Nouvelle Societe

10-09-08

Une société branchée

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:52

N.B.  Cette étude a été produite en  août 1999. Les principes en demeurent applicables, mais toutes les données quantitatives sont évidemment à revoir. pjca

PRÉAMBULE

Une Nouvelle Société, ce n’est pas seulement la reformulation des idéaux de justice et de bien-être que l’humanité poursuit depuis des millénaires; c’est la mise à jour des outils qui permettent de les atteindre. Car, ne nous leurrons pas, s’il devient concevable de créer aujourd’hui un monde meilleur, ce n’est pas parce que la nature humaine a changé c’est parce que les moyens techniques dont nous disposons favorisent cette amélioration et mettent le bien commun dans la trajectoire des objectifs individuels, lesquels demeurent aussi égoïstes que jamais.

Ainsi, il y aura une meilleure répartition de la richesse dans un Nouvelle Société pour trois (3) raisons, dont aucune n’est angélique. Parce que la richesse collective croissante permet qu’un pourcentage plus élevé de la population atteigne le seuil à partir duquel d’autres facteurs que l’argent contribuent prioritairement au bonheur; parce que la concentration de la richesse met en péril la structure de pouvoir elle-même et qu’une majorité effective va faire le choix de la sécurité plutôt que de la cupidité; parce qu’une société complexe voit augmenter la proportion de ses membres qui sont indispensables et donc de ceux qui ont un pouvoir de négociation réel pour obtenir plus de la collectivité.

Pour ces raisons essentiellement liées à l’essor de la technologie, nous allons vers un monde plus équitable. Pour des raisons qui sont aussi le fruit de la technologie moderne et que nous verrons dans un prochain texte, nous allons également vers un gouvernement plus démocratique; pour ces mêmes raisons, l’État doit poser le choix inévitable d’adapter ses procédés de gestion hérités de l’Ère industrielle à la réalité du monde contemporain.

Dans une Nouvelle Société, la relation entre le citoyen et l’État sera modifiée de deux (2) façons fondamentales complémentaires. 1) Par la gestion à distance via l’Internet – “en ligne” – de l’immense majorité des démarches qui constituent le dialogue entre les individus et l’administration publique, et 2) par la venue d’un “cicérone”, un professionnel qualifié qui prendra  le citoyen par la main et le guidera dans les dédales de  l’administration, s’assurant qu’il répond aux exigences de cette dernière mais en retire aussi son dû.

INTRODUCTION

On estime aujourd’hui à plus de quatre-vingt millions (80 000 000) sur la planète la foule des utilisateurs de l’Internet et dans 5 ans il y en aura sans doute dix fois plus.  Certaines sociétés – les U.S.A  les premiers – seront devenues des “sociétés branchées” et une société qui ne sera pas branchée ne sera plus une société moderne. On estime que 20% des Québécois utilisent déjà l’Internet pour leur travail ou par plaisir et la croissance ici aussi est exponentielle.

Bientôt, la totalité ou presque des citoyens pourront aisément et efficacement accéder à l’Internet; quand ce seuil d’universalité sera atteint – comme il l’a été pour la téléphonie et la télévision – l’État ne pourra pas  se désintéresser du phénomène Internet. et choisir de ne maintenir avec ses commettants qu’une communication de qualité inférieure. Pourrait-on imaginer, aujourd’hui, une société où les hôpitaux, les écoles, les postes de police n’auraient pas le téléphone?  L’État devra se brancher.  Il devrait le faire tout de suite.

Quand l’État mettra en place les mécanismes requis pour administrer une société branchée à l’Internet, ce changement constituera un pas en avant bien concret vers une Nouvelle Société,  rendant du même coup imminents tous les autres changements que nous avons décrits sur ce site touchant la main-d’oeuvre, l’éducation, la santé …. et  la politique; la fiscalité, comme nous l’avons dit (706.html), ne pouvant sans doute être transformée qu’APRÈS l’avènement d’une Nouvelle Société.

Nous verrons d’abord le processus-type de relations citoyen-administration que nous proposons,  les composantes générales qui apparaissent à la description de fonction de la majorité des organismes de l’État et qui peuvent être traitées avantageusement en ligne. Nous verrons ensuite des exemples concrets de ce processus liés au fonctionnement de quatre (4) secteurs-clefs que nous avons vus dans des textes précédents –  Santé, Éducation, Main-d’oeuvre, Fiscalité – ainsi qu’à celui du Droit que nous avons ébauché et aux domaines de la Culture et de l’Information que l’occasion semble bonne de traiter ici.  Pour chacun de ces secteurs nous proposerons une ébauche des dossiers à établir.

Branchée ou non, l’administration de l’État ne perdra pas de sa complexité, laquelle, au contraire, ne peut qu’aller en augmentant. Nous terminerons en indiquant comment, pour que l’administré tire le meilleur parti des services que l’État peut lui offrir, nous lui fourniront un “cicérone”.

1. LA GESTION EN LIGNE

Le rôle d’un organisme d’État – ministère ou institution – consiste pour une bonne part en relations avec la population; un problème est posé et doit recevoir sa solution, des renseignements doivent être colligés, une enquête ou une analyse et une évaluation doivent être faites, une décision doit être prise.  Ces relations peuvent  être gérées en ligne de façon plus rapide et plus efficace que de toute autre façon, puisque l’Internet permet l’Interactivité et que les capacités techniques de l’ordinateur facilitent la recherche et la communication.

Tout ne peut pas être fait par la machine. Une partie de ce travail exige réflexion et, les ordinateurs ne remplaçant pas le jugement, il faut qu’un être humain intervienne. Une grande partie du processus administratif, toutefois, consiste à accomplir certaines procédures et à remplir des formulaires: la quasi totalité du temps de certains fonctionnaires se passe à recueillir l’information.

Ce sont ces procédures qui sont au coeur de la relation entre l’administration et les administrés et qui, souvent mises en place à une autre époque, occasionnent  aujourd’hui le plus clair des pertes de temps et des frustrations chez les administrés.  Le temps qu’on passe à remplir ces papiers est déjà ennuyeux, mais le temps qu’on perd à se rendre là où ils doivent être remplis et à attendre en file au guichet est totalement vexatoire.

Tout ça doit changer. Ce n’est pas que le besoin que ces procédures venaient combler au temps des crayons à mine de plomb et du papier-carbone n’existe plus; il existe toujours, mais il y a désormais d’autres façons d’y satisfaire.  Les procédures qui entourent les tâches humaines d’analyse et de décision peuvent maintenant être traitées avantageusement en ligne.  La transformation de la procédure habituelle pour tenir compte de cette nouvelle donnée entraînera des économies majeures et une amélioration évidente de la qualité des services.

La gestion en ligne réduit les coûts de façon dramatique, car on peut alors s’en remettre aux techniques robotisées pour tout le travail mécanique d’interaction: envoi de formulaires, suivi périodique des dossiers, voire la plus grande partie des réponses aux questions posées. Une interface humaine incontournable vient augmenter le coût de traitement de certains dossiers mais le résultat net est une efficacité multipliée.

Disons le tout de suite: cette efficacité accrue ne doit pas servir à limoger des fonctionnaires et mener à une aggravation du chômage technologique sous prétexte de réaliser des économies; elle doit servir à un recyclage des ressources humaines et à offrir de meilleurs services. Nous y reviendrons. Pour le moment, établissons seulement qu’une Nouvelle Société sera gérée en ligne.

Une société branchée obtiendra sur son écran chaque formulaire à remplir ainsi que les instructions pour le faire  Ayant fourni les renseignements demandés – dont une grande partie sont des éléments d’identification redondants que l’utilisateur pourra insérer en pressant une seule touche de son clavier –  l’utilisateur transmettra d’un seul geste également le formulaire à toutes les parties qui doivent en recevoir copie.  Chacune prendra la décision qu’il lui appartient de prendre, en ordre séquentiel ou simultanément, selon le cas, après quoi la  décision finale sera inscrite à un registre central et l’autorisation ou le permis seront transmis au demandeur qui pourra imprimer le document ou la vignette requise.  Quiconque en a l’autorité pourra vérifier par la suite “en ligne” l’authenticité de ce document.

Ceci est d’autant plus facile à réaliser que ce sont les mêmes procédures standards d’interface avec la public qui, à quelques différences près, apparaissent à la description de fonctions de la majorité des organismes de l’État. Les relations ponctuelles des citoyens avec l’État peuvent s’inscrire dans certaines catégories bien limitées dont chacune exige une intervention humaine différente et doit avoir sa propre procédure d’interface, ce qui suggère la création d’autant de “casiers postaux virtuels” au sein d’un organisme qu’on y retrouve de ces catégories, chaque casier postal devenant l’équivalent virtuel d’un “guichet” à usage dédié.

1.1   L’INTERFACE STANDARD

Comment la communication va-t-elle s’établir?  A partir de la page index de l’organisme, l’usager a accès aux divers casiers postaux et aux instructions SIMPLES permettant de savoir à quel casier s’adresser.  L’accès à un casier postal lui donne le choix subséquent entre divers formulaires à utiliser, de même que la possibilité liée à certains de ces formulaires d’y ajouter des notes de son crû.  Les formulaires à remplir sont les éléments essentiels d’un dossier de gestion.  C’est par les protocoles CGI  – désormais omniprésents sur l’Internet – acheminant  le retour vers l’expéditeur ou vers tout autre casier postal virtuel pré-programmé d’un formulaire que l’internaute n’a qu’à remplir que le fonctionnaire obtiendra désormais l’immense majorité sinon la totalité de son information.

L’administration a pour coutume de produire des douzaines ou des centaines de formulaires distincts.  Quand on n’imprime plus les formulaires mais qu’ils apparaissent à l’écran, on peut se limiter à un seul formulaire évolutif, demandant à l’usager de cheminer dans ce qui devient un arbre de décisions.  Chaque fois qu’il répond à une question du formulaire, le reste du formulaire est remanié en fonction de sa réponse, déterminant au besoin des centaines de versions finales du formulaire dont le début pourtant est toujours le même. Il ne faut pas hésiter à augmenter le nombre de versions finales alternatives d’un même formulaire pour y inclure des différences même subtiles, car la part qu’on pourra en traiter automatiquement par ordinateur en sera d’autant augmentée et le travail d’analyse et de décision du fonctionnaire responsable en sera d’autant précisé et simplifié.

La présentation à l’usager d’une séquence de choix successifs a pour résultat, quand il a complété la version idoine du formulaire en autant d’étapes que nécessaire, que celui-ci a non seulement fourni toute l’information requise, mais qu’il l’a aussi structurée de façon à ce qu’il soit le plus facile possible d’y apporter une solution.   Les éléments dont le formulaire ne tient pas compte mais que l’usager considère significatifs peuvent être ajoutés en notes au formulaire. L’examen de ces notes permettra de bâtir avec le temps des formulaires de plus en plus adéquats.

On ne demandera jamais à l’usager d’envoyer plusieurs copies d’un même document: l’aiguillage sera automatique vers qui de droit.  La production de pièces jointes ne créera pas de problème, puisque les documents d’appoint requis seront acheminés directement sur demande par l’organisme qui en a la garde vers le site où ils sont requis et à la demande de celui-ci.  Il suffira que l’usager coche au formulaire la mention autorisant cet accès à l’information

A moyen terme, seule l’adresse du document d’appoint apparaîtra aux divers sites où il doit en exister copie, faisant lien vers la version électronique “originale” aux archives virtuelles de l’émetteur du document, chez qui d’ailleurs l’original-papier, s’il y en a un, restera prudemment en voûte. Des copies en seront conservées en micro-fiches, sur CD ou par tout autre procédé semi-matériel pour parer à toute éventualité, mais la transmission ultérieure du document deviendra exclusivement virtuelle.

Quand cette information lui est parvenue, le fonctionnaire doit procéder à l’analyse qu’on attend de lui et prendre la décision qu’il lui appartient de prendre, après quoi il transmet le formulaire, enrichi de sa propre contribution, vers celui qui dans la séquence administrative interne doit ensuite intervenir.  Celui-ci procède de même et achemine à son tour le dossier( le formulaire enrichi des apports de tous ceux qui y sont déjà intervenus)  vers l’intervenant suivant, et ainsi de suite jusqu’à ce que le dossier ait été complètement traité et que toutes les décisions aient été prises.

Quand la séquence est complétée, le formulaire est ré-acheminé vers l’usager faisant la preuve des décisions intervenues.. Quand l’État par l’un de ses organismes a pris une décision, celle-ci doit aujourd’hui faire l’objet d’un document écrit – (confirmation, permis, etc) – et ce document doit généralement être transmis: a) à celui qui en a fait la demande, et souvent b) à des tiers intéressés.  Quand l’État est en ligne, il n’est pas question de renvoyer ces documents par la poste.  Le document nécessaire est expédié par courriel au requérant et aux autres intéressés et porte un numéro de contrôle.

L’usager pourra tirer une copie imprimée de ce document s”il le veut, mais cette formalité deviendra vite superflue, sauf lorsque le document devra servir à l’étranger, dans les pays en voie de développement de leur propres sites; au Québec, quiconque voudra s’assurer de l’authenticité d’un document émis par un organisme d’État n’aura qu’à communiquer avec le Guichet-vérification de l’organisme compétent  pour en obtenir confirmation. Naturellement, si le document est à usage restreint confidentiel,  ou s’il confère un droit à son détenteur nommément désigné, celui-ci pourra être tenu de s’identifier et d’introduire un NIP quand il voudra en permettre l’accès ou en tirer avantage.

1. 2  LES GUICHETS

Quels sont les casiers postaux virtuels (guichets) qu’on retrouvera normalement dans la plupart des organismes d’État, sans préjudice à ceux que nous identifierons plus loin à l’examen des besoins de certains domaines d’activité bien spécifiques?

a) un “Guichet-requêtes”. Le plus utilisé et celui qui initie la plupart des relations entre le citoyen et l’administration.  L’usager y accède aux formulaires (formulaire évolutif) qui devraient éventuellement correspondre à toute demande qu’il doit présenter à l’organisme et dont il est dépendant d’une réponse pour sa vie quotidienne ou ses activités:  passeport, permis, certificats, etc.

b) un “Guichet-renseignements”. C’est ici que les usagers poseront leur questions.  Le guichet consistera en une liste de réponses, répondant à des questions pré-formulées entre lesquelles l’usager choisira; seules les questions “originales” exigeront l’attention d’un préposé. Pour inciter les usagers à consentir l’effort nécessaire pour identifier leur interrogation à une question pré-formulée, il devra y avoir un coût lié à la présentation d’une question “originale”.   Au départ, le pourcentage des questions exigeant une intervention humaine sera significatif.  Toutefois, ces questions “originales” re-formulées  et les réponses qui y seront apportées viendront s’ajouter à celles du système automatisé initial et enrichiront es banques de réponses. Le pourcentage de questions exigeant une intervention humaine sera donc décroissant; il diminuera d’autant plus rapidement que les questions seront bien re-formulées et que la procédure d’accès sera intuitive;

c) un “Guichet-suggestions”. Ici, on commentera, on se plaindra, on félicitera et on apportera des recommandations constructives.  Ce guichet renverra un accusé de réception automatique. Il recevra une attention “humaine” à la mesure des ressources disponibles. (Ce guichet pourra, comme nous le verrons plus loin, devenir un ”cahier des doléances”).

d) un “Guichet-dénonciations”. Il n’est pas nécessaire qu’un tel guichet existe dans tous les organismes mais il est indispensable qu’il en soit crée un dans tous les cas où un organisme a le mandat de faire respecter la loi.   Ainsi, il faut pouvoir dénoncer les cas de pollution, le braconnage, les atteintes aux droits des enfants, etc.  L’accès à cette information sera restreint à des fonctionnaires autorisés à cet effet et qui devront préserver la confidentialité des dénonciations;

e) un “Guichet-soumissions”. Certains organismes – à moins que la fonction ne soit centralisée en un site unique “Approvisionnement” – maintiendront un guichet réservé au processus d’appel d’offres, de vente aux enchères et de  présentation de propositions et devis; ces fonctions exigent naturellement une intervention humaine continue;

f) un “Guichet-caisse”.  Il permet de recevoir des fonds ou de faire un paiement.  Il est totalement automatisé et on y accède généralement via le Guichet-requêtes ou le Guichet-soumissions.

g) un “Guichet- vérifications”. Totalement automatisé en pratique, mais auquel il faut adjoindre une ressource humaine en appui (back-up), toute panne étant ici intolérable.

1.3   LES DOSSIERS INDIVIDUELS

En plus de simplifier et d’accélérer considérablement le processus, le traitement en ligne de l’émission et du contrôle des permis et procédures réglementaires permettra d’obtenir une cohérence jusqu’à maintenant utopique de la réglementation, les liens établis entre les divers dossiers faisant que ceux-ci se corroborent les uns les autres, ou au contraire se contredisent, auquel cas on prendra les mesures appropriées pour corriger la situation.  Ceci, toutefois, appelle un réserve importante car la cohérence n’est pas toujours la première priorité

La cohérence n’est pas toujours la première priorité.   La première priorité, c’est souvent le respect de la vie privée du citoyen.  Les limitations inhérentes aux procédés de gestion qu’a utilisés l’État jusqu’à maintenant ont imposé que chaque dossier traité le soit pratiquement sans référence à une relation globale entre l’État et l’individu.  Cette ignorance a été souvent saluée comme une bénédiction par ceux qui souhaiteraient que l’État se recroqueville à la partie congrue et qui ne veulent pas voir que l’indépendance que laisse cette ineptie imposée à l’appareil gouvernemental de refaire à chaque fois le même travail fait surtout l’affaire de ceux qui trichent… alors que le citoyen ordinaire n’a pas toujours à y gagner et que c’est lui, au contraire, qui paye le prix de la redondance programmée.  Dans certains domaines, comme la confidentialité du rapport d’impôt, cette ignorance de l’État est devenue non seulement une vertu mais une obligation légale d’ignorance.

Nous  n’avons pas à discuter ici du bien fondé de ces restrictions; soulignons seulement que, dans la mesure ou la population l’acceptera, une partie plus ou moins importante de l’information relative aux rapports de l’État avec chaque citoyen pourra être intégrée.  À l’intérieur des cadres de certains secteurs comme la santé, l’éducation ou les paiements de transferts, la fiche sectorielle complète de l’individu est un avantage et deviendra sans doute disponible chaque fois qu’un décision doit intervenir.

Qu’il faille ou non lier entre eux les dossiers sectoriels est une décision plus grave, puisque les autorisations d’accès  ne sont pas nécessairement accordées aux même personnes d’un secteur à l’autre et pas pour les mêmes motifs.  Soulignons donc qu’il est tout à fait facile de garder ces secteurs étanches; on PEUT lier les dossiers, mais rien dans l’établissement d’une gestion en ligne ne vient supprimer les barrières que l’on peut vouloir maintenir à la transmission de l’information entre les divers secteurs d’activité de l’État.

