Nouvelle Societe

14-09-08

L’industrie

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:09

C’est le temps de l’industrie. On va pouvoir passer de la pénurie à l’abondance. Au milieu du XVIIIe siècle, le monde tout entier était plongé dans la misère… comme il l’avait toujours été. Arrive la « révolution industrielle » et, avec elle, l’espoir de l’abondance. L’industrie, au sens où nous l’entendons ici, est l’utilisation de machines pour produire en masse. En Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, d’abord, puis partout, va s’installer une nouvelle façon de produire qui est le point de convergence de deux quêtes menées par l’humanité depuis son origine : la recherche de mécanismes ingénieux et celle d’une source d’énergie efficace.

Les mécanismes, on en a depuis l’Antiquité, Archimède à Syracuse, Philon d’Alexandrie, des fabricants d’automates dans l’Allemagne du Moyen-âge, Leonard de Vinci à la Renaissance; les hommes sont ingénieux. Pour l’énergie on a eu d’abord les bêtes de somme, chaque culture la sienne, du buffle au yak sans oublier le llama, y joignant tous à l’occasion, comme esclaves, les bipèdes d’autres tribus refusés au concours d’entrée à l’Humanité. Puis sont venus les moulins, à eau et à vent.

Avec le harnachement de la vapeur – Papin Watt, etc. – on a enfin, sous une forme pratique, cette énergie qu’on cherchait et les mécanismes ne manquent pas, non plus que les idées pour les assembler. On comprend qu’il suffit de combiner des mécanismes pour qu’ils accomplissent des tâches utiles et d’y appliquer l’énergie pour avoir une machine. On peut produire. Métiers Jacquard, locomotives, les usages sont infinis et chaque nouvel usage de la machine nous enrichit.

Les activités industrielles nous enrichissent comme collectivité, grâce à l’effet multiplicateur des machines devenues équipements de production et à la productivité prodigieusement accrue qui en résulte. Les machines permettent de produire plus avec moins de travail et ainsi l’on s’enrichit, puisque c’est le travail qui est finalement la source de toute valeur ajoutée. La nature nous donne, on transforme par le travail pour rendre conforme à nos désirs ce que la nature nous donne et l’on obtient la satisfaction, laquelle est la seule vraie richesse.

Dès qu’on a la possibilité de le faire, produire industriellement devient la seule façon sérieuse de produire et le reste devient folklore. C’est le vrai point tournant de l’histoire de l’humanité, parce que non seulement on va passer peu a peu de la pauvreté quasi universelle à une richesse sans cesse croissante, mais cette richesse devra aussi être plus équitablement partagée, même si cette tendance vers l’égalité ne sera pas immédiatement évidente.

L’industrie va se placer au coeur de la société, et la structure, le fonctionnement, les valeurs mêmes de la société seront fondamentalement conditionnées par deux (2) phénomènes, l’un économique et l’autre politique, qui découlent directement de l’industrialisation.

Économiquement, on produira plus et on le distribuera mieux. On peut dire : « La collectivité » s’enrichit, mais qui vraiment s’enrichit ? Si on regarde les choses et les situations elles-mêmes – et non pas l’image qu’en renvoie le miroir déformant de l’argent – celui qui s’enrichit RÉELLEMENT par la production industrielle est celui qui jouit des services que rendent les objets produits. L’industrie permet de mettre ces services qu’on peut tirer des objets produits à la disposition d’une masse de gens qui n’y auraient pas eu accès si ces objets avaient dû être produits un à un.

Vraiment une masse de gens, car l’industrie n’est utile – et profitable à celui qui produit – que si l’on produit en masse. La machine n’apporte un avantage sur la fabrication artisanale, que si l’on veut produire en série une masse d’objets identiques, car la machine y met son temps pour fabriquer le premier objet ; c’est ensuite, quand elle reproduit, qu’elle est efficace. La machine ne crée pas, elle multiplie.

Cet enrichissement réel que la machine apporte est donc NÉCESSAIREMENT plus équitable, car c’est quand on est nombreux à pouvoir les utiliser qu’on a besoin d’une foule d’objets identiques. On ne peut pas s’enrichir beaucoup, comme producteur industriel, en ne produisant que pour les besoins d’une petite élite ; on n’y arrive qu’en produisant pour les besoins et les désirs de beaucoup, précisément de tous ceux dont les besoins et les désirs ne sont pas déjà satisfaits. Une production de masse exige une consommation de masse.

L’industrialisation qui apporte l’abondance est donc aussi une bénédiction, sur le plan politique, puisque c’est l’intérêt commun des fabricants comme des consommateurs, que les biens industriels soient produits et consommés le plus largement possible : le bien général se retrouve dans la trajectoire du bien particulier de ceux qui ont le pouvoir… ce qui est toujours la seule chance du bien général. Il se crée donc tout naturellement, dans une société industrielle, un consensus pour produire davantage qui n’existait pas avant l’industrie.

Oh, on était bien heureux, auparavant, que les granges soient pleines, mais celui dont le lopin nourrissait sa famille n’en mangeait pas moins, si celui de son voisin ne rapportait pas et l’intérêt du paysan s’opposait souvent à celui du meunier, car si l’un tirait plus de son travail c’est que l’autre en avait moins reçu du sien. L’industriel qui fabrique des robes à la chaîne, au contraire, ne s’enrichit vraiment que si tout le pays en porte. L’industrialisation force un enrichissement mutuel dans la société, plutôt qu’un simple jeu à somme nulle, ce qui entraîne une inévitable solidarité entre producteurs et consommateurs

L’industrialisation a donc été l’incubateur de la démocratie moderne. L’industrie exige que des travailleurs divers collaborent à la production, dont chacun est indispensable et bien plus performant s’il travaille de son plein gré. Chaque participant à la production acquiert donc, à la mesure de son utilité, un pouvoir qui n’est pas négligeable et sur lequel repose le respect social qu’on lui accorde.

Il ne faut pas penser que le citoyen moderne a plus de pouvoir parce qu’il vit en « démocratie », mais être bien conscients que nous allons vers plus de démocratie parce que nous avons plus de pouvoir et que ce pouvoir repose avant tout sur notre participation au processus productif.

Pierre JC Allard

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