Nouvelle Societe

26-10-08

Commerce

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:00

Pour tirer pleinement avantage de la vie en société, les individus doivent mettre profit la complémentarité de leurs efforts de production de biens et de services variés: il faut faire des échanges. Ce sont ces échanges qu’on peut regrouper sous le vocable « COMMERCE ».

Entre celui qui produit et celui qui consomme, il peut exister tout un réseau de vente et distribution des produits et services qui peut fonctionner par paliers et dont la taille et l’importance varie selon divers facteurs, dont la simple étendue du territoire, mais aussi la rapidité et la commodité des transports… et le nombre de ceux qui veulent y jouer le rôle d’intermédiaires.

On pourrait penser intuitivement que les circonstances mènent à trouver aisément le nombre de paliers et d’agents qui optimise le service « commerce » pour les efforts fournis, mais chacun a son agenda qui n’est pas nécessairement celui du bien commun et deux (2) forces opposées sont ici à l’oeuvre qui compliquent la donne.

D’une part, plus les communications sont faciles et rapides, moins de paliers sont nécessaires entre le producteur et le consommateur, ce qui apparait comme un gain net, puisque « commercer » en soi ne produit pas un seul grain de riz supplémentaire. S’Il en manque au départ, il en manquera tout autant quand on vous l’aura vendu et livré à votre porte. Le commerce semble mieux jouer son rôle quand il n’occupe pas trop de ressources.

Dans un système d’abondance globale, d’autre part, on ne manque pas de ressources humaines pour faire pousser le riz… On se « tertiarise » donc faute de mieux et beaucoup de ceux qu’on chasse de la production se hâtent de devenir intermédiaires entre producteurs et consommateur pour offrir à celui-ci un service ajouté, plus ou moins utile, parfois fictif, quelquefois imposé. C’est le côté sombre de la tertiarisation.

Dans le tiers-monde, le commerce est souvent une vaste brocante de colifichets, de vieux pneus et de pièces à réparer n’importe quoi qui change de main plusieurs fois avant d’atteindre sa destination, permettant à chaque main de nourrir quelques bouches, mais sans que rien ne soit produit. Dans le monde développé, structurée, jouant la publicité, intégrée à des groupes puissants, la fonction commerce est plus formelle et nourrit bien son monde… Elle a le pouvoir de prendre une plus large part du gâteau, mais elle ne produit pas davantage de biens tangibles; elle est pur service et son utilité variable Quel est l’avenir du commerce ?

Il faut d’abord distinguer entre le commerce du tangible et de l’intangible. Pour ce dernier, le tiers qui s’immisce dans la relation entre celui donne et celui reçoit le service est un intrus nuisible. Avec le développement de l’information, il disparaîtra d’abord de la fourniture des services jugés essentiels dont l’État assumera le coût, puis sans doute de tous les autres, remplacé par des « conseillers ». Pour le commerce des biens tangibles, rien n’est joué, mais il semble que nous soyons à un carrefour entre deux (2) voies… qui pourraient bien nous mener à une même situation finale.

a) Première voie: tout le monde ou presque, assume d’abord, dans ses temps libres, la fonction-hobby de vendre quelque chose: c’est l’activité parallèle autonome la plus simple à entreprendre. Ensuite, celui qui « vend » devient plus ambitieux et tend à élargir la gamme de ses produits pour répondre à TOUS les besoins de l’embryon d’une clientèle qu’il se fidélise. N’oublions pas que nous sommes dans une société où l’on peut prévoir que se formeront des groupes d’affinités nombreux et permanents. Ces groupes deviendront des marchés fidèles, tout prêts pour un vendeur habile.

Avec le temps, s’il y trouve son profit, notre vendeur-hobbyiste peut se constituer une structure pyramidale. C’est le modèle « Amway » qui a prouvé la fascination qu’il peut exercer. Le pouvoir d’achat de ces groupes permettra à certains de ne plus être tant les vendeurs au groupe des produits des fabricants que les acheteurs mandatés des groupes auprès de ces fabricants. Ils deviendront les représentants de ce qui sera devenu une coopérative d’achat ayant le pouvoir de négocier des contrats léonins avec les fabricants.

b) L’autre scénario est que des distributeurs universels de type Wal Mart complètent une intégration verticale qu’a déjà amorcé… en se vendant à leurs clients. Ils peuvent faire une opération doublement avantageuses en transportant l’actionnariat ordinaire de leur compagnie à leurs clients, au prix d’un petit ajout bien identifié au coût de leurs produits, au rythme qui semble opportun, cet actionnariat étant si dilué que pour bien longtemps il ne changera en rien la gestion effective de l’entreprise.

La propriété du distributeur peut ainsi être cédée lentement et a fort profit à ses clients qui lui en deviennent d’autant plus fidèles. Le client devenu actionnaire et ayant été ainsi fidélisé – car achètera-t-il d’un autre groupe que de celui devenu SON groupe ? – le distributeur universel devient aussi de fait une coopérative à qui son volume d’achat donne le contrôle effectif encore plus total de ses fournisseurs.

On voit que dans les deux cas le résultat est le même: la coopérative d’achat est à la convergence des deux voies. Ce qui est normal, car dans une société de consommation, le consommateur a un pouvoir colossal et, à moins que l’orientation même de la société ne soit transformés rapidement, ce sont ceux qui vont contrôler ce pouvoir des consommateurs qui vont avoir la haute main sur la société.

Il peut y avoir des variantes. L’actionnariat peut être distribué au prorata des achats effectués, comme dans l’exemple ci-haut, les gains résultant de la disparition des paliers d’intermédiaires et des négociations léonines bénéficiant alors aux « coopérés » par le biais d’une baisse du prix d’achat. C’est l’évolution parfaitement « libérale »… On peut imaginer aussi, cependant, que les coopérés choisissent de se partager par tête les économies réalisées. En donnant une ristourne égale aux coopérés, indépendante du montant de leurs achats; on subventionne ceux qui consomment moins, créant une forme de « socialisme consumeriste ». Une opération de rêve pour des groupes qui parlent solidarité…

Dans un modèle comme dans l’autre, la coopérative de consommation apparaît dans la boule de cristal, faisant pendant aux conglomérats de production qui sont présentement en gestation plus ou moins occulte. Le danger existe alors que le marché global ne se morcelle en sous-marchés « coopératifs », à l’intérieur de chacun desquels les gens cherchent à ne consommer que ce que leur groupe produit. Ce qui n’est pas un avantage…

Si le vendeur apporte une véritable valeur ajoutée, devenant par exemple, comme nous en avons déjà parlé, le locateur du bien et ne vendant que de la « satisfaction », cette tendance a la fragmentation du marché est en partie compensée, mais elle n’est pas exorcisée pour autant. Dans un monde de communication instantanée, la fonction « commerce » va devoir faire l’objet d’une profonde réflexion.

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2 commentaires »

  1. … et que dire du véritable viol des producteurs qui n’ont d’autres possibilités que de vendre aux intermédiaires (marchands monopolistiques) au prix qui leur est offert sans discussion possible …
    le commerce est un bluff légal, mais la légalité est-elle morale ?

    Commentaire par zelectron — 07-05-11 @ 3:36

  2. « la légalité est-elle morale ? » Si vous ne le croyez pas, vous êtes un contestataire. Moi aussi.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 07-05-11 @ 12:26


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