Nouvelle Societe

05-02-09

L’exclusion

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:07

Il y a des millénaires qu’on voulait produire mieux et, maintenant qu’on y est arrivé, il semble que ce soit une excellente chose que les services exigent plus de travail ! Une crise bien perverse Une crise qui commence par une simple pénurie de travail, mais une pénurie qui frappe toujours les mêmes victimes et devient une EXCLUSION

Avant l’industrialisation, chacun contribuait son travail à la société et il en sortait une production commune à partager. Plus de travail, plus de production, plus de richesse collective. Tous n’en touchaient pas leur juste part, mais celui qui en était privé était victime d’une injustice, un phénomène bien connu. Avec l’industrialisation, la production a augmenté en flèche et l’injustice aussi, car celui qui possède l’équipement est en position de force pour en prendre bien plus que sa part. L’injustice n’empêchait pas, cependant, qu’il y en ait chaque jour un peu plus pour tout le monde. Maintenant que l’abondance est là, cependant, le plus grave problème ne vient plus de l’injustice : il vient de la notion de justice elle-même.

De la justice elle-même, car, en bonne justice commutative, chacun vaut le salaire de ce qu’il peut apporter ; une société se dit équitable, s’il y a réciprocité entre les apports qu’on y met et les avantages qu’on en retire. Avec l’augmentation de la productivité, cependant, on se retrouve nécessairement avec un surplus croissant de travailleurs pour assurer la production des biens matériels. Une large proportion de la population peut s’en retrouver écartée de l’effort productif. EXCLUE.

Cette exclusion pose divers problèmes, dont celui de garder la demande effective pour maintenir le niveau de consommation, mais aussi celui du JUSTE partage de la production. Que faire si une large part des travailleurs, chassés de l’industrie, ne PEUVENT plus contribuer à la société et n’ont rien à offrir dont celle-ci ait besoin ? Ces travailleurs qui n’ont plus de travail posent un problème, car de quel droit celui qui n’a pas un apport à faire viendrait-il prendre sa part du produit ?

En justice commutative, celui qui n’apporte rien à la société ne vaut rien pour la société et n’a droit à rien. Evidemment, cette stricte réciprocité ne colle pas avec la morale de l’Occident, les exigences d’une société d’interdépendance, ni les circonstances d’une société technologiquement développés où le pouvoir de nuire de chaque individu est énorme.

On a donc valorisé une justice « distributive », pour justifier de donner une pitance aux exclus. On le fait parce que ce n’est pas leur faute s’il n’y a pas de travail et, aussi, parce que les gens qui crèvent de faim peuvent devenir violents et qu’il n’y a pas consensus sur la façon de les calmer. Une société riche et évoluée va donc au-delà de la justice commutative et accorde par humanité un revenu au travailleur exclu.

On assure ainsi à ceux qui sont exclus un revenu. On le fait d’autant meilleur gré, d’ailleurs, que l’Occident, a les moyens de sa morale et que, de toute façon, un système de production de masse exige une masse de consommateurs et que, sans demande effective, notre société périclite. C’est un acquis de civilisation avec une part d’égoïsme bien compris. Celui qui ne travaille pas est pris en charge, selon les droits que la morale et le consensus social lui reconnaissent. Il est nour

On assure ainsi à ceux qui sont exclus un revenu. On le fait d’autant meilleur gré, d’ailleurs, que l’Occident, a les moyens de sa morale et que, de toute façon, un système de production de masse exige une masse de consommateurs et que, sans demande effective, notre société périclite. C’est un acquis de civilisation avec une part d’égoïsme bien compris. Celui qui ne travaille pas est pris en charge, selon les droits que la morale et le consensus social lui reconnaissent. Il est nourri.

Nourri, mais la notion de justice commutative reste néanmoins bien présente dans la psyché des sociétaires. Ils sont conscients que le principe de réciprocité qui est à la base de toute société n’est pas respecté et le travailleur qui ne peut pas contribuer utilement à l’effort productif reste un exclu. Il ne peut pas vraiment prétendre à sa part équitable d’une richesse collective qu’il n’a pas participé à créer et, non seulement le revenu qu’il reçoit est inférieur à celui que se méritent ceux qui travaillent, mais il y a un large consensus qu’il doit en être ainsi. Un grave malaise s’ensuit.

Ce malaise en Occident n’est pourtant que la pointe du iceberg, car il n’y a pas que l’Occident à prendre en compte. Les assistés chroniques dans les pays développés ne constituent qu’une toute petite « cinquième colonne » de l’exclusion. Le vrai problème est ailleurs, dans le tiers-monde. En y exportant ses surplus alimentaires et ses produits manufacturés pour réduire son chômage, l’Occident a diminué d’autant la possibilité de participation à l’effort productif des travailleurs du tiers-monde. On y a créé une même exclusion, mais en infiniment plus grave.

