Nouvelle Societe

14-09-08

La satisfaction préemptive

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:48

On punira les décideurs publics corrompus, mais la punition appréhendée, toutefois, n’est pas le meilleur incitatif pour garder les décideurs dans la voie de la vertu ; rien ne rend un homme plus imperméable à la corruption que la possession tranquille des moyens financiers de satisfaire ses désirs. Un décideur riche et satisfait est un décideur bien difficile à corrompre. L’hétéronomie qu’on exige des fonctionnaires a donc son prix et la société ne doit pas rechigner à le payer. Elle le payera en deux (2) volets.

Le premier volet, c’est de combler le décideur public. Le salaire des décideurs publics, nommés ou élus, doit être doublé ou triplé ! Être un mandataire du peuple et décider en son nom doit être le plus prestigieux des emplois et il doit s’y rattacher un salaire exceptionnel. Les décideurs publics sont aujourd’hui mal payés, puisqu’ils ne touchent pas, tant s’en faut, ce que touchent les entrepreneurs et gestionnaires du secteur privé qui décident de questions bien moins importantes et manipulent des fonds bien moins considérables. Il faut que la rémunération des décideurs responsables de l’État augmente.

Les sommes nécessaires pour leur consentir ces salaires exceptionnels sont insignifiantes en regard des budgets de l’État et tout avantage financier raisonnable qu’on pourrait leur consentir est négligeable, si on les compare au coût d’une seule mauvaise décision de l’État. Pourquoi cette aberration d’un salaire minable à ceux qui devraient être les mieux rémunérés ? Les décideurs publics ne sont pas mal payés parce qu’on manque de moyens, mais à cause d’un vieux fond de puritanisme qui voudrait laisser croire qu’ils sont parfaitement désintéressés et ne veulent PAS s’enrichir. Cet angélisme naïf est délétère pour la démocratie, car c’est une corruption rampante et tolérée qui vient nous dire chaque jour que ce n’est pas vrai.

Il faut cesser de croire qu’il est condamnable qu’un Ministre, qui gère 10 ou 20 milliards des fonds publics, touche une rémunération annuelle de 500 000 ou d’un million d’euros, alors que n’importe quel bon joueur de foot ou acteur a belle gueule, est encouragé à en toucher encore plus. Il n’y a rien d’inconvenant à ce que, durant son mandat, on assume pour un décideur public des frais divers qui lui feront une vie de pacha. Il mérite une vie de pacha. Il EST le pacha. Il faut que le décideur se SENTE riche et soit satisfait.  Il faut qu’il soit su qu’il est riche. Ce qui est inconvenant, c’est que celui qui gère nos milliards n’ait pas les moyens de boire les mêmes vins que le milliardaire qui veut nous vendre des avions ou nous construire des autoroutes.

Le deuxième volet, c’est de s’assurer que le décideur public ne pense qu’à ça. Les décideurs publics ne doivent penser qu’à décider. Avant leur entrée en fonction, ils devront donc présenter leur bilan et confier la gestion de toutes leurs affaires, sans exception, à la Curatelle publique, celle-ci désignant un curateur qui en assumera la gestion de simple conservation, selon les normes qui s’appliquent à la gestion du patrimoine des mineurs et autres incapables

Tous les paiements que le décideur voudrait effectuer durant son mandat, pour tout achat de nature privée qu’il souhaiterait faire malgré la prise en charge quasi exhaustive de ses dépenses courantes par l’État – dont le logement de fonction, la voiture de service, des frais de représentations, etc. – le seront par le biais d’une carte de crédit dite « Carte de fonction » qu’on lui remettra pour la durée de son mandat et dont un bureau de l’État contrôlera les transactions et le solde.

Non seulement le décideur public ne fera pas des affaires, mais il n’effectuera même aucune transaction financière personnelle. Toute transaction qu’il ferait sans passer par sa Carte de fonction serait nulle. Toute tentative qu’il ferait sciemment pour effectuer une telle transaction serait une présomption de corruption et un acte criminel assimilable à une fraude. Durant le cours de son mandat, hors l’usage de sa Carte de fonction, le décideur public, pour les fins de la gestion de ses affaires personnelles doit être juridiquement un incapable. Le crédit qui lui est accessible sur cette carte est égal à sa rémunération totale pour la durée prévue de son mandat.

Ce n’est que lorsqu’il terminera son mandat que le décideur public acquittera les sommes imputées à sa carte de crédit de fonction. Compte tenu de son salaire très confortable et de la part de ses dépenses dont l’État aura pris charge, le montant qu’on lui réclamera sera relativement modeste. Ce montant sera déduit de son salaire, car son salaire, bien sûr, ne lui sera remis que lorsqu’il aura terminé son mandat.  C’est alors qu’il pourra profiter pleinement à son gré de la richesse qu’il aura méritée.

Le décideur public dont le mandat se termine retrouve, avec tous ses droits, son patrimoine en l’état ou il l’a laissé au début de son mandat, augmenté du montant de son salaire accumulé, moins les avances pour dépenses non prises en charge qu’on lui aura accordées sur sa carte de fonction. Un accroissement qui devrait représenter une somme du même ordre de grandeur que celle qu’il aurait pu accumuler s’il avait, durant ses années de services, consacré son talent à ses affaires plutôt qu’à la chose publique.

Au cours des années qui suivront, des contrôles seront faits périodiquement de ses avoirs, afin de vérifier que n’y apparaissent pas des montants dont la provenance pourrait être liée à des opérations réalisées durant la période de son mandat. Dans le doute, il y aura enquête. S’il y a eu des gestes indélicats, la justice suivra son cours. Il faudra être sans pitié.

Il ne faut pas hésiter à faire de la gestion publique une profession enviable. Si l’on accepte d’enrichir raisonnablement et honnêtement ceux qui nous gouvernent, il est absolument hors de doute que l’État et nous tous y gagnerons. On ne leur donnera jamais, tous ensemble, autant que ce que peuvent voler et surtout nous faire perdre ceux qui ne résistent pas à la corruption.

Pierre JC Allard

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Un commentaire »

  1. Et si il est marié ?

    Commentaire par Anonyme — 11-11-11 @ 10:10


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