1.4   UNE RELATION HUMAINE

On pourrait être tenté de penser que cette nouvelle approche de gestion par courriels interposés, faisant largement appel à des ordinateurs et à des algorithmes, déshumanise la relation entre l’administration et les citoyens.  En fait, c’est au contraire qu’il faut s’attendre, comme la mise en place des pilotes-automatiques a favorisé le contact entre l’équipage et les passagers: quand tout ce qui peut être automatisé l’a été, tout ce qui ne peut pas l’être reprend sa véritable importance qui est de faire appel à une compétence humaine.

Pour cette raison,  sauf s’il y a péril imminent, la première règle d’interface avec l’administration pour le citoyen d’une société branchée doit être: “Ne venez pas, ne téléphonez pas:…  branchez vous !”   Quand il y a urgence – en santé, par exemple – les délais tendront vers zéro.  Quand il s’agira d’une relation courante, tout ira plus vite mais sans précipitation indue et, surtout, on remettra à l’usager le contrôle sur cette relation.

Ainsi, dès le premier contact entre l’administré et le fonctionnaire, la communication par Internet permet une nouvelle attitude. Plus sereine. Plus courtoise. Il faut se connaître. Donnant l’exemple, l’État devrait se présenter sur son propre site, référant par liens aux pages index de chacun de ses organismes et de chacune de ses institutions. Chaque organisme ou institution de l’ État, sur son propre site, devrait  publier:

a)  son profil, sa mission et ses objectifs;

b)  son historique avec séries chronologiques explicatives;

c) sa structure (organigramme), identifiant les titulaires des divers postes et leurs responsabilités;

d) les éléments quantitatifs et descriptifs permettant de comprendre le fonctionnement de cet organisme: budget, statistiques, graphiques, cartes, cadastres, inventaires, etc.

e) une description simple et claire de son autorité. Un aspect fondamental de la mission de plusieurs organismes consiste à édicter des normes et/ou à les faire respecter. Le citoyen doit savoir dans quelle mesure et comment un organisme d’État peut ainsi lui imposer des obligations ou restreindre sa liberté.  C’est ici qu’on le lui dira. (Avec référence par liens à la législation et à la réglementation pertinente aux relations de l’organisme avec les usagers et le public).

Chaque relation ponctuelle correcte avec l’administration exige aussi que le citoyen soit informé de la nature et des objectifs concrets de la démarche qu’il entreprend; le préposé au guichet qui affronte une file d’attente n’a pas le temps de le lui expliquer mais le site Internet, lui, a tout son temps….

La page index de chaque organisme de l’État traitant avec le public débutera donc par la possibilité qui sera offerte au citoyen de savoir précisément ce qu’il est venu chercher sur ce site de l’État et pourquoi il doit accomplir cette formalité.  On ne lui imposera pas ces renseignements, mais on les tiendra à sa disposition, lui permettant à sa discrétion l’accès par liens à trois (3) dossiers de contexte indiquant :

a) le circuit général de fonctionnement de l’organisme – clairement identifié au sein du circuit de fonctionnement simplifié de l’appareil de l’État – afin que l’usager puisse voir et comprendre dans son contexte la mission de l’organisme ainsi que la raison d’être et les résultats qu’on espère de la démarche qu’il entreprend;

b) la liste des formulaires que l’organisme utilise pour obtenir et véhiculer l’information qu’il requiert ainsi que pour rendre et transmettre ses décisions (une liste courte qui indiquera les formulaires évolutifs de départ, une liste longue qui se référera aux objectifs visés et sera accessible par engin de recherche et mots-clefs.)

c) le cheminement-type à l’interne des divers formulaires qu’on pourra demander à l’usager de remplir, de même que les délais moyens d’acheminement entre les diverses étapes de ce circuit, une fonction interactive robotisée permettant à tout moment le dépistage (tracing) à l’intérieur du circuit d’un formulaire déjà rempli et soumis par l’usager. (Cette fonction peut être totalement automatisée, dans la mesure ou la transmission des formulaires au sein de l’appareil gouvernemental est elle-même faite entièrement d’ordinateur à ordinateur).

Quand l’usager est ainsi situé et sait qu’il pourra, à tout moment, savoir où en est rendue son affaire et si elle suit  un cheminement normal dans les délais normaux, il cessera de s’énerver et de trépigner.  Les gens ne s’impatientent  pas tous les jours durant les neuf mois d’une grossesse….

2. LES SECTEURS-CLEFS

Tout le processus de gestion de l’État se transforme quand l’État monte en ligne et gère une société branchée.  A titre d’illustration de ce changement, nous verrons ici huit (8) secteurs-clefs de l’activité de l’État que le branchement à l’Internet va radicalement transformer: Domiciliation, Santé, Éducation, Main-d’oeuvre, Droit, Culture, Fiscalité et  paiements, Information.  Pour chacun de ces secteurs, nous proposerons  une ébauche des dossiers à établir.

Ceci devrait montrer d’abord la constance de certaines fonctions mais aussi, dans une certaine mesure, comment chaque secteur d’activité de l’État a sa spécificité. Même si les activités de tous les secteurs peuvent logiquement s’inscrire dans les catégories générales que nous avons indiquées ci-dessus, certaines de ces activités prennent parfois une telle ampleur relative ou font appel à une information si sensible dans un secteur particulier qu’il est préférable de modifier alors le processus standard d’interface pour en tenir compte.

En examinant un à un ces secteurs-clefs, nous mettrons donc en évidence les différences parfois subtiles qu’il semble opportun d’établir entre les modalités concrètes de gestion de leurs dossiers  respectifs.  La santé est le secteur où il est sans doute le plus important de préciser ainsi la démarche et nous le verrons plus en détail, mais chaque secteur a les siennes.

2.1  DOMICILIATION

La démarche de “domiciliation” représente le premier pas logique vers la mise en place d’une gestion en ligne de la relation entre le citoyen et l’État. En plus de donner une adresse virtuelle à l’individu, comme son nom l’indique, elle lui fournit aussi d’autres éléments qui lui permettent de se faire connaître.  C’est une fonction que l’État actuellement n’assume pas mais qui devient nécessaire.  Une Nouvelle Société doit viser à tirer les gens de leur anonymat, à refaire de chaque individu une personne. C’est une condition indispensable pour que tous ensemble nous formions vraiment une société organique et non seulement un agglomérat comme ont voulu que nous le devenions ceux qui nous ont exploité.

2. 1. 1   Le domicile virtuel

La société est devenue si complexe et la mobilité si grande qu’on a parfois peine à se retrouver. Il serait utile que chacun ait une adresse permanente, une “domiciliation”, même virtuelle, ce que la technique rend maintenant possible.  Dans une société branchée, l’État peut fournir gratuitement à chaque personne physique ou morale une adresse virtuelle – comme les “branchés” ont aujourd’hui leur adresse de courriel chez leur serveur Internet – et constituer un bottin complet accessible en ligne indiquant l’adresse virtuelle de tous ses citoyens.

Ce qui est d’une grande utilité non seulement sociale, mais juridique. Notre justice repose sur la notion qu’on peut et qu’on doit, comme première étape pour faire valoir un droit, signifier d’abord un avis puis d’autres procédures à qui de droit … ce qui exige qu’on puisse le trouver.  Lorsque l’État donne à toute personne physique ou morale une adresse de courriel permanente, un numéro d’identification officiel (NIO) permanent qui lui servira de signature et la possibilité de choisir et de changer à sa discrétion un numéro d’identification personnel (NIP) qui fera foi de l’apposition de cette signature, le problème est résolu.  Tout le mode a un domicile.

Cette adresse de courriel qu’on donne gratuitement au citoyen ou à une compagnie devient son domicile légal, virtuel mais permanent.  Toute personne ou compagnie dispose dès lors d’une adresse pour fin de signification et, puisque tout le monde peut avoir accès au courrier adressé à son domicile virtuel à partir de n’importe quel ordinateur branché, il n’y a rien de choquant à ce qu’on exige de tous qu’ils lisent leur courrier au moins une fois par mois. Toute personne peut dès lors être considérée comme ayant reçue légalement signification de tout document qui lui a été expédié le jour où elle accède à son courrier ou, si elle néglige d’y accéder, 30 jours après l’envoi du courriel à cette adresse par l’expéditeur.

2. 1. 2   La page perso

Le citoyen ou la compagnie – en plus de cette boite postale qui deviendra son domicile virtuel – recevra également un espace sur le site de l’État – disons 10 M de mémoire –  où il pourra inscrire ce qu’il lui plaira d’y mettre: ce sera son site personnel, sa “page perso”.  Normalement, apparaîtront sur ce site deux types de données.  Des données que l’individu choisira de rendre publiques et d’autres auxquelles il voudra restreindre l’accès à ceux-là seulement qui disposeront d’un mot de passe qu’il pourra leur remettre et qu’il pourra changer par la suite aussi souvent qu’il le voudra.

Ainsi, on trouvera généralement à la “page perso” de chaque individu une page d’introduction accessible à tous et qui ne contiendra qu’une information anodine ou, au contraire, le message viscéral que son auteur veut vraiment transmettre au monde entier. On y trouvera aussi, cependant, divers volets dont chacun exigera qu’on dispose d’un code pour y avoir accès.  Sur une de ces pages il y aura son dossier académique complet, relié à une autre page qui indiquera son expérience professionnelle, les deux constituant son curriculum vitae.

Une autre page contiendra une présentation de lui-même pour fin d’établir des relations sociales ou affectives, une autre son bilan financier avec des liens vers quelques rapports de crédit, une autre son dossier médical continuellement mis à jour. C’est a partir de son adresse de courriel constituant son domicile virtuel que ceux qui en ont l’autorité ou la permission pourront, chacun selon ses droits, accéder au dossier judiciaire de l’individu, comme d’autres à ses dossiers médicaux, éducationnels, financiers, etc.

Ce à quoi servira avant tout la page perso de l’individu, c’est à lui redonner une personnalité.  Dans une société anonyme où la solitude de chacun est à la mesure de son interchangeabilité, il est bon que toute personne cherche à se définir par quelque chose: ses idées, ses bonnes oeuvres, son hobby…  Il y a déjà, sur le seul site Géocities, plus de trois millions de quidams qui ont crée leur page personnelle où ils expriment ce qui leur sert de raison de vivre.

Plus l’on s’éloigne d’une société où l’on s’identifiait par son métier ou sa profession pour aller vers une civilisation du loisir, plus cette notion prend d’ampleur. Il devient vital d’en tenir compte, car c’est sur cette base que se créent les nouvelles affinités et les conséquences pour la société en deviendront surprenantes.  Pensons à la Chine, qui a supprimé sans pitié ni grands problèmes toute opposition politique formelle… pour se retrouver aujourd’hui sans parade devant des dizaines de millions d’adeptes d’un quasi-culte qui ne demandent qu’à faire un peu de gymnastique et une méditation matinale …. mais qui manifestent partout au péril de leur vie et n’en démordent pas. Pensez à Dioclétien qui a d’autres chats à fouetter et qui apprend que les esclaves ont des mots de passe secrets et se réunissent pour comploter…

2. 1. 3  Les bottins sectoriels

Une compagnie ou un professionnel autonome profitera sans doute de cet espace “Page Perso” qui lui est accordé sur le Web pour faire connaître ses services.  Rien de mal à ça; il est excellent, au contraire, face à un marché du travail salarié qui se rétrécît de plus en plus, d’encourager le travail autonome (701 .html). Rien ne devrait s’opposer à ce que des transactions en ligne soient effectuées à partir d’une page perso ni à ce que des liens conduisent d’une page perso vers un site commercial.

Dans bien des cas, d’ailleurs, la page perso de l’individu sera reliée à un bottin sectoriel mis à jour annuellement et qui dirigera justement vers l’individu ou la compagnie ceux qui veulent recourir à ses services. Le monde devient plus complexe; il faut aller plus loin que les Pages Jaunes. Il est  peut-être prématuré de penser à un catalogue universel des biens et services (117.html) et, même si le moment était venu où chacun devrait faire “marcher ses doigts” pour effectuer tous ses achats, il conviendrait sans doute que l’État laisse d’abord au secteur privé l’opportunité de réaliser ce catalogue. Toutefois, il y a des secteurs professionnels où l’importance d’identifier les ressources disponibles dépasse les simples exigences de la concurrence.

Le secteur de la santé en est un exemple sur lequel nous reviendrons plus loin.  De même celui de l’éducation, encore plus complexe puisque, si tout le monde n’est pas guérisseur, tout le monde à la limite a quelque chose à enseigner.  Nous croyons qu’il serait opportun de créer aussi dès le départ un “annuaire – arts & lettres” pour aider  les professionnels autonomes qui oeuvrent dans les divers champs de la culture.  Il est utile également de trouver en ligne la liste complète des avocats, des architectes, etc.

La constitution de bottins sectoriels pour les diverses professions ne requiert pas d’efforts particuliers.  Dès que les professionnels se sont identifiés pour les fins de la domiciliation et ont créé, chacun à sa convenance, une page perso à laquelle s’est intégré son dossier académique et son résumé de carrière, il suffit d’un mot-clef ou d’une série de mots-clefs intuitifs – “architecte”, “psychologue”, etc  – pour que le sous-dossier sectoriel se crée de lui-même. La décision de l’État, en ce qui a trait aux bottins sectoriels, consiste d’abord à exiger pour certaines professions et pour d’autres pas que l’information soit fournie, à en standardiser ou non le format de présentation et à publiciser plus ou moins la disponibilité de cette information

2.2  SANTÉ

Le branchement universel de la population à l’Internet peut apporter une large contribution à la solution des problèmes de la santé.  D’abord, sur le plan médical au sens strict et, ensuite, sur le plan de la logistique et de la gestion du réseau de la Santé.

Nous identifierons sept (7) dossiers de ce secteur qu’on devrait mettre en ligne.  Chacun de ces dossiers sera transindexé (cross-classified) le cas échéant et relié par hypertexte: a) à l’information pertinente de tous les dossiers de tous les autres secteurs constituant la maquette complète du site de l’État, et b) à toute l’information de tous les sites du Web… à la mesure du temps disponible pour ce référencement et de l’efficacité des engins de recherche dont on disposera.

2. 2. 1  Les dossiers médicaux

a) Dossier “Information médicale”. C’est un traité constamment mis à jour de la science médicale et un élément de la section “Encyclopédie” de la “Bibliothèque” dont nous parlerons plus loin..  Ce dossier est un outil de travail pour tous les professionnels du secteur de la santé et ses divers chapitres serviront de point de départ à des “forums” dont nous verrons aussi plus loin les modalités.  L’accès général au dossier “information médicale” sera en principe ouvert à tous, comme le seront normalement tous les tomes de l’Encyclopédie, mais certains sous-dossiers – (toxicomanie, pharmacologie, euthanasie…) pourront en être à usage restreint aux seuls membres de certaines professions médicales; c’est une décision qu’il appartiendra à l’État de prendre.

Des liens aux données épidémiologiques historiques et courantes du Ministère et du réseau de la santé compléteront l’utilité de ce dossier “Information médicale”. Peut-on s’imaginer l’intérêt énorme pour le service responsable de voir apparaître instantanément sur une carte du Québec tous les cas d’une maladie contagieuse dès qu’ils sont rapportés et d’en voir l’incidence et la prévalence mises à jour sans délai?

Voit-on l’intérêt pour la population qu’un médecin puisse voir apparaître à son écran, dès que l’usage en est autorisé, tous les médicaments  brevetés et leurs équivalents génériques, avec leur description et les données statistiques  pertinentes à leur utilisation respective continuellement mises à jour par un service honnête et impartial, plutôt que d’être informé des progrès de la pharmacopée par des vendeurs de grandes firmes pharmaceutiques?

b) Dossier “personnel/médical ”. C’est l’un des volets à accès restreint qui doit être joint à la page perso au domicile virtuel de l’individu.  Ce dossier comporte tout l’historique clinique du patient, incluant tous les diagnostics qui ont été portés sur son état de santé au cours de sa vie et par qui ils l’ont été, de même que la médication qui a été prescrite en chaque cas, l’effet de cette médication et les commentaires des professionnels intervenants.  Le dossier personnel/médical est joint par liens au reste du dossier personnel de l’individu et on peut y accéder, si on en a le code d’entrée particulier par l’adresse qui lui sert de domicile virtuel.

Le dossier “personnel/médical” est mis à jour automatiquement – littéralement de minute en minute en cas d’activité intense – puisque chaque fois qu’un médecin, un infirmier ou un autre professionnel de la santé intervient auprès du patient, prescrit ou applique un traitement, il doit le noter à ce dossier comme il note présentement la fiche clinique du patient.  La différence est que le dossier “personnel/médical” est  la fiche clinique  permanente de l’individu et le suit toute sa vie durant.

Chaque professionnel de la santé est muni de son propre code d’accès professionnel qui l’identifie pour référence et limite son accès à ce qu’il lui est permis de connaître; il peut ajouter au dossier du patient  – et son ajout  est signé de son NIO/NIP et porte l’heure et la date où il l’a inscrit – mais l’intervenant ne peut jamais rien en retrancher, même de ce que lui-même y a consigné. Seul un service ad hoc du Ministère de la santé pourra retrancher du dossier d’un patient, avec la permission de celui-ci et à la demande du professionnel auteur du texte à retrancher.

Seul l’individu lui-même – (un droit dont il faudrait un ordre judiciaire pour le priver) – ou un professionnel de la santé, chacun à l’intérieur des limites de l’autorisation que lui confère son statut, peut avoir accès au dossier médical  personnel d’un individu.  À  l’intérieur de la partie à laquelle celui qui le consulte a droit d’accès à ce dossier – qui peut devenir volumineux – un engin de recherche par mots-clefs permet le repérage facile en cas d’urgence de ce que le consultant juge pertinent.

