Nouvelle Societe

12-04-09

Les fonctions évanescentes

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:58

Nous avons déjà parlé des activités salariées qui sont programmables et seront programmées, mais qu’en est-il des activités qui ne sont PAS programmables, mais seront néanmoins programmées ? Un choix que peut faire l’employeur…

Quiconque produit quoi que ce soit doit s¢raisonnablement √si chaque élément qu’il inclut à son produit fait l’objet d’une demande effective bien identifiée de la part de la clientèle ou si, au contraire, on peut supposer que le produit trouverait quand même preneur sans cette composante. Si la suppression de cet élément ne laisse pas prévoir une perte de clientèle pour l’entreprise, mais réduit les coûts de production, il faut s’attendre a ce qu’on le supprime.

En application du même principe, si un service est offert qui ne peut être entièrement programmé à cause d’un élément improgrammable, mais dont on peut supposer que la suppression de cet élément n’aura pas d’effet sur les ventes, on peut s’attendre à ce que le producteur élimine cette composante improgrammable au plus tôt, puis procède à la programmation du reste pour réduire ses coûts. Raisonnable.

Raisonnable, si le client a le choix. Mais qu’en est-il si le producteur fournisseur de services est un monopole ou un cartel de fait ? En l’absence de concurrence, le consommateur ne peut pas signifier son choix.  Quand l’entreprise a ce pouvoir absolu, elle peut décider, tout à fait arbitrairement, que toute composante improgrammable qui la gêne n’a pas sa raison d’être.

La composante improgrammable étant sacrifiée, l’activité peut désormais s’inscrire au tableau des activités à programmer. Il y a des fonctions qui disparaissent…. Les travailleurs qui rendent le service auquel correspond cette fonction qu’on supprime rejoignent ceux dont les tâches ne requièrent ni créativité, ni initiative, ni empathie. Ils ont la galle et l’on peut mettre fin sans trop de compassion à leurs jours de salariés.

L’opération est facile. On identifie toutes les décisions à prendre pour rendre le service qu’on veut programmer, on assimile ces décisions ouvertes à quelques choix programmables fermés. en faisant disparaître toutes celles qui ne peuvent pas l’être… puis l’on programme. C’est ce qu’on a fait avec les caissières de banque et les réceptionnistes et c’est ce qui est à se faire pour ceux qui sont commis à répondre aux plaintes dans les « services à la clientèle ».

En ce dernier cas, bien représentatif, l’employé est d’abord instruit de ne jamais répondre à une question du client, à moins qu’elle ne soit formulée dans les termes des instructions qu’on lui a remises; dans un deuxième temps, le client ne répond plus qu’à un questionnaire, les commentaires libres étant simplement ignorés; dans l’étape finale, toutes les combinaisons question/réponse « acceptables » ayant été définies, il ne reste qu’à assurer l’interface client/machine – un jeu d’enfant avec Internet – et à licencier l’employé. La tâche est dorénavant programmée. Il n’est pas nécessaire de réduire les coûts du client, on peut simplement ajouter aux profits…

La population reçoit ainsi moins de services, mais ce sont des services que, prenant pour acquis, elle ne réclamait pas. Souvent, elle ne sent donc que bien confusément qu’on lui a enlevé quelque chose. Le travailleur licencié, pour sa part, devient « non qualifié », puisque la demande est disparue pour la compétence qui le distinguait des autres travailleurs non qualifiés. Pourquoi s’offusquer de cette suppression de services, puisque c’est ce procédé qui a été continuellement utilisé pour faire avancer la révolution industrielle ?

Il faut s’en offusquer quand l’employeur est un monopole. S’il y a libre concurrence, le problème ne se pose pas. La distribution plus large d’un bien ou d’un service dépend de son prix, mais aussi des services qu’on y joint en prime: faire disparaître un service est un risque calculé de l’entrepreneur. Le fournisseur de services a bien le droit de sacrifier systématiquement les petits services accessoires, si c’est sa stratégie, car si ce n’est pas ce que le client veut, celui-ci le fera savoir en délaissant simplement les entreprises qui l’en priveront. Les entreprises qui ne sont pas en position monopolistique procèderont avec délicatesse avant de sabrer dans les petites attentions.

