Nouvelle Societe

23-09-08

La pêche en croissance

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:19

La politique d’un ONPC, en pays développé, cible le chalutier qui ramène des tonnes de poissons. On s’inquiète surtout des exigences des pêcheurs en surnombre qui veulent plus de revenus pour moins de travail, alors que la demande stagne et que le consommateur trouve déjà que les prix sont insupportables. Les pays développés pensent pour la plupart à recycler leur main-d’œuvre hors du sous-secteur « Pêche commerciale » vers autre chose, en ne les bousculant pas trop.

Dans le tiers-monde, la problématique est totalement différente. La politique à mettre en place pour gérer la démarche de douzaines de pêcheurs autonomes, rentrant à l’aube, à Zihuatanejo ou ailleurs, avec une petite marée de poissons à vendre dans les trois heures qui suivent est déjà différente, mais la situation deviendra encore plus complexe.

Démographie et rareté des autres ressources aidant, tout va pousser à transgresser les tabous culturels et coutumiers s’il y en a pour satisfaire une demande alimentaire en croissance. Cette tendance devrait conduire à l’expansion rapide du sous secteur des pêcheries. L’objectif d’un ONPC en pays sous-développé est de régulariser les procédés de capture, mais surtout de stockage et de commercialisation.
Partant d’une branche d’activité qui est au départ génératrice de beaucoup de travail et peut l’être encore davantage, on doit concilier la croissance des effectifs qui répondrait spontanément à un accroissement de la demande avec un augmentation contrôlés de la productivité qui permettra d’améliorer le sort de ces travailleurs.

Il y a beaucoup à faire pour augmenter l’intensité en capital de la production de ce sous-secteur, car on pêche avec bien peu d’équipement au Sénégal, à Java ou au Mexique et la faim ne reculera que si on y met des moyens. Objectif d’une capitalisation progressive rapide, donc, mais il y a une inconnue.
Ce qu’un ONPC en pays sous-développé qui souhaiterait vraiment faire son boulot ignore – et de toute façon ne contrôle pas vraiment – c’est la réaction des pays développés, si les patrons de consommation changent en Afrique et que la commercialisation des produits de la pêche y devient une affaire alléchante.

Le comportement qu’ont eu les transnationales des WINS par le passé a été ignoble. La destruction sans pitié de l’agriculture de subsistance dans tout le continent africain pour y exploiter nos surplus et l’occupation des bonnes terres pour les cultures d’exportation laisse penser que, si ce marché du poison devient porteur, elles tenteront de s’en emparer au détriment des travailleurs locaux. Les pêcheurs ivoiriens ne peuvent pas faire concurrence à un bateau-usine positionné devant Abidjan.

Qui protégera les pays du tiers-monde, dont le développement de la pêche peut être l’ultime chance d’atteindre à une autosuffisance alimentaire, contre la pseudo-générosité assassine des transnationales ? Que faire quand celles-ci vendront à rabais ou donneront leur production, jusqu’à ce que le dernier pêcheur et entrepreneur intermédiaire local ait été ruiné ou ait du accepté les conditions qu’on lui aura proposées de se contenter d’un rôle subalterne et mal payé dans la structure pyramidale qu’elles mettront en place ?

L’État faible qui voudra imposer des restrictions aux importations devra se prémunir contre les menaces de rétorsion économiques ou militaires et une omniprésente corruption. L’URSS, avec une science de pointe, une idéologie séduisante au départ et la bombe atomique, n’a pas réussi a résister à l’invasion du capitalisme, à la prise de contrôle de sa structure financière et finalement à la destruction de ses institution et à sa ruine. Croit-on que le Congo y résistera ?

Si cette invasion économique a lieu et que les circonstances ne lui permettent pas de mener une politique nationale réfléchie et constructive, à quoi pourra servir un ONPC dans un pays sous-développé ? À pactiser avec le Diable. D’abord, s’assurer en concédant les droits sur la commercialisation – le volet où l’étranger fait son plus gros profit – que le travail et le PRODUIT sont locaux. On pourra travailler sur la pêche elle-même et améliorer le processus, pour autant que Shylock aura sa livre de chair.

Ensuite, l’ONPC doit devenir un outil de formation des ressources humaines, aidant les compétences locales à infiltrer la structure d’expatriés qui sera mise en place et à optimiser le rôle qui sera dévolu aux nationaux. Ils gagneront bien du temps, s’ils sont prêts a prendre charge de leurs affaires dès qu’une Nouvelle Société globale viendra et leur en fournira l’occasion.

Enfin, un ONPC peut s’immiscer immédiatement dans le réseau de distribution et rendre de grands services à la population, si son action reste au palier le plus bas, près des couches défavorisées, là où la transnationales ayant fait son profit ne s’en mêle plus. En intervenant à ce palier, l’ONPC ne contrecarre les intérêts que des distributeurs locaux et ne s’attirera pas une riposte des envahisseurs.

Dans un pays où les produits de la mer constituent un élément significatif de l’alimentation de la population, on peut considérer la possibilité de comptoirs de vente directe, comme ceux dont nous avons parlé concernant les produits agraires. Pas en bordure de mer, où c’est la femme du pêcheur lui-même qui, traditionnellement, vend chaque matin la marée aux chalands. Si l’ONPC s’immisçait dans le processus à ce palier, il introduirait un intermédiaire de plus plutôt que d’en supprimer plusieurs et augmenterait les frais réels de l’échange tout en réduisant l’entrepreneuriat.

Mais si les poissons achetés en bord de mer sont transportés loin du littoral et revendus à bas prix, là où les pêcheurs ne vont pas, à une population qu’il s’agit alors d’initier à ce type d’alimentation, l’opération de comptoirs de vente directe pourrait être utile. On pourrait le faire sans en être empêché, car on contribuerait ainsi indirectement à promouvoir non seulement les revenus des pêcheurs, mais aussi les profits des transnationales….

Quand la situation sera meilleure, tout sera renégocié… et les habitudes de consommation acquises comme les réseaux de vente directe resteront là. Puis, une Nouvelle Société globale viendra…

Pierre JC Allard

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