Nouvelle Societe

11-04-09

La grande mise à pied

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:55

Après les volontaires, les conscrits…. Quand l’employeur ne souhaite rien tant que de rendre son employé autonome, la marche vers l’autonomie peut ressembler beaucoup à une grande mise à pied. Une énorme mise à pied, car ces travailleurs au statut mal-aimé représentent le plus clair des effectifs de la main-d’œuvre. L’autonomie, de gré ou de force. Pour ceux qui ne le veulent pas, on commencera par licencier les plus inutiles, suivront ceux qu’on peut le plus aisément convaincre et on terminera par ceux qui n’ont rien à y gagner, mais dont on verra tout de même à ce qu’ils n’y perdent rien.

D’abord, les inutiles. Il y a, dans le système de production, surtout dans le primaire subventionné, le secondaire syndiqué, et le tertiaire public, des pseudo activités qui sous-tendent des emplois dont la contribution à une production utile est nulle. Ce sont celles dont l’exécution des tâches ne demande ni créativité, ni initiative, ni capacité d’interaction.

Pas de créativité, car ces tâches sont parties d’un puzzle qui est le résultat de négociations antérieures, souvent bien anciennes, qui font de chacun le comparse de son voisin pour un simple échange rituel de papier où l’originalité serait souvent une source de confusion. Pas de contacts relationnels significatifs, car le rapport d’action direct est aux choses – surtout le papier – pas aux personnes, le contact avec ces derniers se limitant aux échanges avec les collègues croisés à l’abreuvoir. Pas d’initiative réelle, non plus, puisqu’il ne s’agit que d’appliquer des décisions prises à un niveau supérieur, ou pire, à la simple transmission ne varietur de ces décisions.

Ces activités sont inutiles, car même si elles servaient une fin quelconque elles sont complètement programmables. Le seuil de rentabilité justifiant leur programmation peut ne pas avoir été atteint, indiquant alors que les salariés qui s’en occupent sont mal payés, mais il le sera tôt ou tard. Ces activités seront une à une programmées et les travailleurs qui s’y emploient, devenus visiblement superflus, passeront de l’emploi qu’ils occupaient et qu’on va programmer à un autre qui ne l’est pas encore. Les travailleurs seront ainsi mus par des forces extérieures, jusqu’à ce qu’une solution permanente ait été trouvée qui leur redonnera une utilité réelle dans le système de production.

Malgré la rationalisation qu’a apportée l’automation, il reste encore de ces activités inutiles. Quelques-unes au secteur secondaire, beaucoup au secteur tertiaire. Elles ne demandent qu’à disparaître. Elles sont encore nombreuses dans les très petites entreprises, où l’on n’a pas encore débusqué leur superfluité, mais il y en a surtout dans les grandes entreprises, où on les conserve pour respecter des ententes syndicales. C’est le cas historique  légendaire du « troisième homme » dans la locomotive diesel.

L’État encourage souvent encore le maintien de ces pseudo-activités, pour garder un simulacre de plein emploi qui lui procure des avantages politiques à courte vue. Dans un régime de revenu garanti, où l’employeur n’est tenu d’employer que selon ses besoins et où l’employé ne souffre pas préjudice matériel de son licenciement, ces activités vont disparaître presque sans délai. Le temps de remettre un papier, d’offrir un verre ou une montre en or. On connaît déjà un grand nombre de ces activités totalement programmables qui sont en sursis et l’on en trouve d’autres tous les jours ; peu à peu, elles disparaîtront.

Que deviennent les travailleurs « inutiles » ? Nous voyons plus loin la situation de ceux qui poursuivent leur travail autrement et dont seul le statut va changer; nous parlons ici de ceux dont la fonction même disparaît. Nous avons vu plus tôt comment des postes de travail se scindent pour donner naissance d’une part à des activités programmées et, d’autre part, à une ou plusieurs nouvelles activités improgrammables vraiment productives. Les pseudo-activités sont celles dont le modulo est 0, si on peut dire, celles dont après qu’on en a réparti le contenu programmable entre divers postes, le reliquat improgrammable est nul.

Où vont les travailleurs chassés de ce pseudo-travail ? Si aucun nouveau poste improgrammable n’est créé, peut-on parler quant même de marche vers l’autonomie ? Oui, et cette répartition entre activités programmées dont il ne reste rien pour un travailleur en est une étape importante. N’oublions pas que nous sommes en régime de plein emploi universel et de revenu garanti ; les travailleurs déplacés qui ne trouvent pas immédiatement un travail improgrammable et leur apportant un statut d’autonomie sont affectés ailleurs, à un travail salarié ayant encore une certaine utilité puisqu’il a été provisoirement maintenu….

Il est bien possible que ce poste soit vite programmé à son tour et que le travailleur passe en transit par d’autres postes de pseudo-activité. Fastidieux ? S’il s’en lasse, une formation courte – durant laquelle son revenu demeurera inchangé – le conduira à une affectation utile dans une société tertiaire où la demande pour la compétence est toujours supérieure à l’offre puisqu’elle est infinie. Nos désirs ne seront JAMAIS satisfaits.

Le travailleur en transit ou en formation vivra cette transition sans anxiété, car c’est la peur d’être privé de revenu qui créait l’anxiété. Évacuer les travailleurs des postes de pseudo-activité est simplement réaliser de façon enfin humaine, la dernière phase d’une démarche qui a marqué toute l’industrialisation et a été conduite souvent avec une bien plus grande brutalité ! En bout de piste, on trouvera les travailleurs autonomes dont nous avons besoin.

La grande mise à pied est en marche et elle supprimera tous les emplois inutiles.  En 2 ans ou en 1o sera une décision politique, c’est celle du revenu-travail garanti. Mais le changement se fera. Les employeurs voudront même supprimer tous les emplois qui leur SEMBLERONT inutiles. Il faudra donc être vigilant, car l’employeur qui ne demande qu’à se débarrasser de ses salariés trouve toujours une façon de dire qu’ils ont la galle et trouve aussi des excuses pour le faire. Il va falloir poser des limites à ces mises à pied…

Vraiment ? N’avons-nous pas dit qu’il ne devrait exister aucune contrainte au licenciement ? Attention. Licencier un travailleur est une chose, supprimer un service est une autre affaire… Ce n’est plus le travailleur, mais le consommateur qui peut être lésé, car les entreprises qui décident de le faire n’ont pas toujours la même vision que les consommateurs de ce qui est utile.

Pierre JC Allard

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