Nouvelle Societe

23-03-09

La contradiction

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:07

Pendant que la plus grande partie de l’humanité est gardée dans la misère, les patriciens de l’Occident, repus, vont aux jeux et aux bains, s’amusent des cancans people au Forum et des intrigues au Capitole, discutent  sans vraiment y croire des périls qui ne sont plus « gaulois » ou « parthe », mais maintenant « jaune » ou  islamiste »…   Il faut remettre les citoyens au travail.  Vouloir produire quelque chose.  Qu’est-ce qu’il veut le citoyen de l’Occident décadent ?

N’est-il pas obscène de se préoccuper des caprices de ceux qui ont tout avant des besoins de ceux qui n’ont rien ?  Choquant, en effet, mais il faut poser le constat lucide que, la nature humaine étant ce qu’elle est et l’équilibre des forces celui que l’on voit, la satiété des possédants est un pré-requis à la satisfaction minimale des besoins des autres.

On ne mettra en place un système de production-consommation global acceptable, que si la dynamique en est transformée dans les pays développés.  Si on veut que le bébé dépose délicatement son verre sans le briser et qu’il y en ait pour les autres, il ne faut pas le lui arracher, mais lui offrir un hochet et un câlin.   Que veulent les citoyens?

Les citoyens de pays développés, s’entend, à qui l’on a permis l’accès à l’abondance et, parmi ceux-ci, ceux qui sont de la majorité effective, avec voix au chapitre pour décider de ce qui sera produit.  Ils veulent des SERVICES: santé, culture, loisirs… Notons bien, toutefois, qu’ils ne veulent pas des services en lieu et place, mais EN PLUS des biens industriels dont ils sont déjà gavés.

Une consommation plus frugale de ces biens industriels servirait bien leur propre santé et le simple bon sens, mais cela ne leur apparaîtra que peu à peu, quand celle-ci leur aura été vantée par les médias et sera devenue non seulement économiquement opportune et moralement correcte, mais socialement fashionable.  Il faut que les patrons de consommation de notre société changent à leurs propres rythmes, car l’on n’imposerait pas un sevrage à l’enfant sans qu’il ne trépigne et casse tout.

Ce sevrage imposé ne se ferait pas sans mal, d’ailleurs. Car, sans même entrer dans la question du tiers-monde, si collectivement la surabondance est là dans les pays développés,  la pauvreté persiste au sein de l’abondance.  Il y a de telles failles dans la distribution que, si on n’y prenait garde, chaque fois que ceux qui sont à l’apex descendraient d’un cran vers la frugalité, la rigidité de la structure de consommation précipiterait ceux d’en bas dans la misère !

Une Nouvelle Société mettra bien l’accent sur la production de l’intangible, ces services que la population réclame, provoquant cette  expansion du secteur tertiaire qui est le signe ostensible de la métamorphose, mais la production/distribution des biens tangibles des secteurs primaire et secondaire n’en continuera pas moins d’exiger encore une attention constante.  On continuera de s’y intéresser, mais  AUTREMENT, cependant, et c’est cet autrement dont on doit prévoir les exigences les conséquences et les dangers.

Tout ce qu’une machine peut faire sera fait par une machine ; tout le travail humain refluera donc vers l’exécution des tâches improgrammables.  Mais le citoyen consommateur qui veut des services veut aussi des biens.  Des biens fabriqués en série, d’abord, dont il comprend intuitivement que, n’exigeant pas de travail humain, la valeur ne peut qu’en devenir négligeable et qu’il peut en  consommer sans même leur prêter attention…  mais aussi des biens ayant cette même touche « humaine » que des services. À ceux-ci, il s’intéressera beaucoup.

Le consommateur est ambivalent face à la structure industrielle et à la notion de progrès.  Il veut l’abondance, mais il a la nostalgie des heures passées à cheviller ce que l’epoxy colle en un tournemain.  Une table vermoulue met une larme à son oeil que les contreplaqués laissent sec. Il comprend que mettre l’accent sur  les services nous ramène au patron fondamental des millénaires précédents, où ce n’était pas l’outil, mais la compétence de l’artisan qui faisait la valeur du service ou du produit.  En plus des services au sens strict, il veut celui équivoque du « sur mesure » et de l’artisanat.

C’est ce que veut la population qui doit déterminer le nouveau modèle d’encadrement des activités économiques.  La primauté du  facteur travail et cette nostalgie pour l’artisanat doit-elle nous suggérer de créer un encadrement du travail qui s’inspire des modèles de naguère ? Sur quelques points, oui, et il ne faut pas s’en priver. L’autonomie du travail en est un exemple, de même que  la reconnaissance du particularisme des travailleurs.  De même, l’idée de  produire par  « projets »  et le concept du travail autonome que l’on fait de sa propre initiative, « en parallèle »  à un autre, un emploi celui-là qui joue le rôle de la « corvée » d’antan.

Pour fonder une Nouvelle Société, la notion d’entrepreneuriat doit renaître et aussi, surtout, celle d’arbitrage, car essence d’une société est d’y résoudre les différents,  ce qui nous rappelle qu’avant des rois il y eut des Juges en Israël… Il y a beaucoup des concepts ayant précédé la révolution industrielle dont celle-ci  nous a obnubilé la pertinence et doivent être redécouverts.

Il ne faut pas, toutefois, verser dans l’archaïsme. La société qui commence et son système de production ne s’apparenteront pas au monde d’un pâtre biblique, mais plutôt à ceux de ses rêves les plus fous.  On verra une personnalisation du travail, comme avant la Révolution industrielle, mais dans un contexte de communication instantanée, de moyens de transport qui offrent l’ubiquité du tapis magique … et le Roi  peut vraiment avoir des yeux partout.   Aladin a trouvé la Lampe.

La nouvelle structure des échanges impliquera un retour à des principes qui donneront la primauté a l’individu, mais dans un monde de technologies avancées qui impose une coopération de tous les instants et une planification minutieuse.  C’est la  technologie qui est la lampe, et le monde ne reste « génial » que si on s’y met tous et que chacun frotte bien là et comme il doit frotter. L’encadrement de la production dans une économie tertiaire présente donc des exigences opposées, voire contradictoires, d’initiative personnelle et d’action collective. Il faut résoudre ces contradictions.

Pierre JC Allard

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Un commentaire »

  1. Le réel bon sens va jusqu’à l’utopie

    Commentaire par jean paul galibert — 27-04-11 @ 6:32


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