Nouvelle Societe

21-03-09

Capitalisme ou entrepreneuriat ?

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:38

Une société d’abondance se met en place par la transformation de son système de production. Elle doit faire face au défi de produire des services plutôt que des biens et de rendre à la Machine tout ce qui est à la Machine, ces deux éléments ne sont pas négociables.  Elle doit aussi accepter un nouveau rapport de forces entre le capital et les travailleurs devenus décideurs; ici  il y a un choix à faire.

La société peut poursuivre dans la voie du capitalisme qu’on connait. L’augmentation de productivité se solde alors par une réduction des acteurs actifs en production et c’est une toute petite élite financière, allant en s’amenuisant, qui gouverne la société, avec le support tacite d’une majorité de la population qui reste passive. Ce modèle repose sur un travail salarié et n’exige qu’un minimum d’entreprise personnelle. Le capitalisme, pour la demande effective, s’appuie sur une distribution par l’assistanat d’un revenu complémentaire au travail.  Il récompense ses supporters par le paiement de pensions et de rentes et il peut les motives par l’actionnariat, qui est un capitalisme à rabais pour les gagne-petit. C’est le modèle du « pain et des jeux ».

Si la société choisit d’aller plutôt vers l’entrepreneuriat, c’est aussi une minorité qui fait fonctionner la société, mais elle est établie selon la compétence.  Au contraire de l’élite financière, dont les effectifs diminuent avec la concentration de la richesse, ceux de cette « aristocratie » – au sens étymologique du terme – de la compétence sont en croissance. Leur nombre augmente nécessairement avec la complexité de la production et la complémentarité des tâches qu’elle requiert.

Il est évident que cette deuxième alternative est plus dynamique que la première.  Faut-il en déduire qu’elle est la meilleure ? Faut-il croire, surtout, que c’est celle que choisira spontanément une population démocratiquement consultés si on lui en donne le choix ?  Ce serait une grave erreur. Le choix n’est pas du tout évident.

Gardant plus de pouvoir s’il encourage la prolifération de ceux à qui il donne que de ceux qui ont la force d’exiger de lui ce qu’ils veulent, le capitalisme ne voit pas l’assistanat d’un mauvais œil. L’abondance rend plus facile à ceux qui possèdent de satisfaire à leur discrétion les besoins essentiels et même les caprices de ceux qui n’ont rien. Sont-il vraiment une majorité dans la population à en vouloir davantage ?

Le capitalisme, dans sa résistance à l’entrepreneuriat, à aussi deux (2) types d’alliés inattendus. D’abord, ceux qui capitalisent la connaissance. Le pouvoir de la connaissance est encadré par la possession de titres reconnus. Quiconque a un diplôme a un intérêt acquis à ce que les choses ne changent pas. C’est le cas de tous les corps constitués. Ils sont du côté des droits acquis, dans le camp du passé et donc les alliés de l’inertie.

Il y a évidemment des escarmouches entre le vieux capitalisme basé sur la possession des équipements et un nouveau capitalisme basé sur celle des diplômes, mais ce sont des querelles intestines.  Au moment de vérité, celui qui s’est approprié une connaissance qui est source de pouvoir la possède comme un chien son os.  Il est du côté de la stabilité et donc du statu quo.  Il est l’allié circonstanciel du capitalisme.

Le deuxième groupe d’alliés circonstanciels du capitalisme, ce sont tous les assistés. Normal, puisque l’assistanat est aux dépens de ceux qui travaillent et au profit de quelqu’un qui ne travaille pas. Les assistés peuvent, par réflexion ou conviction, prendre fait et cause pour un changement éventuel possible de leur condition d’assistés, mais leur INTÉRÊT immédiat est du côté d’un système qui leur donne plus pour moins : le capitalisme actuel, avec l’obligation de « générosité » que lui impose le maintien de la demande effective.

Il y a des degrés dans le soutien au statu quo des divers assistés. Ainsi, les rentiers, qui sont de vrais micro-capitalistes, sont des alliés plus fidèles que les pensionnés – qui peuvent en vouloir plus et changer de camp – et, surtout, que les bénéficiaires d’une aide périodique qui attendent une prestation immédiate et peuvent basculer immédiatement du côté du changement si on ne la leur donne pas. Les assistés jouent aujourd’hui le rôle du lumpenprolétariat de Marx.  Leur appui au capitalisme est plus ou moins solide, mais, quand les jeux sont faits, ils sont pour la stabilité.  Ils le sont, en particulier, les jours d’élections.

Le choix entre capitalisme et entrepreneuriat n’est donc pas encore final. Le capital peut quitter sans coups férir la production au sens strict, sans rien perdre de sa richesse ni de son pouvoir sur la société, en utilisant simplement deux approches complémentaires : l’extorsion par le contrôle des matières premières et une connivence avec l’État pour spéculer sur les variables monétaires.

Il a amorcé ce retrait de la production, mais avec réticence.  Lentement. Trop lentement. À chaque délai qu’il s’accorde, il fait le choix maternaliste de satisfaire tout le monde par le crédit et l’assistanat plutôt que par l’entreprise.  Or, il est devenu clair que cette fuite en avant ne permettra pas de gagner la course contre la décadence.  Devant nous, il y a un trou noir.  Il y a le moment de vérité où l’on verra avec consternation que l’argent ne vaut plus rien. Une fin du monde. (N.B: cette crise qui était une prévision il y a 10 ans est devenue une réalité en octobre 2008, ce qui ne change rien aux conclusions de ce volume)

La crise viendra et il faudra faire en catastrophe ce qu’on aurait pu faire en toute sérénité : mettre en place les nouvelles façons de produire, de gouverner et de satisfaire la population qui sont celles d’une Nouvelle Société.

Même au lendemain de cette fin du monde, il n’est pas sûr qu’on acceptera  immédiatement un système entrepreneurial de production, avec ce que cette diffusion de l’autorité comme de la responsabilité aura pour effet sur la distribution de la richesse et surtout du pouvoir. Mais on y viendra…  L’interdépendance croissante montrera même au plus obtus qu’un égoïsme bien compris passe par la collaboration et que la solidarité est essentielle. Le défi est de hâter cette prise de conscience.

Pierre JC Allard


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