Nouvelle Societe

14-09-08

La métamorphose

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 1:02

Nous allons rapidement conduire le Phénix au bûcher. Nous allons donc imposer quelques sacrifices expiatoires. Nous allons compléter la mise en place d’une économie tertiaire qui n’est retardée, depuis déjà cinquante ans, que par l’intérêt du pouvoir en place de maintenir la structure qui l’engraisse.

En Occident, on produira plus de services et moins de biens matériels, puisque c’est ce que veut la population. On sacrifiera de larges pans de la structure industrielle et on redistribuera mieux la richesse, puisque le monde actuel, avec ses disparités caricaturales devient invivable. Ce faisant on ruinera beaucoup de riches et on en tuera même sans doute quelques uns. Une forme de justice exemplaire sera faite. Dans la foulée, on donnera de nouveaux pouvoirs à l’État et aussi aux individus.

Cette introduction de nouvelles techniques et le changement du paradigme économique qui y correspond n’ont rien d’inusité; on pourrait écrire l’histoire de l’humanité en prenant ces changements comme fil conducteur. La métaphore du Phénix qui renaît de ses cendres est celle d’un geste spectaculaire consenti pour que la vie continue comme avant. On présente comme un grand sacrifice de mettre sur le bucher une structure sociale qui va rendre l’âme. Monsieur le Marquis renonce à ses privilèges… mais les jacques sont à la grille du chateau. Il veut bien rester désormais discret sur ses titres de noblesse… mais n’allait-il pas justement les mettre en dot à son gendre, roturier et millionnaire ?

Aujourd’hui, le Phénix va monter au bucher forcé par une crise financière majeure. Nous allons finalement accepter la tertiarisation de l’économie après trois (3) génération de souffrances inutiles et alors que 80% de la main d’oeuvre est déjà au secteur tertiaire ! Nous allons accepter en Occident le bradage de la structure industrielle devenue largement inutile. Le monde entier va acquiescer à la désintégration du systeme monétaire… qui ne vaut plus grand chose.

Ce sont des gestes spectaculaires, fondateurs de nouveaux régimes, mais posés justement pour qu’une civiilisation ne disparaisse pas, mais renaisse plutôt sans délai, largement identique à elle-même dans ses assises. En acceptant les exigences de la société postndustrielle et en confiant le Phenix aux flammes, nous voulons faire en sorte, comme le dit si bien le héros du Guépard de Visconti, de « tout changer pour que rien ne change ». Mais il se pourrait bien que nous ayons une surprise

Tout ne sera pas réglé par le passge a une économie tertiaire et un nouveau systeme financier. Nous vivons la crise la plus perverse de l’Histoire de l’humanité : l’avènement de l’abondance. Il ne faut pas confondre cette crise avec celles qui l’ont précédée. Elle ne se terminera pas par un cérémonial sacrificiel, fut-ce un krach ou une guerre mondiale. Le remplacement du systeme capitaliste par un systeme entrepreneurial sera plus que la mort d’un phénix: ce sera le signe d’une métamorphose permanente et irreversible.

L’humanité est née dans la pénurie et, pendant des milliers d’années, son problème a été de satisfaire ses besoins matériels. Avec la révolution industrielle, une métamorphose s’est engagée et l’humanité devenue chrysalide a cherché à se bâtir des ailes, pour s’élever au-dessus de la nécessité, vivre autrement et avoir une autre destin. Maintenant elle y est parvenue. L’industrialisation devenue mature a permis de développer la capacité de produire pour tous nos besoins matériels. Totalement. Nous avons atteint l’abondance.

Il ne s’agit plus cette fois d’introduire une nouvelle technique permettant de faire mieux ce que l’on fait déjà. Un changement fondamental est intervenu qui va permettre de faire autre chose. L’humanité, à l’abri du besoin, va pouvoir satisfaire ses besoins plus subtils, développer de nouvelles priorités et bâtir de nouveaux projets. L’univers étant relationnel, ce que nous sommes se définit par ce que nous pouvons faire; l’humanité dans l’abondance devient donc vraiment autre chose. Nous pouvons sortir du cocon et voler. Nous entrons dans une nouvelle ère.

Nous devenons autre chose pour deux (2) raisons. La première, c’est que la capacité de production de la planète dépasse maintenant largement ses besoins; il ne s’agit plus de passer de la satisfaction d’un besoin matériel à un autre autre, mais, pour une bonne part, de leur substituer la satisfaction de besoins intangibles.

Ce qui change tout, car le quignon de pain dont je me nourris en prive mon voisin, mais je ne prive personne de la musique que j’écoute. Il suffit d’un effort dérisoire pour qu’elle soit indéfiniment multipliée et partagée. La lutte pour la satisfaction n’est donc plus nécessairement « à somme nulle ».

Le constat s’impose que la lutte millénaire féroce que se sont livrée les humains pour obtenir la satisfaction de leurs besoins n’était qu’une malheureuse conséquence de sa condition de chenille, quand ils étaienten pénurie, puis de celle de chrysalide, quand il leur fallait se créer des ailes. Sortis du cocon et devenus papillons, volant sans se heurter dans un espace infini, cette agressivité ne leur sera plus nécessaire, ni permise.

Bien sur, il y aura toujours des ressources rares. La demande infinie pour la santé en est le meilleur exemple. Mais cette rareté, quand on est dans l’intangible, n’est plus celle d’une ressource appropriable, mais d’une compétence dont c’est surtout une décision humaine de doter quelques-uns sulement ou beaucoup… La contrainte qu’impose la nature tend à ne plus être que celle du temps. Il n’y a pas de solution finale à cette contrainte, mais c’est dans une démarche coopérative qu’on s’en tire le mieux. L’humanité va donc devenir moins agressive et tendre vers la collaboration et la paix.

La deuxième raison, c’est qu’il ne s’agit plus d’intervertir la hiérarchie sociale, mais de remettre en question la notion même de hiérarchie. Dans un structure complexe, l’efficacité passe nécessairement par la complémentarité; l’interdépendance est croissante et tend donc à rendre tous les participants INDISPENSABLES. Le pouvoir de chacun, face à tous et face auau système lui-même, tend ainsi à grandir et à devenir absolu Nous allons INÉVITABLEMENT vers plus d’égalité. L’humanité en sera transformée.

Parce que c’est en luttant tous ensemble contre le destin – et non les uns contre les autres – que nos besoins seront le mieux comblés, nous allons vivre dans une société qui tendra vers l’harmonie et l’égalité. C’est une métamorphose. Il reste à oser briser le cocon et à voler.

Pierre JC Allard

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