Nouvelle Societe

06-09-08

Les Fondamentalistes

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:22

L’an dernier, j’ai eu bien peur de perdre la foi. La foi, s’entend, dans l’avènement d’une nouvelle société où la logique incontournable d’une productivité sans cesse accrue mènerait finalement à une réduction des disparités entre riches et pauvres et à la disparition de la misère. La foi dans un progrès qui allait éliminer la misère comme il avait éliminé la petite vérole…

Dans les jours qui ont suivi le 11 septembre 2001, j’ai presque perdu la foi. Pas parce qu’on avait tué quelques milliers d’innocents – on le fait chaque jour en Tchétchénie, en Palestine, en Afghanistan et ailleurs – mais parce que le système néo-libéral semblait avoir prouvé son invulnérabilité.

Il y a bien longtemps que ceux qui dénoncent le système capitaliste néo-libéral prédisaient un moment de vérité, quand une perte de confiance généralisée emporterait tout cet édifice de crédit, d’argent virtuel, de transactions bancaires  » hors bilan  » et de  » produits dérivés « . Un krach boursier allait réduire à néant la richesse fictive et nous ramener à la réalité d’un monde où c’est le travail qui crée la richesse. Le krach boursier, c’était le « Grand Soir » des idéalistes de ma génération. J’ai été de ceux qui ont eu cette naïveté.

En septembre 2001 est venue cette perte de confiance. L’attentat venait après des mois de baisse des cours de la bourse et déjà l’odeur de Enron et des autres grandes magouilles flottait dans l’air. Non seulement cette perte de confiance n’a pas été contrée par les médias au service du Système, mais elle a été AVIVÉE par des rumeurs, dont cette menace d’une  » épidémie  » d’anthrax, dont les dommages réels ont été si minimes qu’on ne peut conclure qu’à une histoire de fantômes. Bizarre…. Tous les éléments étaient là pour que la Bourse s’effondre – et l’on semblait même en rajouter – mais elle ne s’est pas effondrée.

Elle ne s’est pas effondrée, elle s’est seulement allégée de huit trillions* de dollars. Huit trillions de dollars, – USD$ 8 000 000 000 000 – c’est plus de USD$ 30 000 par Américain. C’est plus que n’ont en liquidité l’immense majorité des Américains, mais le Système n’a pas bronché. Il n’a pas bronché, parce qu’on n’a pas pris USD$ 30 000 de l’Américain moyen; on n’a fait que reprendre des  » riches  » – les investisseurs en bourse – une partie de l’argent de Monopoly qu’on leur avait distribué auparavant. Et ON s’est assuré que cette récupération se fasse dans l’ordre.

Profitant des événements de septembre 2001, le système a fait ce qu’il fallait: il a épongé une partie de l’excédent de richesse virtuelle en bourse dont l’enflure démesurée risquait de provoquer une vraie crise de crédibilité. Le système a fait la part du feu – comme ce site et tant d’économistes le recommandaient – et il a évité la conflagration. Il est sorti de la  » crise 9/11  » plus fort qu’avant.

Beaucoup plus fort qu’avant, car la menace d’un krach a été définitivement écartée. Avant le 11 septembre 2001, on pouvait croire que les dissensions entre possédants conduiraient à un moment de panique à la Bourse qui serait la mort du système capitaliste néo-libéral. On ne peut plus le croire. Le rêve du « Grand Soir » version moderne s’est estompé comme l’original. Un krach imprévu n’est plus possible. On ne fera pas sauter la banque du casino néo-libéral, car la maison a désormais ses gens autour des tables qui équilibrent les mises.

Un examen rigoureux des fluctuations de la Bourse après l’attentat du WTC révèle, en effet, sans aucun doute raisonnable, que la Federal Reserve Bank est intervenue comme acheteur de dernier recours pour soutenir les cours et faire en sorte que le dégraissage des cours boursiers se fasse sans panique. Elle est intervenue par son accord au crédit illimité qu’ont accordé les banques américaines aux décisions d’achats/ventes concertées des grands Fonds d’investissements.

Disposant de cette marge illimitée, ceux-ci, au mépris de toute libre concurrence, ont mené durant une semaine une politique monolithique. Pour le temps qu’il fallait, le système financier américain s’est conduit comme un cartel. Le hasard ni l’analyse économique ne peuvent expliquer ce phénomène. Seuls le peuvent l’existence d’un plan unique et le suivi d’instructions précises.

