Nouvelle Societe

14-09-08

Le bonheur tranquille

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:57

Après la crise et la guerre est venu Bretton-Woods qui définissait les règles du jeu. Ensuite, est venue une industrialisation – et donc un enrichissement – comme on n’en avait jamais connu. L’État et les producteurs avaient appris les Trois Nobles Vérités qui mènent l’industrie à son Nirvana.

A : Rien de pire qu’un client satisfait, mais, après un besoin, il suffit d’en créer un autre.

B : Il faut un peu d’argent dans la poche des pauvres et on le prend des riches ; ils ne s’en offusquent pas: ils en font plus…

C: On peut donner autant d’argent qu’on veut à tout le monde; les pauvres, nous le remettent tout de suite… et les riches ne le dépensent pas.

Ils avaient aussi compris un petit secret à ne pas crier sur les toîts : c’est l’argent qui apporte le pouvoir, mais c’est le pouvoir qui fabrique l’argent. Forte de sa sagesse, l’industrie, a pu continuer sa progression sans heurts pendant des décennies.

L’industrialisation a d’abord fini de balayer le secteur primaire. La mécanisation de l’agriculture été menée à terme si complètement que, dans les années  »50, il ne restait plus en Amérique du Nord que 3% de la main-d’oeuvre dans les champs, alors qu’il y en avait eu plus de 90 % avant la révolution industrielle. Ce 3% des travailleurs agricoles non seulement suffisait à nourrir la population américaine, mais exportait ses surplus dans le monde entier.

En parallèle, l’industrialisation sautait aussi d’une branche d’activité à l’autre du secteur secondaire, au rythme des innovations techniques qui le lui permettaient. Le capital laissait les marchés mécanisés dès que la demande tendait à y plafonner et allait vers les nouveaux marchés conquis un à un par la machine, là où il pouvait entrer en force, mettre en place l’équipement nouvellement disponible et faire un gros profit. Une main-d’oeuvre encore largement indifférenciée migrait vers les domaines où un capital fixe ne pouvait pas encore être utilisé profitablement, en attendant que les machines et donc le capital l’y rejoignent… puis la remplace

Les entrepreneurs qui passaient d’une branche à l’autre y perdaient souvent, mais d’autres les remplaçaient ; ils vivaient des aventures… Shylock, le capitaliste endurci, celui qui ne fait que prêter et vit uniquement de ses intérêts, les suivait pas à pas et finançait les équipements. Il le faisait à contrecoeur, car les déplacements sont pour les entrepreneurs, les aventuriers…. le vrai Shylock, n’est jamais si bien que dans ses pantoufles. Le capital n’aime pas voyager, mais ambitieux, il suivait…

On avançait. Le pourcentage des travailleurs dans le secteur secondaire était passé, de quelques artisans au départ, à 55% à de la main-d’oeuvre en 1955. La productivité augmentait sans arrêt et le niveau de vie de la population, en termes réels, grimpait de 3% à 4% par année. Des droits humains étaient chaque jour nouvellement reconnus sans discussions, car on s’enrichissait si vite qu’il ne valait pas la peine de mesquiner.

Les disparités entre pauvres et riches en Occident s’estompaient vraiment. Au début des années  »50, on prédisait qu’en l’an 2000, une date mythique à un horizon qu’on pouvait à peine discerner dans les brumes de l’avenir, le revenu du travailleur américain moyen dépasserait 100 000 dollars par année. Il aurait son hélicoptère et il vivrait 100 ans. On se sentait sur la voie du bonheur.

La compétence gagnait en prestige, toutefois, ce qui signifiait plus de pouvoir et un enrichissement pour le travailleur. Il était donc important que le concept d’une lutte des classes, voire le ssoupçon d’une incompatibilité entre les intérêts du capital et ceux du travail, soit complètement éradiqué.

Le New Deal, à l’origine, avait fait miroiter l’aisance, au bout du travail. « Work, Work… Work ! », chantait une guinguette de pub anglais. Mais avec une main-d’œuvre qui pouvait devenir arrogante dans sa compétence, le pouvoir a songé que bonheur ne serait parfait que si l’on pouvait promettre aussi au travailleur un enrichissement sans travail, par le simple paiement d’un intérêt, comme pour les riches… Après Bretton-Woods, le capitalisme a donc mis le paquet sur une politique d’élargissement de l’actionnariat, avec deux (2) objectifs en tête.

Le premier, celui de récupérer en épargne la plus grande part possible du prix payé pour le travail. Non pas pour le soustraire vraiment du revenu disponible pour la consommation, ce qui aurait été désastreux pour la demande effective, mais pour le concentrer dans des organismes financiers avant de le redistribuer en crédit. On faciliterait ainsi les transactions entre les « deux richesses », on tisserait un lien de dépendance additionnel entre le capital et l’individu et Shylock en tirerait sa livre de chair au passage.

Le deuxième objectif était de transformer en alliés du capitalisme tous ceux ayant quelques avoirs et donc intéressés à ce qu’un intérêt obtenu sans risque vienne s’y ajouter. Une classe sociale en rapide expansion de rentiers vieillissants, dont le pouvoir politique ne pouvait qu’augmenter avec leur importance démographique croissante, viendrait ainsi servir de bouclier humain aux shylocks.

Un bouclier efficace, car comment contester la légitimité du paiement d’un intérêt, quand c’est toute la classe moyenne qui en profite pour se bâtir une retraite ? Évidemment, ces détenteurs d’un capital minuscule ne changeraient rien à la récupération de 40% de la richesse et de la quasi-totalité des gains de capital par le 1% de vrais capitalistes de la société, mais, pour celui qui a peu, son peu n’en est pas moins son tout… et il ne se battra pas moins fort pour le défendre. Le bonheur tranquille du capitalisme allait devenir à la portée de tout le monde.

Une stratégie habile. Comme on pouvait s’y attendre, les capitaux provenant des fonds de retraite, des compagnies d’assurances et autres bassins où pouvaient s’accumuler les économies de la classe moyenne se sont bien dirigés vers les grandes institutions financières sous contrôle des capitalistes, pour être ensuite mis sous forme de crédit au service des structures corporatives de production

Tout s’est bien passé… mais un nouveau joueur est apparu que l’on n’attendait pas. Un nouvel avatar du gérant, mais tout heureux de ne pas être vraiment un entrepreneur. Un décideur salarié : le manager.

Pierre JC Allard

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