Ne serait-il pas bon que celui qu’on transporte d’urgence à l’hôpital y soit précédé par son dossier déjà remis à l’urgentologue qui l’attend, plutôt que de devoir s’en remettre à un bracelet de pacotille qui sera parfois la seule barrière entre lui et un choc anaphylactique?  Ne serait-il pas avantageux que le médecin traitant soit automatiquement prévenu de l’hospitalisation d’urgence d’un de ses patients? Ce sont des applications concrètes du dossier “personnel/médical”.  Mais, naturellement, il ne s’agit pas ici seulement de consulter mais de gérer l’information; c’est ce que fera “Esculape”.

c)  Programme “Esculape”. On pourrait lui donner tout autre nom. Entre les mains des professionnels de la santé  il s’agit d’un logiciel d’aide au diagnostic mais Esculape doit être, surtout, un logiciel d’aide à l’autodiagnostic.  Pour créer un système de santé qui offre à la population, à un coût raisonnable, la panoplie des nouveaux outils de la médecine, il faut optimiser la disponibilité des médecins et autres professionnels de la santé dans les cas où leur intervention est indispensable mais les dégager des interventions où leur compétence n’est pas vraiment requise. Quand on renonce à leur présence, il n’y a pas de meilleur substitut que le patient lui-même. Esculape est décrit en détail au Texte 705

2. 2. 2  Logistique et  gestion

a) Dossier “personnel/santé-administratif” Parallèlement au dossier “personnel/médical” il doit exister au sein de l’administration, pour chaque individu, un dossier de type administratif décrivant l’historique de ses relations avec le réseau de la santé – visites médicales, hospitalisations, comportement et attitudes, utilisation des ressources  y compris les médicaments prescrits, etc –  ainsi que les incidences financière de cette relation, tant pour l’État que pour les assureurs privés ou, le cas échéant, l’individu lui-même.  Tout acte administratif doit pouvoir être relié directement à un acte médical, le contraire n’étant pas toujours vrai, bien sûr.

Ce dossier “personnel/santé -administratif” doit être ouvert à l’individu concerné comme aux responsables autorisés du réseau, ces derniers y ayant accès chacun selon sa compétence, telle que limitée par son code d’accès.  A l’examen comparatif de ces dossiers, toute la question de l’abus des ressources du système par certains individus se trouvera éclairée… et une simple photo récente, qui doit obligatoirement être versée au dossier annuellement, évitera toutes les fraudes et erreurs liées à une mauvaise identification.

b) Dossier “annuaire/santé”. Il s’agit d’un annuaires descriptif des ressources du secteur de la santé.  Dans un premier volet, tous les intervenants en santé sont inscrits avec leurs coordonnées, un bref résumé de leurs antécédents académiques et professionnels et la description de l’activité professionnelle pour laquelle ils sont qualifiés et détiennent les permis requis.  Nous avons parlé plus haut des bottins sectoriels (cf: 2. 1. 3), ce premier volet de l’annuaire en est un exemple.  Cette information recoupe les autres éléments du dossier personnel de l’individu et on peut y avoir accès par lien à partir du domicile virtuel de l’individu, comme cet annuaire peut lui même conduire par lien à la page perso de celui qui y est inscrit.

L’information qu’on trouve à cet annuaire doit être parfaitement crédible.  Elle est donc préparée par l’individu concerné mais ne peut être introduite à l’annuaire que par un corps professionnel compétent autorisé à ce faire et disposant du code requis. Exception à cette règle, l’individu lui-même peut indiquer à l’annuaire ses disponibilités de temps concrètes; s’il part en vacance ou n’a pas une place à son agenda pour les prochains trois mois, qu’il le dise.  Rien, sauf cette disponibilité qui peut être modifiée en tout temps, ne doit pouvoir être rayé de l’annuaire entre deux mises à jours annuelles sans l’autorisation de l’individu ou un ordre du tribunal.

Dans un deuxième volet de l’annuaire/santé, on trouve la localisation, la description et le détail des services, équipements et ressources disponibles dans toutes les institutions et tous les centres de santé du réseau, incluant le secteur pharmacie.  C’est l’institution concernée elle-même qui prépare l’information, mais c’est le Ministère qui s’assure qu’elle est factuelle et la met en ligne, sous réserve de la même exception indiquée plus haut concernant la disponibilité concrète des services.  (Si un scanner n’a pas une minute de disponibilité, aussi bien le savoir…)

Dans un troisième volet, précédée d’une mise en garde appropriée, on indiquera la même information que dans les volets #1 et #2, mais concernant cette fois les ressources humaines et techniques du vaste secteur des médecines alternatives. S’il n’existe pas de corporation professionnelle régissant les activités d’un intervenant ou d’un établissement qui veut s’inscrire à ce volet de l’annuaire, ces derniers pourront rédiger eux-mêmes leur description et celle de leurs services et les y inscrire, mais le texte publié et accessible en ligne au public portera alors  la mention “ Auto-description non corroborée”… et l’on punira toute fausse représentation avec une sévérité exemplaire et qui sera dissuasive.

c)  Dossier “ Gestion Santé”.  C’est un dossier/logiciel de gestion intégré à l’usage des gestionnaires du Ministère et du réseau de la santé et qui permet le traitement de toutes les requêtes ainsi que le suivi de tous les guichets (cf:1. 2)  de l’interface standard entre l’État et les citoyens, en plus de la gestion interne de toutes les autres activités du Ministère et du réseau.  Chaque fonctionnaire y aura accès selon ses besoins et la nature de l’autorisation d’accès qui lui aura été remise. Ce programme permettra une gestion plus rapide et plus efficace de tous les aspects administratifs du système, incluant au premier chef la rémunération des ressources et le traitement des données pertinentes à l’administration et au fonctionnement des hôpitaux, cliniques et autres centres  de santé.

Ce n’est pas le but de ce rapport de détailler les fonctions de l’État dans le secteur de la santé. (Voir: 705.html) Donnons en pourtant quelques exemples qu’une gestion en ligne facilitera.  Utilisant ce dossier/logiciel de gestion intégré, il sera possible de connaître en tout temps la capacité d’hébergement utilisée, la disponibilité des équipements, la saturation des urgences et salles de soins intensifs, les délais d’attente par spécialités, la distribution des omnipraticiens et spécialistes sur le territoire, etc.  Ce programme peut gérer les admissions et leur ré-acheminement, l’allocation des salles de chirurgie, les plans d‘amortissement et de remplacement du matériel et des immeubles, etc.  Des sous-programmes  peuvent  assurer le suivi des budgets du Ministère et des diverses institutions, prévoir l’impact des admissions en médecine à l’université et des mises à la retraite, etc, etc.

Il y a des éléments découlant de l’exploitation de ce programme de gestion par le réseau qui peuvent être intéressants  pour les citoyens (ex: délais d’attente, disponibilité des spécialistes, etc ). Dans la mesure où ils viennent expliciter l’information disponible au dossier de consultation “annuaire/santé”, ces éléments devraient pouvoir leur être accessibles; dans son ensemble, toutefois, le dossier Gestion-Santé est destiné aux administrateurs du réseau de la santé; la plus grande partie des renseignements qu’il contient sont confidentiels et sont réservés à ceux qui ont une raison valable d’en prendre connaissance.

d)  Dossier “doléances”. (Voir: 705.html) Il s’agit d’un cas particulier du “guichet-suggestions” (cf: 1. 2 c), un dossier d’interface humaine auquel on espère que le Ministère assignera les ressources nécessaires.  Comme tout autre fournisseur de services, un professionnel ou une institution – centre se santé ou hôpital – devrait chercher à satisfaire ses clients et, lorsqu’il ne les satisfait pas, il faudrait qu’on le lui fasse savoir. Toute personne qui a eu recours aux services d’un professionnel de la santé ou qui a reçu des traitements en clinique ou à l’hôpital devrait pouvoir porter des commentaires sur ces services.  Délais, attention, courtoisie, qualité du gîte comme du couvert…  Le patient a le droit de dire d’un hôpital ce qu’il dirait d’un hôtel, sans préjudice à son évaluation de la qualité des soins eux-mêmes, dont il a aussi le droit de se plaindre même si on comprend qu’il n’a pas obligatoirement toute la compétence d’en juger.

Dans le cas de la Santé, nous croyons que l’information envoyée au “guichet-suggestions” ne doit  pas se limiter à un échange entre l’État et l’usager mais être rendue publique. Dans une société branchée, ceci devient possible. Quiconque le désire doit pouvoir envoyer un commentaire au guichet ad hoc du secteur Santé du site de l’État et, s’il n’est pas diffamatoire – (et une opinion n’est pas diffamatoire si elle n’est pas présentée comme un fait) – ce commentaire devrait être publié en ligne sur le site de l’État dans le “cahier des doléances” lié au secteur Santé.  Quiconque a été hospitalisé devrait, à son départ de l’hôpital, remplir un fiche notant la qualité des services qu’il y a reçus et ces fiches et commentaires joints devraient aussi être publiés sur la page de l’institution concernée.

Chaque centre de santé du réseau devrait recueillir et transmettre au Ministère chaque semaine les données captées ainsi auprès des patients, celles-ci constituant une enquête permanente sur la satisfaction des usagers. Trimestriellement, chaque institution devrait faire connaître ses propres commentaires et explications se référant globalement ou spécifiquement aux remarques et suggestions apportées par sa clientèle; le Ministère devrait aussi apporter les siens, commentant la situation qui prévaut au Québec en général dans le domaine de la santé. Toutes ces données devraient être accessibles au grand public. Rien de mieux pour y parvenir que de publier sur l’Internet ces commentaires des usagers et de l’État sur leurs institutions.

2. 3  ÉDUCATION

Un autre secteur-clef, au sein duquel on peut distinguer aussi entre les éléments techniques (ici, pédagogiques et didactiques) d’une part et les dossiers administratifs d’autre part.  Le problème concret dans ce secteur est de décider où s’arrête le processus de référence externe, puisque tout ce qui est connu peut faire l’objet d’un apprentissage. En pratique, l’extension des références est arbitraire et limitée par la volonté de l’État d’allouer les ressources pour le référencement.  On pourra se référer au Texte 704 pour  voir dans quel contexte s’Intègrent les dossiers que nous décrivons ci-dessous.

2. 3. 1  Pédagogie et didactique

a)  Dossier “information-éducation”. C’est tout simplement le texte ‘in extenso” de tous les documents à caractère pédagogique ou didactique dont on peut disposer. Si on pensait à l’objet de la connaissance, le contenu de ce dossier se confondrait avec celui de l’Encyclopédie de la Bibliothèque virtuelle dont nous parlerons plus loin; ce qui le caractérise, c’est sa présentation d’un contenu en parallèle à des techniques d’enseignement et d’apprentissage et mis à jour plus fréquemment afin qu’il constitue un outil de formation continue.

Ce dossier inclut les manuels de l’élève et les manuels du maître pour tous les cours inscrits à la maquette pédagogique de l’ensemble des institutions d’enseignement publiques ou privées du Québec, à tous les niveaux allant du primaire à l’universitaire, tant pour la formation générale que professionnelle.   Toutes les “notes de cours” de tous les enseignants doivent être accessibles via ce dossier; le paiement des droits d’auteurs sur ces notes ou sur tout autre document publié sur ce dossier se fera en utilisant les facilités qu’offre l’Internet de débiter et créditer les comptes ou cartes de crédit des usagers d’un montant déterminé pour permettre l’accès à n’importe quel site ou page d’un site.

Doivent aussi être accessibles par liens, à partir du dossier “information-éducation”, tous les livres et documents cités dans les cours.  L’usage des liens en hypertexte permet l’accès immédiat à toutes les références et évite la ré-insertion redondante des textes de base dans tous les cours qui doivent s’y référer. Sont accessibles également par liens en hypertexte, dans la mesure où l’on aura pu réaliser en tout ou en partie ce travail considérable, tous les documents et traités, québécois d’abord puis étrangers ensuite, pertinents à l’éducation/formation, incluant les thèses doctorales.

En plus du cursus scolaire, l’accès universel à l’Internet permet aussi de mettre en ligne toute connaissance qui peut être transmise. A coté d’un programme d’enseignement formel déjà plus vaste et plus complet que celui dont nous disposons présentement, il faut donc s’attendre à ce que la culture sous toute ses formes, perçue comme un objet d’apprentissage, devienne aussi largement accessible à la population, allant, comme nous le verrons plus loin, de reproductions de tous les tableaux de tous les musées du monde jusqu’à l’intégrale de Bach.  Simultanément, qu’on le veuille ou non, attendons-nous à ce que le secteur privé offre à une population branchée des cours variés, allant de l’astrologie à la croissance personnelle en passant par la courtepointe.

b) Dossier “maquette autodidactique”. Le dossier “information-éducation” constitue un outil valable de formation continue, mais il demeure statique.  La transmission efficace et à coûts modiques d’un savoir en croissance exponentielle – la somme de nos connaissances double tous les dix ans ! – exige que celui qui veut apprendre assume désormais une autonomie plus grande. Si on veut diffuser l’éducation et la formation sans que le coût de cette diffusion n’excède rapidement les moyens dont notre société peut disposer pour atteindre cet objectif, il faut non seulement  donner accès à tout le matériel pédagogique disponible présentement mais il faut, surtout, utiliser les possibilités qu’offre le médium Internet pour créer et mettre en ligne un contenu éducationnel interactif dynamique tout en y joignant une interface humaine mais uniquement  lorsque celle-ci est requise. (Voir:  704.html)

Une société branchée pourra enfin mettre l’accent sur l’apprentissage autodidactique. Le cours magistral traditionnel est une réminiscence d’un passé lointain. Une présence humaine est certainement indispensable pour “éduquer”, au sens profond du terme, mais certainement pas pour “enseigner” quand enseigner signifie transmettre des connaissances, ce qui est le cas de la formation continue. Tous les cours magistraux peuvent et doivent dans l’avenir posséder aussi leur version autodidactique. C’est une condition sine qua non de l’universalité de l’éducation.

Tous les cours de la télévision éducative, présents et passés, peuvent être télédéchargés via Internet vers quiconque en fait la demande, mais ceci est un début modeste.  Il est impérieux de transcrire dans un format qui en facilite l’apprentissage autodidactique (programmed learning) et de publier sur le Web, le plus vite possible, TOUT le contenu de nos programmes dont on souhaite qu’il devienne l’objet d’un apprentissage formel.

L’avantage considérable d’établir une relation sur Internet plutôt que via la télévision éducative est la possibilité d’une interface humaine pour les fins du coaching, du parrainage, du tuteurat ainsi que pour le suivi de toutes les activités de contrôle et de docimologie.  On peut intégrer dans chaque cours lui même (didacticiel) une évaluation formative et un premier contrôle docimologique des connaissances, mais il faut, pour les fins de la diplômation, qu’un être humain intervienne à une certaine étape pour effectuer le contrôle final des acquis dans un environnement surveillé.

Quand le contenu éducationnel en forme autodidactique est transmis par l’Internet, c’est tout l’éventail des cours qui devient disponible pour l’étudiant au moment où il le souhaite; il n’est pas limité à une grille horaire.  Autres avantages, la dimension multimédia permet de passer de l’image au texte à volonté, d’accélérer le déroulement du cours au rythme de l’apprenant, de revenir en arrière au besoin.

L’autodidaxie, quand elle est mise en pratique dans le cadre de l’Internet, n’a plus les désavantages d’un cours par correspondance.  Le “maître”, par exemple, n’est jamais bien loin; la technique est déjà disponible, si ce type de contact s’avérerait utile, pour faire apparaître en direct à l’écran le visage du professeur donnant son cour. Parce qu’elle permet à l’élève son propre rythme d’apprentissage et sa propre sélection préférentielle des outils multimédias, incluant  même à l’occasion la présence magistrale, l’autodidaxie sur le Web n’est plus une technique de deuxième choix mais la méthode la plus performante de formation continue.

2. 3. 2   Logistique et  gestion

a)  Dossier “personnel/éducation”. Comme chaque individu peut avoir à son domicile virtuel son dossier médical personnel en annexe à sa page perso, chaque individu peut aussi y avoir son dossier “personnel/éducation” qui contient son dossier académique complet, la liste des cours qu’il a suivis, les notes et résultats qu’il a obtenus et la copie conforme des diplômes qu’on lui a accordés. On dit “peut avoir”, mais c’est en fait une exigence quasi incontournable, puisque ce dossier académique constitue la première section de son curriculum vitae sans lequel il sera bien difficile pour l’individu d’accéder au marché du travail. Le dossier “personnel/éducation” comportera deux (2) paliers

À son premier palier, ce dossier prendra généralement la forme d’un questionnaire simple à remplir par l’individu et auquel les institutions d’enseignement concernées téléchargeront sur demande l’information faisant preuve de ses énoncés.  Une institution pourra inscrire au dossier de l’individu, mais elle ne pourra rien en effacer.  L’individu ne pourra pas  effacer ni modifier le texte téléchargé par l’institution.  Un code que l’individu pourra changer à sa guise permettra l’accès à ce premier palier de son dossier “personnel/éducation”, libre à l’individu de confier ce code à qui il veut. Un format standard de présentation du dossier académique ne sera pas imposé mais sera fortement suggéré; les employeurs ne seront pas favorablement impressionnés par l’originalité en ce domaine s’ils utilisent un logiciel pour effectuer un premier tri parmi les CV qu’ils reçoivent .

Le deuxième palier du dossier “personnel/éducation” de l’individu aura son propre code d’accès distinct et comportera une information discrétionnaire.  Chacun pourra décider d’y mettre copie de ses travaux universitaires, des thèses, recherches et mémoires qu’il a soumis, des articles qu’il a publiés de même qu’une description de ses activités parascolaires, voire la description de sa participation à des activités sociales qu’il peut penser formatives. On peut y ajouter des commentaires et recommandations des professeurs, de même que les autres documents que l’individu juge pertinent à la description et à la compréhension de son profil académique. Un document signé par un tiers ne peut être téléchargé au dossier de l’individu que par son auteur, sous la foi du NIO de ce dernier validé par son NIP.  (La question peut rester ouverte de savoir si le détail des résultats scolaires obtenus, incluant échecs et abandons, devrait être versé au premier ou ou deuxième palier du dossier “personnel/éducation”, mais nous favorisons la première solution: la transparence ici ferait gagner bien du temps.)

b) Dossier “annuaire/éducation”. On peut dire de cet annuaire, à peu de choses près, les mêmes choses que pour l’annuaire/santé,  Il s’agit,  ici aussi, d’un annuaires descriptif en trois volets..  Tous les intervenant en éducation y sont inscrits au volet # 1 avec leurs coordonnées, leur CV et les permis qu’ils détiennent;  l’information est inscrite au dossier par un corps professionnel autorisé à le faire.  On y trouve au volet # 2, inscrites par le Ministère, la localisation et la description des services de toutes les institutions  d’enseignement publiques ou privées.  Ici aussi, un troisième volet permet  qu’un intervenant inscrive lui-même la description de ses services pourvu qu’il y ajoute la mention “ Auto-description non corroborée”.