Cette intervention discrète de la FRB pour soutenir le marché boursier semble évidemment en totale contradiction des principes du capitalisme, mais il faut comprendre que le seul principe du néo-libéralisme est d’être efficace. Pour garantir la survie du système, il fallait, sans créer de panique, alléger la bourse de 8T Le nécessaire a été fait.

Une décision aussi importante que celle d’affecter la garantie des fonds publics à la manipulation des marchés financiers fait des perdants comme des gagnants et n’a pu être prise que dans des circonstances exceptionnelles. L’attentat du 11 septembre était bien une circonstance exceptionnelle. Maintenant que cette décision a été prise, toutefois, on peut être sûr que le précédent ainsi créé la rend irréversible. S’il y a risque de panique, la FRB, le FMI – ou au besoin les États eux-mêmes – affecteront les fonds publics au soutien des cours boursiers. Un krach boursier ne sera plus jamais possible.

C’est une métamorphose qui change radicalement les règles du jeu et remplace le système capitaliste que nous avions par « autre chose » ou, pour être plus rigoureux, c’est un geste qui fait la preuve que nous ne vivons plus dans ce système dont nous croyions connaître au moins les principes directeurs, mais dans un système de symbiose Capital/État qui ne ressemble a rien de connu et dont les mécanismes nous sont parfaitement occultés.

Ces  » circonstances exceptionnelles  » – l’attentat du WTC – ont eu pour conséquence de rendre un krach impossible et donc de colmater la dernière fissure dans la structure néo-libérale. On pourrait dire cyniquement qu’il n’est pas de mal dont quelque bien ne sorte et se demander, encore plus cyniquement, s’il ne faudrait pas chercher les auteurs du mal parmi ceux qui seuls en tirent ainsi du bien L’important, cependant, n’est pas de spéculer sur l’ignominie de l’adversaire mais de comprendre que la fissure a été colmatée et qu’il n’y a plus aucune raison pour que le néo-libéralisme ne dure pas jusqu’à la fin des temps.

Aucune RAISON. Avant de perdre irrévocablement la foi, j’ai pensé au déraisonnable. N’existe-t-il pas des exemples du déraisonnable triomphant du mal quand la raison n’y parvient pas ? L’Histoire en est pleine.
Prenons le modèle d’exploitation colonial mis en place à la fin du XIXème et au début du XX ème siècle. C’est à tort que l’on croit que ce modèle est désuet; au contraire, quand on y regarde de près, on voit que le monde entier est maintenant entièrement dominé par une minorité qui l’exploite selon les règles qui sont celles-la mêmes des structures coloniales.

Un régime colonial, c’est l’exercice du pouvoir par une Administration sous le contrôle et au profit d’une minorité qui se perçoit comme irrémédiablement différente de la masse des Administrés. Cette Administration est normalement constituée d’anneaux concentriques. L’appartenance à un anneau confère des privilèges, décroissants quand on s’éloigne du centre, mais toujours suffisants pour garantir la loyauté de tous ceux qui, ensemble, ont la force de maintenir l’Administration au pouvoir.

L’Empire britannique en Inde a été un excellent exemple de régime colonial. Au centre, à Londres, les grands marchands capables de garder à leur solde les politiciens et d’assurer le maintien d’une politique impériale. À l’anneau suivant, en Inde même, on trouvait la crème des ressources humaines anglo-écossaises: officiers et fonctionnaires prêts à s’expatrier « for the Raj and the Queen » et à vivre là-bas une vie dure, mais luxueuse et gratifiante.

Autour, une armée aguerrie et de simples colons; la vie coloniale n’enrichissait pas ceux-ci, mais leur permettait de constituer en Inde une caste supérieure – parce que blanche – alors que chez eux, dans l’Angleterre victorienne, troupiers ou paysans, ils n’auraient été rien du tout. À la périphérie, enfin, les élites indiennes trouvant à être de quasi-britanniques plus d’avantages qu’à s’identifier aux masses autochtones.