C’est une faible proportion seulement de la main-d’uvre des pays sous-développés qui peut contribuer quoi que ce soit d’utile à l’économie mondiale. L’exclusion y est généralisée et d’autant plus pénible que, dans les pays pauvres où l’égoïsme n’a pas été « civilisé » par le besoin de maintenir une demande effective dans une économie fermée, le travailleur dont on n’a pas besoin ne vaut encore RIEN et que l’on n’a pas toujours l’élégance de lui offrir une pitance. Le travailleur en surplus du tiers-monde se rend utile ou, comme disait Malthus, « n’est pas invité au banquet de la vie ».

Ces travailleurs, qui ne peuvent contribuer à la société à la hauteur de ce que leurs besoins exigeraient, s’amoncellent par millions dans la périphérie des mégalopoles du tiers-monde et ne sont pas tranquillisés par des paiements de transferts. Il est vital pour la paix sociale – et la paix, tout simplement – que tous redeviennent utiles et participent à l’effort collectif. En Occident, mais aussi partout.

Et si on veut qu’ils soient vraiment utiles, il faudra les affecter les travailleurs d’ici et d’ailleurs à des tâches pour lesquelles il y a vraiment une demande. Car il y a services et services….

Pierre JC Allard

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6 commentaires »

  1. Bonjour Pierre,

    Vous m’avez entrainé vers la lecture de cet article. Ce sera donc de votre faute si je n’apporterai pas de confirmations sur tous les points à votre billet.
    Vous connaissez mes antécédents, mon esprit à la logique implacable.
    J’ai participé à cet élagage de main mains d’œuvre. J’en étais bien conscient. Faire du développement informatique, c’est naturellement une tâche qui est basé sur cet élimination du travail répétitif. Être exclu de ce cycle infernal, comme on voyait Charlot dans les Temps Moderne, a été une excellente chose.
    L’homme n’est pas fait pour faire du travail idiot comme je l’ai, de multiple fois, dit ailleurs.
    « Chacun vaut le salaire de ce qu’il peut apporter »
    Peut-être, mais il vaudra encore plus dans sa tour d’ivoire à imaginer des solutions plus efficaces que de prester 8 heures par jours.
    Tout le monde ne peut être philosophe, mais peut à l’aide de son expérience faire avancer le schmilblick en le comparant aux idées des autres.
    Utiliser un peu plus ses neurones en s’échappant des habitudes. Chercher parfois mais sans en avoir un but.
    Un de mes articles fiction « Tous à un dollar », m’a fait beaucoup réfléchir.
    En écrivant mon About, je disais qu’Internet pouvat sauver le monde en ouvrant les frontières du savoir. Celui-ci n’a pas de frontières.
    Non, on joue péniblement dans la compétition, même sur la Toile. Tout pour écraser l’autre. Compétition au niveau des sociétés, des pays, des continents.
    On lance des hoax, des idées que l’on veut sienne. Aucun travaux en commun. C’est du chacun pour soi.
    Vous qui passez des articles sur Agoravox, vous devez l’avoir constaté. On s’y amuse à mettre des points plutôt que d’apporter des idées constructives.
    S’en trouve-t-on plus motiver pour autant? J’en doute. On partage son mal être sans en chercher les véritables coupables: notre goût pour la facilité à rechercher le prix le plus bas en tout. La quantité remplaçant la qualité.

    L’espace est un projet universel qui dépasse allègrement les frontières, la science en est une autre. Elle a obligé à la standardisation. Le CERN n’est pas une base de voyous qui dépensent les sous des autres. On parle moins de drapeau, d’appartenance ethnique, ce culture propre dans leurs enceintes.

    La justice, que vous mettait en avant, n’y a rien à voir. Elle devrait être universelle, mais ne l’est pas.
    La justice est seulement une vision de l’esprit humain à un endroit donné.
    La nature a la sienne. Beaucoup plus pragmatique et indifférente. Elle agit par tests successifs, par évolution et petits pas. Elle s’adapte avec tous les paramètres qu’elle a à sa disposition.
    Tout concentrer à l’échelle humaine est un leurre. L’anthropomorphisme a dégénéré l’évolution et ce n’est que récemment que l’on découvre certaines choses qui pourraient être adaptées utilement à notre échelle humaine.
    Les religions qui personnalise un Dieu humanisé, une autre vision qui n’aura que l’existence très courte de quelques minutes à l’échelle de la Terre rétrécie sur une année.
    Rationaliser pour le bénéfice global est une solution et pourrait être une Foi bien loin de toutes religions.
    Je lisais ce matin que la catastrophe du Golfe du Mexique peut être une chance.
    Il faut des électrochocs pour que l’homme change de cap.

