Nouvelle Societe

22-03-09

Vouloir produire

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:00

L’humanité qui a atteint l’abondance produit ce qu’elle veut – c’est le privilège que se mérite la chenille en devenant papillon – mais elle DOIT vouloir produire. Même dans l’abondance, il est vital qu’une société cherche encore à produire et qu’elle favorise cette ambition chez tous ses sociétaires.  Si l’on perd cette ambition d’avoir plus – et cette foi que la société nous apporte davantage, quand on participe à l’effort commun – il n’y a plus d’alternative réaliste à la contrainte pour convaincre les sociétaires de travailler et de vivre ensemble.  Une société doit VOULOIR produire. L’inappétence est un péché mortel.

Pourquoi parler d’inappétence dans un monde où une personne sur six ne mange pas à sa faim ?  Parce que ce qui semble un terrible déficit de production n’est qu’une série d’obstacles artificiels aux paliers de la distribution et du partage. Il saute aux yeux, aujourd’hui, que tous les besoins et même la plupart des désirs et caprices matériels des humains  pourraient être satisfaits sans enlever quoi que ce soit à qui que ce soit.   Nous sommes tout près de la satiété.

Toutes les ressources naturelles sont là, les techniques aussi et le facteur travail ne demande que la volonté qu’on l’utilise pour produire tous les biens matériels que nous voulons. Avec une formation adéquate, nous pourrions aussi, sinon combler, du moins satisfaire l’essentiel de la demande pour les services.  Il suffirait que l’on ait cette volonté de produire qui imprégnait l’Occident pendant les Trente Glorieuses, pour que nos objectifs les plus audacieux deviennent réalisables à très court terme.  C’est la structure même qui est faite pour appauvrir.

La pauvreté n’est pas une fatalité; c’est une décision politique. On voit la structure biaisée des échanges et la distribution malsaine de la richesse comme les effets monstrueux de la rapacité et de l’avarice et, parce que ces tares existent vraiment, il est pratique de croire que le problème est là.  Parce que la réalité est insoutenable, on la peint ainsi en noir dans l’espoir qu’on ne la verra pas. Mais ces tares seules seraient bien incapables d’épuiser l’abondance !   Il faut un effort conscient constant pour garder la pauvreté.

La manipulation pour appauvrir, il faut bien le comprendre, ne vise pas à prendre davantage des pauvres; ils n’ont rien dont les riches aient besoin. L’abondance a simplement rendu vain le sens qu’une humanité en pénurie pouvait donner à son parcours et, en l’absence de valeurs spirituelles, la même perte de sens frappe les individus un à un quand leur survie matérielle est assurée.  On s’ennuie et on veut littéralement se distraire. On joue et on feint de s’amuser.  Les riches s’amusent avec les pauvres. Le jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres.

Rien ne presse donc pour annoncer l’abondance, car seul ce partage biaisé de la richesse retarde la dérive vers l’inappétence. On craint que le désoeuvrement ne donne le loisir de la violence à ces cohortes d’improbables gagnants du tiercé que sont les pauvres et l’on attend avant de rendre la richesse effective…  Mais c’est un attentisme aberrant, car on ne triche pas avec la technique.  Ce qui est connu ne se laisse pas oublier.

Le désoeuvrement dans le tiers-monde est venu de toute façon, mais sans l’abondance, exacerbant la colère et menant droit à la violence qu’on voulait éviter. Dans le monde développé, demande effective oblige, la pauvreté ne peut être que relative et un pare-feu nous protège des dangers de la richesse: la nécessité d’un consensus.  Dans une société complexe, chacun devient peu à peu indispensable à tous et le pouvoir que lui confère son indispensabilité est son billet d’admission à la majorité effective. La majorité effective s’est donc élargie; il ne peut plus rien se faire dans une société d’abondance, sans un très large consensus.

Les pays riches doivent composer avec cette majorité effective élargie. Il leur faut parfois lutter avec acharnement pour NE PAS donner à leurs citoyens ce qu’ils veulent…. et leur gâter l’appétit. Mais chercher un consensus est aussi l’excuse parfaite pour ne rien faire.   Quand un consensus est requis pour la détermination des objectifs de production eux-mêmes, NE RIEN FAIRE est une option.

En l’absence d’une volonté collective, le choix de l’individu qui n’est pas poussé par une impérieuse nécessité est souvent aussi de ne PAS produire. Quiconque contrôle un élément indispensable de la production peut faire  chanter toute la société, exigeant qu’on le paye non seulement pour son apport utile réel, mais pour un ajout  énorme de pseudo-travail – gratifiant, mais inutile – pour lequel il présente sa facture !

