Nouvelle Societe

26-03-09

Complémentarité

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:26

Il y a des milliers d’années que nous cherchons à atteindre l’optimum de l’efficacité, à connaître mieux et à faire plus. Collectivement, nous connaissons la réponse à de plus en plus de questions et nous disposons désormais d’un énorme coffre à outils de compétences, ce qui nous facilite la satisfaction de nos désirs et nous promet un avenir meilleur. À condition, naturellement, que nous sachions utiliser ces connaissances.

On ne les utilisera correctement que si on pousse la division des tâches à un nouveau sommet qui reste à inventer. L’optimum n’a pas pire ennemi que la redondance, le double emploi, le surjet inutilement large, par paresse ou inadvertance. Il faut que les tâches – et donc les compétences qui permettent de les exécuter – s’ajustent comme une marqueterie, avec juste ce qu’il faut d’empiétement planifié pour se prémunir contre les imprévus. La quête de l’optimum passe nécessairement par  l’exploitation de toutes les possibilités de la complémentarité.

Avec l’automation, tout travail humain répétitif apparaît bien inutile. Pourquoi répéter et refaire, puisque la machine répète et multiplie sans autre limite que celle des ressources disponibles ? Il ne s’agit plus de faire, mais de créer, de décider et de communiquer. Dites « Sésame », une seule fois, et la caverne s’ouvre : tous les trésors sont là. Ne pas s’y mettre à deux quand un seul suffit…

En théorie, l’on optimiserait la production – et donc la richesse – SI CHAQUE TRAVAILLEUR SE DIFFÉRENCIAIT PAR SA COMPÉTENCE ET DEVENAIT PARFAITEMENT COMPLÉMENTAIRE À TOUS LES AUTRES. C’est ainsi que non seulement tous ensemble on en ferait plus, mais aussi que chacun, étant unique et irremplaçable, disposerait d’un pouvoir égal à tous.

Non seulement serions-nous tous riches, mais l’égalité et l’équité règneraient sur le monde… Dans une société postindustrielle, quand le défi de l’industrialisation a été relevé, que la production en masse est devenue triviale et que seuls importent dorénavant les facteurs humains de créativité, d’initiative et d’interaction, la quête de l’optimum devient la recherche de la parfaite complémentarité.

Bien sûr, c’est une vue de l’esprit. Un optimum irréalisable, puisque l’adéquation de chacun a une fonction et une seule exigerait un ensemble statique, ou du moins parfaitement prévisible, alors que la réalité est dynamique, que les compétences requises sont en changement constant avec les progrès de la technologie et que c’est bien sous l’égide de ce constant progrès que nous concevons notre avenir.

La parfaite complémentarité est une vue de l’esprit qui a des airs de cauchemar, d’ailleurs, puisque si cette complémentarité parfaite entre les travailleurs était par miracle réalisée, si chaque élément de la production était unique et qu’aucun n’était superflu, la défaillance d’un seul élément signifierait l’arrêt de la production tout entière !

Intéressant parallèle à faire avec l’URSS qui, se présumant pérenne et indivisible, avait optimisé ses économies d’échelle en éparpillant sur tout son territoire des usines dont chacune détenait parfois le monopole d’un produit, faisant ainsi souvent dépendre une production dans l’Oural de composantes fabriquées uniquement en Lettonie ou en Moldavie… et vice-versa. La rupture des chaînes approvisionnements qui a suivi sa dissolution politique a ramené l’économie de la zone ex-URSS en arrière, du temps requis pour créer des chaînes d’approvisionnement moins téméraires.

La parfaite complémentarité est un mirage, mais c’est un mirage utile car, si elle est inaccessible – et n’est même pas souhaitable ! – elle n’en constitue pas moins le meilleur but à fixer pour l’établissement d’une nouvelle structure de production. Une cible qui n’est pas là pour être atteinte, mais pour montrer la direction, comme on vise l’horizon au lancer du javelot. Une économie tertiaire doit poursuivre la marche dans la direction de la complémentarité. Pas pour y parvenir, c’est une distopie, mais parce que c’est dans cette la direction qu’est l’abondance que nous cherchons.

La spécialisation, qui tend à donner à chaque travailleur  un “monopole”, ne risque-t-elle pas de donner aussi à chacun un pouvoir exorbitant?  Cette montée en puissance de l’individu face au groupe est  un danger bien réel; il faut s’en prémunir, on peut et on doit le faire.  Mais on ne peut reculer devant les aspects négatifs d’une division plus fine du travail ni freiner cette évolution. La richesse est par là.

Nous sommes encore bien loin, d’ailleurs, de cette dangereuse parfaite complémentarité ! Pour l’avenir prévisible, chaque pas vers la complémentarité est un gain; un pas vers le jour où une économie tertiaire pourra offrir au consommateur, qui a appris du secteur industriel les délices de l’abondance, une abondance en services comparable à l’abondance en produits que lui a donnée l’industrie.

Un objectif qui paraît impossible à réaliser, puisque, la machine ne pouvant les multiplier, il faut produire les services un-à-un et il n’y en aura jamais assez. Mais qui aurait dit, il y a cent ans, quand les cuisinières portaient des coiffes, que chaque foyer aurait un jour sa « cuisinière » portant sa hotte et rougissant plus vite que les filles de Camarès ? Il n’y aura sans doute jamais assez de services, mais c’est en scindant et en re-combinant les compétences dont nous disposons que nous apprendrons à programmer une plus large part des services et à en disposer en abondance.

C’est aussi en poussant la division du travail que nous retirerons sur le champ plus de services et de satisfaction, en attendant que la vraie programmation progressive  des tâches nous offre ces services avec une munificence plus proche de celle du secteur industriel pour ses produits.

Cette quête de la complémentarité doit être poursuivie. La compétence doit nécessairement être d’abord fragmentée, puis reconstituée comme ces outils fragiles que l’on n’assemble qu’au moment de s’en servir. La complémentarité doit s’appliquer à tout le système de production et à chacune de ses parties.  La complémentarité doit être le premier objectif pour la planification du système et de ses composantes. Elle sera d’autant plus efficace  que nous aurons réussi cette complémentarité  avec des modules de formation plus petits et pourrons agencer des tâches mieux définies. La première clef est là.

Pierre JC Allard

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