Un service d’éducation ou de formation peut souvent être fourni en ligne et il est donc normal qu’il soit aussi payé en ligne.  Nous avons dit plus tôt  que la page perso peut servir à des fins commerciales et professionnelles.  Rien ne s’oppose à ce que l’annuaire/éducation puisse référer à la page perso ou à un autre site de l’individu sur lequel celui-ci offrira ses services et touchera la rémunération convenue par le biais des mécanismes de débit/crédit automatiques que l’Internet rend possibles. Tout un marché peut s’ouvrir en éducation sur lequel les gens s’échangeront les uns les autres leurs  expertises respectives et en retireront un revenu.  C’est la recommandation que faisait déjà Ivan Illytch il y a une génération et qui devient enfin facilement réalisable.

c) Programme Nestor. Il s’agit d’un logiciel d’orientation.  Ayant accès à toutes les exigences d’admission de tous les programmes d’enseignement et de formation publics et privés, Nestor pourra indiquer à chaque individu au vu de son dossier académique quels sont les cours auxquels il peut s’inscrire et les conditions financières rattachées à cette inscription. Connaissant la filière de ces exigences d’admission de tous les cours du système, le logiciel peut aussi établir une séquence de cours successifs menant, à partir du niveau de formation acquise présent de l’individu vers toute qualification académique de quelque niveau que ce soit.

Relié à une banque de données qui établira la correspondance entre toute formation académique et les exigences de tout profession ou poste de travail, le programme Nestor pourra indiquer le chemin critique menant de la compétence actuelle de l’individu vers toute autre qualification professionnelle souhaitée et établir pour lui un véritable plan de carrière. Naturellement, cette orientation ne tiendra pas compte des aptitudes particulières ni des goûts de l’individu; celui-ci devra donc compléter cette analyse en ligne faite pas Nestor par la consultation d’un psychologie ou d’un conseiller d’orientation… mais il aura déjà au départ quelques idées en tête.

d) Gestion-Éducation/formation

La gestion courante interne du secteur éducation/formation se fera aussi en ligne. Il y aura ici l’équivalent exact, pour le cheminement éducationnel de l’individu, du dossier “médical/personnel administratif “ que nous avons vu au chapitre sur la santé . On peut de même reprendre ici, en changeant les éléments terme à terme, tout ce que nous avons dit du logiciel Gestion-Santé. Notons, à titre d’exemple, que la gestion en ligne facilitera particulièrement une approche vraiment modulaire à la préparation des programmes d’enseignements, ce qui représente des économies énormes au moment de la rédaction initiale et, surtout, au moment des mises à jours périodiques de ces programmes

2.4   MAIN-D’OEUVRE

Notre premier problème social, c’est le chômage.  La solution à tous nos autres problèmes passe par la solution de celui-ci et la ré-affectation aux fonctions de production de biens et services de ce quart des travailleurs qui ne travaillent plus, qu’ils soient formellement en chômage, assistés-sociaux, en retraite anticipée involontaire, aux études faute de mieux à faire ou qu’ils aient simplement décidé de ne plus “participer” à la main-d’oeuvre.  Si les travailleurs redeviennent actifs, leur pouvoir d’achat augmente, les revenus de l’État augmente, l’économie tourne, la criminalité diminue, la morosité s’estompe et l’espoir renaît.

Nous avons déjà expliqué en détail comment régler le problème le problème de la non-participation et faire en sorte que tous ceux qui veulent travailler puissent ré-intégrer le marché du travail (Voir Texte 701).  Comment l’accession de l’État à l’Internet contribue-t-il à résoudre le problème du chômage?. Dans le domaine de la main-d’oeuvre, ce n’est pas tant la relation des citoyens avec l’État qui est primordiale que les relations entre citoyens eux-mêmes – employeurs et employés – qui s’établissent par le biais de l’État.

L’État est ici un facilitateur et, sur un marché du travail vaste et complexe, il est devenu l’intermédiaire de plus en plus obligé entre l’offre et la demande d’emplois. Il y a peu de rôles de l’État qui soient aujourd’hui aussi importants que celui de favoriser l’emploi et pourtant, vue cette importance, il n’y en a pas dont il paraisse s’acquitter aussi mal.  Malgré ses discours sur la création d’emplois, l’État n’a jamais identifié correctement les travailleurs et les offres d’emplois et ne les a même pas codés de façon à pouvoir les apparier efficacement.

L’État n’a pas fait cette identification ni ces codage compatibles entre travailleurs et emplois parce que jusqu’à présent – à tort ou à raison – on a jugé que les difficultés techniques inhérentes à cet appariement lui-même rendaient académique l’intérêt de la définition en un seul vocabulaire commun des caractéristiques des travailleurs et des emplois.  Avec l’Internet, on n’a plus cette excuse.  L’appariement devient  aisé – toujours cette application d’un ensemble sur un autre –  dès qu’on a fait un inventaire des ressources humaines et une analyse des postes de travail et que les résultats en sont exprimés dans un même langage.

L’État qui fait cette enquête et cette analyse et qui gère la main-d’oeuvre en ligne, ça voudrait dire que chaque travailleur peut connaître à tout moment tous les postes de travail pour lesquels il est qualifié et que tout employeur peut savoir précisément quels travailleurs possèdent les compétences qu’il recherche.  L’État, pour sa part, sait du même coup quelles sont les inadéquations à corriger à terme par une formation, laquelle peut alors être parfaitement adaptée au besoin.

Pour obtenir et traiter l’information nécessaire et réaliser l’appariement offre-demande, l’État doit constituer et gérer en ligne les dossiers suivants:

a) Dossier “personnel/professionnel”.  Pour chaque citoyen de 15 ans et plus, c’est un dossier qui comporte d’abord son curriculum vitae, y compris son dossier académique (par lien avec son  dossier “personnel/éducation”) et tout son cheminement de carrière incluant, normalement sans solution de continuité, tous les emplois qu’il a occupés et toutes les activités professionnelles autonomes qu’il a exercées.

Le dossier“personnel/professionnel” est mis à jour par l’individu lui-même, sauf pour son code d’identification à l’inventaire de la main-d’oeuvre (cf: dossier suivant), un code que l’État inscrira d’office au dossier “personnel/professionnel” de l’individu et qui servira à l’identifier et à le décrire pour les fins des contacts employeurs/employés précédant et accompagnant le placement.

Comme pour les dossiers “personnel/médical” et “personnel/éducation”, on peut accéder au dossier “personnel/professionnel” de l’individu par l’adresse de courriel qui lui sert de domicile virtuel et y entrer si on a le code requis. Un lien entre ce dossier et le dossier “personnel/éducation” de l’individu aura pour effet d’insérer automatiquement son dossier académique comme un élément de son CV chaque fois qu’il en autorisera la transmission.

C’est l’individu qui peut donner le code d’accès  au dossier et qui en changera à sa convenance, mais il y a des exceptions à cette règle.   D’abord, ce dossier est toujours accessible à l’engin de recherche de l’État que nous verrons ci-dessous et qui a pour fonction de faire l’appariement  entre l’offre et la demande d’emploi: il faut que l’État est une vision claire de nos ressources humaines.  Ensuite, si l’individu touche des prestations d’assurance-emploi ou de sécurité sociale, il est considéré activement à la recherche d’un emploi et son dossier “personnel/professionnel” devient automatiquement accessible aux employeurs.

b) Dossier “inventaire de la Main-d’oeuvre”  (Voir Texte 701).  C’est la banque de données indiquant pour tous les travailleur, leur formation professionnelle et leur expérience et d’assignant à chacun un code descriptif de ses compétences.

c) Dossier “analyse de tâches”  (Voir Texte 701).  Chaque entreprise a son profil de production que constitue la somme des postes de travail complémentaires qui définissent son activité et dont chacun a son code descriptif.

d) Dossier “maquette du système de production”. (Voir Texte 701).  Il s’agit du dossier synthèse de l’information créée par le dossier précédent et ramenée aux simples codes des postes de travail.

e)  Programme Argus.  On donnera aussi à ce programme le nom qu’on voudra. C’est un programme d’appariement.   Chaque employeur n’a qu’à introduire le numéro de code descriptif d’un poste de travail pour obtenir sur le champ la liste de tous les travailleurs aptes à occuper ce poste.  Corollairement, un travailleur n’a qu’à introduire au système son code descriptif pour obtenir la liste de tous les emplois disponibles faisant appel à sa compétence, avec l’adresse de courriel de l’employeur et, si l’employeur l’a prévu, recevoir automatiquement une description plus précise de l’emploi offert indiquant le lieu de travail et les conditions de rémunération.

f)  Dossier Gestion Main-d’oeuvre.

Toute la gestion interne du secteur peut être faite en ligne; nous n’avons pas à la décrire. Notons, toutefois, qu’à la différence des secteurs Santé et Éducation/formation le secteur Main-d’oeuvre n’exige pas que l’État maintienne un dossier individuel de ses relations avec chaque travailleur, seulement de ses relations avec ceux qui ont été les bénéficiaires de programmes d’assistance.  Concernant ces derniers, on peut donner un exemple des possibilités de la gestion en ligne. Il est important que l’on puisse connaître les offres d’emplois qui ont été faites à ceux qui bénéficient de l’assurance-emploi ou de l’assistance sociale, comme le suivi que ceux-ci ont donné à ces offres et la raison pour laquelle, le cas échéant,  ils n’ont pas  profité de ces offres pour ré-intégrer le marché du travail.

Les mesures prises actuellement pour effectuer ce contrôle sont souvent perçues comme odieuses. Quand l’État gère le placement en ligne, toute manifestation d’intérêt d’un employeur envers un employé potentiel ou toute démarche d’un travailleur auprès d’un employeur laisse une trace au système.   On peut même faire en sorte que copie du courriel pertinent soit automatiquement versée à un dossier ad hoc de l’État et disponible pour une vérification occasionnelle ou périodique, l’accord à cette dernière procédure pouvant être partie des conditions sine qua non au versement des prestations.  A l’État de décider s’il veut recourir à ce moyen de contrôle, mais il est important de souligner que ce moyen devient possible dès que les démarches de placement se font via l’Internet. Naturellement, il faut qu’une ressource humaine procède à l’enquête à laquelle cette information pourrait donner lieu.

2. 5  DROIT

Nous n’avons pas présenté et ne présenterons pas un projet intégré de réforme du droit dans le cadre de ce site, comme nous l’avons fait pour la Main-d’oeuvre, la Santé, l’Éducation et la Fiscalité. Pourquoi?  Parce qu’alors que ces quatre secteurs susnommés et quelques autres posent un problème technique global dont on peut discuter pour atteindre des buts sectoriels qui font consensus, le droit est une création parfaitement arbitraire de la société et que ce sera à une Nouvelle Société de définir les lois qui lui conviendront.

Dans cette optique, nous avons proposé précédemment une solution à deux (2) problèmes spécifiques découlant de l’application de la justice – les coûts et délais de la justice (Voir:Texte 702) et l’exécution des jugements (Voir:Texte 703) – mais sans nous pencher sur le bien fondé des lois elles-mêmes.   De la même façon, avons proposé ci-haut une solution au problème de la domiciliation (cf: 2.1) et nous proposons ici, mais sans nous interroger sur son sens, une solution à un autre problème concret inhérent au cadre juridique dans lequel nous évoluons: la preuve de l’existence et de l’authenticité des documents.   Nous le faisons ici parce que c’est l’avènement de l’Internet et de la gestion en ligne des dossiers publics qui rend évidente cette solution au problème.

2. 5. 1  LES REGISTRES

Qu’il y en a des registres sur cette terre… !  Si la Bibliothèque virtuelle que nous verrons plus loin est la mémoire de la société, les registres sont ses pense-bête.  Nous ne nous référons pas aux documents corporatifs, institutionnels et bancaires gardés en voûtes, parfois réduits en microfiches ou stockés désormais sur disques; les chances sont minces qu’il soit jamais nécessaire d’avoir accès à ces documents.  A coté de cette morgue pour documents défunts mais qu’on n’ose pas enterrer, il y a  tous les registres d’usage courant ou dont on sait – comme les testaments – qu’il faudra bien un jours y avoir accès.   Nous ne les énumérerons pas tous, on risquerait d’en oublier.

Citons seulement les registres de la propriété et ceux de l’état civil, ceux des véhicules et autre biens meubles, ceux où sont notés les permis d’exercice des professions, les permis d’exploitation commerciale de locaux ou d’outillages spécialisés – ascenseurs, bouilloires etc. –  et les permis de construction.  Aussi, les patentes, marques de commerce, copyrights (avec quelques lacunes) et, bien sûr, la masse des documents pertinents aux causes devant les tribunaux (sans parler de ceux aux archives) et tout le contenu des greffes de notaires….  Tout notre système économique – et une bonne part de nos relations personnelles – repose sur des décisions administratives, des ententes et des événements dont il faut faire la preuve, celle-ci tenant à des documents dont il faut établir l’authenticité.  C’est pour ça que nous avons des registres et des notaires.  Aujourd’hui, comme depuis l’Antiquité, il est fastidieux et coûteux de prouver et d’authentifier.

Tout ça peut changer dans une société branchée.  D’abord, non seulement tout le processus décisionnel de l’État et la transmission des documents qui y mènent peut être fait à distance, comme nous le verrons en détail plus loin, mais l’accès aux documents de toute nature qui font la preuve des faits et des décisions prises peut être obtenu en ligne par quiconque y a intérêt et est autorisé à y accéder.  Le stockage des originaux papiers se fera en voûte… mais ils y resteront.   Au fur et à mesure que les documents en format électronique, facilement accessibles, remplaceront ceux dont il n’existait qu’une version papier, la distinction entre classeurs et archives s’estompera et les archives comme les registres courants deviendront toujours accessibles, sans limitation de temps, faisant finalement la jointure sans couture avec le contenu de la Bibliothèque.

Il n’y a pas que la production de documents de l’État qui laissera des traces permanentes. Dans une société branchée, toute personne peut télécharger (upload) un document “signé” de son NIO dans le casier postal de qui que ce soit (accompagné de la mention que son NIP a été utilisé pour le faire) et ce téléchargement dont la trace est gardé au système fait la preuve de sa date et de son heure: c’est une signification formelle (cf: 1.2).  On peut faire encore beaucoup mieux, toutefois: l’État peut créer un “greffe virtuel” et le mettre à la disposition de tout le monde, donnant une extension nouvelle au concept de document authentique.

2. 5. 2  LE GREFFE VIRTUEL

L’État peut permettre à tous ses citoyens munis d’un NIO et d’un NIP de télécharger gratuitement sur une page “Greffe” du site de l’État – à des conditions variables répondant aux besoins des usagers – tout document dont la taille n’excède pas 100 K (ou allant même jusqu’à 10 M, en payant un frais modeste).    Le document, dont on connaît  alors le moment précis d’inscription, sera réputé enregistré comme devant notaire en date de cette inscription. En fait, il le sera, puisqu’une copie du document sera envoyée automatiquement à la demande de l’usager au notaire de son choix.

Il est possible de faire ce qu’on veut de ce document.  Il est possible de rendre ce document public immédiatement ou plus tard, comme d’en limiter l’accès à ceux qui disposent du code que leur a donné l’auteur à cette fin. Il est possible de stipuler que ce document ne pourra être effacé, qu’il le sera à une date pré-déterminée, qu’il ne pourra être modifié sans l’autorisation d’un tribunal, etc.  Mieux, il est possible de donner des témoins à ce document, ceux-ci le contresignant alors de leur NIO et de leur NIP.  On peut augmenter encore la fiabilité du processus, en exigeant que le système retourne à l’expéditeur un accusé réception de la date et de l’heure de l’enregistrement (avec ou sans une copie du texte enregistré), le numéro de code de cet  accusé réception devenant nécessaire pour avoir de nouveau accès au document si tel est le voeu des signataires

Ce qui peut-être fait par une seule personne – pour un testament, par exemple – peut être fait par plusieurs, simultanément avec toutes les parties en ligne ou à tour de rôle, de sorte que des contrats peuvent ainsi être signés, même à distance, et être enregistrés sur le champ.  Des contrats dont on pourra stipuler qu’il faudra l’intervention unanime des signataires pour les modifier ou dont on stipulera qu’ils ne peuvent PAS être modifiés. La possibilité de créer à bon compte et sans délais des actes authentiques et de les enregistrer à un greffe universel entraînera une accélération révolutionnaire du rythme des affaires.

De même, l’impact sera considérable de la possibilité qu’apporte le branchement de la société d’établir facilement l’antériorité d’une publication ou d’une idée, puisque un texte téléchargé peut porter la contrainte que même l’auteur ne pourra plus JAMAIS (bon, disons 50 ans… ) y apporter de modifications.   L’inscription au registre approprié ne permet donc pas seulement de déterminer sans contestation l’heure d’une hypothèque, mais aussi de faire la preuve enfin sans ambiguïté d’un copyright puisque une copie est téléchargée du texte lui-même.  Ceci est particulièrement pratique quand il s’agir d’un texte à diffusion restreinte ou qui n’a pas fait l’objet d’une publication et ne sera donc pas en bibliothèque prochainement avec le ISBN approprié.  Le même principe s’applique à un accord de non divulgation/non circonvention (NDNC), à l’ébauche d’une marque de commerce et, ce qui devient de plus en plus nécessaire, aux versions préliminaires des travaux de recherche universitaires .

Naturellement, celui qui veut protéger un concept aura à faire un choix entre une publication ouverte à tous qui établira sans aucun doute ses droits face à tout venant…. et une diffusion restreinte qui le laissera vulnérable à une défense d’originalité subjective et de bonne foi.  Un choix à faire, aussi, de permettre ou non l’accès des engins de recherche du Web au document téléchargé, selon que l’auteur veut ou ne veut pas attirer l’attention sur le fait qu’il s’intéresse au sujet dont traite le document.  Ce choix dépendra  pour une bonne part de l’habileté dont feront preuve les responsables de la classification pour rendre intuitif le repérage des éléments du registre. Par auteurs, par dates et catégories traditionnelles, bien sûr, mais aussi par divers discriminants taxinomiques à définir, l’auteur ou les auteurs gardant en tout temps le droit de préciser que le document NE doit PAS être classifié.

Par delà l’usage du greffe universel pour des fins juridiques ou commerciales, ne négligeons pas la possibilité d’y inscrire aussi pour la postérité ce que l’on voudra bien.  La petite histoire deviendra grande quand chacun, dans un siècle, pourra suivre document par document la vie de son trisaïeul comme celle d’un personnage historique.  Nous sommes la première génération qui ne sera jamais oubliée.

2. 6  CULTURE

Nous avons parlé de culture dans un texte précédent (Voir Texte 704) sans en faire l’objet d’une politique intégrée. La raison en est que je considère, pour paraphraser un dicton du siècle dernier, qu’une société secrète une culture comme le “foie secrète la bile” et qu’on a tout intérêt à la laisser faire sans trop vouloir la diriger. Qu’un État favorise le développement et la diffusion de la “culture” en général. soit, mais qu’il veuille la définir et en privilégier des aspects au détriment d’autres aspects est une expérience d’apprenti-sorcier.