Le monde, aujourd’hui, est entièrement « colonisé » et le parallélisme est évident. Au centre, une oligarchie de possédants anonymes et apatrides; ils sont peu nombreux mais, via le Fonds Monétaire International – et en utilisant leur contrôle par la corruption de tous les gouvernements du monde – ils peuvent mettre en place les règles qui régissent leur sécurité, la création de monnaie et le paiement des intérêts. À l’anneau suivant, la crème des ressources humaines scientifiques et littéraires du monde, MBA et PH.D prêts à mourir pour « la démocratie et la libre entreprise  » si on les laisse vivre dans le cadre du système une vie stressante mais luxueuse et gratifiante.

Autour, les forces armées des USA et les « petits riches » américains, complètement dépolitisés, qui peuvent constituer dans le monde néo-libéral une caste supérieure – parce qu’américaine – alors que, dans tout autre régime, ces imbéciles par apprentissage deviendraient la couche inférieure de la société. À la périphérie, enfin, toutes ces élites Noires, Jaunes, Brunes, Rouges et autres Non-américains qui veulent s’identifier à l’Amérique, parfois pour en tirer certains avantages, la plupart du temps par simple bassesse.

Aussi longtemps qu’il a l’astuce de s’adapter aux changements qu’impose l’évolution et de satisfaire ses administrateurs, chacun selon son importance, il n’y a pas de RAISON pour qu’un régime colonial qui a eu la force de s’imposer ne perdure pas. On peut parler ici de corruption ou simplement faire le constat que les êtres humains « raisonnables » tendent à faire ce qu’il faut pour optimiser leurs avantages. Ces conditions respectées, un régime colonial ne s’effondre que si apparaît un comportement « déraisonnable » qui amène les administrés à se rebeller au mépris de leur intérêt et quel que soit le prix à payer. Gandhi était totalement déraisonnable.

Le régime colonial néo-libéral est stable. Stable, d’abord, parce qu’il sait satisfaire ses gens; disposant de tous les biens matériels significatifs de la planète, il peut corrompre à sa guise quiconque veut posséder plus de ces biens matériels. Il procède par « adjonction des compétences », donnant à quiconque le conteste efficacement ce qu’il en coûte pour le faire taire et même s’en faire un allié. Voyez les journalistes, les syndicalistes, les leaders politiques, un à un, parler bien haut puis se taire.

La corruption a prouvé depuis longtemps qu’elle était l’ultime instrument de pouvoir. Ce qui est nouveau, c’est l’essor des communications, du management et de la psychologie qui ont permis que la corruption institutionnalisée devienne une science exacte. Le système sait maintenant comment répartir les privilèges selon les circonstances, comme ces poids qui fluctuent et qui maintiennent bien droite la Tour Eiffel. Il n’y a pas d’erreur à espérer.

Le régime colonial néo-libéral est stable, aussi, parce qu’il sait s’adapter aux changements qu’impose l’évolution et est prêt à toutes les métamorphoses. C’est ce que la gestion des événements du 11 septembre et l’élimination sans heurts de l’excédant de richesse virtuelle en bourse a prouvé. Il n’y a pas de RAISON pour que le système éclate.

Il reste le déraisonnable. L’individu « déraisonnable », celui qui considère comme trivial, voire méprisable, ce que la richesse peut acheter, est incorruptible. Quiconque ne cherche pas à optimiser ses avantages devient incorruptible; il devient donc un adversaire redoutable pour le régime car le capitalisme, n’ayant aucun idéal à offrir, est absolument démuni quand il est privé de l’arme de la corruption. Quiconque ne veut pas de ce que le système peut offrir en devient un adversaire efficace, le SEUL adversaire efficace. Mais qui ne veut pas, de ce que le système peut offrir ?

Ne pensons pas à « ceux qui n’ont rien » et donc rien à perdre; cette illusion a été la tombe de l’expérience communiste. Ceux qui n’ont rien ne sont pas déraisonnables; ce sont, la plupart du temps, ceux qui se vendent à plus bas prix ! Ils sont immédiatement suivis de ceux qui ont peu, puis de ceux qui jugent qu’ils n’ont pas assez L’URSS n’est pas tombée à cause des goulags, mais parce que les gens se mouraient d’avoir des voitures rutilantes et des films simplement divertissants. C’est Voice of America qui a gagné la guerre froide.

