Nouvelle Societe

06-04-09

L’autonomie spontanée

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:22

L’autonomie apparaît d’abord spontanément, quand la nature du travail improgrammable l’exige. Chaque tâche, de par sa nature, est programmable ou ne l’est pas, mais le marché du travail s’est constitué en fonctions traditionnelles où se mêlent ce qui peut être programmé et ce qui ne peut pas l’être. C’est en prenant conscience de ce qui peut l’être qu’on découvre par étapes successives, dans tout travail, la part qui en est improgrammable. Ainsi qu’on fait une statue en « enlevant ce qu’il y a de trop ».

Les postes de travail qui composent la maquette de la structure globale de production sont des regroupements d’opportunité qui répondent aux préférences des employeurs, tout en respectant les exigences de la production. Ils sont, la plupart du temps, partiellement programmables et en voie d’être « programmés » . Ils sont plus ou moins « taylorisés », selon la manière dont l’homme et la machine se répartissent le travail. Il y a donc des degrés dans l’autonomie que chaque fonction exige. Des degrés non seulement dans la liberté plus ou moins totale qu’on doit permettre à chaque travailleur, mais aussi dans la nécessité de la lui accorder.

Toute programmation de sa production rend le produit moins coûteux, plus accessible et est un gain pour la collectivité. La production est donc en marche vers une plus grande programmation et une plus grande autonomie des travailleurs devient inévitable. Leur liberté, en effet, croit avec la programmation, puisque chaque nouvelle composante du poste qui est reléguée aux machines en fait apparaître plus clairement les aspects qui ne peuvent pas l’être. Plus les machines s’installent, plus apparaît improgrammable le reliquat non-programmé des activités… et plus se manifeste le besoin d’autonomie de ceux qui font ce que les machines ne font pas.

En acceptant toute programmation que l’efficacité suggère, on fait le choix le plus judicieux et, simultanément, on voit s’accroître l’autonomie nécessaire des ressources humaines impliquées. On peut prévoir l’évolution de cette marche vers l’autonomie. On peut donc mieux orienter la formation des ressources humaines et faciliter du même coup le cheminement vers la spécialisation dont dépend l’enrichissement progressif de la société.

Certaines activités exigent une plus grande autonomie, mais quel que soit le degré d’autonomie qu’exige aujourd’hui une activité, on peut être certain que, si cette autonomie n’est pas totale, elle tendra à augmenter. L’autonomie requise pour l’exécution optimale de chaque activité de la maquette de production des services augmentera au rythme des progrès de la technologie qui permettront la programmation de ses divers aspects encore non programmés. Cette tendance est irrésistible et irréversible.

Cette tendance donne continuellement naissance à de nouvelles activités taylorisées, quasi–programmées, dans lesquelles des travailleurs, n’interviennent que minimalement en attendant que l’automation permette de s’en dispenser. Chaque fois qu’une activité traditionnelle arrive en bout du cycle de taylorisation et est définitivement programmée, on peut dire qu’elle cesse d’exister comme poste de travail. Il en naît cependant une nouvelle activité, radicalement transformée dans ses exigences, qui est celle de départ libérée de ses aspects désormais programmés. Cette nouvelle activité, par construction, est improgrammable dans l’état actuel des techniques. Elle semble reposer sur des facteurs exclusivement humains … et exige une plus grande autonomie.

La marche des travailleurs vers l’autonomie suit donc avant tout le rythme de la programmation successive de certains des aspects des activités encore non programmées. Pour l’avenir prévisible, ce phénomène crée une rétroaction positive. Toute programmation crée une nouvelle situation elle-même en mouvance vers plus d’autonomie, puisque la nouvelle activité que constitue le reliquat improgrammable ainsi épuré peut aller plus loin dans la créativité, l’initiative et les aspects relationnels qu’elle implique et qui répondent à ses objectifs fondamentaux.

La nouvelle activité peut aller plus loin, jusqu’à ce que la croissance exponentielle des connaissances qu’elle exige la confronte à son tour aux limites du « cerveau Cro-Magnon ». Elle tend alors à se scinder pour que chaque nouvelle « spécialité-fille » en émanant puisse se consacrer à approfondir une partie seulement des connaissances plus pointues que sa libération des éléments programmés avait permis à la spécialité-mère d’absorber.

On peut ramener ici l’image des petits protozoaires scissipares, mais on peut aussi simplement constater que c’est bien ainsi que la science évolue depuis des siècles, de filiations en filiations, au rythme des instruments qu’on lui donne et de la croissance des effectifs et des temps de formation qu’on y consacre, en s’appuyant, surtout, sur le corpus grandissant qui lui sert de base et dont l’expansion se ramifie.

On ne peut rationaliser notre quête incessante de la connaissance et la croissance arborescente de la science en rentabilisant nos découvertes, que si on encourage une même « scissiparité » au palier de l’application de ce qui a été découvert. Dans la mesure où on le fait, on dégage progressivement la composante improgrammable de chaque activité de sa gangue de tâches répétitives que la machine prend en charge. On crée ainsi une situation où augmente ce besoin d’une plus grande autonomie que requièrent la créativité, l’initiative et une insistance croissante sur les aspects relationnels de chaque fonction.

Cette spécialisation conduit à une situation où l’autonomie doit être totale, puisque le travail ne peut plus être jugé qu’à ses résultats. C’est la situation que l’on a depuis longtemps acceptée pour les professions « libérales ». C’est surtout de ce type de travailleurs littéralement « hors pairs » qu’a besoin la structure de production d’une Nouvelle Société. Avec l’évolution de l’économie tertiaire, le nombre augmentera constamment des activités qui reflèteront ce cadre de travail inspiré des carrières libérales.

Une totale autonomie peut et doit mener à la plénitude de l’entrepreneuriat. Tout travailleur autonome est un entrepreneur, dès que la rémunération de son travail est liée directement au volume et à la qualité de sa production. Une qualité qui, dans une économie de services, ne se mesure pas seulement selon des critères objectifs, mais tout autant ou même plus à la satisfaction du client.

Le nombre de ceux qui travailleront dans cette autonomie totale s’élargira constamment, et spontanément, pour trois (3) raisons. Premièrement, parce que c’est ce statut qui convient le mieux au travailleur et suscite en lui la plus grande motivation; deuxièmement, parce que le processus de certification professionnelle qui sera mis en place dans Nouvelle Société multipliera le nombre des activités où l’autonomie peut s’appliquer; enfin, parce que la sécurité de revenu qu’offrira cette Nouvelle Société incitera de plus en plus de travailleurs à prendre le risque devenu bien léger de cette totale autonomie.

Pierre JC Allard

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