La bonne manière d’encourager la culture c’est d’en faciliter la consommation sans a priori (Voir Texte 112.html) et de fournir un accès facile à la culture sous toutes ses formes. C’est le but des propositions que nous ajoutons ici.

2. 6. 1.   LA BIBLIOTHÈQUE VIRTUELLE

La source de culture la plus évidente que le Québec puisse mettre en ligne est une Bibliothèque virtuelle.  Quand on pense aux sommes qui seront investies pour doter le Québec d’une bibliothèque nationale qui ne sera jamais à la TGB française que ce qu’est notre Cathédrale Marie-Reine-du Monde à Saint-Pierre de Rome, on ne peut que lever les yeux au ciel.  Une bibliothèque de l’avenir ne peut être que virtuelle, une collection de grimoires, d’incunables et autres documents écrits ne pouvant constituer au mieux qu’un Musée du Livre.

Que doit-on mettre sur la page “Bibliothèque” du site de l’État du Québec? En principe, tout ce qui porte un numéro ISBN ou l’équivalent.  L’objectif final est que tout ce qui a été publié et sera publié soit disponible en ligne et puisse apparaître à l’écran ou être imprimé à la discrétion de l’usager, parfois gratuitement,  parfois moyennant un frais d’accès et de télé-déchargement couvrant les droits d’auteurs.  Nous  ne parlons pas seulement de littérature, mais aussi de tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique.  Ceci implique le scanning d’une masse colossale de livres et de périodiques.  Une masse si considérable, que même traiter la production courante taxerait sérieusement les ressources du système, ce qui transforme en travail de longue haleine le traitement des archives du passé.   Pourtant, nous voulons Platon et Voltaire en ligne au moins tout autant que les dernières bandes dessinées.  Que doit-on faire?

En faire un travail de concertation. Il existe présentement dans le monde des centaines de sites publics et privés qui font face au même dilemme, ne parvenant même pas à maintenir à jour la publication des documents scientifiques dont l’accessibilité est la condition sine qua non de notre évolution technologique.  Le site de l’État du Québec doit collaborer à l’effort mondial de mise en ligne de la production littéraire et scientifique et prendre un maximum d’initiatives pour promouvoir ce travail.  Dans un premier temps, toute la production littéraire et scientifique québécoise courante doit être scannée et mise en ligne dans la “Bibliothèque” du site de l’État, de même que toutes les publications périodiques québécoises incluant les journaux.  Ceci n’engage pas de frais pour l’État, autres que l’effort d’en imposer l’obligation aux éditeurs, une obligation peu coûteuse puisque ceux-ci n’auront qu’à fournir au site une version électronique du document qui est celle à partir de laquelle ils travaillent déjà.

Ensuite, il faut scanner la production québécoise passée, ce qui ne représente encore qu’une tâche tout à fait réalisable. Quand ce sera fait, la Bibliothèque possédera une masse de documents créés ou compilés au Québec qui n’existeront nulle part ailleurs et son agencement reflétera une vision québécoise du monde: c’est sa première mission.  Cette mission menée à terme, le site du Québec, en collaboration avec la France et à titre de contribution à la mission de la francophonie, pourrait assumer une partie raisonnable du scanning de la production passée en langue française.  L’important ne sera pas tellement la partie de cette tâche qui sera assumée par le Québec que la visibilité de cette initiative, laquelle forcera un peu la main des autres intéressés et dont l’intelligentsia francophone mondiale saura gré au Québec. La publicité qu’en retira l’expertise québécoise dans ce domaine d’avenir sera une retombée intéressante de cette démarche.

Au delà de ce travail de mise en ligne d’oeuvres québécoises en toutes langue d’abord, puis d’oeuvres étrangères francophones, la Bibliothèque maintiendra des contacts avec les autres sites mondiaux animés des mêmes intentions. Elle référera aux oeuvres littéraires et scientifiques sur l’Internet, en quelque langue qu’elles aient été publiées et où que soit situé le site où elles apparaissent.  Le faisant,  la Bibliothèque pourra faciliter par des accords de réciprocité la diffusion mondiale à partir de ces mêmes sites de la production québécoise.   Notre production sera d’autant mieux diffusée ailleurs que le travail de mise en ligne en aura été fait ici correctement et de façon exhaustive.

Cette diffusion peut être la planche de salut pour les auteurs québécois, puisque le site du Québec aura pour politique sacrée de recueillir à la source les droits d’auteur par paiements en ligne.  Le faisant scrupuleusement pour les auteurs étrangers, le site du Québec sera dans une position de force pour demander qu’on le fasse aussi ailleurs pour les auteurs québécois.  La rentabilité future du métier d’écrivain, au Québec mais aussi ailleurs, ne passe pas par l’édition traditionnelle où l’auteur ne touche que 8  ou 10% d’un prix de vingt ou trente dollars que si peu de lecteurs potentiels peuvent se permettre; il passe par l’Internet, où l’auteur touchera 1/100 ème de cent du mot…, mais pour des écrits que des dizaines de milliers de gens voudront payer quelques dollars pour lire.

En plus des oeuvres littéraires et scientifiques, une Bibliothèque doit aussi fournir accès à la connaissance sous la forme structurée d’une Encyclopédie. Il ne s’agit pas de créer de toutes pièces une nouvelle Encyclopédie sur le site de l’État du Québec, mais de fournir, à partir de la page “Encyclopédie” du site du Québec, les références à TOUTES les encyclopédies qui sont déjà sur le Web et à toutes celles qui le seront dans l’avenir, au fur et à mesure de leur apparition en ligne.  C’est une tâche qui n’est pas simple, puisqu’elle exige un mode à la fois intuitif et parfaitement rationnel de référencement.. Si le Québec se donne la peine de le faire, les internautes du monde se précipiteront sur le site du Québec comme des  hannetons vers la lumière.  Certaines banques de données exigent des frais d’accès; la politique du site du Québec devrait être de relayer ces frais sans plus vers l’usager. La publicité qu’on en retirera vaudra bien des fois le coût des efforts à y mettre.

Reliées à la Bibliothèque, il faut mettre en ligne également une Cinémathèque et une Musicothèque dont les fonctions sont évidentes et dont les objectifs respectifs et les stratégies de mise en place seront les mêmes que ceux de la Bibliothèque au sens strict:  a) priorité à la production québécoise courante, puis historique, b) participation à l’effort mondial de mise en ligne pour atteindre à terme l’exhaustivité par référencement, et c) protection des droits d’auteurs.  La Bibliothèque, c’est l’essentiel du patrimoine de l’humanité; la mettre en ligne au profit de tous les Québécois, c’est leur remettre enfin leur héritage.

2. 6. 2  LE MUSÉE UNIVERSEL

Un Musée de verre ou de pierre peut contenir des sculptures, des meubles – et que sais-je, encore – toutes choses qui ne peuvent pas être intégralement reproduites sur un site Web, contrairement à un écrit dont  l’essence tient à son contenu et non à sa forme. Parce que beaucoup des objets qu’on conserve en musée ne peuvent être qu’imparfaitement reproduits – du moins jusqu’à ce que les hologrammes soient bien plus à point qu’ils ne le sont présentement – le Musée universel ne remplace en aucune façon mais vient plutôt compléter les musées traditionnels.  Le Musée universel permet une connaissance des arts plus largement répandue et constitue un ajout pour la culture dont un site de l’État ne doit pas se priver.

Sur le plan de sa réalisation, le Musée universel présente aussi d’autres défis que le simple scanning d’un écrit.  Non seulement pour la représentation des oeuvres tridimensionnelles – un art en soi – mais même pour la numérisation des tableaux, gravures et autres pièces apparemment en deux dimensions mais auxquelles leur texture peut conférer un relief qui n’est pas sans importance.  Sous ces réserves, il demeure qu’on peut désormais, pour l’art pictural en particulier, obtenir des reproductions remarquables de vérité et qui peuvent servir à transmettre une part valable du message de l’artiste.

Cette part du message vaut d’être diffusée plus largement, car l’art  fait aussi partie du patrimoine de l’humanité et tout ce qu’on peut faire pour que ceux qui ne vont pas au Louvre ou aux Uffizzi  puissent néanmoins ressentir un peu de l’émotion esthétique qui s’en dégage est un pas en avant pour la culture.  La Joconde à l’écran de l’ordinateur apporte plus que l’oeuvre reproduite dans un livre d’art, ne serait-ce que parce qu’on peut l’agrandir, en extraire un détail ou un autre, en reconstituer les couleurs originales selon diverses hypothèses et, de toute autre façon, mettre à profit les possibilités techniques de l’affichage en ligne d’un document numérisé.  On peut inviter la Joconde au salon du monde ordinaire.

Créer un Musée universel exige en tout premier lieu le captage de l’image, ce qui demande que l’on fasse appel à des professionnels. Reproduire le seul contenu des Musées du monde serait déjà une tâche énorme, y ajouter les collections privées et assurer simultanément le suivi de la production contemporaine rend cette tâche encore plus gigantesque. Pour parvenir à l’achever, avec les mêmes objectifs d’exhaustivité que nous avons fixés à la Bibliothèque, demande encore plus d’efforts que pour celle-ci.  La constitution du Musée universel sur le site de l’État du Québec exige donc que participent à ce projet d’autres ressources que celle du Québec, car l’immense majorité des oeuvres à reproduire sont ailleurs et il faut maximiser le référencement.

Dans le cadre d’une démarche pour constituer un Musée universel, la participation première du Québec serait de prendre l‘initiative de constituer le collectif international qui réalisera ce travail.  Cette démarche serait tout à l’honneur du Québec et ne demanderait pas des investissements considérables (encore ici, il ne faut pas perdre de vue les retombées de ce genre de mise en valeur de notre expertise et de notre créativité).  Après qu’il se sera fait le champion de l’idée elle-même, la tâche subséquente du Québec serait d’exécuter sa part de la mission commune ainsi définie en assurant la reproduction de toutes les oeuvres des artistes québécois présents et passés. S’il y met toute l’énergie requise, le Québec pourrait devenir le premier État au monde dépositaire d’un exemplaire virtuel de toute la production picturale significative de sa culture nationale.

Ce concept est tout a fait réalisable. Il existe déjà sur le Web quelques exemples de sites offrant des reproductions d’oeuvres d’art ainsi que l’information qui s’y rattache. Ce sont des sites encore modestes, si on pense à l’immensité de la tâche à accomplir, mais qui établissent indubitablement la faisabilité du concept.  L’oeuvre de bâtir le Musée universel demeure à entreprendre;  le Québec pourrait jouer un rôle de pionnier en ce domaine.

2. 6. 3   LA CULTURE AU QUOTIDIEN

Une société branchée fournit à tous l’accès gratuit au “Musée” et à la “Bibliothèque”, ce qui permet à chacun, en quelque sorte, de se bâtir à sa convenance une culture de base sur mesure.  La culture, toutefois, ne s’arrête pas là et l’État en ligne peut mettre à profit les ressources du système pour favoriser davantage le développement de la culture.

a) Dossier “annuaire-arts & lettres”. Cet annuaire est constitué sur le même modèle que les annuaires relatifs aux secteurs de la santé et de l’éducation (cf: 3. 1. 2 b et 3. 2. 2 b). Puisque le propre de l’art est d’être libre et librement structuré, l’obligation que l’inscription au volet # 1 de ces annuaires soit faite par un organisme reconnu est cependant ici supprimée et cet annuaire ne comporte pas de “troisième volet”; c’est toujours l’artiste qui s’inscrit et se décrit lui-même et la mention “Auto-description non corroborée” est automatique. On ne doit pas avoir à demander à qui que ce soit de confirmer que l’on est un artiste.

De la même façon, ce sont les salles de spectacles, galeries, espaces et autres lieux d’art et établissements dont les services sont reliés à l’art et aux lettres qui s’inscrivent eux-mêmes au volet # 2, sans intervention de l’État,.  Un “annuaire-arts & lettres”, encore bien plus que l’annuaire/éducation, permettra aux ressources humaines qui veulent oeuvrer dans le secteur de la culture de se faire connaître ainsi que les “produits” qu’ils offrent et d’initier des relations commerciales en ligne.  On pourra, à partir de cet annuaire, créer l’embryon d’un marché transparent pour les oeuvres d’art.

b) Dossier “événementiel”.  L’État peut ajouter une nouvelle dimension à sa promotion des arts & lettres et de la culture en faisant sur son site Internet la promotion de tous les spectacles et événements littéraires et artistiques.  Les journaux le font déjà, mais de façon bien incomplète et ils ne disposent pas, comme l’Internet, de la capacité d’adapter sans cesse la nouvelle à l’évolution de la situation.  Quand on parle d’un spectacle sur l’Internet, on peut aussi montrer le plan de la salle, faire les réservations sur le champ et toucher en ligne le prix des billets. On peut aussi faire la critique de tout événement artistique et de toute production littéraire et ne pas limiter cette critique à l’opinion supposément éclairée d’un ou plusieurs experts mais ouvrir aussi le site aux commentaires de tous les internautes, à la seule condition qu’ils s’identifient par NIO/NIP.

On peut même ouvrir systématiquement un forum de discussion sur chaque événement artistique ou littéraire – vernissage, lancement de livre, etc. – dès qu’un nombre à déterminer d’internautes en font la demande.  Il n’y a pas de limites, en pratique, au nombre de forums que le site de l’État peut héberger et, dès qu’on procède par mots-clefs et engin de recherche, il est possible de structurer correctement l’information pour que l’on puisse en tout temps diriger les citoyens vers tous les forums auxquels ils s’intéressent. Le système peut même facilement faire apparaître automatiquement à l’écran de l’internaute les nouvelles concernant  les événements dont il a manifesté le désir d’être informé.

c) Dossier “édition”. Promotion, critiques et forums sont des utilisations sans surprise des capacités de l’Internet.  L’État peut faire plus. L’État peut, par exemple, assurer la publication sur le Web de tout livre, essai, ou autre document littéraire ou scientifique d’un auteur québécois qui en fait la demande et mettre en place la procédure simple qui permet de percevoir du lecteur et de payer à l’auteur le montant – pas nécessairement le même – que celui décidera d’exiger pour en permettre soit  la lecture en ligne soit le télédéchargement.

Il faudrait faire en sorte que l’auteur qui soumet son texte pour publication en ligne soit considéré comme ayant aussi automatiquement satisfait à toutes les formalités de copyright, d’obtention de numéro ISBN et de dépôt légal aux bibliothèques nationales du Québec et du Canada, le système prenant ces détails en charge pour lui.   L’auteur aura du même coup enregistré son oeuvre à la Bibliothèque virtuelle de l’État, la rendant accessible au monde entier. En éliminant les contraintes physiques et matérielles à la publication des ouvrages on permettra un essor inouï de la production littéraire et scientifique québécoise,  La première nation qui posera ce geste prendra une longueur d’avance sur toutes les autres sur le plan de la diffusion de sa culture.  Tout ce qui sera produit ne sera évidemment pas bon… mais les lecteurs d’une société branchée sépareront le bon grain de l’ivraie.

On peut faire encore plus.   L’État peut avoir pour politique d’accorder à tout auteur qui répond à certains critères, au moment de la publication en ligne de son oeuvre, une subvention forfaitaire ou une avance sur les droits d’auteurs qu’il touchera de cette publication sur le Web.  Le montant de la subvention peut varier selon la nature de l’oeuvre (poésie, roman, essai…), selon sa taille… ou selon tout autre facteur d’évaluation qualitative dont les responsables décideront,  parmi lesquels il ne serait pas bête d’inclure le simple succès des oeuvres précédentes, succès facile à mesurer par un compteur sur la page du site de publication et le montant payé en droits d’auteurs.

N’y a-t-il pas danger que les décisions de subvention prises soient arbitraires?  Bien sûr. Mais faut-il parler de cette approche en ligne pour prendre conscience de l’arbitraire qui prévaut actuellement dans la distribution des subventions?  Danger de piratage?  Comment serait-il plus plus grand que celui que permet présentement la photocopie?  La mort des éditeurs et des libraires? Est-ce qu’on ne comprend pas que, du seul fait qu’elle existe, la technologie pour faire ce que nous proposons ici les a déjà condamnés et que le débat sur la publication électronique par l’État ne fait que fournir l’occasion d’aider à leur recyclage? La vérité, c’est que la politique actuelle de droits d’auteurs et la filière de distribution des produits littéraires sont toutes deux irrémédiablement désuètes.

Et ce que nous disons des oeuvres littéraires vaut aussi, a fortiori, pour les oeuvres musicales.  Le secteur en croissance le plus rapide sur le Web est actuellement celui de la diffusion des oeuvres musicales par les procédés du type MPEG.  C’est jouer à l’autruche que de ne pas penser tout de suite à une nouvelle façon de protéger les compositeurs et paroliers.  Que le site du Québec crée une section de la Bibliothèque consacrée à la musique et qu’il s’impose aux internautes par la qualité de sa reproduction et l’exhaustivité de son répertoire, respectant les règles du droit d’auteur comme celles-ci s’appliqueront à mesure qu’elles évolueront.  Il n’y a pas d’autre solution.

Ce que nous avons dit du livre, sur le plan des subventions, vaut pour la musique. Acheter un disque aujourd’hui est faire preuve d’une grande honnêteté ou d’une grande ignorance.  Le monde change et il n’est pas certain qu’un “Celine Dion”, sortant en exclusivité sur Internet et ne coûtant à télédécharger qu’une fraction du prix d’un disque  – tout en rapportant encore plus à son auteur-interprète ! – ne serait pas une excellente affaire. Évidemment, il y a des perdants à ce changement et il y aura quelque part une lutte féroce; mais les perdants ont déjà perdu: on ne reviendra pas en arrière.

d) Dossier “reproduction”.  Ce que le livre et le disque sont à la Bibliothèque, les autres oeuvres d’art le sont au Musée.   Quand il s’agit de la reproduction bi-dimensionnelle et donc essentiellement imparfaite d’une sculpture ou d’une oeuvre architecturale, par exemple, le Musée ne fait que multiplier l’impact de l’art sans se poser en rival de l’art lui-même.  Pour les oeuvres picturales, la problématique est différente, car les procédés de reproduction modernes permettent des copies souvent indiscernables des originaux, la valeur supérieure de ceux-ci ne tenant plus à l’image représentée ni à la technique dont elle fait preuve mais au caractère intangible que constitue sa qualité même d’être un “original”.   Ce n’est pas l’Internet qui pose ce problème, le problème existe depuis la photographie et la possibilité d’imprimer sur diverses textures.

