Nouvelle Societe

23-09-08

Un distributeur compatissant

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:05

Si on accepte les risques inhérents à la mise en place d’un ONPA dans un pays sous-developpé ou en développement, celui-ci se distinguera de son équivalent en pays développé par l’accent qu’il devra mettre sur les objectifs sociaux plutôt qu’économiques. Ce faisant, même si l’aspect production au sens strict, dans un pays où il y a encore de graves carences, n’est pas aussi trivial qu’il semble l’être devenu dans les pays riches, c’est surtout au palier de la distribution que l’ONPA devra s’immiscer.

La dynamique de la production dans d’une société industrielle, puis postindustrielle en pays développé, exige que les variables sociales soient prises en compte, au moins pour maintenir la demande effective – mais on produit sous le signe de l’enrichissement, avec échange du produit contre valeur. On compte sur l’abondance comme génératrice du développement social. Dans le tiers-monde, la production est toujours un moyen vers une fin qui est l’enrichissement – car quoi de plus socialement bénéfique que de produire pour les besoins – mais il faut toucher plus directement aux aspects sociaux et c’est au palier distribution que l’ONPA entre visiblement en action au-delà de ce qui semble son mandat.

Les puristes diront que dès qu’on ne se contente plus de produire, mais qu’on distribue, on sort du secteur primaire pour entrer au tertiaire mais ne le fait-on pas aussi quand on pense au financement de la production agraire ? À son acheminement, ? À la formation de ses ressources humaines ?

Nous voyons ailleurs les incongruités des taxinomies actuelles qui sous prétexte de séparer classifications par industries et par occupations en viennent à ne plus rien catégoriser qu’en redondance, mais pour l’instant, parlons d’un ONPA qui est bien un joueur du secteur primaire, mais qui ne peut remplir son mandat que s’il accepte de rendre ce service essentiel qu’est la distribution du produit.

Quand est mise en place une Nouvelle Société dans un pays qui doit s’attaquer directement aux problèmes du sous-développement, l’ONPA continue d’approvisionner des grossistes qui lui servent d’intermédiaires, mais doit aussi établir un réseau de comptoirs pour la vente directe au consommateur de produits essentiels indiqués à une liste dont le contenu varie selon les circonstances spécifiques à chaque situation et les coutumes locales.

À ces comptoirs, la population peut avoir accès en contournant intermédiaires et spéculateurs, aux produits sur lesquels une différence de prix même légère peut être littéralement une question de vie ou de mort pour certains éléments de la population. On y retrouve le lait, les graminées de consommation courante en chaque région, le combustible, etc. Sont exclues de cette liste les cultures maraîchères produites de façon artisanale et vendues directement par le producteur au consommateur dans les marchés publics.

Le contenu de cette liste sera souvent tout près de ce que les organisations caritatives distribuent aux réfugiés ou dans le sillage des catastrophe naturelles, mais ce n’est pas ici une mesure exceptionnelle. On en fait un élément permanent de la structure de distribution. On le fait avant que la population ne commence à périr lentement d’inanition. On ne donne rien dans les comptoirs, mais on vend au prix coûtant du producteur…. En moyenne.

En moyenne, car si l’ONPA n’a pas pour mission de vendre à perte et de devenir simplement un organisme de redistribution du revenu, il n’est pas tenu de vendre chaque produit à son coût, seulement d’équilibrer globalement ses achats et ventes en conformité des directives générales de l’État. Il est déjà commis à payer chaque achat au prix qui garantit un revenu adéquat au producteur, sa politique doit être de vendre ces produits au prix qui convient pour que la population puisse en consommer selon ses besoins.

Si le prix de vente d’un produit, au comptoir de vente directe au consommateur de l’OPNA, est ainsi inférieur au prix qu’il en a payé – et ce sera parfois le cas dans les pays du tiers monde, quand on cherchera à y implanter des méthodes modernes dans une structure économique encore fragile – la différence constituera une subvention à l’agriculture locale tout en nourrissant la population, ce qui est souhaitable. On le fait ainsi en laissant un minimum de prise aux intermédiaires et magouilleurs nationaux et étrangers. Il faut, toutefois, que cette subvention soit transparente et ne vienne pas a posteriori occulter l’incompétence des responsables.

C’est une forme de subvention dont le maniement est facile et qui n’a que des avantages. Elle exige seulement que les produits achetés par l’ONPA soient marqués de façon indélébile avant leur revente, afin de dépister ceux qui, malgré la complexité de cette opération, essayeraient de racheter les produits au détail à ces comptoirs pour les vendre à nouveau à l’ONPA et réaliser un profit. Surpris, ceux qui tenteraient cette manoeuvre recevraient des peines exemplaires.

En subventionnant de cette façon, l’État aide les véritables exploitants, mais rend difficile la position de ceux qui détiennent la terre sans l’exploiter pour fin de spéculation. Une subvention ainsi liée à la consommation ne compense pas l’impôt sur le capital qu’ils doivent payer. Une terre agricole laissée improductive sera rapidement cédée puis affermée à un autre exploitant.

Cette mesure de subvention au consommateur et non au producteur chagrinerait aujourd’hui certains responsables du FMI, de la Banque mondiale et du courtage en alimentation, mais quand sera établie une Nouvelle Société globale, ils ne seront pas consultés. Ils auront déjà été mis hors d’état de nuire. Avec un peu de chance, ils l’auront été avec politesse, au lieu de recevoir la balle dans la nuque que leurs politiques auraient pu leur attirer.

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.