Nouvelle Societe

14-09-08

Le tangible et l’intangible

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 1:09

Nous avons discuté jusqu’ici des nouvelles exigences qui sont communes à toute production. On retrouvera partout en production les conséquences de la complémentarité et de l’entrepreneuriat, les notions de modularité, d’équipes et de projets, le partage des rôles entre secteurs privé et public, dont on voit que le consensus social est une variable technique avant d’être l’occasion d’un choix politique.

Mais même si leur rationalité est la même, il y a des différences dans la façon de planifier les diverses activités de ce qu’on a appelé traditionnellement, les trois (3) secteurs de la production et les gestes à poser pour les gérer peuvent être bien différents.  Dans la nouvelle structure qu’on est à bâtir, le rapport des forces a changé entre les acteurs. Les ressources rares ne sont plus les mêmes que naguère. Il y a une pondération à refaire entre la valeur des facteurs et il faut « prioriser » autrement les économies à réaliser. L’efficacité va obéir à d’autres règles.

On peut dire qu’avec l’industrialisation devenue mature, c’est toujours le travail-compétence qui est la ressource rare, dans tous les secteurs, mais c’est affaire de degrés…  Ces degrés sont significatifs quand on cherche à réaliser un ajustement précis de l’offre à la demande et non plus l’inverse, comme l’impose le système actuel. Quand on cherche à connaître la demande de consommation, par exemple, on ne peut plus traiter la production comme un tout homogène.

Pour aller plus loin dans la compréhension du processus de production, il sera donc plus facile, à partir du point où nous en sommes arrivés, de traiter u -à-un les secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Nous le ferons, mais disons tout de go que, même si cette classification a encore sa raison d’être, le grand clivage dans la structure de production est désormais entre la production des biens et celle des services.  La distinction entre primaire et secondaire s’estompe, quand on la compare au gouffre qui sépare ces deux secteurs, primaire et secondaire, qui sont tous deux producteurs de « biens » tangibles, du secteur tertiaire, producteur de « services » intangibles.

Tout un pan de la production travaille sur du tangible. On y transforme la matière, on produit des objets et, quand le résultat souhaité est là, on fournit à l’utilisateur des « biens », une valeur objective dont il lui appartient de tirer satisfaction. La satisfaction est un élément subjectif que lui-même y ajoute. D’autres activités de production, au contraire, ne visent qu’à modifier le rapport entre l’utilisateur et la matière ou entre lui et les autres, parfois à ne rien changer d’autre que la perception qu’il a d’une situation. On lui fournit un « service ». Un produit intangible dont la valeur est nulle s’il n’apporte pas la satisfaction.

La dichotomie tangible-intangible est cruciale, car elle marque la frontière réelle où change le rapport des valeurs entre les intrants. Quand on produit du tangible, la matière a encore une importance non négligeable. Non seulement peut-elle avoir une rareté bien réelle, mais, étant appropriable et sa propriété transférable, elle sert de support naturel au capital et Shylock peut toujours en biaiser la valeur de rareté par la spéculation et la politique. On peut identifier le volet des biens tangibles comme celui où le Capital peut encore être dominant, même s’il ne s’en donne pas toujours la peine…

Pour la production de l’intangible, même si la composante matérielle augmente avec les équipements plus sophistiqués qui se greffent à la prestation de services, la matière première joue toujours un rôle secondaire et peut être traitée en pratique comme inépuisable : la ressource rare n’est plus que le travail. Pas le travail sous son aspect de ressource-énergie, bien sûr, mais sous son aspect compétence.

Dans une économie tertiaire tournée vers l’intangible, c’est un capital de connaissances qui occupe la position dominante qu’occupait le capital fixe dans l’industrie. Ce qui fait du TEMPS la seule ressource rare que l’on puisse économiser, car non seulement travailler demande du temps, mais la compétence est physiquement dépendante d’un temps d’apprentissage. En chaque situation de production, il faut déterminer la priorité relative qu’il faut accorder à l’économie de temps et à l’économie des matières premières.

Les processus de gestion de production du tangible et de l’intangible sont différents. Alors que le défi de la gestion du volet de production de biens tangibles est de bien tenir compte de la valeur relative réelle des variables, en cherchant à échapper aux traquenards de la spéculation, le plus grand obstacle à l’épanouissement d’une production optimale dans le volet de production des intangible n’est plus Shylock, mais les corporatismes divers qui souhaitent aussi l’immobilisme. Le défi pour optimiser l’efficacité dans le domaine de l’intangible n’est pas une reprise en main des « moyens de production », mais l’arbitrage entre les prétentions des travailleurs. Une dynamique bien différente.

Pour l’estimation de la demande – qui est la première priorité de rationalisation –  la différence est encore plus fondamentale. Pour les biens matériels il y a toujours une limite à partir de laquelle la demande est saturée et où produire davantage est inutile, nuisible même.  Connaître la demande, c’est situer cette limite. Ce n’est pas si simple pour les services, tous différents, puisque leur qualité peut être augmentée indéfiniment. Il ne s’agit donc pas de déterminer l’offre pour répondre à une demande précise, mais de déterminer les priorités afin d’affecter au mieux les ressources qui permettront de satisfaire les désirs. « Au mieux » pouvant être un consensus social… ou le jeu brutal de la demande effective.

Dans le Tome 3 de Nouvelle Société, nous ne parlerons plus de la production en bloc, mais des secteurs de la production. Nous verrons d’abord comment optimiser l’efficacité du volet de  production des biens tangibles, constitué des secteurs primaire et secondaire. Nous tenterons ensuite d’en faire autant pour la production de l’intangible: les services Nous examinerons les exigences du secteur tertiaire, le secteur aujourd’hui dominant qui tend à occuper toute la place et à déterminer les manières d’être et de faire d’une Nouvelle Société.

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Pierre JC Allard

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