Qu’est-ce que l’Internet vient apporter?  Une occasion de diffuser l’art et de créer un nouveau marché pour les artistes.   Tout ce qui est créé peut être “exposé” au Musée virtuel, il suffit que l’artiste  en fasse la demande.  Tout ce qui est au Musée peut être visionné sur l’Internet..  Tout ce qui a été visionné  et dont l’original est à vendre peut être acquis en s’adressant à l’artiste ou propriétaire de l’oeuvre à son domicile virtuel dont les coordonnées sont disponibles, entre autres, à l’annuaire-arts & lettres. Tout ce qui a été visionné peut aussi être acquis sous forme de reproductions.  On peut télédécharger ce qui apparaît à l’écran pour un coût modique, mais on peut aussi en tirer une reproduction de qualité.

Dans le cas des peintures, dessins et autres oeuvres graphiques, on peut supposer qu’après visionnement gratuit de l’oeuvre à domicile le télédéchargement en aurait lieu la plupart du temps dans une boutique spécialisée permettant le transfert de l’oeuvre sur un support “noble”.  Chaque copie télédéchargée contre paiement porterait un numéro séquentiel, la date de télédéchargement et le nom de l’acheteur. Cette information étant simultanément inscrite à un registre, on ferait ainsi de chaque copie un “original” en quelque sorte – au même titre qu’une lithographie à reproduction limitée – à cette distinction près que la valeur des premiers tirages via l’Internet tendrait sans doute à dépasser celle des plus récents.

2. 7  FISCALITÉ… ET PAIEMENTS DE TRANSFERT

Il est instructif de prendre conscience que l’activité de l’État consiste aujourd’hui, pour une bonne part, à recevoir de l’argent de ses citoyens et à leur en remettre.  Environ la moitié du revenu national est perçu par l’État en taxes directes ou indirectes et dépensé pour notre bien, une grande partie de ces dépenses correspondant aux paiements de transferts: allocations pour chômage, vieillesse, maladie, etc.  Dans une société branchée, tous les versements à l’État et tous ces paiements peuvent être effectués “en ligne”.

Nous avons déjà expliqué comment et pourquoi une Nouvelle société passera d’un impôt sur le revenu à un impôt sur le capital(Voir: 706.html). Quand elle le fera le paiement en ligne ira de soi. Nous avons dit également que c’est la dernière des transformations qui serait acceptée et il est probable que l’État sera en ligne avant que notre société ne modifie sa fiscalité. C’est dans cette optique que nous précisons les modalités de paiement ci dessous.

2. 7.1  La fiscalité

a)  L’impôt sur le revenu – qu’on peut appeler le dossier “impôt direct” – est d’une gestion on ne peut plus facile.  Le contribuable établissant le contact avec son domicile virtuel le premier lundi de janvier voit apparaître à son écran la formule de déclaration d’impôts annuelle qu’il doit remplir. Aussi longtemps qu’il ne l’a pas fait, la déclaration reviendra à son domicile virtuel tous les lundis matin. Une semaine avant l’échéance pour sa remise, elle apparaît à l’écran et y reste.  Mis à part le dossier Esculape (cf: 3.1.3) et les procédures judiciaires qui lui seraient adressées (cf: 1.1.1),  rien n’est plus transmis au domicile virtuel de contribuable que cette déclaration d’impôt jusqu’à ce qu’elle ait été remplie et envoyée au guichet prévu à cet effet.  Rien n’interdit au contribuable de faire préparer sa déclaration par son comptable ou qui il veut, mais c’est à son domicile virtuel qu’apparaît la déclaration.

Quand le contribuable a rempli sa déclaration, il la fait parvenir au guichet et, d’un clic supplémentaire accompagné de son NIO et de son NIP, il donne instructions à son institution financière de payer le montant dû. Tout de suite ou plus tard, en un seul ou plusieurs versements, tout dépend de la flexibilité du fisc; le système, lui, peut recevoir et donner suite à quelques instructions pré-programmées que ce soit qu’on y aura insérées.  Les retenues à la source peuvent être remises au compte de l’État par les employeurs de la même façon; les travailleurs autonomes peuvent faire parvenir leurs acomptes de la même manière et ajuster leur compte en fin d’exercice, tout comme maintenant.  Si c’est l’État, comme c’est le cas la plupart du temps, qui doit de l’argent au contribuable à la fin de l’exercice financier, il pourra lui faire parvenir le trop-perçu de la même façon en créditant son compte de banque et en lui en donnant avis à son domicile virtuel.

b) le dossier “taxation indirecte”.  Les impôts indirects – la taxe de vente, par exemple –  peuvent être versés de la même façon.  En fait, ils peuvent être prélevés facilement au moment même de la transaction à partir d’une caisse enregistreuse branchée.  Un système un peu plus complexe – mais techniquement tout à fait réalisable – permettrait de tenir compte des taxes payées à l’achat des intrants de sorte que seul le reliquat vraiment dû soit versé à l’État.  Toutes les autres cotisations à verser, celles reliés à la masse salariale, par exemple, peuvent l’être de la même manière.  Le  citoyen peut aussi, toujours de la même façon, payer ses taxes scolaires ou municipales ou une amende à n’importe quel palier de gouvernement.  En réalité, il peut ainsi payer à l’État, sous tous ses avatars, tout ce qu’il doit payer à l’État pour quelque raison que ce soit.

2. 7. 2  Les paiements de transfert

L’État donne autant qu’il reçoit. Parfois un peu plus, ce qui nous crée un déficit puis une dette.  L’État donne aux chômeurs, aux pauvres, au vieux, aux parents, aux veuves, aux malades….. et même parfois, sous forme de subventions, aux riches et à des compagnies milliardaires.  Naturellement, toutes les modalités de paiement sont simplifiées quand on accepte la notion d’un travail/revenu garanti ( Voir 701.html). La procédure de paiement, elle reste la même.

Elle reste la même parce que rien n’empêche que ce paiement unique alors, comme tous ces paiements que nous faisons aujourd’hui, soient effectués directement aux comptes bancaires des intéressés. Il y a longtemps que l’habitude de signer des chèques et de les mettre à la poste n’a plus sa raison d’être. On pourrait créditer les comptes bancaires à partir d’instructions données via l’Internet, mais il faut souligner que cette formalité n’est même pas vraiment nécessaire.

Cette façon qui semble révolutionnaire de recevoir des paiement comme de payer ses taxes et son impôt n’introduit en fait que des changements cosmétiques à l’opération de paiement elle-même.  Les virements de fonds entre l’État et ses citoyens-contribuables sont déjà effectués par l’intermédiaire d’une banque à la sortie comme à l’arrivée des fonds….  et les banques sont déjà branchées.  Quand il s’agit de payer à l’État, on économise du papier et des timbres en le faisant via l’Internet mais l’argent part du même endroit pour aller au même endroit et il s’y rend de la même façon. De banque à banque.  Pour les paiement de l’État aux citoyens  il suffirait de faire les transaction en ligne et de ne plus envoyer de chèques, ce qui n’exige rien de plus que la décision de le faire.

2. 7. 3   L’État-caissier

Si on voulait une approche vraiment révolutionnaire mettant à profit les ressources de l’Internet, on pourrait simplement sauter le détour par la banque.  Chaque citoyen pourrait recevoir des paiements de transferts directement sur ordinateur, le numéro de vérification qui lui serait transmis n’ayant qu’à être entré à un guichet automatique – qui pourrait être un guichet de l’État lui-même – pour qu’on crédite le compte du citoyen ou qu’on lui verse des espèces au guichet même.  Ceux qui font présentement des paiements à l’État via une banque, pour les impôts directs et indirects ou pour toute autre raison, pourraient le faire désormais directement via l’Internet en débitant un “compte-citoyen” qui serait  approvisionné, entre autres, par tous les paiements de transferts que l’État y déposerait.  On ne se rend peut-être pas compte que pour beaucoup de citoyens un compte-citoyen recevrait plus d’argent de l’État qu’il ne lui en remettrait. Ce serait particulièrement le cas de beaucoup de ceux qui, touchant des paiement de transferts, sont responsables de la vaste majorité des transactions avec l’État.

Ce qu’apporte une société branchée, sur le plan des transactions financières, c’est la possibilité pour l’État d’agir commodément lui-même comme banquier.  Naturellement, pour une foule de raisons qui dépassent le cadre de ce rapport, il n’est pas question que l’État devienne banquier sans que n’intervienne un changement social autrement plus profond que la seule gestion en ligne des dossiers de l’État !. (Voir 401.html)

N’espérons pas que l’État devienne soudain banquier… mais il pourrait devenir caissier… le concept d’un compte-citoyen établi auprès d’une banque à charte – et où s’effectuent et se compensent les paiement faits par l’État au citoyen et par le citoyen à l’État – est une option intéressante que la gestion en ligne des transactions  de l’État  avec ses citoyens rend possible.   Si on décidait de poursuivre dans cette voie, chaque citoyen aurait ainsi son compte avec l’État sur lequel s’opérerait compensation des débits et crédits de ses opérations avec celui-ci.  Un solde positif sur ce compte pourrait rapporter l’intérêt d’un bon du trésor, à demande ou à terme, et l’État pourrait même consentir une marge de crédit sur ce solde pour favoriser la consommation.

2. 8  INFORMATION

Une société branchée est avant tout une société informée.  Nous verrons plus loin les implications politiques d’un accès ouvert à toute cette information qui est le fluide vital dont se nourrit notre société mais nous voulons attirer ici l’attention sur quatre (4) autres aspects du phénomène.

2. 8. 1  La connaissance

Quand l’internaute se branche à l’internet, il a accès à des millions de sites dont chacun, en un sens, veut l’informer. Beaucoup de ces sites véhiculent une information dont l’intérêt est limité, mais il en reste des milliers qui apportent une contribution valable, allant des statistiques sur le climat à la liste des hôtels du monde, en passant  par des douzaines d’encyclopédies et des documents techniques et scientifiques de pointe. Quand un État prend la décision de structurer cette information pour ses citoyens, ce dernier peut pratiquement  TOUT trouver sur l’Internet: il a accès à l’univers des connaissances.

Nous avons parlé d’une Bibliothèque et d’un Musée pour encadrer l’information de type permanent, mais le site de l’État  peut et doit aussi donner accès à une masse de renseignements plus ou moins  volatils mais qui n’en sont pas moins factuels. Toutes les séries statistiques au fur et à mesure de leur disponibilité, les rôles d’évaluation et des données ponctuelles dont l’intérêt est bien réel, comme la présence des députés en chambre, par exemple…  L’État peut fournir une petite partie de cette information dans le cadre de ses dossiers de gestion administrative et simplement faciliter la mise en ligne du reste, ce qui sera le cas des annuaires et dossiers individuels, en commençant par les pages perso dont nous avons déjà parlé.

L’accès public universel ou restreint à toute cette information – (dans certains cas, il y aura des décisions à prendre: accès aux casiers judiciaires ou divulgation des rapports de crédit, par exemple) – constituera un outil dont on ne peut surestimer l’importance pour les professionnels, les hommes d’affaires et les citoyens en général.  Ce sera aussi le premier pas vers une “société transparente” dont nous parlerons plus loin. Ce n’est pas tant la diffusion de cette information qui modifiera la société – (l’apathie des citoyens ne disparaîtra pas même si on peut y pallier en rendant l’accès à l’information plus facile) – que le fait même que cette information devienne disponible.

2. 8. 2  Les  nouvelles

Une nation de “branchés” peut recevoir de ses gouvernants une information sur les événements de l’actualité ainsi que des commentaires sur ces événements.  Ceci, pour une nation comme le Québec soumise à un blitz incessant de nouvelles provenant de sources étrangères à sa culture, permet de ré-équilibrer les forces en présence. CNN ne diffuse pas une vision impartiale du monde, faisant la part belle à la culture française ou expliquant de façon sympathique le modèle chinois de gouvernement.  Que le Québec profite de l’auditoire que lui fournit une société branchée pour diffuser un message québécois et une vision québécoise du monde nous semble tout à fait de bonne guerre. Il nous semblerait même un peu jocrisse qu’il ne le fasse pas

Naturellement, on dira que cette possibilité engendre le danger d’une manipulation de la part du pouvoir et le risque que les intérêts du gouvernement et donc d’un parti en viennent à primer ceux de l’État.  Ce risque, indéniable, n’est cependant pas plus grand que celui que pose une radio-télévision d’État et il peut-être géré de la même manière, par la création d’une entité autonome responsable de l’information “en ligne”.

Quand on examine la situation créée par l’accès universel à l’Internet, on voit que le risque de contrôle par l’État est toutefois beaucoup moins grand que lorsqu’il s’agit de la télévision puisque les sources directes d’information se multiplient.  À  la disparition du monopole des grandes agences sur l’information mondiale qui joue à un certain niveau au profit du Québec et de sa culture correspond, à un niveau local, la disparition similaire de ce qui pourrait être un monopole de l’information entre les mains du gouvernement  au profit de tous les citoyens dont chacun sur l’Internet  peut avoir son tour au micro…

Un dossier “journal” devrait fournir en ligne un compte rendu quotidien sommaire des événements mondiaux et nationaux auquel viendraient s’ajouter, dès qu’ils sont connus, les “flashes” et les “scoops” dont  il conviendrait de tenir la population informée.  Il n’y a pas de raison, si cette page est bien faite, pour qu’elle ne devienne pas l’accès privilégié des Québécois à la connaissance du monde et des événements. Au delà de la simple nouvelle, cette page “journal” peut aussi apporter des commentaires; elle peut, par référence aux autres journaux du Québec ou de l’étranger, apporter une vision nuancée de sa propre interprétation.

Ajoutant une dimension supplémentaire, le dossier “journal” peut d’ailleurs s’ouvrir largement à l’opinion de ses lecteurs à la seule condition qu’ils s’identifient par NIO/NIP. Généralisant ce que avons suggéré pour la critique et la discussion des événements culturels, le site de l’État devrait permettre autant de forums sur toutes et chacune des nouvelles publiées au dossier “journal” qu’il y aura de ces nouvelles qui susciteront chez les internautes le désir d’engager un débat.

2. 8. 3   Le quotidien et l’urgence

Une nation de “branchés” peut aussi avoir accès à une information pratique sans cesse mise à jour et qui peut s’avérer bien utile dans la vie de tous les jours comme en périodes de crise.  Pensons d’abord  à une information de commodité courante – état des routes, température, heures d’ouverture des bureaux, etc. etc.  Chacun devrait pouvoir obtenir ces renseignements à sa discrétion en consultant la page appropriée où ils apparaissent et sont mis à jour. Quand il s’agit d’une information plus spécialisée – lancement d’appels d’offres, le niveau des hautes eaux, l’heure des marées, etc. – l’internaute devrait pouvoir, à sa demande, être avisé de tout changement à la page correspondante. Ce service existe déjà sur l’internet.

En plus de cet accès à une information de commodité courante, le citoyen devrait être péremptoirement informé des nouvelles “critiques” et de l’évolution des crises comme celle du verglas, par exemple. Sur la page de tout organisme d’État devrait apparaître au besoin une note  “Avis et directives” soulignant toute nouvelle ayant un caractère d’urgence et relative à la mission de cet organisme.  C’est via ces notes que le citoyen pourrait être avisé du risque de feux de forêts, d’inondations… de verglas. Normalement, l’information que fournit l’État en ligne serait toujours disponible pour ceux qui veulent en prendre connaissance mais ne serait jamais imposée à ceux qu’elle n’intéresse pas; on peut penser, cependant, que si un message revêtait un caractère d’urgence il pourrait  exceptionnellement apparaître d’office à l’écran de l’usager dès que celui-ci accède au site de l’État ou à son domicile virtuel.

2. 8. 4  La co-information

L’innovation la plus cruciale qu’apporte l’Internet sur le plan de l’information, c’est de passer le micro au monde ordinaire.  Il se passe bien des choses sur la planète auxquelles un journaliste n’est pas invité, mais il y a presque toujours un témoin du monde ordinaire à chaque événement.  Dans une société branchée dont le gouvernement souhaite la transparence, la population peut  elle-même contribuer à l’information des citoyens par les citoyens en mettant en ligne les événements dont elle a connaissance….  pour autant qu’on lui crée le site où télécharger cette information.

Il est déjà possible aujourd’hui, à quiconque le souhaite, de rapporter sur le Web tout ce qu’il veut. Il n’y a pas, cependant, de site “vox pop” sur le Web où soit réunis les “scoops” de tout le monde et il y a donc peu de chances que même le renseignement le plus vital puisse être capté par un nombre significatif d’internautes; la forêt cache efficacement tous les arbres. Ce serait bien autre chose s’il existait un site précis où l’on sait que l’information des gens de la rue est disponible et si la publicité de ce site était faite avec les moyens dont dispose un État.

Quel est l’avantage d’un tel site?  On permet ainsi à quiconque a vu ou entendu quelque chose d’en faire part à tout le monde, ce qui brise le monopole des professionnels de l’information. Une  excellente chose pour la démocratie, parce que l’information que nous recevons des médias traditionnels est toujours subtilement biaisée.  Nous vivons aujourd’hui une censure subtile mais efficace, résultat d’une entente tacite entre toute une partie bien-pensante de la société qui a sa vision du monde…  et les médias qui font partie de cette élite bien-pensante et qui ne VOIENT vraiment pas autre chose.  Les médias sérieux  respectent certains tabous. Tout ce qui n’est pas “bien” n’est pas publié dans nos médias “sérieux, ” n’est pas vraiment diffusé dans la population et, finalement, n’intéresse plus personne.

En passant le micro à la population, on rétablit l’équilibre. L’important n’est pas tant ce qui sera dit que le fait que tout pourra être dit: la transparence, deviendra enfin un fait acquis. Ce qui est bien, mais n’est pas tout. Il est essentiel que le monde ordinaire connaisse les faits, mais il n’aura vraiment droit de parole que s’il peut aussi exprimer son opinion. Nous avons vu plus haut l’Importance de créer des forums. La population ne donnera jamais son opinion d’aussi bon gré que pour commenter les nouvelles issues spontanément de la population elle-même et ce sont ces commentaires qui confirmeront ou infirmeront les nouvelles. Tout ce que dit la population ne sera pas vérité d’Évangile, mais tout ne sera pas seulement ragots non plus…  Il faut demander au monde ordinaire de dire ce qu’il a vu… et ce qu’il en pense.

Le problème que pose la gestion d’un tel site – et supposons que nous ne parlions que d’un site conçu en fonction du Québec – c’est de classifier l’information de sorte qu’on puisse y retrouver ce qu’on cherche, un défi significatif auquel il faudrait consacrer un peu de réflexion.  Un État qui s’en donnerait la peine pourrait créer un tel site et en faire un projet-phare pour tous les sites semblables qui se créeront inévitablement sous peu dans le monde entier.  Structurer cette information pour en optimiser l’accès à tous est un pré-requis à une vraie démocratie et un défi intéressant que le branchement universel de la société incite a relever.

