Nouvelle Societe

08-04-09

Les équipes

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:31

On peut être autonome seul ou avec d’autres. En ce dernier cas, on est partenaire d’une entreprise ou d’une équipe. Pourquoi des équipes ? Le développement exponentiel des connaissances nous fournit l’occasion d’un contrôle croissant sur la nature et sur les problèmes auxquels elle nous confronte, mais ces connaissances ne peuvent être mises à profit pour nous apporter plus de bonheur que si l’on accepte l’obligation d’en scinder l’apprentissage entre plusieurs experts, puis d’en faire la synthèse au moment de les appliquer.

La complémentarité implicite qui justifie la spécialisation exige des synthèses et la formule la plus simple de synthèse est que les spécialistes se regroupent et travaillent en équipes. Dès qu’un problème est quelque peu complexe, ce ne seront plus des individus mais des ÉQUIPES qui seront seules en mesure d’y apporter la meilleure solution.

Appeler à la rescousse une équipe plutôt qu’un seul expert – pour autant que les compétences des coéquipiers soient complémentaires et que chacun reconnaisse bien quelles sont les siennes – permet évidemment d’appliquer plus facilement la gamme complète des compétences dont nous disposons à la solution des problèmes à résoudre. À chaque problème simple, un spécialiste, mais à chaque problème complexe, une équipe de spécialistes. C’est dans cette voie que nous nous engagerons, car n’y a pas vraiment de voie alternative.

Le modèle de base bien banal à suivre pour constituer des équipes et réaliser la synthèse de leurs compétences est simplement l’entreprise actuelle. Toute production industrielle est déjà une telle synthèse externe de multiples compétences qui convergent vers un objectif, lequel, dans le cas d’une entreprise industrielle est la fabrication et la vente du produit. Ce qui va changer, dans un nouveau système de production, c’est la taille optimale des équipes et leur fluidité.

La taille de l’équipe idéale va diminuer, parce que, la motivation devenant le premier facteur de productivité et les apports « humains » (créativité initiative interaction) y prenant plus de place, une équipe ne sera parfaitement efficace que si se crée entre tous les membres une relation directe qui rendra tout autre coordination technique superflue. Cette relation directe entre chaque équipier signifie que la complexité des interactions au sein du groupe augmente comme la factorielle (!) du nombre des équipiers. Les équipes où l’on voudrait réunir trop de participants actifs ne seront donc pas fonctionnelles.

La taille de ces équipes variera, mais dans une fourchette étroite. La taille idéale est celle qui favorise la créativité, l’initiative, la relation à échelle humaine, tout en permettant des économies d’échelle sur le soutien à la gestion, le secrétariat, la recherche et en étalant les coûts du risque financier que l’équipe doit supporter pour ses équipements et la diffusion d’une image de marque.

Alors que leur taille diminuera vers celle du module de travail correct qu’on ne tardera pas à identifier, la fluidité des équipes devra augmenter, parce que le propre des services est justement qu’ils constituent des « produits » uniques, chacun tiré à un seul exemplaire, répondant à une demande spécifique. Il y a des similitudes entre les demandes, sans quoi l’équipe n’aurait aucune permanence (un cas que nous verrons ailleurs), mais l’équipe-type doit être mise en place comme un groupe ouvert, auquel on peut faire des ajouts ou dont on peut n’utiliser qu’une partie des ressources.

Dans l’industrie, on peut s’en remettre largement aux entreprises pour qu’apparaissent les équipes: elles y existent déjà en germes, c’est leur statut au sein de l’entreprise qui est à définir. Certaines équipes naîtront de la scission par paliers des corporations existantes, puis de nouvelles entités se créeront qui obéiront dès le départ aux mêmes règles, s’ajustant par essais successifs à la taille et à la forme qui seront les plus efficaces. Cette création d’équipes en allant du grand vers le petit est dans le sens de l’autonomie et de l’entrepreneuriat ; dès que l’efficacité en est prouvée, l’autonomie rencontre ici peu d’obstacles. Dans le secteur industriel, il suffit de laisser naître les équipes

Dans le secteur tertiaire, il y aura une certaine réticence au départ, car on ne parle pas de fission, mais de fusion et l’on va du petit vers le grand. Or chaque fournisseur de services, même de plus en plus spécialisés, tend à se voir et surtout à se vouloir un« généraliste » et donc omniscient. Comme les Chinois du Moyen-âge, il voit son « empire » au milieu, les autres spécialités lui apparaissent ancillaires, marginales, à subordonner… Le cas caricatural et pathétique est celui de la médecine, où l’obstination du médecin à prétendre en savoir autant qu’il peut en absorber nous empêche d’avoir les spécialistes en nombre suffisant pour utiliser adéquatement tous les outils que la science médicale nous offre.

C’est pourtant dans le secteur des services qu’une synthèse sera le plus indispensable. Est-ce qu’on pourra s’en remettre ici au bon sens et laisser naître naturellement dans le tertiaire les regroupements nécessaires entre microspécialistes taylorisés ? Seulement à la condition que les connaissances spécifiques aient été correctement identifiées et transmises au palier de la formation et que la certification professionnelle soit accordée par modules qui reflètent ce qui devrait être la composition d’une équipe.

Si l’on fait les choix de formations qui tendent à créer une situation où seul un travail en collaboration peut résoudre les problèmes, on peut poser pour hypothèse que le bon sens prévaudra et que l’on acquiescera aux synthèses que réclame une division plus poussée du travail. Ainsi, depuis que l’on n’ampute plus à la scie après avoir donné un litre de whisky au patient, personne ne conteste qu’il faille une équipe dans un bloc opératoire et qu’il serait inacceptable que le chirurgien qui opère doive simultanément surveiller l’anesthésie. Le chirurgien, l’anesthésiste, l’infirmier et les autres avec eux ont appris à travailler en collaboration. Ils ont un projet à réaliser ensemble. Ils doivent constituer une équipe.

Dans le cas du bloc opératoire, le bon sens a eu le meilleur des égoïsmes particuliers. C’est au palier de la formation qu’on devra agir avec discernement si on veut que le même modèle prévale partout.

Pierre JC Allard

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