Nouvelle Societe

28-03-09

Hop… au travail !

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:33

Il y a des raisons économiques et sociales, pour mieux se partager le travail. Économiques, car le ratio du temps d’une formation au temps d’utilisation de cette formation est l’une des variables qui en déterminent la rentabilité. Il est clair qu’il est plus productif de mettre 6 mois à apprendre ce que l’on utilisera pendant 6 ans que l’inverse.

Or, pour la majorité des formations, ce ratio aujourd’hui se détériore. Non seulement parce que le simple volume de données à acquérir pour chaque profession augmente et va sans cesse augmenter – à moins que la science ne cesse ses recherches ou que la société ne renonce à en tirer profit, ce qui serait inattendu et bien décevant – mais parce que la période d’utilité d’une formation professionnelle avant qu’elle ne devienne désuète ne peut elle-même que diminuer au rythme où s’accélère le progrès technologique.

Dans une économie de haute technicité, les connaissances générales ne servent que de pré-requis et de discriminants culturels. Elles sont essentielles, mais concrètement ce sont les connaissances pointues, spécifiques, qui sont utilisées et leur durée utile est de plus en plus éphémère. Il n’est donc plus rentable d’imposer au travailleur une longue et unique période d’apprentissage, suivie d’une longue période d’application.

Considérant que les temps et les coûts de la formation vont augmenter – et que pendant que les étudiants sont en formation, ils sont déjà un « capital fixe » qui ne produit pas – il est de plus en plus rentable, lorsque l’étudiant a acquis une compétence utilisable, de le mettre sur le marché du travail au plus tôt, pour qu’il l’applique avant qu’elle ne devienne désuète. Cela, sous réserve de le ramener en formation de façon périodique et, au plus tard, quand sa compétence acquise ne trouvera plus preneur

Ce critère économique impose des temps de formation plus courts et des spécialités reconnues par certification dont le champ soit beaucoup plus restreint que celui des professions que nous reconnaissons aujourd’hui, ne correspondant plus qu’à une partie des corpus professionnels actuels dont on les aura extraits.  Les professions traditionnelles doivent être scindées en leurs composantes qui deviendront complémentaires.

Nous avons déjà dit que l’éducation peut mieux utiliser les ressources humaines en externalisant la composante “mémoire” des apprentissage et en partageant la connaissance.  La complexité croissante qui l’exige suggère aussi que ce soit au palier de la production elle-même, que soit faite la synthèse des compétences acquises.

C’est donc d’une ÉQUIPE de spécialistes complémentaires – et non plus d’un seul expert présumé omniscient – qu’il faut exiger la somme des compétences requises pour résoudre les problèmes complexes que pose notre monde de haute technicité. Au Moyen-âge, Pic de la Mirandole prétendait tout savoir ; aujourd’hui, nul ne peut connaître plus qu’une infime parcelle du savoir. Le Moyen-âge est fini.

Et il y a aussi le plan social…  Sur le plan social, il faut ramener tout le monde au travail, On ne doit pas permettre que tout le travail soit confié à  une petite élite de surdoués, sans quoi le phénomène de l’exclusion fera basculer la majorité effective dans le camp de ceux qui veulent détruire la société et ils y parviendront. Ceci ne découle pas de considérations de justice et d’éthique, mais est une fatalité qui résulte d’un simple rapport de force.

Il existe aujourd’hui des pays entiers dont l’apport au reste de la planète est nul ou négatif, puisque la valeur produite par le travail qui y est accompli n’atteint pas, aux prix du marché international, la valeur, des biens de simple subsistance qui y sont consommés. Même dans les pays développés, sous diverses appellations de chômage ou politiquement correctes de «non-participation», de 20 à 25% des « travailleurs », ne travaillent pas. Dans une société globale où tous les besoins et les désirs que l’on pourrait satisfaire ne sont pas satisfaits, comprend-on à quel point il est ABSURDE qu’il n’y ait pas de travail pour tout le monde ?

Il est scandaleux – et extrêmement dangereux – que l’on maintienne à l’échelle globale une situation où, sur le plan de la production, les trois-quarts des gens ne peuvent RIEN apporter à l’autre quart qui a tout. Tout le monde dans une société doit pousser à la roue. Tout le monde doit être utile. Tout le monde doit POUVOIR être utile.

Pour favoriser une réinsertion au travail sans laquelle la société va se désagréger, le défi n’est pas de créer plus de postes de travail qui exigent une formation de cinq, dix, ou vingt ans.  C’est de privilégier un partage du marché du travail en spécialités et en tâches plus simples exigeant un formation plus courte et dont chacune puisse être confiée à un plus grand nombre de travailleurs. Il faut qu’il y en ait pour tout le monde.

Pour ces seules considérations économiques et sociales, il ne faut donc pas hésiter, en attendant le moment où le découpage des professions pourra s’appuyer sur des critères psychométriques et des analyses expérimentales rigoureuses, à choisir d’errer dans le sens d’un fractionnement abusif plutôt que trop timide des professions actuelles.

Nous voyons ailleurs, dans la série Nouvelle Société, comment il faut mettre en place une éducation et une formation modulaires et comment il doit s’y joindre une certification professionnelle universelle qui prend acte de cette fragmentation des professions existantes en modules dont chacun fera foi d’une compétence beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

La mise en place de cette formation et celle de cette certification modulaire sont les préalables essentiels à la répartition différentes des tâches dans un système de production dont la complexification de l’économie exige la spécialisation croissante. L’offre de services doit être fragmentée de façon de plus en plus raffinée pour satisfaire la demande. Il faut concevoir autrement le rôle du travailleur et son identification.

Il y a un précédent à cette fragmentation systématique des compétences. Même si on a fait une bien mauvaise réputation à la parcellarisation du travail, nous ne négligerons pas cette leçon du passé …

Pierre JC Allard

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