    « Il y a services et services »
    Absolument.
    Le « nice to have » a trop souvent été la base de la complémentarité d’une production mal évaluée.
    Il y a encore beaucoup d’autres choses à dire sur le sujet sans virer dans une idéologie mais en planant au dessus de la mêlée.
    J’ai écrit, quand j’ai quitté mes fonctions actives, un article qui se posait la question de « Et si c’était à refaire ».
    J’en ai cité des postes différents. J’ai dû me limiter.
    Contrairement, à beaucoup de monde, j’ai eu de la chance, mon « travail » n’en était pas un. J’ai fait ce que je voulais.
    C’était un hobby que je continuais à la maison. Et un hobby n’a pas de limite d’âge. Alors 62, 65, 67 ans pour arrêter, c’est vraiment fictif.
    La hiérarchie créé par les jeux de chaises musicales, j’ai connu. On arrivait vite au niveau syndrome de Peter. Principe que j’ai détesté.
    « The rigth man and the right place » a été mon principe de base.

    Il y a encore d’autres professions qui motivent sans vouloir être carriériste.
    Avec l’augmentation de la durée de vie, nous aurons de plus en plus l’occasion de bifurquer dans des horizons totalement différents de la « production » d’intelligence.
    Plusieurs vies, dirais-je.
    Voilà, je vous avais prévenu. 🙂

    Commentaire par L'enfoiré — 06-07-10 @ 7:12

  2. Une anecdote?
    Dans les années 80, j’avais mon chef direct en Hollande.
    Il disait dans la langue de Vondel :

    « La vie est mal faite. Quand on est jeune, on n’a pas le sous alors qu’on pourrait faire tellement de choses en possession de toutes ses facultés physiques et mentales.
    Le travail devrait être un moyen de passer le temps quand on le veut.
    Quand on arrive, plus vieux, à avoir de l’argent. On n’a plus les possibilités de l’utiliser.
    La sciatique, la perte de vitesse, la perte du boulot…
    Tout cela devrait nous mettre enfin au boulot pour nous maintenir en forme.
    Et non, on nous envoie à la casse ».

    Je crois qu’il avait parfaitement raison.

    Bonne journée au Québec

    Commentaire par L'enfoiré — 06-07-10 @ 7:42

  3. @ L’enfoiré

    Merci pour une tranche de vie et d’expérience. Ce sont les meilleurs commentaires. À quand vos articles sur CentPapiers ?

    A+

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 06-07-10 @ 11:25

  4. Cher Pierre,
    Merci pour cette appréciation.
    Un article, un commentaire, pour moi, se doit d’être complet avec le contexte.
    On m’a souvent dit que j’étais long. Chose qu’on n’ose plus faire.
    Certains comptent même le nombre de mots avant d’envoyer.

    Votre homologue Pierre R. est toujours en phase avec moi depuis quelques années déjà. Nous avons appris à mieux nous connaître.
    Nous sommes devenus de véritables amis virtuels sur son blog actuel ou ailleurs.
    Je lui ai cité, ce matin, cet article après l’avoir commenté.
    Apparemment, le contenu de votre article est en phase avec ce qui se passe au Canada. Donc, il n’y avait aucun reproche à vous faire. Je n’ai fait qu’apporter ma vision personnelle.
    Sur centpapier, il m’y a entrainé pour un article.
    Je m’en souviens encore.
    Agoravox n’est intéressant que quand il touche plusieurs nationalités comme Internet le permet.
    Ces derniers temps, il s’est fortement appauvri de ce côté. Je mes osuviens de contact avec des personnes qui parlaient français dans des pays où c’était étonnant d’en trouvé. Là, cela devient vraiment enrichissant.
    Les coups bas fleurissent sur AV. Alors, parfois, il faut rendre coup pour coup et c’est dommage. Perte de temps. Non productif d’idées neuves.
    J’aime les discussions franches sans fioritures.
    L’humour et la parodie ont eu souvent la prépondérance et cela même avec les choses très sérieuses comme la science.
    Mon blog est un repère de références personnelles.
    J’aime me relire, me corriger, me compléter, me réactualiser dans mes textes, me rendre que je me suis trompé ou que je jouais avec la bonne note.
    Des choses que ne permettent pas vraiment les forums.
    Qu’on viennent sur mon blog ou non, n’est pas l’essentiel, donc.
    Quand on y vient avec des idées neuves, j’applaudis.
    Merci, pour la proposition. Je retiens. :-))

    Commentaire par L'enfoiré — 06-07-10 @ 11:51

  5. @ L’Enfoiré

    C’est un article de Pierre R qui était en vedette hier sur CentPapiers… A+

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 07-07-10 @ 2:19

  6. Je viens d’aller voir.
    C’est en effet, celui que j’ai commenté sur son site, aujourd’hui.
    Le style a changé depuis l’ouverture de son blog.
    Un blog de photos avec du texte accompagnant.
    Autre approche ou optique (plus en rapport comme mot), mais tout aussi valable.

    Commentaire par L'enfoiré — 07-07-10 @ 2:27


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