Nouvelle Societe

23-09-08

ONPC : la pêche commerciale

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:29

Nous parlons ici de la pêche commerciale : l’exploitation des ressources halieutiques par des travailleurs qui s’y appliquent en espérant que cette activité sera leur gagne-pain. La pêche que l’on pratique par agrément correspond à une autre utilisation du territoire dont nous parlerons ailleurs.

Quand une Nouvelle Société globale se sera établie sur la planète et que les océans seront la Mare Nostrum de l’humanité, on en gérera toutes les ressource pour le bien commun et, parmi celles-ci, les produits de la pêche, source de protéines primordiale pour l’alimentation du futur. On ne pourra le faire efficacement, toutefois, que si l’on suit le même chemin qui a mené de la cueillette à l’agriculture et de la chasse à l’élevage, en contrôlant le processus de reproduction de plus près et en faisant des poissons un cheptel.

Élever les espèces marines dans des bassins de centaines ou de milliers de kilomètres cube est aujourd’hui de la science-fiction, mais il serrait bien étonnant que cette génération, ou au plus tard la prochaine, ne passe avant que tous ces choses n’arrivent… En attendant, il devra se créer un peu partout dans le monde des Offices Nationaux de la Pêche Commerciale, dont chacun aura ses propres problèmes, mais qui auront tous en commun celui d’une autorité limitée.

La pêche commerciale, aujourd’hui, pose quelques problèmes à un ONPC. D’abord, un problème de droit, car poissons, comme gibier à l’état sauvage, sont assimilés à des choses qui n’ont pas de maitre (res nullius). Ces choses sont en principe à celui qui les prend, mais, par respect pour la nature et aussi pour ne pas se créer de problèmes avec les voisins, on est passé insensiblement de la notion que les choses qui n’ont pas de maître peuvent être à tout le monde, à celle qu’elles ne sont ni ne devraient être à personne… On a ainsi vu la marine canadienne chasser manu militari des chalutiers espagnols pêchant en haute mer… Un cas d’école de casus belli.

Le lapin dans votre clapier ou le poisson dans votre vivier est à vous. Mais si un éléphant s’aventure dans votre manioc ou un orignal dans votre maïs, mieux vaut appeler la sécurité locale. Ne l’abattez pas, il pourrait vous en coûter gros, même s’il est sur vos terres. Les coutumes changent.

A plus forte raison, si l’animal est dans un territoire dont on ne vous a pas concédé l’usage. Or, la pêche, c’est dans l’océan qu’elle se passe… et personne n’y est chez soi. Qui va légalement raisonner ou arraisonner le bateau-usine sous pavillon de complaisance qui travaille juste hors des eaux territoriales… dont il n’y a même pas unanimité pour définir les limites ?

Un jour, on pourra traiter de pisciculture comme d’agriculture et les ressources naturelles de la mer seront considérées comme propriété collective sous la garde de l’État global. En attendant, cependant, les exploiter semble toujours un peu scabreux. Un ONPC peut se dire propriétaire des ressources halieutiques dans les eaux territoriales du pays qui l’a créé et donnant à celles-ci l’extension qu’il veut bien leur donner, mais ce n’est pas un droit facile à exercer…

Compliquant la politique de pêche qu’un ONPC doit tout de même néanmoins mettre en place, il faut ajouter, à cette relation nécessairement équivoque avec les voisins, l’aveu d’une ignorance littéralement « abyssale » qui ne facilite pas les efforts pour l’assainir… Considérant la situation actuelle de la pêche dans le monde et l’état de nos connaissances, un ONPC ne dispose pas de l’information lui permettant de définir et d’appliquer une politique optimale.

Ainsi, nous ne savons pas encore vraiment comment stabiliser les stocks de poissons, ni dans quelle mesure les produits alimentaires issus de la mer deviendront des substituts acceptables aux autres protéines animales pour ceux qui n’en sont pas présentement consommateurs. Il entre ici en jeu des variables culturelles que nous connaissons mal.

Aggravant cette ignorance, il est plausible – ceci est un euphémisme – que beaucoup de pays pour qui la pêche dite hauturière et pélagique est une activité importante cachent soigneusement le volume réel de leurs prises tel que le leur ont communiqué leurs opérateurs nationaux, ceux-ci mentant d’ailleurs eux-mêmes sans vergogne.

Les accords internationaux sur la pêche commerciale sont donc plus ou moins respectés et, en plus du préjudice réel que cause cet irrespect aux ressources elles-mêmes, il y a celui, peut-être encore plus pernicieux, de transformer en conte bleu nos statistiques. Nous en savons donc peu sur la réalité de la pêche et encore moins sur son évolution.

Enfin, les intérêts et donc les priorités de chaque ONPC ne sont pas les mêmes, rendant quasi impossible une collaboration pourtant indispensable que l’ignorance rend déjà bien difficile. Un accord en ONCP pourrait être précurseur à une Nouvelle Société globale, comme la CECA a été le premier signe de ce qui est devenu une Europe plus unie… mais rien ne semble indiquer que nous allions dans cette voie.

Au contraire, un hiatus se creuse entre une exploitation « industrielle » – menant à une sorte de « maribusiness » des produits de la mer qui est sans doute la tendance à long terme – et un modèle d’exploitation « artisanale » qui peut résoudre bien des problèmes immédiats. Les ONPC qu’on pourrait créer auront des problématiques contradictoires.

Dans beaucoup de pays du tiers monde, la pêche est la clef de l’autosuffisante alimentaire. Il est difficile de trouver un branche d’activité où un capital relativement minime, n’exigeant l’apport que de compétences aussi faciles à acquérir, puisse produire à une augmentation de production aussi spectaculaire, avec des résultas aussi immédiats sur une donnée aussi cruciale que l’alimentation.

Des investissement relativement légers suffiraient à mettre fin à la faim. Il est donc raisonnable de penser que le volume de la pêche commerciale augmentera dans les pays sous-développés ayant un accès à la mer et qu’un ONPC y soutiendra cette croissance. Dans une bonne part des pays développés, au contraire le défi majeur sera de gérer la décroissance.

Pierre JC Allard

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