Nouvelle Societe

13-04-09

Les réticents

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:02

Supprimer le travail inutile est la partie facile du passage à l’autonomie. Le vrai défi, c’est de réaménager le travail utile pour qu’il le soit davantage. C’est ce que ne permet pas le système de salariat. Pour garantir la sécurité financière du travailleur, on a mis en place une structure rigide de droits acquis et d’exigences légalistes reposant sur des ententes qui se veulent aussi à long terme que possible, alors que la production dont nous avons besoin – qui est surtout désormais une production de services – n’est possible que dans une structure fluide, avec des ententes souples pour répondre à des exigences changeantes. On ne doit reconnaître qu’un seul droit acquis au travailleur : celui de son revenu garanti, conforme à sa qualification.

La production n’est optimisée que si les travailleurs sont parfaitement mobiles et leurs fonctions malléables. La rémunération du travailleur doit tenir compte de cette exigence de parfaite plasticité ; le prix peut en être négocié, mais l’exigence même, non. Rendre les travailleurs autonomes ne veut donc pas dire nécessairement s’en dispenser; souvent, c’est seulement leur statut qu’il faut changer, pour que dans le respect des ententes contractuelles auxquelles ils auront consenti, leurs fonctions puissent être modifiées facilement par quiconque exécute le travail.

L’autonomie n’est pas le refus d’obéir à des règles, mais la liberté de choisir à quelles conditions on le fera, le refus n’en étant que le cas limite, rare et fondamentalement improductif. Le travailleur qui n’est lié à un employeur que par une entente contractuelle à durée fixe dont il a déterminé lui-même les conditions est un travailleur autonome. Son employeur est l’acheteur de ses services : son client.

Avec les contraintes qu’impose l‘État et les concordats avec les syndicats, peut-on sérieusement prétendre que la main-d’oeuvre qu’utilise aujourd’hui une entreprise soit toujours le reflet exact de ce que l’entrepreneur voudrait qu’elle soit ? On en est loin ! Or, une société n’est vraiment entrepreneuriale que si l’on n’impose pas à l’entrepreneur ces contraintes ; dans les conditions actuelles, on ne peut pas juger de l’efficacité d’aucun entrepreneur, ni de celle du système lui-même.

On doit rétablir pour l’entrepreneur un droit de gérance beaucoup plus ample – et c’est l’une des faces de la médaille autonomie – mais comment rendre une masse de travailleurs autonomes et les mettre à la bonne place sans compromettre les principes d’une société de droit et d’équité et dans le respect des droits acquis, particulièrement, ceux des plus faibles ?

Ne pensons pas que les entreprises vont simplement congédier tous leurs employés et ne réembaucher que ceux dont elles ont besoin. Cette approche de confrontation serait vexatoire et, de toute façon, ce ne sont pas les postes qu’on aurait ainsi rendus vacants qu’il faudrait combler par des travailleurs autonomes. Ce sont d’autres postes qui naîtront alors, dont on ne pourra faire la description et comprendre les exigences que lorsque aura été mise en place la nouvelle structure.

Or, pas plus qu’on ne peut qu’arrêter la Terre de tourner, on ne peut mettre le système de production hors service le temps d’y effectuer des réparations. Il va falloir procéder progressivement et de façon consensuelle, utilisant l’argument massue du revenu garanti pour obtenir de chacun qu’il renonce à son emploi en considération des conditions avantageuses qu’on lui offre pour accepter la rupture de son contrat de travail.

Qui va accepter ? Tous ceux pour qui le marché est en expansion, puisqu’ils ne risquent rien, mais peuvent gagner beaucoup à un réajustement de leur rémunération qui tienne compte de la demande et puisse augmenter en fonction de leurs efforts individuels. Il suffit, pour obtenir leur acquiescement, que leur décision soit libre et qu’on ne permette donc pas à des corps constitués d’intervenir pour les manipuler.

Qui pourrait ne PAS accepter l’autonomie ? En principe, seront d’abord réticents ceux à qui leur avenir n’apparaît pas prometteur dans un marché ouvert. Qui sont-ils ? Quelles sont les grandes cohortes de travailleurs dont on peut prévoir que, par simple réflexe, ils diront non et refuseront l’autonomie ? Les plus mal-aimés, bien sûr…

D’abord, prévoyons trouver dans le camp du « non » ceux dont la formation a été incomplète. Un nouveau système de production prévoit donc l’affectation automatique à une formation de son choix, parmi celles pour lesquelles il existe une demande, de ceux dont on ne considère pas que leur compétence actuelle puisse trouver preneur à brève échéance sur le marché du travail.

Dans une Nouvelle Société, le recyclage n’est pas une disgrâce: TOUT LE MONDE Y PASSE. Les professionnels les plus valorisés sont même tenus – on le verra ailleurs – de remettre leur compétence à jour à tous les 5 ans ! Notons aussi que le revenu du travailleur demeure inchangé durant son affectation à une formation et que, s’il l’a poursuivie avec succès et est certifié à une catégorie professionnelle dont la rémunération est supérieure, ce revenu AUGMENTE après cette formation.

Les travailleurs âgés aussi hésiteront, mais tout le monde désormais a droit, à l’âge fixé par le contrat social, à un revenu annuel de pension qui est un pourcentage déterminé par le consensus social de ses gains en carrière. Qui plus est, à moins qu’un contrôle médical corroboré ne le déclare incapable d’assumer les obligations qui découlent de l’exercice de sa profession, nul n’est obligé de prendre sa retraite et donc de passer de son revenu professionnel garanti complet à cette pension qui n’en équivaut qu’à une portion.

Que peut perdre le travailleur en fin de carrière à un changement qui pourrait surtout diminuer sa charge de travail en laissant son revenu intact ? Et s’il s’ennuie,  le travail « parallèle », reste accessible à tous et en tout temps. Ceux qui refuseront le passage à l’autonomie auront bien tort et ils se convaincront peu à peu de l’accepter.

Pierre JC Alard

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