3.  LE RÉFÉRENCEUR

.Une Nouvelle Société sera plus libertaire que celle qui s’achève et le pouvoir de décision de l’État sous toutes ses formes y sera plus limité.  La participation de l’État comme fournisseur de services augmentera, au contraire, dans la mesure où il y aura de plus en plus de choses dont on gagnera comme collectivité à confier la réalisation à des organismes oeuvrant sans buts lucratifs à l’échelle d’un État.   Le rôle de l’État sur l’Internet est une bonne illustration de cette fonction de l’État qui devra désormais être souvent un facilitateur sans prétendre assumer une autorité.

Quand l’État devient webmestre – et non seulement gère en ligne ses dossiers d’interface avec le public mais offre aussi à celui-ci des dossiers de consultation comme la Bibliothèque virtuelle – il doit, comme quiconque gère un site, faire constamment le choix  entre une fonction de “créateur” de matériel original et une fonction de guide vers des textes de référence externe existant déjà sur le Web.

L’État qui monte en ligne n’a pas à tout faire lui-même; il peut s’acquitter parfaitement de sa mission envers une société branchée en limitant sa fonction de créateur à ce dont il est incontournable qu’il soit lui-même l’auteur et. en jouant uniquement pour le reste le rôle de “référenceur”, guidant les citoyens-internautes vers des sites réalisés par d’autres créateurs de pages Web et auxquels il se limitera à donner accès. Ce choix déterminera pour une bonne part  les coûts d’opération du site de l’État comme la relation que celui-ci entretiendra avec les autres auteurs et référenceurs du Web.

Il y a beaucoup a référencer. Le Web est littéralement un “univers” où s’activent déjà fébrilement des centaines de milliers de créateurs de sites dont les textes sont joints  entre eux par des liens en hypertexte.  L’État qui joue le rôle de référenceur peut créer de tels liens et, ce faisant, ramène sa tâche à des proportions réalistes et limite sa responsabilité. Il n’est plus alors nécessaire, en effet, que l’État qui veut diffuser l’information et la connaissance fasse d’abord le choix d’un point de vue, ce qui dans un contexte démocratique peut créer des difficultés pour des questions qui paraissent bien innocentes. (Pensons seulement à toute cette querelle, aux USA, touchant les crucifix dans les écoles !) L’État qui crée des liens n’a pas à choisir un point de vue ni à prendre parti: il suffit qu’il facilite le déplacement des citoyens dans cet univers du Web et leur fournisse un accès impartial aux diverses facettes de l’information que veulent mettre en relief ceux qui croient détenir la connaissance et veulent  la transmettre sur le Web.

Cette fonction de référenceur que doit assumer l’État-webmestre est moins lourde – et moins coûteuse – que celle de créateur de contenu mais elle est  loin d’être triviale.

3.1   UN CLASSIFICATEUR CARTÉSIEN

L’Internet est présentement en croissance anarchique et risque de devenir un fouillis.  Quand on introduit des liens en hypertexte vers ce champ de référence gigantesque qu’est l’univers du Web, on peut le faire vers n’importe quoi, selon la fantaisie de chaque auteur, ce qui est présentement la routine courante.   Les utilisateurs des outils de recherche sur le Web connaissent bien le problème que posent aujourd’hui les efforts frénétiques de tous les webmestres pour attirer sur leur site un maximum de visites: la manipulation des metatags et la falsification sans vergogne des descriptions de sites a pour résultat qu’une recherche sur un thème donné peut conduire vers des sites qui n’ont AUCUN rapport avec l’objet de la recherche. Il en résulte une perte de temps considérable et une énorme frustration.

Structurer et hiérarchiser l’information qu’offre l’Internet est d’une extrême importance dans le monde d’aujourd’hui et les référenceurs et engins de recherche actuels ne le font pas de façon pleinement satisfaisante.  Si on dispose des ressources d’un État et qu’on en fait une affaire de prestige, on peut  profiter de l’occasion pour offrir aux internautes de partout un référenceur discriminant et vraiment efficace. L’État qui le fera de façon rigoureuse et impartiale –  et SANS PUBLICITÉ – s’attirera vite un auditoire mondial.  Si le site de l’État du Québec peut hiérarchiser l’information du Web de façon “cartésienne” – (ne sommes-nous pas de culture française?) – on viendra de partout dans le monde sur le site du Québec simplement  pour être référencé correctement.   Il en résultera un prestige inouï dont le Québec et toutes les entreprises québécoises tireront profit.

Le site de l’État du Québec, prenant tardivement position en ligne, considérera ce qu’il lui sera opportun de créer et ce qu’il lui suffira d’utiliser du matériel déjà mis en place par le secteur privé. Guidant les citoyens-internautes vers des sites de référence externe réalisés par le secteur privé, il pourra en profiter pour devenir un référenceur modèle.

Les techniques pour le faire existent déjà; elles pourraient faire l’objet d’une étude distincte, mais limitons nous ici à des exemples, car il ne s’agit pas de décrire ce que l’État devrait faire dans son rôle de référenceur mais seulement d’illustrer les possibilités qui s’offrent à lui et comment il pourrait en tirer parti.  Le référenceur de l’État pourra identifier les sites pertinents à une recherche par deux démarches complémentaires.  Ceux qui connaissent déjà l’Internet reconnaîtront ci-dessous les approches “Altavista” et “Yahoo; il s’agit d’utiliser les deux.

On connait la boutade de Falardeau : “La liberté, sur le Web, c’est une marque de yaourt”. Par une recherche plus discriminante et qui, dans le doute, ira chercher plutôt moins que plus, on évitera de voir apparaître Kipling ou Baudelaire quand on cherche “éléphant”, ou une voiture sport quand on s’intéresse à la faune d’Amazonie. On y parviendra par un engin de recherche qui ne fonctionnera qu’à partir de metatags priorisés et  mutuellement exclusifs et ne se basera pas sur l’apparition d’un seul mot-clef  à un texte  mais sur l’occurrence multiple à ce texte de plusieurs mots-clefs dans un certain contexte, dans une certaine proportion et en accord avec certaines règles de proximité. L’avantage de cette approche, c’est qu’elle ratisse large et permet de référer à des sites dont le webmestre peut ignorer même l’existence du site du Québec

La deuxième approche est le repérage à partir des données précises obtenues du fournisseur lui-même qui a choisi  de s’inscrire directement au site de l’État du Québec pour y être référencé. Il y est alors transindexé: a) par ordre alphabétique; b) par pays, région, ville; c) par produit ou service rendu et, à l’intérieur de chaque catégorie de produits, d) par prix, et e) par diverses autres caractéristiques selon le formulaire à remplir.  Ce référencement est évidemment plus précis, mais il ne fonctionne que sur l’échantillon, relativement bien limité au départ, de ceux qui ont posé un geste concret  pour se faire connaître.

En se donnant la peine d’utiliser les deux approches et d’améliorer l’une comme l’autre, toutefois,l’État agissant comme référenceur pourra offrir un service plus efficace. L’État peut choisir, par exemple, d’introduire à sa procédure de référencement un palier intermédiaire de “portails” sous son contrôle d’où il pourra référencer à partir de ses propres critères et selon une arborescence plus efficace que celle qui prévaut sur le Web actuel. L’internaute, du premier clic, pourra mieux restreindre sa recherche en fonction de ses objectifs.

3.2  LE PORTAIL “SOUK”

On peut, par exemple, créer un portail “Souk” – (ou “Bazar” ou “Marché”…) –  qui soit le point de départ d’où l’on accède à tous les sites qui servent à  vendre, acheter, louer, échanger des biens et des services.  Si c’est un produit que précise la requête de l’internaute au portail Souk, le référencement devrait le conduire à la liste des fournisseurs de ce produit – restreinte à un pays ou une région, ou à une fourchette de prix si c’est ce qu’on souhaite, ou par l’application de tout autre critère – puis spécifiquement (Anchor link) au produit cherché à l’intérieur du site de chaque fournisseur. Il n’y aurait pas de publicité sur le site de l’État durant le référencement mais, lorsque le lien a ainsi conduit l’internaute au site du vendeur, celui-ci peut naturellement gérer la visite sur son site comme il l’entend.

L’inscription au site de l’État pour référencement serait gratuite.  Si le vendeur de biens ou services le souhaite, cependant, il devrait pouvoir demander et obtenir au site de l’État divers services supplémentaires. D’abord, faire garantir la véracité de sa publicité, par exemple, un service qui aura son prix puisqu’il conférera une crédibilité énorme sur le marché de l’Internet où le scepticisme est de mise.   La procédure serait que le marchand peut soumettre le contenu de son site à un service spécialisé créé à cette fin par l’État-webmestre et que ce service, ayant pris connaissance du site, y apposerait l’équivalent virtuel de son sceau, garantissant que le site ne comporte aucune assertion fallacieuse ou de nature à tromper le consommateur.

Pour que ce sceau ait une valeur, il faut qu’aucun ajout ne puisse être téléchargé au site référé sans l’insertion du code utilisé à cette fin par le service de l’État.   La vérification du contenu au moment e chaque remise à jour signifierait un travail important.et, si le site de l’État offrait un services de ce type, il le ferait par sous-traitance à des organismes spécialisés.  Malgré cette sous-traitance de la tâche, le site de l’État conserverait une part importante des revenus puisque c’est la crédibilité de l’État qui serait en jeu et que ce serait pour obtenir la caution de l’État que le vendeur payerait un honoraire.

Cette démarche ne serait pas si éloignée du service de vérification des envois par fret maritime ou aérien qu’offrent présentement certaines compagnies comme Veritas, par exemple. Il y a un marché pour cette caution de vérité donnée à des énoncés qui, dans l’univers virtuel du Web, ne sont finalement que bien difficilement vérifiables et dont les auteurs évoluent  pratiquement à l’abri de toute contrainte par quelque autorité nationale que ce soit.  Nous ne disons pas que l’État du Québec montant en ligne doive nécessairement rendre ce service, mais nous disons qu’il y a là un marché à prendre et qu’un État aurait aujourd’hui mieux que quiconque la crédibilité requise pour rendre ce service.

Autre service, celui de la garantie d’exécution des engagements pris sur l’Internet.  Aujourd’hui, les paiements pour les biens et services achetés sur le Web se font généralement par cartes de crédit et des mesures complexes sont prises pour assurer la confidentialité d’une information… que le détenteur de la carte donne généralement sans sourciller au premier garçon de café venu. On détourne l’attention du client.  Le problème n’est pas au seul niveau de l’information qui pourrait  tomber entre les mains de personnes non autorisées; il est au niveau tout bête du vendeur qui, ayant touché le montant prévu, ne livre pas la marchandise ou livre un produit ou un service inacceptable.  Ni Visa, ni Mastercard ni American Express n’encourent alors la moindre responsabilité : l’acheteur floué en est pour ses frais.

On peut garantir d’exécution des engagements pris sur l’Internet par le dépôt des sommes versées, entre les mains d’un tiers au dessus de tout soupçon, le temps nécessaire pour que le vendeur ait rempli ses obligations. Les transactions augmenteront en flèche sur l’Internet quand une tierce partie crédible interviendra qui garantira la satisfaction du client ou la remise de son argent. Compte tenu de la volatilité des entreprises sur le Web, ceci exigera sans doute que l’argent des transactions  reste entre les mains de cette tierce partie le temps que le produit ait été livré et que l’acheteur ait laissé passé un délai explicite raisonnable sans s’en plaindre.

Ce n’est pas le rôle d’un État  d’assurer cette garantie mais, d’autre part, il n’y a pas de meilleur site à partir duquel une telle garantie peut être offerte que le site d’un État.  Peu importe que ce soit une institution financière québécoise ou un organisme ad hoc qui le fasse, il est clair que l’on se pressera sur le site de l’État du Québec si l’on peut y obtenir cette garantie en passant par son portail “Souk”.   Peut-être, dans un premier temps, l’État devrait-il exiger que cette garantie soit offerte par tous les fournisseurs québécois; ensuite, dans un deuxième temps, l’univers du Web ne connaissant pas vraiment de frontières, il n’y aurait pas d’obstacle à ce que cette garantie puisse couvrir des fournisseurs d’où que ce soit qui rempliront les exigences requises pour l’obtenir.

Cette garantie offerte par une institution québécoise à des vendeurs d’où qu’ils viennent  pourrait évidemment protéger des acheteurs du Sénégal ou de la Birmanie tout autant que les acheteurs québécois. Elle pourrait protéger quiconque fait confiance à l’État québécois… et quiconque fait appel à ce service aurait de plus en plus confiance en l’État québécois, ce qui n’est pas un mince avantage dans le monde actuel. Mise a part toute considération géo-diplomatique, c’est aussi service bien lucratif.  Est-ce qu’on réalise ce que représente un petit agio sur les trillions de dollars qui se négocieront sur le Web dans 10 ans?

Indépendamment de toute considération de profit, le portail “Souk” offrirait un service extrêmement utile, puisqu’il donnerait non seulement un accès facile aux bourses et marché financiers existants mais contribuerait aussi, en permettant la comparaison facile des prix offerts pour des produits similaires, à constituer “de facto” des “marchés” transparents pour TOUS  les produits

C’est ainsi que si un site de l’État créait un tel portail “Souk”, il se constituerait immédiatement dans les faits une “bourse de l’immeuble” dans un Québec branché, puisque quiconque voudrait vendre ou louer une propriété n’aurait qu’à l’inscrire à ce site pour qu’elle soit classifiée selon ses caractéristiques, ceci tendant à ramener le prix de toutes les propriétés de valeur similaire vers une moyenne de consensus qui deviendrait le prix du marché.  Le même phénomène se produirait tôt ou tard pour tous les produits de quelque importance, à commencer par les véhicules automobiles, mais s’étendant peu à peu à tous les biens et services.

En créant ce service au Québec pour le marché naturel que constituerait un Québec branché, le site de l’État du Québec ne deviendrait pas seulement totalement incontournable pour les vendeurs et acheteur québécois mais deviendrait par la même occasion la valeur de référence pour tous les marché similaires du monde entier. Les choses, dans le monde global virtuel, vaudraient leur prix au Québec plus ou moins un facteur spécifique au lieu de la transaction, comme le prix de l’argent sur les marché mondiaux est déterminé depuis longtemps par l’offre interbancaire sur le marché de Londres “plus ou moins quelque chose”.  Il y a prestige et profit à être la valeur de référence.

3.3  LE PORTAIL “FORUM”

Nous avons donné l’exemple du “Souk” pour le commerce, mais d’autres portails sans publicité où les sites seraient correctement référencés sans redondance seraient aussi possibles.   Pensons à un portail “Forum” référençant… des forums, des “chats” des “newsgroups”, tous les sites où l’on échange des idées.  Dans ce domaine, plus que dans tout autre, il y a un besoin urgent de pouvoir cibler avec précision les thèmes visés.  Un site qui offrirait  la recherche par mot-clefs et qui hiérarchiserait ces groupes selon leurs thèmes mais qui en ferait aussi la critique impartiale deviendrait un passage obligé, car on perd trop de temps a trouver son chemin dans les 25 000 newsgroups à peu près permanents sinon actifs qui sollicitent l’attention de l’internaute, sans parler des forums évanescents qui viennent et vont avant qu’on ait pu s’y arrimer une seule fois.

Mettant à profit son rôle de référenceur, l’État pourrait aussi jouer un rôle proactif avantageux.  Dans le cadre de ce portail “Forum”, l’État pourrait encourager d’une assistance technique et financière l’organisation de forums/symposiums virtuels où seraient discutés des thèmes de recherche scientifique, par exemple.  Si ces forums sont correctement animés et qu’il est possible d’en avoir le compte rendu général ou par ateliers et la traduction en plusieurs langues, d’y trouver un service de messagerie pour les invités ou même chaque participant inscrit ainsi que les autres services que la technique de l’Internet rend disponibles à coût modique, on pourrait  créer une structure novatrice à laquelle toute la communauté scientifique mondiale participerait.

Il y a eu des précédents à l’organisation de ce genre d’événements, mais il n’y en a eu aucun jusqu’à présent qui ait bénéficié du soutien technique et financier inconditionnel d’un gouvernement et dont on puisse penser qu’Il aurait été le premier d’une séquence d’activités permanente. Or, il s’en faut de très peu de temps avant que ces forums ne deviennent la façon privilégiée de réunir l’élite mondiale autour de tout thème à débattre. Si le Québec en prenait l’initiative et y affectait un budget raisonnable, il pourrait devenir le leader sur ce marché porteur et  il s’agirait là d’une source de prestige pour la science québécois, sans parler d’un excellent tremplin vers l’organisation au Québec de conventions bien physiques et non plus virtuelles, des réunions dont on connait les retombées importantes pour l’économie.

3.4   LE PORTAIL “MATCH”

Faisons un pas de plus.  Pourquoi pas un portail “Match” d’où l’on partirait vers les sites où l’on peut faire des rencontres?  On peut se demander l’intérêt de mêler l’État à ces activités de rencontre qui semblent ne rien avoir à faire avec la gestion de la chose publique.  Cet intérêt repose sur le potentiel pour le meilleur et pour le pire qui se cache derrière cette activité naissante et qui semble anodine. D’abord, il faut constater l’expansion extraordinaire qu’ont prise ces activités depuis quelques années; dans les journaux et revues d’abord, souvent couplées avec des systèmes de boites vocales, puis sur l’Internet même.

La prolifération de ces activités de rencontre, conséquence du déracinement, est un symptôme de la solitude et la manifestation d’une recherche pour un nouveau sentiment d’appartenance “délocalisé”. La fragmentation de notre société ne se corrigera pas d’elle-même à brève échéance et il faut donc prévoir que ces activités de rencontre programmées vont se multiplier de façon phénoménale dans une société branchée.  Parce qu’un nombre croissant d’individus voudront avoir accès au bassin d’affinités que fournit le Web, une société branchée évoluera vers une situation où il sera courant d’avoir un “profil” en ligne qui permettra d’être ouvert à des rencontres, rencontres amicales, sociales et intellectuelles, d’ailleurs, tout autant qu’affectives.

A mesure qu’il deviendra socialement acceptable d’avoir son profil en ligne et d’être ouvert à des rencontres amicales ou affectives avec des gens dont on a d’abord vérifié qu’on partageait avec eux certaines affinités, il est prévisible que l’Internet deviendra rapidement la première source de contacts pour la majorité des gens et que la structure sociale se réorganisera sur cette base, reléguant au passé la notion de proximité. On communiquera d’abord en ligne, puis on établira des relations à plus long terme avec ceux qui partagent nos idées ou nos goûts plutôt qu’avec ceux que le hasard nous a donné comme parents ou voisins.

