Nouvelle Societe

12-10-08

07 Service de la police

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:41

Il faut surveiller et guetter mais, quand un problème de sécurité est identifié, il faut aussi y apporter une solution. La solution passe par la réflexion et l’action. Il faut identifier les crimes et les coupables en démêlant l’écheveau des hypothèses, mais il faut débusquer aussi les criminels et les maîtriser. La structure de la SP doit refléter cette double fonction. Il faut que la SP puisse agir en mode d’enquête et en mode de force. Nous traiterons successivement de ces deux fonctions et nous parlerons d’abord de la force.

Il faut que le droit ait pour lui la force. Nul dans une société de droit ne doit disposer d’une force supérieure ni même comparable à celle de la société elle-même et l’État, qui est l’expression de la société, doit avoir en main l’outil adéquat pour exercer cette force. Cet outil adéquat, c’est la police. Quand nous parlons ici de police, nous l’entendons dans ce sens restreint d’un corps aguerri capable d’utiliser la force. La police, qui manie la force, est évidemment un élément indispensable du dispositif de sécurité publique. Elle est l’ultime garante du pouvoir civil de l’État; c’est une mission vitale et elle doit s’y restreindre.

Il faut donc préciser d’abord tout ce que la police ne fera pas. Nous avons déjà parlé de vigilance et de la circulation automobile, mais le transfert de tâches vers les citoyens ne s’arrête pas là. La police, par exemple, ne jouera plus un rôle auxiliaire; elle n’escortera pas les femmes enceintes à l’hôpital ni les cardiaques à l’urgence: les ambulanciers doivent avoir la formation pour le faire, incluant l’autorité de se frayer au besoin un passage prioritaire au sein de la circulation. Il n’est pas nécessaire de porter un pistolet pour ça. S’ils ne sont pas respectés, alors oui, la police interviendra, mais ce sera sérieux et des accusations seront portées.

La police n’a pas à jouer au base-ball avec les adolescents. Parce que la police détient une partie du pouvoir de l’État et est bien présente, on l’utilise pour donner une image rassurante de l’État. C’est une manuvre pernicieuse, car l’État n’est le copain de personne. L’État est impartial et n’a donc d’autres amis que tout le monde, chacun selon ses droits. C’est au système d’éducation d’éduquer; la police, elle, doit être respectée.

La police d’une Nouvelle Société est une force nationale intégrée. Il n’existe pas de corps de police locaux folkloriques créés par des pouvoirs et administrations autres que l’État. Si une présence policière est requise au palier d’un village ou d’une ville, c’est l’État qui l’y assigne, lui accordant toute l’autonomie qu’il juge nécessaire mais selon son seul jugement.

La police, au sens où nous l’entendons ici, ne s’occupe pas non plus des enquêtes criminelles. Sherlock Holmes, c’est à côté, au Service des Enquêtes dont nous parlons après. Si, dans le cours d’une enquête criminelle, le détective responsable prévoit qu’il faudra utiliser la force, il obtiendra d’un juge assigné à cette tâche un mandat ordonnant à la police de l’accompagner ou d’intervenir selon ses instructions. Les policiers exécuteront ces instructions, mettant à profit leur formation spécifique, utilisant le minimum de force requis, mais toute la force nécessaire.

Toute la force nécessaire. Une Nouvelle Société est libertaire, tolérante et d’autant plus permissive qu’on y a réduit à l’essentiel l’espace des interdits. La liberté de chacun n’y connaît d’autres contraintes que le respect des droits qui sont l’expression de la liberté des autres. Le champ des interdits y est bien restreint, mais là où la limite est posée elle ne doit pas être franchie. Jamais. Un État de droit ne peut pas accepter que la loi ne soit pas respectée.

Il faut que celui qui n’obéit pas de bon gré à la loi, gardienne des droits de tous, soit amené par la force à s’y plier. Une force qui devrait d’abord être bénigne, mais qui doit pouvoir s’intensifier indéfiniment jusqu’à ce que la loi ait été appliquée. Une société démocratique doit débattre de ses lois, mais non de la suprématie absolue qu’il est impérieux d’accorder à la loi. Quelles que soient les limites qu’on lui fixe, la loi DOIT être appliquée. Sans faiblesse et sans concession. Si elle ne l’est pas toujours, quelles qu’en soient les raisons, la loi cesse d’être respectée et il en coûtera de plus en plus d’efforts – de brutalité, même – pour l’imposer, dans les cas où l’on décidera ensuite de le faire par un choix qui dès lors paraîtra arbitraire.

