Nouvelle Societe

23-09-08

ONPF : produits forestiers

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:14

L’exploitation forestière apparaît a priori comme une forme d’agriculture. Elle utilise une ressource renouvelable qui ne se distingue des graminées ou autres plantes qu’en ceci que la repousse n’en est pas annuelle, mais exige 20, 30, 40 ans ou plus. Est-ce une raison suffisante pour lui accorder un traitement particulier ? Après tout, d’autres cultures – la banane par exemple – n’ont pas non plus un cycle annuel et l’on n’en fait pas des cas d’espèces. Pourquoi créer – là où l’importance de cette ressource le justifie, bien sûr – un Office National des Produits Forestiers ?

Ce qui exige une approche distincte, dans le cas de la foresterie, c’est d’abord que le cycle de croissance est si long que ce qui serait ici l’équivalent d’une « rotation des cultures » devrait couvrir un territoire énorme. Une simple règle de trois donne, pour chaque espèce, le rapport de la jachère à l’exploitation active; le résultat est impressionnant. L’importance de la foresterie sur le plan de l’occupation du territoire est considérable.

C’est aussi que toute estimation de la demande à si long terme comporte une marge d’erreur qui la rend assez oiseuse. On ne sait même pas vraiment si, dans 20, 30 ou 40 ans, progrès de la technologie pris en compte, on utilisera encore du bois en quantité significative en construction ou si des journaux en papier seront encore publiés !

En fait, il y a un risque très significatif en foresterie que des prévisions qui ne sont que des extrapolations bêtes conduisent à des investissements qui forcent ensuite la réalisation de ces prévisions, biaisant de façon néfaste une évolution qui autrement mènerait à une tout autre situation. Dit crûment, il n’est pas certain que l’on construirait tant en bois, même aujourd’hui, si ce n’était du capital fixe investi dans l’industrie forestière et du lobby des producteurs de bois d’oeuvre.

Il est improbable que l’on abattrait tant d’arbres pour mettre un journal quotidien à la porte de chaque citoyen, s’il n’y avait pas tant d’argent investi et tant de profit à faire encore – peut-être – dans l’industrie des pâtes et papier.

Il ne faut pas poursuivre dans cette voie, mais plutôt penser que ciments et plastiques remplaceront tôt ou tard le bois en construction, de même qu’une lecture sur des écrans devenus plus commodes remplacera peu à peu le support papier. Une Nouvelle Société en fera l’un des objectifs de sa politique environnementale. Dans cette optique, il est pratique de considérer la foresterie, aujourd’hui et demain, comme une singularité tenant à la fois de l’agriculture et de l’extraction.

Au fur et à mesure que la demande pour les produits de la forêt diminuera et qu’on pourra en prévoir avec plus d’exactitude la consommation pour divers horizons, il se développera d’abord une véritable agriculture forestière. Cette situation sera gérée selon les principes de tout autre culture. Pour certaine espèces qui s’y prêtent, une forêt ne sera abattue que pour être replantée et abattue à nouveau. Les règles de ONPF se calqueront alors sur celles de l’Office National des Produits agraires (ONPA).

En ce cas, dans le respect des exigences de la Division de l’Environnement (DE), quiconque a obtenu de la DGAT une concession forestière l’exploitera à sa discrétion. Quiconque plantera un arbre aura le droit de l’abattre, mais qui ne le fait pas n’aura bientôt plus rien à exploiter… et pas d’autre concession. Cette situation, cependant, ne s’appliquera que sur une partie de la forêt.

Tous les terrains déboisés ne devant pas nécessairement être replantés pour la foresterie, mais seulement ceux dont la Direction générale de l’aménagement du territoire (DGAT) décide qu’ils doivent l’être, le concessionnaire exploitant, quand sa concession se termine, a l’obligation de remettre le terrain non pas en sa condition antérieure, mais en la condition d’entretien minimal dont les règles auront été précisées par son contrat.

Minimales, car l’aménagement du sol à d’autres fins sera pris en charge par l’État aux frais du prochain concessionnaire, lequel s’acquittera de cette tâche avec plus d’intérêt que celui qui vient d’y terminer la coupe. Considérant les exigences d’une demande et donc d’une production future plus modeste, il faut prendre pour acquis qu’une large partie des terrains aujourd’hui en exploitation forestière dans le monde ne seront pas reboisés et que, si reboisement il y a, ce sera pour des fins ludiques ou strictement environnementales. La scie et la hache n’y repasseront plus que pour entretien. Il ne s’y établira pas une agriculture forestière.

L’arbre centenaire qu’on coupe dans la forêt pour alimenter l’industrie ne sera pas remplacé par un autre qu’on utilisera aux mêmes fins. Il constitue donc une ressource naturelle unique qui appartient à la collectivité et qui, plus rare, doit être exploitée avec encore plus de retenue que le pétrole, le fer ou le nickel.

Aux fins de l’exploitation forestière, cet arbre vénérable, si on l’abat, ne doit pas être considéré comme une ressource renouvelable. Ce sont les règles de l’industrie extractive telles que nous les avons décrites ailleurs qui doivent s’y appliquer.

Nous ne reprendrons pas ici ces règles in extenso. Redisons seulement que l’ONPF est la seule propriétaire de la ressource. Elle l’exploite en offrant des contrats d’exploitation à des concessionnaires qui, pour les obtenir, s’engage à apporter au produit brut les transformations initiales qui en optimisent les conditions d’entreposage.

Cette opération pouvant déborder des frontières séparant les secteurs primaire et secondaire et qui sont largement arbitraires, le concessionnaire forestier exploite la forêt en tout pragmatisme, selon les termes d’un contrat type avec l’ONPF auquel seront apportée des modifications ad hoc. L’ONPF prend livraison du produit, l’entrepose, puis la vend au moment opportun selon les besoins nationaux et la demande mondiale.

Nous n’en dirons pas plus ici. ll y aurait plus à dire, mais on entrerait alors dans des considérations qui ne doivent être prises en compte qu’à un autre palier de l’élaboration des politiques de l’État.

Pierre JC Allard

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