Nouvelle Societe

15-03-09

Briser le cocon

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:57

« Briser le cocon », c’est déconstruire notre structure actuelle de production. C’est vraiment une mutation, car l’individu voit sa vie comme une séquence de désirs à satisfaire – quand il y tient vraiment, il les appellent ses « besoins » – et c’est en produisant qu’il y parvient. Pour l’individu, c’est produire qui importe ; la société n’est qu’un adjuvant, parce qu’ensemble on peut produire mieux.

La nature nous donne tout, mais encore faut-il savoir et pouvoir le prendre. Cueillir les baies, tailler des silex, chasser le bison. À la ressource dite « naturelle » – la matière dite « première » et intrinsèquement gratuite – doit s’ajouter, pour qu’elle acquière une utilité et donc une valeur, un travail pour la mouvoir, l’aménager ou la transformer. Produire, c’est créer cette valeur ajoutée. Dès que l’humanité dépasse le stade de la cueillette et du poisson cru, elle veut transporter, façonner, transformer, stocker, distribuer. Elle veut PRODUIRE.

Produire, c’est « rendre utile », c’est « tirer profit de ». C’est rendre une chose plus conforme aux désirs, en augmenter l’utilité et donc la valeur. Produire est au coeur de la vie et, pour beaucoup, c’est ce lui donne presque tout son sens : c’est le faire qui vient témoigner de l’être et trouve sa conclusion dans l’avoir. Changer les attitudes face à la production est donc un énorme défi. Que notre système soit néo-libéral n’est qu’un épiphénomène ; serait-il collectiviste, qu’il n’est pas certain qu’on le transformerait plus aisément. C’est accepter de produire autre chose et de travailler autrement qui est le défi.

Les sociétés naissent pour assurer la protection de leurs sociétaires, mais, dès qu’elles existent, on découvre qu’elles ont aussi l’extraordinaire avantage de permettre la division du travail. Chacun peut développer une compétence et en faire bénéficier les autres, profitant en échange de la leur. Cette spécialisation permet de chercher et de trouver de meilleures façons de produire.

Simultanément, la vie en groupe permet la production en masse que cette recherche rend possible et les économies d’échelle qui résultent de cette production en masse en rendent possible la consommation en masse. Tous ensemble, on travaille mieux et l’on produit plus. La société s’enrichit. C’est le travail qui crée la richesse et le produit EST la richesse.

Parce que la production est la source de la richesse, augmenter la production de biens et services tend à devenir le premier but implicite de toute société. On peut imaginer et même faire fonctionner pour un temps des sociétés dont le but sera l’honneur, la gloire, la sagesse ou le salut éternel, mais la nature humaine, dans sa quête de sécurité et de pouvoir, tend toujours à refermer ces parenthèses et à ramener l’effort collectif vers l’enrichissement : la production.

C’est cette priorité accordée à la fonction de produire qui permet que, tôt ou tard, prédomine dans une société une gouvernance qui repose sur la promesse et la récompense – et donc sur l’efficacité des fonctions de gérance de l’État – plutôt que sur la menace et le châtiment. Pour que perdure cette mansuétude, toutefois, une certaine pauvreté est nécessaire qui rend souhaitable un enrichissement. Une conscience d’être « pauvre », la pauvreté, étant le désir insatisfait et la richesse sa satisfaction.

Maintenant que l’industrie a permis que nos besoins matériels soient satisfaits, il faut que l’enrichissement prenne une nouvelle forme. Rien ne devrait être plus facile, car libérée du cocon du besoin, une société postindustrielle peut produire ce qu’elle veut. Des activités inédites apparaissent pour répondre à la demande que suscitent les nouvelles techniques et l’État modifie son rôle et sa structure de gérance, pour mieux encadrer les nouveaux rapports que doivent développer entre eux les citoyens comme consommateurs et producteurs.

Divers aspects de la relation quotidienne de l’État aux citoyens sont ainsi changés un à un et il en découle finalement une modification radicale de la production et donc de la fonction de gérance de l’État. Les institutions de la société sont elles-mêmes alors adaptées au nouveau paradigme et l’on constate que l’État, en transformant sa fonction de gérance et en créant cette nouvelle relation avec ses citoyens, est amené à transformer aussi sa fonction de gouvernance. Un autre environnement sociétal est créé

Un environnement qui, aujourd’hui, peut de définir par l’abondance. On peut satisfaire facilement les besoins matériels de tous. Il y en a pour tout le monde : la guerre est inutile. Toute rivalité qui n’est pas seulement une émulation et un jeu est une erreur, car il y en a encore plus pour tous quand l’on reconnaît que chacun DOIT être complémentaire et que nous devenons tous indispensables. La métamorphose a fait que l’homme nouveau n’a plus à se battre pour satisfaire ses besoins : il doit COLLABORER.

L’homme nouveau qui sort du cocon n’a pas perdu sa violence – la nature humaine est coriace – mais, pour vivre dans ce nouvel environnement d’abondance, il doit manifester son aggresivité autrement. Comment est un autre débat, mais, pour vivre en société, il doit collaborer. Le problème est que les vieilles habitudes sont bien tenaces ; combien de temps avant que l’homme de la société d’abondance apprenne à se conduire comme un papillon ?

Le temps qu’il apprenne voler, c’est-à-dire à travailler autrement, ce qu’il apprendra en le faisant. Les façons de produire ne sont pas innocentes. C’est la structure de production mise en place qui va achever la transformation vers l’homme nouveau. Cette mise en place est une tâche subtile, car rien ne peut être imposé. Une nouvelle société ne s’épanouit que si, plutôt que de la construire pour orienter l’évolution humaine en obéissant à une idéologie, on le fait en répondant aux exigences de cette évolution même, lesquelles se reflètent justement dans le système de production qui s’installe en suivant la ligne de moindre résistance.

Tout va changer dans une Nouvelle Société, mais d’abord sa structure de production. Tout va changer dans une Nouvelle Société, mais pour comprendre et prévoir ce changement, il faut suivre l’évolution spontanée de son système de production, lequel n’est plus seulement sa corne d’abondance, mais aussi la boule de cristal où se profile son avenir.

Il faut produire autre chose et le produire autrement. Comprendre, surtout, que le cocon qui limite notre évolution est la structure essentiellement capitaliste de notre systeme de production. Nous devons passer à une structure entrepreneuriale de production.

Pierre JC Allard

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