Nouvelle Societe

19-03-09

Les deux axes de l’évolution

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:00

 Presque tout va changer avec l’abondance… sauf la quête de l’optimum.  Le désir d’avoir plus pour moins sera toujours là dans une structure de production postindustrielle, comme dans toutes celles qui l’ont précédée et l’on continuera de privilégier l’efficacité. On voudra encore investir au mieux les efforts pour en tirer le meilleur résultat. C’est ce critère qui détermine tous les autres et il produit ses effets sur deux plans.

Cette recherche de l’efficacité, dans le contexte d’une augmentation indéfinie des connaissances, impose un processus lui aussi indéfini de fragmentation des activités de production en unités sans cesse plus fines. Nous allons donc vers une spécialisation croissante et une maquette des tâches indéfiniment plus complexe. Le même désir d’efficacité conduit à la prolifération des machines et à l’amélioration continue de leurs performances. Cette double évolution est inévitable et de même les conséquences qui en découlent.

Spécialisation et mécanisation nous conduisent à produire autre chose et à travailler autrement, produisant des services plutôt que des biens restreignant progressivement le travail humain à ce qu’une machine ne peut pas faire. On peut suivre facilement l’évolution de la production au rythme de l’industrialisation, quand on voit qu’elle se fait selon ces deux (2) grands axes  « nature du produits » et « modalités du travail », dessinant deux (2) lignes de clivages sur la maquette des activités de production.

Le clivage qui tient à la nature des produits est entre biens (tangibles) et services (intangibles). À mesure que la production de biens « tangibles » peut être automatisée, les besoins matériels sont de mieux en mieux satisfaits et le centre de gravité  de la production se déplace  inéluctablement vers la fourniture de services qui reste déficiente. Produire du tangible devient progressivement plus facile et requiert moins de soins. De moins en moins de gens s’y emploient ou même s’en préoccupent.  Produire des « choses » apparaît trivial.  C’est l’intangible qui semble important…

Cette valorisation relative continue de l’intangible incite à tenir le tangible pour acquis.  Dangereuse illusion, car le matériel n’a évidemment rien perdu de son importance; l’homme n’est pas pur esprit et, sans biens tangibles, il meurt.  Ajouter des rouages à la roue arrière d’une bicyclette ne rend pas la roue avant superflue… Prudence, donc, dans la réaffectation des ressources de production vers les services… et la désaffection pour l’industrie. Il y a une limite à substituer des courtiers en stocks miniers à de vrais mineurs à gueules noires. Cela dit, l’évolution vers la production de l’intangible ne cessera pas; il faut en tenir compte.

Le deuxième axe d’évolution en production ne tient pas à la nature des produits, mais à celle du travail pour les obtenir.  Tout travail est programmable ou improgrammable: c’est une autre dichotomie.  Les activités de production qui sont programmables, mais non encore programmées, le seront tôt ou tard, puisque le rapport de la valeur relative du travail humain à celle du travail-machine est fonction de la richesse collective qu’apporte la mécanisation elle-même.

 Le passage de la main-d’œuvre vers l’improgrammable, est synchrone de l’enrichissement collectif dont il est à la fois la cause et l’effet, dans une boucle parfaite de rétroaction (feed-back) positive, car le revenu du consommateur doit augmenter pour acquérir tout surplus produit.  Il cesse  donc progressivement d’être « rentable » d’utiliser un humain pour faire quoi que ce soit qu’une machine peut faire. La machine se substitue au travailleur chaque fois que faire se peut et le travail humain se concentre sur les activités improgrammables. Économiquement cette boucle est tout à fait vertueuse, mais socialement elle crée des distorsions dans notre société axée sur le travail. Il y a des balises à poser…

À quoi sert cette notion des deux axes d’évolution de la production ?  À identifier les activités et à optimiser leur ré-agencement continu en nouveaux emplois et postes de travail.  Sur un marché du travail libre, dans un système de production en évolution, les postes de travail sont des agrégats opportunistes de tâches qui se mettent spontanément en place et n’optimisent donc pas l’efficacité pour bien longtemps.

Il y a des corrections incessantes à apporter à la maquette des postes de travail. Ce sont les critères « tangibles vs intangibles » pour les produits, « programmable vs improgrammable » pour le travail, qui vont permettre l’identification des activités et des tâches nouvelles, puis leur répartition optimale par fonctions et leur regroupement en postes de travail.

On optimise l’efficacité en regroupant les activités qui peuvent être programmées et en les programmant au moment idéal. On facilite l’affectation utile du capital et son amortissement serein, si on prévoit le rythme de transformation inévitable d’une demande pour des biens en une demande pour des services.

Cette notion n’est utile, toutefois, que dans la mesure où  les « deux axes d’évolution » des activités de production déterminent bien deux dimensions. En pratique, les deux variables sont largement dépendantes, car il est évident que la production de biens tangibles exige un apport plus important en matières premières et en capital fixe, alors que le travail improgrammable, semble plus présent dans la production de l’intangible. L’exercice n’est-il pas superflu ? Non, pour deux (2) raisons.

D’abord, ne confondons pas la forme de la matrice avec les paramètres qu’on y inscrit. La corrélation entre les deux variables est imparfaite et reflète souvent des habitudes plutôt qu’une nécessité. Ainsi, on peut très bien programmer la production de services intangibles, alors que même celle des biens tangibles repose aussi finalement, en haut de la pyramide, sur les activités improgrammables – créativité, initiative et relations humaines – qui sont le propre de l’être humain :

Ensuite, ce ne sont pas les modifications quantitatives mais la variation de l’importance relative des facteurs travail-capital-ressources qui modifient les rapports de forces et transforme la structure de production. C’est parfois sur le petit clou qu’il faut taper… Toutes les combinaisons de matérialité et d’automation ne sont pas équiprobables, mais elles sont presque toutes possibles; il est donc important de rester réceptif aux combinaisons inusitées, car ce sont celles qui nous éclairent le plus et peuvent être  annonciatrices des plus grands changements.

Pierre JC Allard

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