Tout ce dont ce domaine d’activités a besoin pour remplir correctement un rôle social devenu nécessaire, c’est d’un encadrement.   Des règles de comportement correct sont nécessaires entre compagnons du Web comme entre voisins et ces règles commencent à se dessiner.  Elles reposent sur une forme d’anonymat initial qui paradoxalement exige, comme un bal masqué, qu’il existe quelque part un contrôle d’identité.  Toute la communication entre internautes a besoin d‘un encadrement  raisonnable et ce sont des sites spécialisés qui offrent cet encadrement,  dont au premier chef un contrôle crédible d’identité tout en garantissant la confidentialité des contacts et sans s’immiscer dans les relations qui peuvent en découler. Ces sites assument une fonction importante.  Il faut qu’on s’assure que ces sites ne font rien d’illégal et offrent bien ce qu’ils prétendent offrir. L’État ne peut pas plus se désintéresser de cette activité montante qu’il ne pouvait jadis se désintéresser des relations de bon voisinage.

Il faut réfléchir aux conséquences d’une évolution sociale qui permet tout à coup à tout le monde de parler a n’importe qui, souvent incognito, et d’envoyer d’un geste cent ou dix mille lettres anonymes.  En attendant que la “netiquette” devienne une “néthique”, il faudra que quelqu’un fournisse un encadrement et le site de l’État peut le faire mieux que quiconque. En assurant la référence à ces sites et en mettant en place certaines balises au départ, l’État évitera des dérapages.

Il y aura d’autres portails à créer; l’avenir nous les indiquera.

4.   LE POUR ET LE CONTRE

On ne peut pas concevoir qu’une Nouvelle Société fonctionne autrement qu’en ligne, mais rien ne s’oppose à ce que la société actuelle, sans autre engagement envers les objectifs d’une réforme des grands secteurs de l’activité de l’État, décide néanmoins de se brancher pour les seuls avantages que cette mesure comporte. Si cette approche prévaut, il est clair que l’État qui gère ses dossiers en ligne a déjà fait un pas vers le changement.  C’est une décision à encourager.

Quelles sont les objections au branchement de l’État et les avantages qui découleraient de cette seule mesure, indépendamment des autres objectifs d’une Nouvelle Société ?

4. 1   SÉCURITÉ ET CONFIDENTIALITÉ

On pose souvent deux objections à la gestion en ligne d’une Nouvelle Société. La première a trait à la sécurité de l’information et la seconde à sa confidentialité. Ce ne sont pas des objections futiles;  En ce qui concerne la sécurité, des centaines de millions sont dépensés chaque année pour développer les procédés de chiffrage (encryption) qui assureront, entre autres, la parfaite sécurité des transactions financières. Le problème existe. Il a toujours existé et il existera toujours.  La lutte ne cessera jamais entre ceux qui veulent protéger leurs biens – dont l’information – et ceux qui cherchent des méthodes ingénieuses de les leur enlever.

Ceci étant dit, les voleurs de  banque n’ont pas arrêté l’expansion du système bancaire et ce ne sont pas les voleurs de diligences qui ont marqué la fin des diligences.  La vraie question n’est pas de savoir si l’information que véhicule l’Internet est parfaitement sûre, mais de savoir si elle est suffisamment sûre pour que, considérant les avantages et désavantages de l’utiliser, on doive prévoir que ce sera pour l’avenir prévisible le moyen privilégié de communication.   Il y a aujourd’hui un consensus à ce sujet et la réponse est  OUI.

Quant à la confidentialité et donc au respect de la vie privée de l’individu, certains de ceux qui soutiennent la vaste majorité des propositions de ce site voient néanmoins la mise en place de systèmes de gestion plus performants et l’intégration de diverses banques de données comme une arme dangereuse au service d’un État qui voudrait contrôler la vie des individus.  Le prochain texte qui sera publié sur ce site et traitant de la redistribution des pouvoirs dans une Nouvelle Société devrait mettre fin à ces craintes.

Pour l’instant, disons seulement qu’il ne faut pas tomber dans la naïveté et confondre ce qu’il est possible de faire et ce qu’on accepte qui soit fait.  Il est important de comprendre que dès qu’une technique existe elle sera utilisée et que toute contrainte légale ou administrative visant à l’empêcher n’aura d’autre effet  que de concentrer plus de pouvoir entre les mains de ceux – et il y en a toujours – qui seront au-dessus de cette contrainte.   La seule parade à la tyrannie que peut imposer une technique nouvelle, c’est d’en généraliser raisonnablement l’usage afin que les forts ne soient pas plus indemnes que les faibles des effets néfastes de son utilisation.

Est-ce que quelqu’un a la naïveté de croire que les organismes chargés de la sécurité nationale, par exemple, n’ont pas déjà accès et n’utilisent pas quotidiennement tous les moyens d’écoute que la science peut offrir?  Est-ce que quelqu’un croit que, si des intérêts suffisants sont en jeux, toute l’information concernant sa vie privée ne peut pas être accessible sur le champ comme un livre ouvert aux autorités ou pouvoirs quels qu’ils soient qui voudraient y accéder et en auraient les moyens techniques et financiers?

Dans la vie de tous les jours, il y a des lois qui protègent la vie privée et ces lois peuvent être modifiées à notre gré pour couvrir toutes les éventualités liées à l’usage de l’Internet ou à l’intégration de dossiers sectoriels. Elle ne seront pas moins respectées si la technique est là pour les violer, puisque la barrière est dans l’esprit de celui qui pourrait enfreindre les règles.  Si, au contraire, on parle d’un État qui ne respecte plus la loi mais n’obéit qu’à son agenda occulte, les moyens techniques de pointe seront utilisés quoi qu’on ait pu faire et seront pour cet État une arme d’autant plus nocive qu’il sera le seul à les posséder et qu’on ignorera même parfois qu’il les possède.

4. 2  LE CHOIX DU MIEUX

L’ objection la plus sérieuse à la mise en place d’une gestion en ligne est celle que les autres objections veulent cacher: on va déranger beaucoup de monde.  Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire mieux, plus vite, à meilleur coût dans une société branchée… et donc beaucoup de gens qu’on rend inutiles.  Qu’est-ce qu’on en fait?  Est-ce qu’on veut augmenter encore la liste des victimes du chômage technologique?  Ça, c’est un problème réel, car ce n’est pas parce qu’on pourrait gérer mieux l’État avec la moitié du nombre des fonctionnaires actuels travaillant en ligne qu’on doive mettre à pied la moitié de la fonction publique.

Il n’y a qu’une seule solution intelligente et acceptable à ce problème, c’est de s’engager dès le départ à ne limoger personne mais a recycler chaque fonctionnaire déplacé par le changement vers un poste pareillement rémunéré où il fera autre chose.  Il faut faire le choix du “mieux” et non pas de la réduction des coûts.  Si ce principe est accepté, le résultat du changement  vers un gestion en ligne des dossiers de l’État ne sera plus tant une énorme économie… qu’un service considérablement amélioré.

Dans l’optique actuelle du gouvernement dont la priorité est de réaliser des économies à toute force, cette approche d’offrir un meilleur service n’est pas facile à adopter et c’est ça le véritable obstacle à l’avènement d’une gestion en ligne des dossiers de l’État : le débat à engager sur l’affectation prioritaire des économies que générerait cette initiative et la ré-assignation des ressources humaines qui seront déplacées par ce changement.

Si on fait ce choix de la ré-assignation des  ressources humaines la qualité des services de l’État augmente. Ainsi, on peut prévoir que la fréquence des relations entre le citoyen et l’administration augmentera en proportion directe de la facilité d’établir le contact. Tel qui aurait hésité à perdre quelque heures dans un bureau du gouvernement en attendant que son numéro soit appelé visitera dix fois le site d’un organisme d’État pour obtenir un renseignement plus précis ou préciser un point de détail.  La plupart du temps – et de plus en plus au fur et à mesure que les systèmes robotisés seront peaufinés – l’administré obtiendra satisfaction sans qu’un fonctionnaire intervienne mais le fonctionnaire ne se sera que déplacé vers un poste où il pourra être plus utile. Les fonctionnaires consacreront désormais une part bien plus grande de leur temps à s’occuper des citoyens.

Tous les fonctionnaires. En effet, le phénomène ne se limitera pas aux préposés et aux échelons subalternes mais, par renvoi aux “autorités compétentes”, touchera tous les niveaux de l’administration.  Ceux qui pourront s’habituer à être vraiment au service de la population prendront du galon; ceux qui ne retournent pas leurs appels et croiront encore que le requérant n’existe que pour la requête devront affronter une meute féroce qui pourra enfin exprimer son mécontentement et qui sera écoutée.  A une société branchée, l’administration devra donner des services efficaces et courtois et c’est à ce palier que la population jugera du succès ou de l’échec de sa nouvelle relation avec l’État.

Derrière le défi de la simple affabilité, il y aura celui de l’excellence.  Les temps moyens de traitement des dossiers individuels devenant connus (cf: 1.4 c), la pression sera forte pour que toute intervention se situe dorénavant dans la bonne moyenne des délais, ceci tendant à faire diminuer constamment d’autant ces moyennes; c’est le phénomène du “stakhanovisme” qui, si on ne le contrôle pas, entraînera des dépressions nerveuses et des dossiers bâclés. Il sera impérieux d’établir des critères qualitatifs de performance efficaces et, la disponibilité des ressources résultant de la ré-assignation le permettant, ces critères qualitatifs seront indubitablement établis. La gestion en ligne mènera à une meilleure qualité des services de l’État.

5.  LES CICÉRONES

Il existe présentement des centaines de programmes fédéraux, provinciaux, régionaux, municipaux auxquels on peut venir remplir son écuelle – allocations familiales, pensions de vieillesse, assurance chômage, bien-être social, prêts et bourses aux étudiants, subventions pour création d’emploi ou d’entreprises, aide financière à la culture, à l’agriculture, à la construction et la location de logements, etc. – et on réduirait beaucoup les inégalités si tout le monde avait VRAIMENT une chance égale d’y avoir accès. En pratique ce n’est pas le cas, parce qu’il y a tant de programmes et tant de formalités et de complications à en toucher les fonds que le monde ordinaire en est exclu plus souvent qu’autrement, au profit de tous les petits débrouillards qui connaissent bien les rouages de l’État.

L’État, au sens large, ça représente ici au Québec au moins les gouvernements fédéral et provincial, quelques douzaines de sociétés para-publiques et toutes les administrations régionales et locales: CUM, MRC, etc. Connaître à fond tous les programmes de l’État et en retirer sa juste part exige aujourd’hui des connaissances et une expertise que tout le monde ne peut avoir. Pour en rendre plus facile l’accès, l’administration crée des « guichets uniques » – des lieux physiques ou des numéros de téléphone – où la population peut avoir accès à un fonctionnaire adéquatement informé, lequel répond aux questions et aiguille les gens vers les services gouvernementaux précis qui peuvent les aider.  Quand l’État sera en ligne sur l’Internet, il y aura toujours un guichet où s’adresser.  Est-ce suffisant ?

C’est bien, mais c’est insuffisant. D’abord, parce que de l’autre coté du guichet il y a un fonctionnaire, qui parle le langage des fonctionnaires et dont le véritable objectif de travail est de remplir les formules et d’acheminer les dossiers qui constituent la mesure de sa performance au travail,  pas de résoudre le problème du client.   Aussi, parce qu’il ne s’agit pas seulement de faire l’aiguillage des clients vers l’adresse virtuelle où l’on rend le service dont ils ont besoins. Il faudrait aussi que le client sache que le service existe et ait la motivation requise pour y avoir recours..

Un cicérone – et c’est bien le droit du monde ordinaire d’aller aussi parfois chercher dans le dictionnaire le mot dont il a besoin – c’est celui qui vous prend par la main et qui vous fait visiter les lieux. C’est bien le mot qu’il faut pour désigner un spécialiste qui saurait sur le bout de ses doigts les conditions d’application des programmes des divers paliers de gouvernement et qui pourrait aider l’individu  à s’y retrouver dans ce fouillis.   Pas seulement en lui indiquant à quel guichet se brancher mais en remplissant pour lui les formules nécessaires, en appelant les bonnes personnes, en faisant le suivi des démarches jusqu’à ce que la réponse soit obtenue, que la décision soit prise ou que le chèque ait été reçu et touché.

Chaque individu devrait donc avoir son cicérone – comme chaque individu devrait avoir son médecin de famille – et c’est l’État qui devrait rémunérer les cicérones, comme c’est l’État qui rémunère les médecins. Il devrait les rémunérer par « capitation, comme » nous recommandons que le soient les médecins (Voir Texte 705). Chaque adulte choisit un cicérone, et pour chaque adulte et mineur sous sa garde inscrit au bureau d’un cicérone, celui-ci reçoit de L’État un montant mensuel. Il n’y a donc pas de surprise quand au montant global payé par l’État, et le client, pour sa part, a toujours le choix de son cicérone.

Qui serait cicérone? Un professionnel autonome recruté sur une base de concours et le bon sens suggère que ce seront la plupart du temps des fonctionnaires actuels qui poseront leur candidature et qui seront choisis, puisque ce que nous attendons d’un cicérone, c’est une connaissance en profondeur des programmes de l’État et la capacité d’établir des relations efficaces avec ceux qui en sont responsables. Il faut penser à la création d’un corps professionnel de cicérones inscrits à l’Office des Professions.

Les études menant à cette profession pourront être aussi simples ou complexes que l’on voudra, mais se situeront comme niveau au même palier que celles requises d’un économiste ou d’un sociologue, par exemple.  Ce sont les professionnels, parmi les fonctionnaires actuels qui deviendront surtout cicérones. Quels que soient ceux qui occupent ces postes de cicérones, toutefois, l’objectif de l’État sera que le nombre des fonctionnaires soient diminué au moins d’autant de professionnels et de cadres intermédiaires de la Fonction Publique qu’il y aura de cicérones nommés.   C’est ainsi que que la création de cette profession ne devrait pas augmenter le coût du fonctionnement de l’État, mais seulement en améliorer l’efficacité.

Que fera le cicérone pour son client? Dans un premier temps, il devrait s’asseoir avec celui-ci et les membres de sa famille et apprendre à connaître mieux leur situation et leurs besoins. A la lumière de l’information qu’il aura recueillie, le cicérone verra comment faire mieux bénéficier ses clients des programmes de l’État.   Si le client est chômeur ou assisté social, le cicérone verra non seulement à ce que celui-ci touche bien les prestations auxquelles il a droit, mais aussi à ce qu’il tire avantage des programmes et subsides particuliers à sa condition. Et il verra à ce que les membres de la famille touchent toutes ces allocations familiales, bourses, pensions de vieillesse et pensions d’invalidité auxquelles ils ont droit.

Ce sont les questions fondamentales à régler, mais le cicérone ira plus en profondeur. Le client aurait-il intérêt à devenir propriétaire ou, s’il l’est déjà, à rénover sa propriété en bénéficiant, dans un cas comme dans l’autre, des subventions disponibles? Ou peut-il, plutôt avoir accès à un logement social, ou à une assistance financière pour le payement de son loyer?   Le cicérone ira beaucoup plus loin. Le client ne pourrait-il pas obtenir une subvention et, sur cette base, créer sa propre entreprise, seul ou avec d’autres? D’autres qui, ne l’oublions pas, seront souvent d’autres clients du même cicérone… et toujours des clients de l’un ou l’autre de ses confrères. Le réseau des cicérones deviendra rapidement un élément mobilisateur important pour ce genre d’initiatives. Ces initiatives que l’État a créées pour le monde ordinaire, pas seulement pour quelques individus.

Si on regarde la part considérable de toutes nos activités quotidiennes qui consiste en relations avec les divers paliers de gouvernement, on peut voir que le cicérone sera un homme bien occupé.  Le cicérone sera d’autant plus occupé, qu’il lui incombera aussi de guider son client auprès de tous ces corps publics et parapublics avec lesquels on a parfois des relations si pénibles: commissions scolaires, municipalités régionales de comté, Régie automobile, Régie du logement, etc. Même “en ligne”, remplir tous les questionnaires est facile pour celui qui sait… mais est l’enfer pour le monde ordinaire. Les cicérones le feront beaucoup plus aisément et mieux.

Le cicérone deviendra vite le conseiller privilégié des gens ordinaires en tout ce qui touche leurs relations avec l’État, et donc pour la gestion d’une bonne part de leurs affaires. Souvent, d’ailleurs, c’est le cicérone qui, le premier, verra un problème et qui conseillera au client de s’adresser aux professionnels plus spécialisés, tels comptables, fiscalistes et avocats.  En prévoyant au départ un cicérone pour mille personnes, on est donc extrêmement conservateur. La tendance de l’avenir devrait être d’augmenter le nombre de cicérones – des professionnels auto-motivés et responsables devant leurs clients – et de diminuer considérablement celui des fonctionnaires, des gens dont les préoccupations sont différentes de celles de ceux qu’il servent et dont l’efficacité ne peut être que moindre.

N’y a-t-il pas un danger que les relations privilégiées que pourront établir certains cicérones avec les fonctionnaires responsables des divers programmes ne créent des passe-droits? Que les cicérones ne cherchent à obtenir pour leurs clients, des soutiens politiques, créant ainsi une ingérence dans l’administration publique ?   Bien sûr, ce danger existe. Mais est-ce plus dangereux de mettre en place quelques milliers de cicérones – qui deviendront en quelque sorte les « lobbyistes » du monde ordinaire mais dont chacun ne pourra disposer, en somme, que d’un pouvoir bien fragile – ou de laisser perdurer un système dans lequel, faute d’expertise et d’information adéquate, l’immense majorité des gens n’ont qu’un accès bien restreint à ces centaines de programmes faits pour eux?  Une Nouvelle Société ne peut pas permettre que tous ces programmes de l’État ne servent en priorité qu’à une minorité de petits débrouillards. Elles doit courir le risque de la mise en place d’une structure qui satisfasse aux véritables besoins du monde ordinaire, en leur fournissant gratuitement l’expertise qui leur ouvrira la porte de tous ces programmes faits pour eux.

CONCLUSION

Les impacts cumulés de la gestion en ligne des dossiers de l’État et de la venue des cicérones pour conseiller les administrés créera une relation tout à fait nouvelle entre ceux-ci et l’État; le type de relations moins inégales qu’il faut encourager dans une Nouvelle Société.  Cette nouvelle relation, tout autant que les nouveaux services que l’État devra rendre, sont des éléments essentiels du changement que nous voulons apporteræ

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.