Nouvelle Societe

16-03-09

La société entrepreneuriale

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 3:03

Dans un nouveau système de production, on produira d’abord « autre chose ». On en a un indice dans le passage déjà largement complété de la main-d’oeuvre vers le secteur tertiaire. Ce sont des SERVICES que veut surtout la majorité effective de la population. C’est donc avec l’abondance des services en tête qu’il faut construire un nouveau cadre normatif, organisationnel et logistique dans lequel s’intégreront, à la place de choix, les activités de production tertiaires devenues prioritaires.

Ensuite, on produira « autrement ». L’épopée pénible du travailleur machine est révolue. On va poursuivre et compléter la mécanisation dans les secteurs prinaire et secondaire de production de bien tangibles et on la poussera aussi jusqu’à la limite du possible dans le secteur tertiaire. La migration de la main-d’oeuvre vers les tâches inprogrammables, va s’accélérer.

Enfin, on va passer d’un système capitaliste à un système entrepreneurial de production et la société suivra… Ce n’est pas la même chose ? Oh non ! Le capitalisme hiérarchise les fonctions: il a des décideurs et des exécutants. Dans le système de production complexe que nous avons créé et où les fonctions deviennent de plus en plus complémentaires, le travail HUMAIN d’exécution devient si trivial, quand on le compare au temps de décision – incluant information, analyse, synthèse et réflexion indissociable de cette décision – que la tâche d’exécuter sans décider n’aura plus de raison d’être.

Bien sûr, il faut encore aujourd’hui que quelqu’un balaie le parquet et aille chercher le café, mais on comprend que ce n’est qu’affaire de temps avant que la mécanisation fasse que le parquet se nettoie tout seul et que le café arrive quand on le siffle. Il ne faut pas prévoir la structure de production de l’avenir et les rapports entre travailleurs, en posant somme prémisse la perennité des porteurs d’eau. Ce serait une aberration. Il y aura de moins en moins de travailleurs qui ne décident pas et un jour il n’en restera plus.

Dans une structure de production où le résultat dépend des décisions et donc de la compétence et de la bonne volonté de tous, le capital est dans une position de faiblesse face aux travailleurs. Il peut encore exiger un rendement, mais il doit renoncer à s’immiscer dans la processus lui-même. Quand le capital ne peut plus intervenir dans la production au sens strict, ce sont les travailleurs qui deviennent les entrepreneurs et ils ne sont vraiment motivés et donc efficaces que s’ils sont autonomes.

Quand les compétences sont complémentaires et que chaque participant est décisionnel, l’entrepreneuriat est la seule façon d’optimiser la production et la distribution du produit; toute autre approche est inefficace. C’est cette structure de production dans laquelle COLLABORENT des travailleurs autonomes complémentaires pour optimiser un résultat RÉEL qui va remplacer la structure de production capitaliste actuelle où les ordres viennent d’ailleurs et dont l’efficacité se mesure dans le miroir déformant de la spéculation monétaire.

Ne pas en déduire que le capitalisme disparaîtra ! Un système de production peut être à la fois capitaliste et entrepreneurial. La plupart des systèmes actuels en sont des exemples et dire que capital et entreprise sont tous deux nécessaires est une évidence. Il faut éviter de les confondre, toutefois. Car si, pour asseoir sa dominance, le néo-libéralisme a réussi à présenter capitalisme et libre entreprise comme les deux piliers complémentaires de notre structure économique, la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles d’un axe le long duquel le système de production se déplace.

Capitalisme et entrepreneuriat sont nécessaires l’un à l’autre, mais s’opposent irréductiblement. On pourrait les dire « synagonistes »… Quel est le rapport de l’entrepreneuriat au capital ? La fonction « entreprise » incarne le présent – et donc implicitement l’avenir – face au capital qui représente le passé. Lorsque les facteurs de production sont assemblés, le capital – incluant la matière première qui, au départ, est le « capital » par excellence – constitue l’apport au projet de ce qui existe déjà, par opposition au travail qui est la valeur qu’on veut y ajouter.

La valeur de l’entrepreneuriat en comparaison de celle du capital est donc dans le rapport de la valeur du travail à faire à celle de la richesse investie. Elle est dans le rapport de la valeur de l’ajout à celle du fond auquel il s’ajoute. C’est un rapport fluctuant, puisque ce que l’on fait dans l’instant présent (travail) devient dès l’instant suivant, un ajout au passé (capital). Le passé se nourrit du présent et ce que l’on produit devient capital. En fait, l’entreprise trouve sa motivation et sa fin à devenir capital.