Insidieusement, on enlève au travail sa composante de production réelle. Sa rémunération ne reflète plus alors sa véritable contribution, seulement le pouvoir de négociation du travailleur… qui tend vers l’infini.  Le travail utile, celui qui souvent demanderait un véritable effort est escamoté autant que possible. Voyez autour de vous.  Quelle part du travail des autres comme du vôtre correspond à la satisfaction d’un besoin et quelle part ne sert qu’à meubler les heures par une activité de pure convenance ?

En situation d’autonomie et l’absence d’un contrôle patronal réel, la valeur du travail doit être objectivée par un arbitrage consensuel, sans quoi chaque travailleur indispensable devient un exploiteur en puissance. Cet arbitrage qui aujourd’hui n’existe pas doit être créé, sans quoi, pour éviter la rupture de toute cohésion sociale, la contrainte se substituera à la promesse comme outil de gouvernance.

Si cette contrainte est mise en place, la société d’abondance ne devient pas un bagne, mais il peut se dessiner, au palier de l’État et de ses créatures, un certain autoritarisme un peu déplaisant.  Une impatience arrogante, aussi,  chez ceux qui ont encore une volonté d’action et qu’énervent le laxisme et la nonchalance de ceux qui ne l’ont plus.  Sous le couvert d’un autoritarisme sans véritable but , c’est le maternalisme sans vraie pitié qui s’installe.

Ce faisant, on ne règle pas le problème de donner un but à la production… Notre société doit se donner un projet. VITE, car l’inappétence, qui semble à des années-lumière, n’est qu’à une simple décision politique près de devenir réalité.

Pierre JC Allard

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4 commentaires »

  1. Pour faire la suite, un livre de Gunther Schwab « danse avec le diable », est assez intéressant de ce point de vue. En gros, chaque démon montre comment il participe à la destruction de l’humanité en empoisonnant la terre, mer, eau, air, nourriture… etc… Mais le premier faisant son rapport est celui du « PROGRES ». Le démon du progrès montre à quel point l’homme est insatiable de nouveautés, qu’il modifie des organismes (OGM) alors que la nature a très bien fonctionné comme cela quelques milliers d’année…

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 17-01-10 @ 6:25

  2. @ 1975jmr

    Le dilemme est total, car seul EST ce qui est et l’on ne peut parler de bonheur que dans la satis-faction…. alors que la vie est changement. La vie est en fait la perception, à un palier A de conscience, d’une séquence de « morts » au palier A-1. Cette séqueence à une infinité de paliers est le Tao… Mais je vais vous inscrire dans la liste de ceux avec qui je partage un interet pour une recherche, disons philosophique, tout en leur rappelant que, si ce site s’écarte du politique, il dérivera 🙂

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 17-01-10 @ 7:48

  3. loOol… ah c’est un blog politique ?

    Mmmhh, j’y voyais plutôt une réflexion intéressante de ce qui nous entoure, et c’est un gros plus par rapport à des blogs politiques qui ne font que « spammer ». LA réflexion est primordiale avant l’action, car une fois au pouvoir, les politiciens ne savent plus quoi en faire, après s’être tellement battus pour l’avoir 😉

    Merci pour l’inscription dans la liste « recherche philosophique », et personnellement je ne fais pas de politique (au sens malgache « politique politicienne »). Je ne me permettrai donc pas de critiquer ou d’abonder dans votre sens sur ces sujets à chaud 😀

    Pour continuer la réflexion je ne pense que le bonheur passe par la « satisfaction » uniquement. D’ailleurs de quelle satisfaction ? Besoins ou désirs ou autres ? Pourquoi avez-vous mis un tirer dans le mot (satis-faction) ? La vie est en perpétuel changement, mais d’une manière lente et douce, alors que l’homme pille et saccage ses ressources. De quel « Tao » parlez-vous ? De cette philosophie chinoise ?

    Cordialementa

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 18-01-10 @ 4:25

  4. @ 1975jmr

    satis-faction = « faire qu’on en ait assez »… Contentement, satiété. Le Tao chinois est le « Panta Rei » de Heraclite, mais objectivé et avec la composante plus ou moins panthéiste des philosophies orientales….. Mais ce sont justement les thèmes sur lesquels je ne veux pas qu’on s’égare, sans quoi on n’aboutira à aucune action.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 18-01-10 @ 7:00


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