Nouvelle Societe

27-03-09

Le cerveau Cro-magnon

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:30

Pourquoi des modules de formation plus petits? Pour des raisons économiques et sociales que nous voyons plus loin, mais d’abord pour la raison tout bête que le cerveau humain est limité et qu’il ne semble pas que cette contrainte ait changé depuis quelques millénaires. On ne peut pas mettre une infinité de connaissances dans un cerveau humain

Le cerveau humain est limité.  Il y a des cerveaux où l’on peut en mettre plus, mais c’est là une variable sur laquelle, pour l’instant du moins, la science ne peut pas agir et dont la manipulation, même si elle était possible, soulèverait des questions et des débats dans lesquels je ne voudrais sous aucun prétexte m’immiscer. Disons seulement qu’aucun cerveau humain n’est illimité, ce qui ne prête pas à controverse.

Il est évident que le pourcentage de ceux, au sein d’une population, qui sont capables de faire la synthèse d’un nombre donné d’éléments est une variable dont il faut tenir compte, même si on souhaiterait ne pas avoir à le savoir, puisque c’est cette capacité de stockage et de synthèse des connaissances qui nous permet d’acquérir les uns et les autres les compétences requises pour que nous puissions nous répartir les tâches, produire ce que nous voulons produire et faire fonctionner la société.

Cette capacité de stockage et de synthèse des connaissances est une donnée technique, une contrainte regrettable, mais avec laquelle il faut composer, car on ne peut pas faire dépendre la disponibilité des services dont la société a besoin d’apprentissages que leur complexité rend inaccessibles à une partie si importante de la population qu’on ne puisse espérer trouver en nombre suffisant ceux capables de les assimiler puis de rendre ces services.

Dans l’état actuel de la science, la capacité du cerveau humaine ne peut pas être augmentée.  Il faut faire avec… et la nature nous montre la voie. Quand les petits protozoaires grossissent, le rapport de leur surface à leur volume devient insuffisant pour qu’ils puissent se nourrir par osmose. Ils « comprennent » que leur interface avec le milieu ambiant n’est optimisée que s’ils restent raisonnablement petits et ils se scindent en deux.

De la même façon, mais en inversant le flux, quand la masse des connaissances d’un individu augmente, non seulement atteint-il un seuil où il ne peut en absorber davantage, mais sa bonne volonté à en faire bénéficier la société reste limitée par sa capacité de communiquer, laquelle n’augmente même pas au rythme de ses connaissances.

C’est l’heure de s’inspirer des amibes et de recourir à la scissiparité. Il faut partager les connaissances autrement et ensuite mieux se répartir les tâches. Il y a un avantage évident à fragmenter les connaissances. Pour compétent qu’il soit, un spécialiste, au contraire d’un ordinateur, ne pourra toujours que traiter en séquence les problèmes auxquels il est confronté. Avantageux de  se répartir les compétences?  Incontournable.  Il n’est simplement pas possible de ne pas le faire: il y a en a trop.

Naturellement, on pourrait mieux utiliser notre cerveau. Si on acceptait, par exemple, que le système d’éducation n’exige plus que les étudiants mémorisent toutes les données nécessaires pour résoudre un problème, mais seulement les procédures permettant d’avoir accès en mémoire externe à ces données, sur Internet, par exemple. N’augmenterait-on pas le nombre de ceux qui peuvent faire ce qui doit être fait, si on se bornait à exiger d’eux la mémorisation des algorithmes – ou même, à la limite, celle d’un index des algorithmes – permettant de combiner efficacement les données techniques et scientifiques nécessaires pour agir ?

Oui, ce changement de l’objet des apprentissages est indispensable et, tôt ou tard, on franchira ce pas: l’éducation doit viser à “externaliser” la mémoire.  Mais même ce grand bond en avant au palier de l’apprentissage ne fera que retarder l’échéance d’une inévitable saturation de la capacité de stockage du cerveau des experts de toute nature sur lesquels nous comptons. Il va devenir progressivement plus difficile d’apprendre et de retenir toutes ces connaissances qui se multiplient et donc chacune devient indispensable.

Ce n’est qu’en distribuant plus largement les connaissances au sein de la population, par une fragmentation des modules d’enseignement qu’on peut encore penser couvrir l’universalité de ce qui doit être connu… Ce n’est que de cette façon qu’on peut imaginer qu’ensemble nous posséderons toutes les compétences disponibles pour atteindre au mieux tous les résultats cherchés. Ce n’est que par cette scissiparité, qui est l’aboutissement de la projection de la division du travail sur la formation, que l’on peut espérer gérer la complexité de l’avenir.