Ne pensons pas non plus à ces autres gens déraisonnables que sont les vertueux modèle Robespierre, résistant à la tentation et abattant un système au nom de la justice ou de la liberté. Leurs autres travers mis à part, il n’y a jamais eu beaucoup de ces gens et nous avons un système d’éducation qui fait habilement en sorte qu’il y en ait de moins en moins. Il suffit de fréquenter les mouvements et groupuscules contestataires pour voir à quel point leurs leaders et adhérents y cherchent une gratification plutôt qu’une action efficace.

Qui reste-t-il. ? Ceux qui sont non seulement déraisonnables, mais irrationnels. Ceux qui ne veulent ni argent ni rien que le système peut offrir, mais AUTRE CHOSE qui n’est pas de ce monde. Les « fous de Dieu » qui peuvent aussi mettre leur vie même dans la balance, puisque cette vie n’a pas d’importance réelle. Ceux-là sont des ennemis redoutables pour le système. Plus je réfléchis, plus j’incline à penser que ce sera un mouvement religieux qui apportera au néo-libéralisme son inévitable fin. Ça, et rien d’autre. Mais quel mouvement religieux ?

À première vue, les candidats à l’irrationalité sont tout trouvés : Nous avons les « Islamistes intégristes » pour nous offrir des centaines de  » 9/11 « . Ce n’est pas impossible; quiconque a un peu d’imagination peut vite trouver l’intervention qui, lui coûtant la vie, causera cependant aussi à la structure en place une blessure terrible, voire fatale. Il ne faudrait pas beaucoup de ces kamikazes pour tout changer.

Ce n’est pas impossible, mais je n’y crois pas. Pour des douzaines de raisons – ou peut-être simplement parce que j’ai beaucoup et bien longtemps voyagé – je ne vois pas l’Islam comme rival sérieux du Système, du moins pas avant des décennies sinon des siècles. Je ne conçois pas de Ben Laden sans CIA. D’ailleurs, le terrorisme peut  » tout changer « , mais changer pour quoi ? Le terrorisme est et sera de plus en plus un problème*, mais ce ne sera jamais une solution et, a fortiori, ceux qui se suicident pour aller au paradis n’ont pas de solutions à offrir aux problèmes de la Terre.

Les Islamistes, toutefois, ne sont pas les seuls  » fous de Dieu « . Il y a, aux USA, 40 à 50 millions de Fondamentalistes chrétiens. Quand on cherche un élément « déraisonnable » qui pourrait devenir pour un temps imperméable à la corruption et s’opposer ainsi efficacement au Système, il n’y a pas de meilleur candidat que le mouvement fondamentaliste américain. Une montée en puissance des mouvements religieux américains me semble bien plus susceptible de réussir la mise à mort de la société néo-libérale qu’une démarche islamiste.

Peu de Fondamentalistes américains sont prêts à mourir pour leurs idées – même si certains d’entre eux tuent allégrement le personnel des cliniques d’avortement – mais ils n’ont pas à mourir pour changer le Système, ils n’ont qu’à voter: les Fondamentalistes détiennent actuellement la balance du pouvoir aux USA. Ils sont le Cheval de Troie dans les murs du Système.

Il n’y a pas aujourd’hui d’opposition entre le système néo-libéral et le mouvement fondamentaliste américain, mais celui-ci n’en constitue pas moins un élément instable, une bombe amorcée au coeur de l’Amérique et qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Pourquoi? Parce que la plus grande partie du mouvement fondamentaliste américain vit une insoutenable contradiction.

Tous ces « Reborn Christians », à l’écoute de prédicateurs habiles qui leur extorquent des dizaines de milliards par année, se sont mis fanatiquement au service d’un message « chrétien » dont on a réussi le tour de force de faire disparaître la composante « charité », n’en gardant qu’une foi aveugle dans le nom de Jésus et des tabous sexuels mal précisés.

Il fallait bien la faire disparaître, cette composante charité, pour que ne saute pas aux yeux l’opposition entre le vrai message chrétien basé sur le partage et le système néo-libéral basé sur l’égoïsme et l’accumulation des richesses Mais la charité étant l’essence même du message chrétien, le Reborn Christian ne peut trouver la charge émotive qu’on lui promet dans ce message chrétien amputé de l’essentiel qu’en se convainquant sans cesse que l’amputation n’a pas eu lieu. En langage de psy, il scotomise pour résoudre une dissonance cognitive.