Quand il y a monopole toutefois, le fournisseur n’est pas soumis à ce contrôle du consommateur et il peut décréter qu’un service qui n’entre pas dans une catégorie programmée, n’existe simplement pas. Sa décision peut rendre ce service totalement inaccessible. Il peut donc, sans consulter qui que ce soit, nous appauvrir tous pour réduire ses frais, en nous privant d’une qualité de service qui, hypocritement, disparaît…

Or, le but d’un système de production qui devient tertiaire n’est pas de baisser les coûts en donnant moins de services au consommateur – avec l’idéal implicite absurde de ne lui en donner aucun ! – mais, au contraire, de lui en donner toujours plus. C’est la disponibilité des services qui mesure la richesse sociétale réelle. Si on fait disparaître un service, il faut que ce soit à bien juste titre.

Comment se prémunir contre ces mises à pied qui sont en fait des suppressions de services à la clientèle ? En imposant au monopole qui licencie dans ces conditions : a) de céder aux travailleurs licenciés qui veulent s’en prévaloir toute exclusivité que ce monopole détiendrait sur la prestation du service supprimé, et b) de leur donner un contrat de services de cinq (5) ans pour continuer d’offrir aux usagers le service avec sa composante improgrammable à un coût supplémentaire minimal.

Dans le cadre de ce contrat, les travailleurs qui offraient ce service comme salariés en deviendront les fournisseurs autonomes. Si, quand les cinq ans sont terminés, ils constatent qu’il existe une demande pour ce service, ils continueront de l’offrir. S’ils ne le font pas et que personne ne prend la relève, c’est qu’il n’existe pas de demande effective pour ce service et il disparaîtra.

Il disparaîtra, mais ce sera alors entièrement justifié. Le but n’est pas que perdurent des services dont personne ne veut, seulement de ne pas tricher avec la demande pour économiser sur le travail, en feignant de croire que certaines fonctions sont devenus impossibles et que les demandes qu’elles satisfaisaient se sont évanouies dans l’éther !

Pierre JC Allard

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6 commentaires »

  1. ouai, sauf que TOUT DOIT DISPARAITRE, et tout va disparaitre

    http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faire-reussir-nos-etudiants-faire-99428#forum3031201

    Commentaire par cousciouness — 24-08-11 @ 4:17

  2. @ Consciousness et Zelectron

    Rien de ca ne vous préoccupera quand vous aurez pris votre pilule..

    Commentaire par pierrejcallard — 24-08-11 @ 8:41

  3. C’est pas faux …

    zombie nation

    Commentaire par cousciouness — 24-08-11 @ 3:39

  4. Combien ne voient pas les ambiguités des choix qu’ils proprosent, des voies qu’ils prennent.

    IL faut aller jusqu’au bout , et il faut de l’ambivalence

    un monde complexe que l’esprit veut simplifier, va être d’une violence inouit

    Commentaire par cousciouness — 25-08-11 @ 8:29

  5. @ consciousness

    Va être d’une violence inouie… ou se scinder en éléments qui feront le choix de s’ignorer et de renoncer humblement à une vision globale. La scissiparité des amibes, ou un repli moyennâgeux, selon la métaphore qu’on veut choisir.

    Je ne veux pas poursuivre une discussion dans ces voies, qui sont passionnantes mais nous mèneraient trop loin de l’objectif de ce site

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 25-08-11 @ 10:56

  6. Une autre question : on voit que vous ne sortez difficilement de la carote et du baton pour controler les gens,

    ma démonstration c’est qu’au final il n’y a plus rien à faire, pour les « humains »

    Alors tout peut se passer, surtout le pire

    Mais c’est vrai que c’est le mur du futur, qu’il est visible et inévitable quelque part : autant éviter les effets secondaires

    il est vraisemblable que si il y a survie, quelque chose doit en ressortir, autant au niveau conscience individuelle et sociétale

    Il serait humain de réduire la vision du futur à une société de fourmies , mais ca sera plus

    Commentaire par cousciouness — 25-08-11 @ 1:34


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