Au-delà d’un tronc commun réduit à son strict essentiel, la compétence doit être acquise par petites unités modulaires, préférablement intercalées dans le système de production lui-même, et le coût de cette formation doit être  amorti par une mise en application aussi rapide que possible. On en est maintenant arrivé au seuil de complexité – et à une augmentation incontrôlable des coûts de formation – qui imposent qu’on le fasse.

Quelle serait la taille idéale des modules de formation dans une économie qui accepterait d’optimiser la division du travail ? Je n’ai pas de réponse à cette question, puisque pour chaque type de services à rendre il existe un partage optimal des connaissances. La seule façon correcte de le déterminer est de façon empirique et il faudra du temps pour obtenir cette validation des hypothèses que l’on posera.

En attendant cette validation empirique, toutefois, il n’en faut pas moins, à partir des données dont nous disposons, procéder à une scission IMMÉDIATE des professions existantes en spécialités moins complexes. On peut, sur le plan pédagogique, regrouper les connaissances à acquérir en modules qui en permettront un meilleur assemblage pour satisfaire la demande. Sous réserve d’améliorer ce découpage pas la suite, il faut se hâter de le faire

Se hâter, car la capacité d’apprentissage a des limites inconnues que l’on pourrait et devrait connaître et dont il faut tenir compte, mais il y a deux (2) autres arguments – un argument économique et l’autre social – qui doivent  nous convaincre d’aller rapidement vers une spécialisation plus pointue et des modules de formation plus restreints.

Pierre JC Allard

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2 commentaires »

  1. Un billet de réflexion chaque jour, voilà un bon et sain exercice intellectuel autant pour l’auteur que le lecteur. 😉
    il y a de quoi publier plusieurs livres !

    > Cette capacité de stockage et de synthèse des connaissances

    La mémoire fait partie de l’intelligence mais elle n’est pas aussi importante que savoir bien raisonner: être cohérent, trouver des liens, des analogies etc… Bien sur, il faut un minimum de mémoire ne serait ce que pour conserver les connaissances essentielles mais ensuite la qualié du raisonnement fait toute la différence. Il y a des disciplines ou la mémoire est plus utile comme les études en medecine ou en droit.

    Ce qui m’inquiete, c’est les professions qui necessitent de la logique et qui n’en ont pas tjs « beaucoup » à disposition. Et je parle pas de la logique appliquée aux maths mais celle appliqué à la vie de tout les jours, comme ce qu’essaye de faire plusieurs philosophes. Je parle des philosophes « scientifiques » et pas les « littéraires » qui sont des orateurs qui focalisent davantage sur l’effet de style, la propagande plutôt que la rigueur de leur raisonnement.

    Une fois passé les obstacles (vocabulaire, intello, références, égo, …) de la philosophie, je me suis retrouvé dans une zone ou je m’épanouis et je contemple amusé la masse de fourmi qui galèrent sans savoir vraiment ou ils vont et pourquoi ils le font. Le déclic ne dépend pas du nombre des années mais de soi avec ses expériences et rencontres au fil du temps.

    La complexité ne doit pas nous faire oublier l’Essentiel et le But.

    Commentaire par Paul de Montreal — 24-04-09 @ 8:09

  2. Aberrant! Comparer l’être humain à une cellule, franchement est-il besoin d’aller plus loin dans la critique pour mettre en exergue combien le point de vue de l’article est erroné? Et c’est sur un blog de pseudo intellectuel que l’on peut lire ceci? Est-ce vraiment ça la nouvelle société? Vous croyez vraiment que vos idées sont novatrices et inspirées par le bon sens? Désolé de vous décevoir, mais votre litanie pseudo utilitarianienne ne m’inspire que le dégout! Croyez-vous que Descartes, Pascal Nietzsche, Leibniz ont fait acte de scissiparité dans leurs connaissance? Cantonner les individus à une connaissance très réduite et pointue n’est autre que de l’esclavagisme intellectuel pour servir l’intérêt des nantis. Réduire le cerveau à la seule chose à laquelle certains considère qu’il peut être bon c’est rétrograde, fasciste, et donc très dangereux. Allez-vous bientôt déterminer ce que nous devons savoir ? Vos idées sont nauséabondes monsieur. Il n’y a qu’une façon de progresser au contraire, c’est de développer l’intelligence nécessaire à la gestion d’un grand nombre de données afin de parvenir à une société d’êtres humains mieux éduqués, mieux informés, capables de plus d’émotions, de compréhension, d’assimilation… Je ne vous salue pas. Ganixe

    Commentaire par Ganixe — 10-01-12 @ 11:25


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