Nouvelle Societe

13-10-08

19 La vie en CDZE

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:05

Pour une CDZE, il suffit de choisir un site bien isolé autour duquel on n’aura pas besoin de barreaux. Il faut y installer une usine ou des ateliers pour créer le plein emploi et laisser ensuite s’y organiser la vie de la façon la plus normale possible. Dans cette CDZE sans barreaux, les détenus reçoivent un salaire, ils paient leur logement et achètent leur nourriture.

Ils ont des services de santé gratuits et la pension à 65 ans. Les visites sont permises et même encouragées. Chaque détenu peut, deux fois par année, inviter pour une semaine une personne dont le transport sera payé par l’État. À condition de ne pas y passer plus d’une semaine, d’avoir été invité par un prisonnier, de passer une inspection rigoureuse et de payer ses frais, quiconque peut d’ailleurs y venir une fois pas mois. À ses risques.

Il y a dans la CDZE un service d’ordre; le moins visible possible, mais qui n’entend pas à plaisanter. Les gardiens sont des volontaires. Ils reçoivent un excellent salaire, une prime d’éloignement et un système de rotation, après six semaines en poste, leur accorde deux semaines de congé qu’ils DOIVENT prendre et qu’ils ne peuvent cumuler. Ils habitent une section protégée, sont lourdement armés et contrôlent la piste d’atterrissage et les autres voies et moyens de communications ainsi que les approvisionnements. Leurs conditions de travail sont bonnes, mais c’est un emploi à risque: la décision irrévocable de l’État est de ne jamais engager de négociations avec les détenus, même s’il y a prise d’otages.

On doit créer des secteurs au sein de la CDZE. En plus de la section générale où vivent la majorité des détenus, on doit créer un secteur pour les femmes, celles-ci ayant néanmoins le droit d’aller vivre dans la section générale quand elles le voudront et pour aussi longtemps qu’elles le voudront. Cela peut mener à une forme de contrôle matriarcal sur l’ensemble, comme chez certaines tribus et certains prédateurs qui vivent en meute. Un facteur d’apaisement.  Peut-être. À suivre.

Un autre secteur, évidemment, pour ceux dont les psychiatres ont décidé qu’ils n’avaient pas leur raison. Chacun y recevra les traitements que justifie son état, mais nul ne sera relâché pour guérison sauf sur le rapport unanime de cinq (5) psychiatres déclarant que l’individu est normal et apte à vivre en société. Les experts, ici, ne doivent pécher que par excès de prudence. Si, une fois relâché, il récidive, les cinq 5 psychiatres qui ont fait ce rapport ne seront plus autorisés à pratiquer leur profession dans le cadre du système correctionnel.

Le résultat pratique est que, dans la majorité de cas,  c’est par une décision populaire sur Internet dans le cadre d’une pétition lancée par le Protecteur que les bagnards qui seront relâchés le seront. C »est bien ainsi que les choses devraient être: laisser la droit de grâce au peuple souverain.

Il y aura aussi au CDZE un secteur pour les mineurs. L’éducation y remplace en partie le travail, la surveillance y est plus serrée et l’accent est mis sur la réhabilitation. Il ne s’agit pas d’y faire pousser en pots les gangs de demain et d’y former leurs leaders.  À sa majorité, avant d’être intégré à la section générale, le détenu  bénéficiera d’une révision spéciale, mais son élargissement sera aussi conditionnel au rapport unanime de cinq psychiatres.

Les deux grands dangers de ce genre de systèmes de détention sont l’arbitraire des gardiens et la menace des gangs de détenus eux-mêmes. Pour y pallier, douze (12) citoyens ordinaires qu’on appelle “Témoins” vivent en permanence dans l’enclave pendant trois mois et ont accès à toutes ses installations. Ils sont remplacés au rythme de quatre (4) par mois, les nouveaux arrivants étant ainsi mis au courant de la situation qui prévaut par ceux dont le mandat se poursuit encore deux mois. C’est la présence de ces Témoins qui sert à prévenir les abus.

Au retour de leur mission, les Témoins font chacun un rapport individuel anonyme et l’ensemble de ces rapports est remis au Ministre et au Protecteur des accusés et détenus dans une boîte scellée, ouverte en présence de journalistes. Ces douze (12) citoyens sont bien rémunérés, mais, comme les gardiens et les visiteurs, ils sont prévenus des risques.

Le Protecteur scrutera aussi avec attention les conditions de vie dans la CDE. La détention est une condition exceptionnelle dans une Nouvelle Société et constitue uniquement une mesure de protection; elle ne doit jamais être utilisée comme un moyen de punition. Ceci est d’autant plus important que, nous l’avons vu, peuvent être sujet à détention à la CDE des individus qui ne sont pas des criminels mais des malades mentaux qu’il faut traiter. Le Protecteur a le mandat de s’assurer que tous les détenus sont traités non seulement avec humanité mais avec courtoisie.

Si un gardien de la CDZE est menacé, on ne lui en voudra pas d’abattre froidement un détenu; ce ne sont pas des enfants de choeur et il faut que l’ordre règne; il y aura une enquête, mais ce ne sera pas une chasse aux sorcières. Cette rigueur nécessaire n’autorise pas, toutefois, les gardiens à maltraiter ni à insulter les détenus. Le Protecteur choisira les Témoins qui seront invités à vivre à la CDZE, maintiendra le contact avec eux durant leur séjour, pourra leur faire des recommandations quant à certains points à surveiller et accordera toute son attention à leurs rapports de fin de mission.

Ce que l’on propose dans ce projet pour assurer l’ordre est une solution pour maintenant. Les circonstances changeront, les techniques changeront, même la conscience populaire évoluera.  Quand apparaîtra une façon plus efficace de faire respecter l’ordre public qui soit conforme au Contrat Social, il appartiendra aux législateurs d’y apporter des réformes.

Pierre JC Allard

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