C’est un état instable. L’opposition irréconciliable entre le néo-libéralisme et les valeurs chrétiennes peut apparaître à tout moment – on dira miraculeusement, le temps venu – spontanément ou, plus probablement, comme effet d’un calcul politique d’apprenti sorcier. Il suffit d’une étincelle. Un candidat à la présidence qui veut absolument  » faire sortir le vote  » en Iowa, par exemple, ou faire la différence dans une élection serrée en Floride

Qu’il y ait combustion spontanée ou qu’on allume l’incendie, toutefois, le processus sera le même dans son déroulement comme dans ses effets. Un « prophète » – de bonne ou de mauvaise foi – se manifestera qui viendra souligner cette opposition : » Comment peut-on suivre Jésus et laisser les Africains mourir de faim ? « .  » Comment peut-on suivre Jésus et bombarder les Afghans ?  »  » Comment peut-on suivre Jésus et laisser des millions d’Américains sans soins de santé ?  »  » Comment l’Amérique peut-elle être chrétienne et faire ce que fait l’Amérique ?  » Sodome, Apocalypse, Armageddon… Jésus!

Le prophète prêchera au Fondamentaliste que son âme immortelle est en péril imminent si les politiques économiques et sociales néo-libérales ne sont pas changées. Il parlera de Satan et d’Antéchrist et donnera mauvaise conscience au Fondamentaliste. Il lui fera terriblement peur.

Considérant l’extrême raffinement de l’équilibre politique aux USA – et les compromissions auxquelles sont prêts pour garder le pouvoir ceux qui ont été formés à l’école néo-libérale – l’émergence de millions de Fondamentalistes réclamant une redistribution de la richesse – et tout aussi incorruptibles que sera grande leur peur de l’Enfer – changera le paysage politique américain plus rapidement et peut-être encore plus brutalement que ne pourraient le faire des attentats.

Rapidement, car Savonarole à la TV, avec un bon maquillage et des jeux de lumière, parlant de la charité à des Fondamentalistes repentants et tout honteux de l’avoir négligée … Hitler peut aller se rhabiller ! Peut-être brutalement, car nul ne peut prévoir comment la situation résultante évoluera. Ce sera peut-être le modèle de l’Abbé Pierre, mais il se peut héélas aussi que la justice n’ait pas sa place dans ce qui pourrait devenir un règlement de compte appliqué « au nom de Dieu » . Il n’est pas dit qu’on ne va pas exproprier, confisquer, distribuer à tort et à travers, le temps que la raison revienne. Les Fondamentalistes, pour qui veut mettre fin au Système néo-libéral, sont des alliés circonstanciels dangereux.

Je me souviens de cette phrase de Churchill – à qui l’on reprochait de devenir l’allié circonstanciel de Staline – répondant que si les Panzers envahissaient l’Enfer, il aurait un bon mot à dire pour le Diable. Churchill avait la repartie facile, mais tous les réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale n’étaient pas rentrés chez eux que Churchill parlait de  » rideau de fer  » et qu’on était déjà en pleine Guerre froide.

Si 50 millions de Fondamentalistes américains nous débarrassent du néo-libéralisme – et je ne vois pas qui d’autres pourraient le faire, maintenant que le système néo-libéral a bloqué toutes les avenues raisonnables de changement – il faut bien s’y résigner. Mieux vaut sans doute accepter que la voie de l’irrationnel canalise toutes les frustrations, plutôt que de supporter indéfiniment l’exploitation machiavélique que le Système libéral nous impose. Mais ce n’est pas un scénario qui me réjouit.

Une meute de toqués lançant une Inquisition. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Un régime dominé par des Croisés et des Zélotes ne serait-il pas encore plus exécrable que notre structure actuelle de banquiers et de shylocks ? La Nouvelle Société, que je croyais en première ligne pour prendre la relève du néo-libéralisme moribond, me semble soudain avoir été reléguée au second rang par un fort à bras qui s’appelle Fanatisme. Peut-être n’écris-je plus pour mes enfants mais pour mes petits-enfants

Si ce sont nos  » alliés circonstanciels  » qui doivent mettre fin à l’exploitation, il faudrait penser tout de suite à ouvrir un  » deuxième front  » et voir ce qu’il est possible de faire pour qu’un nouveau christianisme soit plus tolérant, plus évolué, plus humain … Plus chrétien que l’ancien.

Pierre JC Allard

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