On peut dire, à juste titre, que le pouvoir inhérent à la richesse est toujours entre les mains de celui qui, dans l’instant présent, possède le capital, mais ce capital est évanescent et le rapport de force réel de l’entrepreneuriat au capital dépend de la vélocité du changement, plus précisément du rythme de changement qu’on anticipe. Le pouvoir du capitaliste face à l’entrepreneur (travailleur) diminue à mesure que décroît la valeur relative de ce qu’il possède face a celle attendue de ce par quoi l’entreprise le remplacera. Or tout se transforme désormais plus vite et l’on VEUT que tout se transforme plus vite. Les exigences du capital nous retardent. Le capitalisme n’est plus efficace.

Le capital réel ne se dissipe pas, mais perd constamment de son importance relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat. C’est le momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui est déjà là. Plus l’on décide d’évoluer rapidement, plus le travail – entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a déjà été accumulé. Plus l’importance relative de la compétence au capital change en faveur de l’entrepreneur, plus le pouvoir du capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la hiérarchie sociale. Il faut accepter ce changement de hiérarchie: c’est la clef d’une nouvelle société.

Il ne faut pas voir cette partie de souque à la corde entre capital et entrepreneuriat comme lutte entre la Gauche et la Droite. On pourrait parler plus pertinemment d’une querelle des « anciens » et des « modernes », car le vrai clivage est entre la stabilité – qu’on peut aussi appeler méchamment l’inertie – et le changement… qu’on peut aussi interpréter tout aussi méchamment comme une destruction des valeurs en place. Ne pas y voir une lutte du bien contre le mal : il y a seulement un équilibre à trouver.

Il ne faut surtout pas penser que cette lutte conduira à une quelconque victoire finale. La riposte du capitalisme à la montée de l’entrepreneuriat prend la forme d’une alliance en gestation entre les grands capitalistes shylocks et les petits capitalistes rentiers. C’est une force passéiste en opposition aux travailleurs-entrepreneurs en quête du changement, qui sera sans doute toujours là et qui pourrait connaître encore de beaux jours. Le maternalisme est toujours une option: celle de la décadence.

Pour l’instant, toutefois, le systeme de production va faire la part belle aux entrepreneurs. Le passage à une structure de production plus entrepreneuriale est nécessaire pour permettre l’éclosion d’une société où la compétence aura le pouvoir. Une société de collaboration plutôt que de concurrence forcenée. La crise actuelle des marchés financiers qui réduit a rien la valeur du capital monétaire rend ce passage vers l’entrepreneuriat plus facile. C’est une crise bien opportune…

Sur l’axe entrepreneuriat-capital, le curseur sera déplacé vers l’entrepreneuriat. C’est cet essor de l’entrepreneuriat qui permettra de compléter la métamorphose et libèrera le papillon en chacun de nous. Ce sont les nouvelles façons de produire qui détermineront l’évolution de la société: les germes d’une Nouvelle Société sont là et tout le reste suivra.

Nous verrons, dans la série de textes « Production », les détails du nouveau système de production qui est à se mettre en place.

Pierre JC Allard

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3 commentaires »

  1. Voilà une grille de lecture très intéressante. Elle rejoint l’idée de l' »entreprise 2.0″ . De plus en plus ce seront des associations volontaires entre petites structures qui vont produire de la richesse. Ces PME (ou une autre forme à venir) fonctionnent suivant une technique managériale beaucoup plus réactive et concentrée sur l’innovation. Cela grâce à la promotion de la collaboration, une faible importance accordée à la hiérarchie, une fidélisation de ses employés (pas uniquement avec un salaire, mais avec un environnement de travail épanouissant), etc.

    Au risque de paraitre outrageusement auto-promotionnel, celui pour lequel je travaille a produit cette présentation: http://www.entrepriseglobale.biz/about/. Je trouve qu’elle résume merveilleusement bien la situation, en tout les cas elle m’a permis de mettre mes idées aux clairs.

    Commentaire par Thomas — 19-03-09 @ 3:40

  2. Je vous prie de m’excuser je voulais écrire: « mes idées au clair » et non « aux clairs ».

    Commentaire par Thomas — 19-03-09 @ 3:44

  3. @ Thomas. Il est évident qu’il y a convergence. Voyez l’article ci-dessous et les deux suivants. Je crois que vous verez combien nous sommes d’accord. Le défi est de promouvoir la rentabilisation de cette nouvelle approche par une action politique, sans quoi il faudra des décennies pour qu’elle s’impose. « Et nous, nous serons morts, mon frère… »

    PJCA

    http://nouvellesociete.org/P31.html ( et seq)

    Commentaire par pierrejcallard — 19-03-09 @ 4:46


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