Nouvelle Societe

14-09-08

Les cicérones

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 1:00

Pour chacun de ses projets, Aladin doit se trouver un génie-conseil qui partage avec lui la vision globale de son rêve et soit son loyal maître-d’oeuvre. Emblématique de ces conseillers, il y aura le cicérone: un professionnel autonome qui travaille pour l’administré et a pour mission de défendre les intérêts de celui-ci, son client, dans tous ses rapports avec l’État et les autres organes de gouvernance.

Le cicérone n’offre pas d’autre service que celui de faciliter l’accès à ceux que fournissent l’État, les corps publics et leurs fonctionnaires.  Le propre du cicérone, c’est qu’il a la compétence d’un fonctionnaire, mais n’est pas un fonctionnaire. Il n’a personne à satisfaire que ses clients. Il n’est responsable d’aucune ineptie administrative qu’il doive camoufler et est donc, au contraire, bien prompt à les dénoncer. Le travail des cicérones permet de réduire d’autant le nombre des fonctionnaires et employés de l’État, puisque ceux-ci ne reçoivent plus que des requêtes correctement formulées.

Il existe présentement des centaines de programmes de l’État et de ses avatars. On réduirait beaucoup les inégalités si tout le monde avait VRAIMENT une chance égale d’y avoir accès. En pratique ce n’est pas le cas, parce qu’il y a tant de programmes et tant de formalités et de complications à en toucher les fonds que le monde ordinaire en est exclu plus souvent qu’autrement, au profit de tous les petits débrouillards qui connaissent bien les rouages de l’État.

Pour en rendre plus facile l’accès, l’administration crée des « guichets uniques » – des lieux physiques ou des numéros de téléphone – où la population peut avoir accès à un fonctionnaire adéquatement informé, lequel répond aux questions et aiguille les gens vers les services gouvernementaux précis qui peuvent les aider.  Quand l’État sera en ligne sur l’Internet, il y aura toujours un guichet où s’adresser.   Mais est-ce suffisant ?

C’est insuffisant. D’abord, parce que, de l’autre coté du guichet, il y a un fonctionnaire, qui parle le langage des fonctionnaires et dont le véritable objectif de travail est de remplir les formules et d’acheminer les dossiers qui constituent la mesure de sa performance au travail,  pas de résoudre le problème du client.   Aussi, parce qu’il ne s’agit pas seulement de faire l’aiguillage vers le service dont le client a besoin.

Il faut aussi que le client sache que le service existe et ait la motivation requise pour y avoir recours. Il faut lui indiquer à quel guichet se brancher, mais aussi remplir pour lui les formules nécessaires, en appeler les bonnes personnes, faire le suivi des démarches jusqu’à ce que la réponse soit obtenue, que la décision soit prise ou que le chèque ait été reçu et touché.

Qui sera cicérone? Un professionnel autonome recruté sur une base de concours et le bon sens suggère que ce seront la plupart du temps des fonctionnaires actuels qui poseront leur candidature et qui seront choisis. Il faut penser à la création d’un corps professionnel de cicérones inscrits à l’Office des Professions. L’objectif sera que le nombre des fonctionnaires soient diminué au moins d’autant qu’il y aura de cicérones nommés.   La création de cette profession n’augmentera donc pas le coût du fonctionnement de l’État, mais en améliorera seulement l’efficacité.

Le cicérone fera mieux bénéficier ses clients des programmes de l’État. Il verra à ce que chacun et les membres de sa famille touchent toutes ces allocations familiales, bourses, pensions de vieillesse et pensions d’invalidité et autres mécanismes de cet assistanat auquel ils ont droit. C’est  le point fondamental à régler, mais le cicérone ira beaucoup plus loin…

Le client aurait-il intérêt à devenir propriétaire ou, s’il l’est déjà, à rénover sa propriété en bénéficiant, dans un cas comme dans l’autre, des subventions disponibles… ou doit-il plutôt avoir accès à un logement social, ou à une assistance financière pour le payement de son loyer?   Ne pourrait-il pas obtenir une subvention et, sur cette base, créer sa propre entreprise, seul ou avec d’autres? D’autres qui, ne l’oublions pas, seront souvent d’autres clients du même cicérone… et toujours des clients de l’un ou l’autre de ses confrères. Le réseau des cicérones deviendra rapidement un élément mobilisateur important pour ce genre d’initiatives.

Si on regarde la part considérable de toutes nos activités quotidiennes qui consiste en relations avec les divers paliers de gouvernement, on peut voir que le cicérone sera un homme bien occupé.  Le cicérone sera d’autant plus occupé, qu’il lui incombera aussi de guider son client auprès de tous ces corps publics et parapublics avec lesquels on a parfois des relations si pénibles: commissions scolaires, municipalités régionales de comté, Régie automobile, Régie du logement, etc. Même “en ligne”, remplir tous les questionnaires est facile pour celui qui sait… mais est l’enfer pour le monde ordinaire. Les cicérones le feront beaucoup plus aisément et mieux.

Le cicérone deviendra vite le conseiller privilégié des gens ordinaires en tout ce qui touche leurs relations avec l’État, et donc pour la gestion d’une bonne part de leurs affaires. Souvent, d’ailleurs, c’est le cicérone qui, le premier, verra un problème et qui conseillera au client de s’adresser aux professionnels plus spécialisés, tels comptables, fiscalistes et avocats.   Le cicérone sera, pour son client du monde ordinaire, le meilleur équivalent raisonnable d’un Passepartout, d’un Figaro et d’un Vendredi.

N’y a-t-il pas un danger que les relations privilégiées que pourront établir certains cicérones avec les fonctionnaires responsables des divers programmes ne créent des passe-droits? Que les cicérones ne cherchent à obtenir pour leurs clients, des soutiens politiques, créant ainsi une ingérence dans l’administration publique ?   Bien sûr, ce danger existe.  Mais est-il plus dangereux de mettre en place quelques milliers de cicérones qui deviendront peut-être en quelque sorte les « lobbyistes » du monde ordinaire, mais dont chacun ne pourra disposer, en somme, que d’un pouvoir bien fragile… ou de laisser perdurer un système dans lequel, faute d’expertise et d’information adéquate, l’immense majorité des gens n’auront qu’un accès de plus en plus biaisé restreint à ces centaines de programmes faits pour eux ?

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