Nouvelle Societe

03-04-09

L’heure des entrepreneurs

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:06

Le travailleur peut exprimer sans crainte sa créativité et son initiative dans une tâche de services, même taylorisée : tout le système devient entrepreneurial !

La première caractéristique essentielle du système de production d’une économie complexe est qu’il faut y privilégier la spécialisation. Pour optimiser la complémentarité des tâches et mieux satisfaire la demande, la maquette des services d’une économie complexe doit être fragmentée et la structure de la main-d’œuvre devenir de plus en plus modulaire. La deuxième, c’est qu’il faut y promouvoir l’entreprise. Les systèmes de gestion du travail et du revenu, de l’éducation, de la formation et de la certification professionnelle d’une Nouvelle Société sont établis pour tenir compte de cette exigence.

Une Nouvelle Société prend pour acquis, d’abord, que la mécanisation et l’automation ont atteint le seuil où il n’est plus rentable de confier au travailleur d’autres fonctions que celles d’initiative, de créativité et de communication. Dans ces fonctions, où la qualité compte tout autant que la quantité, l’apport du travailleur n’est optimisé que si sa motivation est à son meilleur, ce qui suggère fortement que la rémunération de son travail soit liée à ses résultats.

On constate que la concurrence – qui permet à l’utilisateur de services d’exprimer en continu son appréciation des fournisseurs – est aussi un facteur d’optimisation de la performance et de l’innovation ininterrompue qui conduit au mieux-être. De plus en plus, il va donc falloir accepter que chaque travailleur devienne un entrepreneur.

Une Nouvelle Société, sera entrepreneuriale. Elle le sera bien davantage, que la société néo-libérale, car ce que celle-ci a mis en place sous le nom de « libre-entreprise » est une structure de production qui encourage bien timidement une relation adéquate entre travail et récompense. La notion d’entreprise, dans la structure de production actuelle, est viciée par deux (2) facteurs. D’abord, par la ponction systémique sur les résultats de l’entrepreneuriat que prennent les shylocks – les propriétaires du capital – ensuite, par une approche salariale de la rémunération qui est un vestige du travail à la chaîne, procédé typique de la production industrielle mature.

Dans une petite entreprise, quand chaque ouvrier surveillait sa navette, on pouvait rémunérer à la pièce. Plutôt mal que bien, puisque la machine est reine et l’ouvrier quasi interchangeable, mais on gardait le rapport travail-résultat. Quand arrive la grande industrie – et la chaîne de production qui fait de l’usine une seule énorme machine dont les ouvriers ne sont que des pièces détachables – les écarts de productivité entre ouvriers ne sont plus un avantage, mais un inconvénient, comme le serait dans tout autre machine un rouage qui tournerait plus vite qu’il ne faut. Il devient alors préférable de restreindre le rythme de travail de tous les ouvriers au rythme que peuvent suivre tous les ouvriers sur la chaîne. On nivelle par le bas.

Approche subtilement perverse sous couvert de justice, car si on ne demande à personne d’en faire plus, pourquoi en payer certains davantage ? Un seul salaire pour tous et la machine sera bien gardée. Les syndicats seront heureux, puisque nul n’aura intérêt à se tuer au travail et l’on croira ainsi avoir mis un frein à l’exploitation.

En réalité, l’exploitation aura augmenté, dans toute la mesure du possible, c’est–à-dire en fonction inverse du pouvoir des travailleurs, lequel tend à diminuer puisque, étant tous égaux sur la chaîne, ils sont désormais PARFAITEMENT interchangeables et qu’il y en a toujours trop…. L’exploitation sera pire, mais moins visible, apparaissant plus supportable parce que chacun en portera sa « juste » part.

Avec les progrès de l’automation et de la robotisation, toutefois, on substitue de vraies pièces détachables aux travailleurs qui en tenaient lieu à l’intérieur des usines–machines. L’ouvrier sort de la machine et doit recommencer à penser. Il n’est plus interchangeable. L’efficacité du système dépend de sa capacité à penser et sa capacité à penser dépend pour une large part de sa motivation.

Il faut qu’il VEUILLE en faire plus. Il faut qu’il soit rémunéré au mérite. Prisonnier d’une structure de travail à la chaîne dans le secteur industriel, le système néo-libéral n’a pas pris les mesures nécessaire pour universaliser une approche de paiement selon les résultats. Ironiquement, le lien entre performance et récompense sera plus direct et plus clair dans une Nouvelle Société que dans le régime actuel dit de « libre-entreprise » !

Loin de briser le lien entre travail et récompense, une Nouvelle Société, au contraire, complétera partout où faire se peut la structure entrepreneuriale de la société. Elle établira ce lien là où le système actuel ne l’a pas fait, particulièrement en introduisant un régime de paiements par capitation dans les grands services qu’offre l’État.

Ce sont les insuffisances du système entrepreneurial de contrôle de la production qui seront corrigées et les individus seront tenus indemnes des disparités inacceptables et de la misère qu’une approche de rémunération au mérite mal gérée peut créer. On remplacera, par exemple, la sécurité d’emploi qui est une entrave au développement, par une sécurité du revenu qui est l’expression solidaire d’un engagement collectif.

Une Nouvelle Société va assurer une justice commutative tout autant que distributive. Elle va accepter la nature humaine comme l’une des constantes du problème. Ce n’est pas parce qu’on veut plus de justice et moins d’inégalités qu’on peut ni qu’on doit ignorer que les gens ne travaillent que pour atteindre LEURS objectifs. Pour qu’un système de production soit efficace, il faut que tous ceux qui y prennent des décisions et tous ceux qui y exécutent des tâches y trouvent leur compte. Il faut donc que soit mis en place un système qui récompense la sagacité et l’effort.

Une Nouvelle Société va redonner une légitimité à la notion que la rémunération doit dépendre des résultats et généraliser l’application de ce principe. En revanche, les aberrations actuelles qui favorisent la spéculation au détriment de la production seront éliminées. De même cette monstruosité d’un monde où la majorité des travailleurs potentiels sont exclus de toute contribution efficace à l’effort productif global au nom de la rentabilité du capital fixe investi.

C’est ça, un système entrepreneurial. L’avènement d’un système entrepreneurial est une révolution tranquille, puisqu’il découle tout naturellement de la prolifération de travailleurs autonomes à tous les niveaux au sein de la structure de production.

Pierre JC Allard

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