu’un un contrat comme artisan autonome ? À Dupont, par exemple… ? Tout dépend de ses besoins. S’il ne requiert le travail de Dupont que pour si peu d’heures que celui-ci peut accepter cette proposition pour en tirer un revenu d’appoint comme travailleur autonome en parallèle à un autre emploi qui lui méritera son salaire garanti, l’employeur aura les services de Dupont au prix dont ils conviendront et qui pourra être avantageux pour l’employeur… et aussi pour Dupont, bien sûr.

Si, toutefois, l’employeur veut les services de Dupont comme travailleur autonome pour un nombre d’heures qui rend impossible à ce dernier d’occuper un autre emploi à plein temps, il devra lui offrir une rémunération horaire supérieure à ce qu’il lui payait auparavant comme salarié. Dupont ne renoncera naturellement pas au salaire garanti qu’il touche maintenant et qui, pour moins de travail, est égal à son salaire antérieur, si le travail autonome qu’on lui offre ne lui rapporte pas plus !

Même si la mise à pied de Dupont, travailleur possédant sa seule compétence maison, crée des bouleversements qu’on préférerait éviter, on s’aperçoit que, dans ce cas de figure où il revient au bercail, à plein temps ou à temps partiel, tout le monde aura gagné au changement. Le travailleur touchera plus et l’entreprise ne payera plus que pour les services dont elle a vraiment besoin, ce qui est la voie vers une production efficace.

Évidemment, si les deux parties y gagnent, quelqu’un doit payer la note. C’est l’État qui prend l’ardoise, par la compensation à l’entreprise pour l’augmentation du salaire horaire qui découle du salaire partagé et de la réduction concomitante des temps de travail. Évidemment, si nous tous, comme contribuables acceptons cette charge, c’est que le consensus social aura jugé que l’augmentation de productivité et de la qualité des services rendus dont nous bénéficions comme consommateurs aura justifié cet engagement de la collectivité.

Le deuxième scénario est que son ex-employeur a rationalisé son entreprise et n’a vraiment plus besoin de Dupont. Ce dernier sera alors assigné à un autre poste, sans doute non qualifié, mais il touchera néanmoins le salaire qu’il touchait auparavant et qui correspondait à la compétence de fait qu’on lui attribuait. Son retour à l’autonomie ne le pénalisera pas. À terme, trois facteurs vont résoudre le problème des travailleurs à compétences–maison.

D’abord, leur nombre diminuera par attrition. Les nouveaux travailleurs arriveront tous désormais sur le marché du travail avec une qualification formelle, tandis que des possibilités presque infinies de formation permettront aux travailleurs en place d’acquérir une compétence identifiable et plus avantageuse. Ensuite, une analyse plus raffinée permettra la reconnaissance formelle de tout ou partie de leur compétence et permettra du même coup qu’une distinction et un différentiel salarial s’établissent entre cette compétence aujourd’hui mal définie qu’ils possèdent et une simple absence de compétence. Enfin, leur compétence s’élargissant ou se précisant selon les besoins, beaucoup de ces travailleurs, atteindront le degré de polyvalence qui optimisera leur marché. Ils trouveront avantageux de travailler uniquement comme autonomes.

Le passage à l’autonomie apporte une meilleure motivation, une productivité accrue et une meilleure adaptation du travail fourni à la demande pour ce que ce travail produit. Un meilleur partage, aussi, de la plus-value découlant de cette productivité accrue. Partage, d’abord, entre les travailleurs devenus autonomes et les entreprises, mais le nombre des fournisseurs de chaque service va s’optimiser – au vu des désirs de la clientèle, exprimés par la décision des clients d’en payer le prix – et c’est à une meilleure qualité de services que va ultimement conduire une production rationalisée.

La situation du travailleur licencié par un employeur ne sera donc pas catastrophique. L’employeur qui licencie un employé qui ne lui est plus utile retourne simplement à la collectivité une ressource dont la collectivité devra faire le meilleur usage possible, sans brimer la liberté du travailleur, mais sans subordonner non plus l’intérêt de tous à ses habitudes. Le travailleur salarié qui est rendu à l’autonomie est invité à se rendre utile et à en tirer un revenu. S’il n’y parvient pas, il reçoit le revenu qu’on considère son droit acquis et le Bureau du Travail lui indique comment fournir l’apport en compétence qui doit en être la juste contrepartie.

Pierre JC Allard

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