Il n’est donc pas question que l’État cède à la menace ou au chantage, recule devant le coût ou les conséquences d’une intervention que la loi lui impose. On ne peut rendre plus mauvais service à la justice que de laisser supposer que la loi est à négocier au cas par cas. Il ne doit subsister aucun doute dans l’esprit de quiconque que, quelles que soient les circonstances, la loi s’appliquera. C’est cette intransigeance qui permet qu’un minimum de force soit nécessaire; tout autre approche conduit à des méprises, à des malentendus et à des incidents regrettables.

Il est monstrueux qu’un otage soit abattu; mais il encore plus néfaste pour une société que la prise d’otage devienne une démarche fréquente et presque banale de négociation. Celui qui pense à une prise d’otage doit savoir que l’État ne négociera pas avec lui, que les promesses qu’on lui ferait seront considérées comme nulles, ne seront pas tenues et que l’issu pour qui a posé ce geste ne peut être que la mort ou son incarcération à vie.

Dans une Nouvelle Société où légalité doit se confondre avec moralité, le policier doit avoir la tranquille assurance qu’il y un consensus au sein de la population quant au bien fondé absolu de la loi. Il ne doit jamais douter qu’il fait ce qui doit être fait et que ce qui doit être fait se fera. L’action qu’il entreprend ne peut avoir qu’une conclusion qui est la victoire de l’ordre.

Les policiers, en plus d’instructions parfaitement limpides, doivent donc aussi disposer d’une force qui soit sans commune mesure avec celle que peuvent leur opposer ceux à qui ils demandent d’obtempérer. Si l’on doit faire appel à la force, il ne faut jamais que les forces de l’ordre se retrouvent en état d’infériorité face à des délinquants; il faut, au contraire, que leur supériorité soit manifeste, écrasante.

Cette force dont la police dispose exige des balises et on lui en pose deux. La première, c’est que la police n’intervient qu’à demande. Elle ne sort de ses casernes que pour répondre à un appel à l’aide d’un citoyen, par mandat du pouvoir judiciaire, ou sur l’ordre formel du Gouvernement qui en portera alors la grave responsabilité politique. La deuxième, de loin la plus importante, c’est dans l’esprit du policier qu’elle est posée et c’est sa formation qui doit l’y avoir mise. Le policier doit être vu et se voir comme un militaire. Discipliné, déterminé, impartial, loyal, incorruptible, parfois héroïque.

La formation du policier doit être une formation militaire sur le plan des valeurs qu’elle inculque. Elle doit l’être aussi quant à la versatilité qu’elle doit permettre. Non seulement la police doit pouvoir intervenir de façon graduée, mais le policier doit développer aussi des compétences spécifiques qui en feront un spécialiste: on n’intervient pas à une querelle domestique comme à une émeute.

Dans un monde où, de plus en plus, les guerres seront locales et assimilables à des opérations de police, c’est la guerre à la violence et au désordre que mèneront les policiers qui deviendra le conflit permanent et ce sont les policiers qui deviendront les héritiers d’une mission, d’une tradition, d’une discipline et d’un PRESTIGE que la conscience populaire associe à l’armée.

Non seulement le policier doit être bien rémunéré – ce qu’il fait est important et c’est un emploi à risque – mais il doit aussi jouir du haut respect des citoyens. Celui qui deviendra policier choisira une carrière à laquelle on s’attend à ce qu’il reste attaché. Il s’y engagera pour un minimum de dix (10) ans. Assimilé à un militaire, il doit porter à expérience égale un titre similaire à celui du militaire de même rang. La sécurité publique étant une fonction de l’État et son champ d’intervention étant le pays tout entier, il n’y aura aucune incongruité à ce que les policiers de haut niveau, disposant de ressources importantes et commandant des effectifs significatifs, soient connus comme commandants, colonels ou généraux de police.

En contrepartie le policier, comme un militaire, est soumis à des exigences strictes et jugé sévèrement s’il y faillit. La corruption, pour un policier, c’est l’équivalent de la haute trahison. S’il y cède, il ne sera pas pendu, parce qu’on ne pend plus dans une Nouvelle Société, mais il sera certainement l’objet des pires amendes et de tout le mépris social que peut générer une société qui lui a fait confiance et qu’il a trompée.

Pierre JC Allard

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