Nouvelle Societe

17-09-08

Les services ancillaires

Filed under: Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 10:47

Les services ancillaires, en principe, sont ceux rendus à la personne. Au départ, ce sont des services faisant pour celle-ci ce qu’elle même pourrait faire, si elle en avait le temps et le goût, ou si elle ne préférait pas faire autre chose qu’elle juge plus important, que sa compétence lui permet de faire et pour laquelle il y a une demande. Bécassine fait donc la lessive et passe le torchon, pendant que Madame assiste à son conseil d’administration.

En principe, les « services ancillaires » n’exigent aucune qualification, seulement la bonne volonté de les accomplir. On pourrait donc ranger en bloc tous ceux qui rendent des services ancillaires dans le grand bloc des « non professionnels », le contraire n’étant cependant pas vrai. Pas vrai, mais on peut aussi, en élargissant le concept, déclarer ancillaires les prolongements dans l’espace public de la notion de travail domestique dans le domaine privé.

Le travail ancillaire devient de garer ou garder votre voiture, de nettoyer les pare-brise, puis s’étend à celui qui chante dans le métro, qui vend des châtaignes au carrefour ou qui emballe vos colis pour des pourboires au supermarché. Il y aura toujours une place pour pour les travailleurs ancillaires. Le propre du travail ancillaire est que la demande est infinie et la ressource pour en prendre charge aussi abondante que la somme du temps libre dont nous disposons.

Un temps libre qui augmentera avec le développement des techniques, car les machines sont pour tous, mais l’imagination n’est pas aussi bien répartie. Il ne faut pas se cacher que dans un régime de travail-revenu garanti qui ouvrira la porte au travail autonome exécuté « en parallèle » à l’emploi, une part importante du travail qui sera fait répondra aux critères du travail ancillaire.

Cela dit, est-ce si désolant ? Parce que le concept de rareté ne semble pas s’y appliquer, on a tendance a voir les services ancillaires tout en bas de la hiérarchie des fonctions… mais on ne regarde peut-être pas très bien. Il y en a deux aspects indissociables du travail ancillaire qu’on ne devrait pas négliger.

D’abord, il est de l’essence du service ancillaire de se personnaliser et Figaro peut devenir indispensable à son maître. Tous les domestiques et les fournisseurs de services ancillaires ne sont pas perçus comme interchangeables. Nous avons parlé précédemment d’un travail de l’avenir qui sera à quatre (4) dimensions dont la technique n’est que la première, la créativité, l’initiative et l’empathie en occupant les trois autres, les plus discriminantes; le travail ancillaire, la composante technique en étant négligeable, ce sont les dimensions nobles qui sont déjà mises en en valeur.

Le travail ancillaire prend et prendra donc galon, non seulement parce que quiconque rend un service peut y ajouter un raffinement bien de lui, mais aussi parce que quiconque réclame un tel service éprouve une grande joie à voir ce service comme unique, supérieur, juste pour lui…Il y a connivence entre celui qui donne et celui qui reçoit, ce qui confère une grande valeur à certaines activités humaines qu’un animal de basse-cour, ou qui sait un Martien, pourrait juger triviales.

La coupe de cheveu à 1 000 dollars est déjà une réalité et on pourrait donner d’innombrables exemples de tâches ancillaires déjà hypervalorisées, mais on peut tout résumer en notant simplement que la tâche de la mère auprès de l’enfant est l’archétype même de la fonction ancillaire et qu’il faudrait être bien stupide pour la juger négligeable. Comme il y a d’ailleurs une composante ancillaire dans toute relation interpersonnelle et qu’elle n’est pas toujours à sens unique.

Deuxième aspect souvent volontairement négligé, l’ambiguïté du critère formation. Nous avons posé ailleurs, tout a fait arbitrairement, que trois (3) mois pourrait être la durée minimale d’une formation conférant une certification professionnelle. Mais ce n’est qu’une hypothèse de travail et de simple transition. Ce n’est pas la compétence rapidement acquise qu’il est sans pertinence de mesurer; c’est l’instrument de mesure qui est encore imparfait ! Toute spécialisation devant se raffiner, on en viendra un jour a deux mois, puis à un, puis sans doute à la durée que l’on fixera à un seul crédit de formation professionnelle.

Et n’oublions pas que c’est le contrôle de la connaissance acquise et jamais le temps de formation qui est finalement pris en compte dans le système de certification d’une Nouvelle Société. Le service ancillaire, qui EN PRINCIPE n’exige qu’une formation nulle ou très courte, n’en sera pas nécessairement toujours dévalorisé. Quand on parle de services à la personne, c’est bien souvent du constat d’un talent plutôt que d’un apprentissage qu’il est question… ou d’un perfectionnement illimité qu’aucun diplôme ne pourrait reconnaitre.

Etant souvent des travailleurs autonomes, les travailleurs ancillaires pourront avoir du génie. En fait le pire mal qui pourrait les affecter serait justement qu’une société qui valorise la formation insiste pour les former ! Il n’est pas impensable qu’on veuille introduire des formations de camelots, de videurs de boites de nuits ou de prostitué(e)s… Ce qu’il faudra combattre avec énergie. Il ne faut pas, pour augmenter le prestige des titulaires, ajouter des éléments fantaisistes à un curriculum: une formation ne doit jamais correspondre à autres choses qu’aux exigences du poste à pourvoir. Ce qui en excède doit demeurer dans l’improgrammable. Il n’y a, disait Einstein que la bêtise humaine qui soit infinie.

Il y a parfois aujourd’hui un certain mépris pour le travail ancillaire, comme si un service à la personne avait des relents de sujétion. L’évaluation des services ancillaires va changer, mais pas par leur programmation et l’ajout d’une formation: par une simple prise de conscience. On va comprendre que la réussite ultime de la société est que, tout étant désormais facile à faire et essentiellement mécanisé, c’est justement une facteur X, la bonne volonté de servir, qui va devenir la première qualité du travailleur.

Pierre JC Allard

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