Nouvelle Societe

28-10-08

194 La crise dans le miroir

Filed under: Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 9:46

On a créée aux USA des dizaines de trillions (milliers de milliards) de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur. Je disais la semaine dernière que cette pseudo richesse constituait une valeur totalement évanescente et qu’il suffirait d’une crise de confiance pour la faire disparaître….  L’avenir me paraissait bien incertain.  Où en sommes nous 7 jours plus tard ?

De la même façon que Lamartine pouvait dire que les 5 années suivant 1789 avaient été 5 siècles pour la France, on pourrait dire, aujourd’hui, que cette dernière semaine a été sept décennies  pour l’Amérique.  L’ordre financier établi à Bretton Woods en 1944 – ordre parfois retouché, mais jamais vraiment remis en question – est à mourir sous nos yeux.  Or, c’est la cadre dans lequel le monde évolue.

Que ce système meure n’est pas une surprise.  Il portait ses contradictions et ne pouvait durer toujours. Il nous a donné  64 ans de paix, ce n’est pas rien; c’est comment il mourra qui importe.

Pourquoi notre système ne pouvait-il pas durer ? Parce que, pour faire fonctionner une économie industrielle, il fallait créer une consommation de masse qui corresponde a une production de masse et maintenir la demande effective.  Il fallait donc donner aux consommateurs – essentiellement les travailleurs –  la valeur réelle de ce TOUT ce qu’ils produisaient, sans quoi  une partie de la production ne se vendrait pas et les producteurs seraient ruinés.

Il fallait aussi, cependant, que les investisseurs s’enrichissent, sans quoi le jeu serait sans intérêt.  Comment tout donner aux uns en gardant une part pour les autres ? En créant une richesse monétaire supérieure a la richesse réelle qu’elle prétendait représenter.  N’était-ce pas la recette pour une insupportable Inflation ?  Pas vraiment, dans la mesure où l’excédent irait vers les « riches », ceux dont le besoins sont satisfaits et dont la consommation n’augmente donc plus quand leur richesse augmente.

Les riches consomment peu.  Relativement  peu.  Les Ferrraris, les Paradis et les Cohibas ne sont qu’un frisson sur la courbe de consommation.  Les riches épargnent et investissent, mais ils ne consomment pas plus quand ils s’enrichissent. Pas  de consommation, pas de demande supplémentaire et pas de pression  inflationniste.  On peut créer donc tout l’argent  qu’on veut… s’il reste aux mains des riches.  Si cet argent ne va pas vers la consommation, ce n’est que du papier… et ça leur fait tellement plaisir !   Ça les motive, ça énergise, ça fait une économie qui se développe…

Tout se passe comme s’il y avait deux (2) richesses distinctes….Une pour les riches et une pour les autres. Alors pourquoi se gêner ? On équilibre le revenu rendu disponible aux consommateurs pour qu’il permette d’acquérir la production…  et on crée une richesse distincte pour les  riches, avec laquelle ils s’amusent.  Parfait. Mais on savait bien que cet écart croissant entre illusion et réalité ne pouvait qu’atteindre un seuil qui ne pourrait être dépasssé.  On achetait un temps de bonheur et de paix.

Peu a peu, avec la valse des trillions créés, le jeu est devenu si passionnant que la réalité de la production est devenue sans intérêt.  Les trillions ont été crées et échangés sans qu’on produise pour les vrais besoins, de sorte que le niveau de vie réel de la population  a cessé d’augmenter depuis une génération, tandis que les progrès de la technologie suggéraient qu’il aurait dû doubler. On a créé des trillions, mais au lieu de produire plus on s’est contenté de spéculer davantage. Tout s’est passé  dans le  miroir monétaire. Miroir en latin se dit « speculum ».

Les montants on perdu toute signification.  La Bourse, nous l’avons vu, a multiplié par 17 en quelques années la valeur des stocks, sans que rien dans le monde réel ne le justifie… La réalité est devenue un appendice si insignifiant de la spéculation des riches qu’on en a oublié qu’elle existait.  Si, dans une construction financière pyramidale qui sur papier valait dix millions, on mettait quelque part un petit domino appelé  « maison »  qui valait cent mille dollars,  ce petit domino ne recevait, de ceux en haut de la pyramide, que l’attention que méritait 1% de l’édifice.  Il pouvait glisser dans la marge d’estimation…

On a pu oublier que ce petit domino était la seule réalité dans un vaste montage de papiers et de notations virtuelles.  Le seul élément  qui concernait un vrai consommateur. La seule chose bien tangible, qu’on ne pouvait pas dupliquer d’un clic ou déplacer d’un écran à un autre.

Quand les circonstances ont mis  en péril la propriété des maisons elles-mêmes, on a donc continué d’agir comme si c’étaient les montages financiers auxquels ces maison servaient de caution qui étaient importants. Comment un financier pourrait-il voir les choses autrement, alors que le montage financier a ses livres vaut 100 fois le prix de cette maison… ?  Mais la maison est RÉELLE… alors que les montages du financier sont des jeux, dans un univers onirique et avec de l’argent qui ne vaut rien.

L’écart entre réalité et illusion a atteint sa limite.  Il y a donc une prise de conscience à faire.  Le gouvernement des USA va-t-il  intervenir et sauver les propriétaires de maisons en leur prêtant l’argent nécessaire pour qu’ils en gardent la propriété… ou va-t-il voler au secours des institution financières et de leurs problèmes virtuels, avec le résultat pratique que celles-ci vont se retrouver propriétaires  d’un stock de maisons qu’elles devront écouler à rabais, faisant s’effondrer le marché immobilier et mettant en difficultés financières sérieuses TOUTE la classe moyenne des USA ?

Pour bien comprendre le ridicule des grincements de dents des institutions financières, il faut se souvenir que  les 700 milliards de dollars que demande Paulson – et les centaines de milliards qu’a déjà coûtés  la reprise de Fannie et Freddie ! – ne représentent qu’une fraction des 3 trillions de dollars de transaction monétaires qui ont lieu chaque jour dans le monde. Cet argent n’existe que dans le miroir. C’est un argent illusoire, comme on en imprime sans compter tous les jours…  Alors que les maisons sont réelles.

Si, obnubilé par ses propres mensonges, le capitalisme sacrifie la réalité  pour l’apparence.  Il va plonger le monde dans une crise qu’il n’aurait pourtant qu’un geste à faire pour éviter.    Inconcevable, qu’il ne fasse pas cette prise de conscience ?…  Mais « les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre »…  Dans quelques jours on saura.

Pierre JC Allard

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