Nouvelle Societe

14-09-08

Le pouvoir

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:50

On se met en société pour travailler et produire. Un peu paradoxal, car chacun ne cherche rien tant qu’à satisfaire ses besoins avec un minimum de travail. On se met en société pour avoir plus, mais travailler moins. Il faut donc qu’une société soit efficace : c’est sa raison d’être.

L’efficacité exige, d’abord, que chacun accomplisse la tâche complémentaire pour laquelle il est qualifié. Il va de soi que si la division du travail ne mène pas à ce résultat, elle ne joue pas son rôle. L’efficacité, cependant, ne s’arrête pas là. Le bon usage de la complémentarité est l’essentiel, car c’est de la ressource travail que naît finalement toute richesse, mais il y a du travail caché. L’efficacité, c’est donc aussi d’être économe des matières premières qu’on utilise, puisqu’il faut les chercher les trouver, les amener à pied d’oeuvre, et que cela aussi exige du travail.

De même pour les outils et équipements, qui représentent eux aussi un investissement travail en amont. On n’est pas efficace, non plus, si on ne tient pas compte des priorités et si on n’affecte pas le mieux possible le travail, les ressources naturelles et ce capital que sont les outils, mais aussi les réserves sans lesquelles demain le travailleur ne mangera pas et ne travaillera pas. L’efficacité exige que l’on s’organise ou qu’on soit organisé. Il faut organiser la production.

Il y a toujours des volontaires pour prendre charge de l’organisation de la production, pour deux raisons. La première est que quiconque « organise » le travail de la société, peut le faire en privilégiant ses propres intérêts. La deuxième, c’est que, lorsqu’on répartit les tâches selon les compétences, il y a une préférence pour les tâches qui ne consistent pas tant à travailler qu’à faire travailler. Faire travailler se confond vite avec organiser et c’est cette compétence que s’arroge le plus fort.

Le plus fort assume le leadership, exige l’obéissance, organise la production en fonction de ses intérêt et assure assez d’ordre et de sécurité, pour que ses intérêts ne soient pas mis en péril. Parfois, dans sa mansuétude, il en fera plus, mais rien n’est moins sûr.

Dans toute société, il y a donc des inégalités et l’injustice est la règle. Au départ, elle est totale. Quand la société grandit, toutefois, le moment vient ou nul ne possède plus seul la force d’agir à sa discrétion.. La primauté de la force ne disparaît pas quand une société grandit et devient plus complexe, mais la manière d’utiliser la force doit changer car même le plus fort se sent faible s’il doit affronter plusieurs adversaires. Dans une société mature, la véritable force cesse d’être celle qu’on peut exercer soi-même pour devenir la somme des forces qu’on peut rallier et contrôler. Ce sont les ALLIANCES qui deviennent la clef du pouvoir.

Ces alliances se font et se défont à tous les paliers d’une société. Elles se recoupent et se chevauchent, imbriquées comme des poupées-gigognes: moi et mon frère contre mon cousin; moi et mon cousin contre le voisin; nous et nos voisins contre l’étranger…. Toutes les combinaisons de « nous » contre « eux » apparaissent, l’objectif demeurant pourtant toujours d’unir des forces diverses en une force commune, laquelle sera supérieure à celle des opposants et permettra aux « alliés » de constituer une « majorité effective » : un groupe dont les membres ont, ensemble, la force d’imposer leur volonté.

Ce jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine. Une dimension toujours présente à tous les paliers, mais dont la manifestation la plus ambitieuse est la construction, au sommet de la pyramide, d’une alliance dominante qui possède la force de diriger la société. Il y a toujours une alliance dominante dans toute société.

Une majorité effective est bien fragile, toutefois, si les alliances varient uniquement au gré des intérêts fluctuanta de chacun. Jouer de sa force au cas par cas ne permet pas l’exercice serein du pouvoir. On peut contrer cette instabilité en élargissant la majorité effective, mais il devient vite plus rassurant pour tout le monde que des règles soient acceptées par tous à la défense desquelles chacun apportera le soutien de la force dont il dispose.

L’injustice fondamentale demeure, mais, pour que se maintiennent les alliances sur lesquelles repose cette majorité effective, un consensus s’établit pour affirmer qu’il serait « juste » que les accords soient espectés et que quiconque y détient une parcelle de pouvoir devra dès lors respecter ses accords, ou du moins donner à penser qu’il les respectera. La majorité effective y ayant intérêt, l’honnêteté gagne soudain à être ostensible et devient donc une vertu.

Un « contrat social » tacite s’établit peu à peu entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés, fixant les condition auxquelles les accords seront respectés. La morale s’installe, intimement liée à la notion de justice commutative. Dans une société, on travaille tous ensemble et l’on produit ensemble. La société s’enrichit. Quiconque contribue son apport devrait pouvoir retirer de la société sa part d’enrichissement, sa juste part des biens et services produits. A la base de toute société, il y a ce concept implicite de réciprocité.

Le pouvoir obtient sa légitimité quand on sait qu’il reconnaît, au moins du bout des lèvres, que la justice est une vertu.

Pierre JC Allard

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