Nouvelle Societe

13-02-09

Le modèle de surproduction

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:00

Planifié par les managers, agréable à une majorité effective en Occident, mais profitant surtout aux capitalistes, un modèle économique de surproduction systémique a donc été mis en place qui allait fonctionner durant quatre décennies, recouvrant cet âge d’or qu’on a appelé les Trente Glorieuses, mais s’étendant jusqu à la chute du Mur de Berlin qui allait marquer vraiment la fin d’une époque.

C’est un modèle qui apportait une prospérité ostentatoire encore jamais vue, mais créait aussi une exclusion dont les conséquences viendraient nous hanter. Ce modèle reposait sur des progrès techniques phénoménaux, mais exigeait quelques supercheries, fermait les yeux sur une divergence irréconciliable entre les objectifs des producteurs et des consommateurs. Il se satisfaisait d’un enrichissement largement illusoire qui ne répondait pas aux besoins, ni même à la demande.

Les supercheries, rendues multiformes et omniprésente par la publicité, visaient, pour les biens de consommation courante, à susciter chez les consommateurs des besoins artificiels, puis à leur vendre le futile et l’inutile déguisé en essentiel, le tout affublé d’une pseudo « qualité » souvent mythique qui faisait apparaître précieux ce qui souvent était à peine acceptable. Pour les biens durables ou semi-durables, on en faisait tout autant, mais il s’y ajoutait les incongruités inhérentes à l’opposition essentielle entre le consommateur qui veut acheter un produit qui dure et un producteur qui veut lui vendre un produit ne dure pas.

Ces produits semi-durables, constituant une part énorme de la production industrielle, c’est en manipulant la variable « durée », en jouant sur la durabilité et l’usure d’une part, sur la désuétude planifiée (obsolescence) d’autre part et en maîtrisant le cycle de remplacement des produits qu’on peut achever la mutation définitive d’un système de production afin qu’il n’existe plus que pour produire.

Quand on prend pour politique de fabriquer des produits qui ne durent pas, ou qui ne durent pas autant qu’ils devraient durer, on repousse aux calendes grecques la satisfaction du besoin qui devrait être le but ultime d’une société industrielle conçue pour apporter l’abondance. On peut dès lors garantir que la demande ne sera jamais satisfaite que l’industrie restera prioritaire et que le capital gardera sa position dominante dans la société.

Avec le modèle de surproduction, on s’adonnerait à la production de biens superflus et on favoriserait leur mise au rancart accélérée pour permettre d’en produire davantage. On avait ainsi un plan viable de transition vers une économie tertiaire au rythme de la mécanisation progressive des services et en maintenant l’ordre social inchangé. On vivrait un âge d’or et l’on gérerait l’exclusion selon les principes de la justice distributive.

Il y avait néanmoins deux (2) inconvénients à ce modèle. Le premier, c’est que les ménages de la classe moyenne, ayant complété leur équipement de base, tous les marchés industriels importants étaient devenus matures. On ne produirait essentiellement à l’avenir, pour la consommation domestique, que les biens semi-durables nécessaires pour assurer le remplacement de ceux qui seraient usés ou désuets. La même règle s’appliquerait aux quelques gadgets genre télévision couleur, ordinateurs portables et téléphones cellulaires qui s’ajouteraient à cet équipement, mais n’en représenteraient qu’une modeste part..

Dans cette situation, chaque baisse de durabilité est un APPAUVRISSEMENT collectif bien réel, puisque la valeur de l’investissement en biens semi-durables à usage domestique que possède la population – en termes des services que ces biens peuvent rendre pendant la période où ils seront utilisés – est évidemment inférieure à ce qu’elle serait si ces biens étaient faits pour durer. Chaque fois qu’on produit encore une fois la même chose, pour répondre à un besoin qu’aurait pu continuer à satisfaire le bien qu’on remplace – si on ne l’avait pas fabriqué pour qu’il s’autodétruise ! – un producteur fait un profit et le système perdure mais le consommateur n’y gagne rien. Son patrimoine ne s’est pas enrichi. L’obsolescence planifiée l’a privé du fruit de son travail.

L’autre inconvénient, c’est que cette production inutile conduit à consommer, tout aussi inutilement, davantage des intrants de la production. Quels sont ces intrants ? Les matières premières – ressources naturelles, incluant l’énergie – le capital et le travail. En ce qui a trait aux matières premières, on peut limiter les dégâts par le recyclage, mais bien imparfaitement et il y a des ressources non renouvelables qui s’épuisent, ce dont avec le temps on deviendra de plus en plus conscient. En ce qui concerne le travail, il n’y a pas de recyclage possible. Une heure perdue à produire l’inutile ne reviendra jamais. Le modèle de la surproduction gaspille le temps et le temps est ce dont la vie est faite. C’est votre vie que le système gaspille.

C’est sur le facteur « capital », cependant, que le modèle de surproduction aurait son impact le plus évident. C’est là que se situe la charnière entre le réel et le symbolique et c’est donc là que se fait le passe-passe qui permet de faire apparaître comme un enrichissement ce qui en réalité est un appauvrissement. Dans un modèle de surproduction privilégiant l’obsolescence accélérée, le capital réel sous sa forme d’équipement et d’outils s’use en pure perte à produire l’inutile, sans même constituer une reéserve et donc s’ajouter au patrimoine.

La seule chose qui se crée est une richesse symbolique fictive qui s’enfle des profits monétaires réalisés. Une enflure qui suffit à faire jouir ceux qui en disposent, mais qui cache un appauvrissement en termes réels et un insupportable manque à gagner, puisque la production demeure ainsi fondamentalement industrielle et que les services que l’on souhaitent restent rares. Même les pauvres, sinon les plus pauvres, peuvent avoir accès aux babioles les plus affriolantes que produit l’industrie, mais les services sont pour les riches.

Quelques inconvénients, mais, somme toute, un modèle qui devrait faire l’affaire durant la période de transition vers le tertiaire. Il suffisait d’avoir un plan cohérent pour gérer l’insatisfaction dans la surproduction. Vous connaissez Pénélope ?

Pierre JC Allard

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