Nouvelle Societe

14-09-08

L’ordre de Bretton-Woods

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:54

En attendant que la compétence s’impose, le capital, manipulant les « deux richesses», avait tout pouvoir. Restait à faire du néo-libéralisme le système planétaire. Il y avait d’autres options, au départ, mais la Deuxième Guerre Mondiale allait faire que ce soit celle-ci qui prévale. Non seulement le fascisme vaincu avait-il cessé d’être une alternative et le communisme n’avait-il pas la force militaire de triompher, mais, tout autre capitalisme national ayant cessé d’exister, le capitalisme anglo-américain, débarrassé de ses rivaux, pouvait désormais imposer sa vérité.

Fort de l’expérience acquise durant la Grande Crise et de sa richesse, il pouvait constituer un pouvoir économique composé non plus désormais d’agents antagonistes, mais unifié et obéissant à des règles définies. Il a donc convié les autres États qui en valaient la peine à Bretton Woods, au New Hampshire, USA, en 1944, pour y accepter un nouvel ordre mondial dont les cinq (5) éléments essentiels – non dits, bien sûr – seraient les suivants :

1) Le vrai pouvoir appartient aux agents économiques. Ceux-ci, toutefois, ne constituent plus un ensemble anarchique, mais un Système unifié, obéissant à ses règles définies par traités et sans cesse mises à jour par une panoplie d’organisations internationales. Sous le couvert de ces organisations, s’établissent les consensus entre agents économiques et sont énoncées, avec vigueur ou discrétion selon le cas, les mesures qui doivent être prises pour contrôler dans chaque État les facteurs financiers et créer une situation propice au maintien de ce nouvel ordre mondial.

2) Les États traditionnels sont autorisés à s’occuper de l’intendance, du bonheur des gens et autres trivialités, mais leurs agissements ne doivent pas mettre en péril la structure financière globale mise en place par le pouvoir économique unifié. Dans chaque pays, une structure bancaire et financière, indépendante du pouvoir politique, s’occupe des choses sérieuses : l’argent, la monnaie, le crédit. Ces structures acceptent leurs directives des institutions financières internationales qui elles-mêmes les reçoivent d’un pouvoir économique anonyme et discret. Le commerce international, pour sa part, se plie aux instructions ponctuelles d’un organisme conçu à cette fin (GATT, puis OMC), dans le cadre général d’une politique de libre échange.

3) Conformément aux principes du New Deal, chaque État, dans le respect absolu cependant des règles énoncées quant aux finances et au commerce, voit à assurer à l’intérieur de ses frontières une redistribution de la richesse suffisante pour éviter une révolution. Des institutions financières internationales Banque mondiale et autres aident au besoin ceux qui risqueraient de ne pas pouvoir le faire.

4) Il est fortement suggéré aux États de se doter de gouvernements démocratiques, lesquels évitent les dérives personnelles et favorisent une dépendance du politique envers le pouvoir économique, conformément à l’esprit du nouvel ordre mondial.

5) La supériorité du modèle Sud-Américain – exploitation optimale par les agents économiques importants, via des gouvernants locaux raisonnablement rémunérés – ayant prouvé sa supériorité sur le modèle européen d’occupation militaire, qui entraîne une responsabilité et des frais pour l’occupant, il est aussi fortement suggéré aux pays colonisateurs de se départir de leurs colonies.

L’URSS ayant refusé de jouer le jeu et ayant la force de faire cavalier seul, la part du monde qu’on avait prévue à Yalta lui fut abandonnée. Hors l’aire laissée ainsi en pâture à l’URSS, le nouvel ordre mondial consacrant la main mise des agents économiques sur le pouvoir allait désormais s’appliquer sur le reste du monde ou tout ce qui en comptait. Le pouvoir politique ne serait plus de taille à lutter contre ce pouvoir économique uni qui, dès la signature de l’accord de Bretton Woods constituerait désormais le seul vrai gouvernement souverain.

Cet accord allait mettre fin aux guerres entre grandes puissances et accélérer l’enrichissement matériel global. Comme tous les gouvernements antérieurs, ce gouvernement mondial de fait allait gérer la production. Comme tous les gouvernements qui l’avaient précédé, il le ferait au mieux des intérêts de ses commettants, lesquels étaient en l’occurrence les « agents économiques importants ». Il donnerait à chacun selon son pouvoir, mesuré à sa force militaire brute et à sa capacité de corrompre.

Bretton-Woods, qui était un traité entre États, recelait aussi un mode d’emploi pour les travailleurs. Pas un pacte, puisque ceux-ci n’étaient pas consultés, mais un protocole dont ils tiraient de grands bénéfices et dont on ne doutait qu’ils l’eussent accepté s’il avait paru nécessaire qu’ils en fussent informés. Le facteur travail, en 1944, n’aurait pas eu la force d’exiger plus.

Quand on considère ses objectifs, le système néo-libéral implanté à Bretton-Woods a rempli ses promesses et a géré l’effort productif commun mondial avec beaucoup de pragmatisme et un énorme doigté. Il a entraîné, toutefois, certains désagréments. Ainsi, la décolonisation prévue a bien eu lieu, transformant l’esclavage en servage, mais accompagnée d’une baisse de la production dans les pays en voie de développement dont un libre-échange à sens unique a ruiné l’agriculture.

La disparité entre pauvres et riches a donc augmenté à l’échelle mondiale. Dans bien des pays, les mesures d’aide internationale n’ayant jamais été suffisantes ni vraiment efficaces, le seuil de production qui aurait permis un revenu dissuasif d’une remise en question politico-sociale n’a jamais été atteint. On a fermé les yeux et le tiers-monde est devenu une poudrière ne demandant qu’à exploser

À l’échelle nationale, aussi, dans la plupart des pays, le modèle néo-libéral est apparu insatisfaisant au palier de la distribution. L’insécurité a poussé à une thésaurisation à tous les paliers, chaque « bassin » de revenus en retenant plus qu’il n’en avait besoin et faisant que la demande effective soit tarie longtemps avant que les besoins des bassins inférieurs ne soient satisfaits.

Pire, la masse des rémunérations versées aux travailleurs-consommateurs et avec elle la demande effective allait tendre à diminuer à mesure que la technique permettrait de produire mieux et plus vite, avec plus d’équipements et donc moins de main-d’œuvre. Le progrès technologique allait contribuer lui-même à générer un déséquilibre et donc, paradoxalement, un appauvrissement croissant, continu et indéfini. Alors que le pouvoir de la compétence augmentait…

Quelques ajustement à faire, mais pourquoi s’inquiéter de la quadrature du cercle, quand les roues tournent sans que le système cesse de reposer sur sa base ? En manipulant la richesse, on avait trouvé la solution magique : tout pour tout le monde et les contradictions se résoudraient dans le bonheur.

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.