Nouvelle Societe

04-09-08

Les services culturels

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:00

La culture, c’est d’abord la somme des connaissances acquises pour le plaisir de connaître et de reconnaître, par opposition au savoir dit « utile », qui trouve son sens dans ce qu’il permet de devenir, d’avoir ou de faire. Vite, toutefois, la culture assume elle-même une fonction utilitaire. On est identifié, classé, jugé selon la culture qu’on a et ces connaissances, acquises en principe par plaisir, deviennent le vrai passeport qui vous fait Français, Allemand, Anglais… et aussi un aristo ou un cuistre. On peut aimer ou ne pas aimer Mozart, Xenakis ou les deux mais, par-delà l’émotion esthétique, il y a l’apport à votre image de votre préférence, réelle ou feinte.

On est donc loin du pâtre solitaire qui se taille un roseau pour accompagner le rossignol; la culture est devenue un phénomène bien grégaire et la « bonne » culture s’apprend comme les maths. Est-ce à dire que l’État a la responsabilité de « cultiver » ses citoyens comme de les éduquer ? Sur le plan de la culture, une société a pour objectif essentiel de promouvoir, chez tous ses citoyens, une connaissance raisonnable du patrimoine commun favorisant l’éclosion et le maintien d’un sentiment d’identité, de fierté et d’appartenance.

Une des missions de l’éducation est de souder une collectivité en un tout culturel. C’est une exigence encore aujourd’hui acceptable, car l’humanité ne se veut pas homogène. Pour l’État, l’essentiel de la culture est donc ce qui rassemble et ce qui fait que ses citoyens se ressemblent. Le but de l’individu n’est pas du tout ça. Les objectifs de la société et ceux de l’individu, lorsqu’il s’agit de culture, ne sont pas du tout les mêmes.

Pour l’individu, qu’il jouisse ou non de la peinture de la musique et de la poésie, il reste que sa culture n’est pas uniquement un plaisir mais aussi ce qui le distingue des autres, un outil de développement personnel, un atout dans l’émulation qui l’oppose à ses voisins. Son accès à la culture est donc une séquence de choix, préférablement plaisants, mais qui tendent aussi à faire de lui un être unique… et supérieur. Les choix culturels des individus tendent à stratifier une société qui, sur ce plan de l’appartenance, se voudrait égalitaire.

Un système d’éducation doit donc concilier ces objectifs culturels dissemblables de l’individu et de la société. Va pour une éducation qui véhicule la culture identitaire sans brimer les choix individuels, mais après? Quand se termine la phase d’éducation formelle universelle, l’État a-t-il encore un rôle à jouer pour la culture? Dans sa promotion et sa diffusion, certes, mais dans son orientation, NON. L’État a eu le temps, d’inculquer une culture identitaire. Qu’il laisse maintenant la place à l’esprit critique de chacun. Faciliter, oui mais choisir et imposer, non… ou très peu. Un choix a faire, mais qu’il faut ensuite respecter

Dans une société pluriculturelle, le rôle de l’État n’est pas de définir la culture mais de faire le constat quasi-quotidien des choix culturels des sociétaires et de ce que devient ainsi cette culture, facilitant la genèse de l’ensemble culturel unique que créent ainsi ces choix. Un État doit favoriser le développement de la culture en général, mais qu’il cherche à en privilégier certains aspects au détriment d’autres aspectæs est une expérience d’apprenti sorcier.

Partant de cette hypothèse d’un État culturellement impartial, l’État doit:

1) faciliter à ses citoyens un accès gratuit à l’apprentissage formel des éléments de connaissance donc ils bâtiront leur culture. Dans cette optique, une maquette complète de programmes permettant d’apprendre par soi-même tout ce qui peut être appris permet aussi ipso facto à l’individu d’acquérir la connaissance formelle de tout ce qui n’est pas indispensable à son activité professionnelle mais vise plutôt à élargir sa vision du monde, pour son plaisir et son développement comme être humain. L’accès à cette formation autodidactique est gratuit.

2) mettre gratuitement aussi à la disposition des citoyens les équipements essentiels leur permettant de compléter leur apprentissage et d’étayer, si on peut dire, la culture qu’ils ont choisi d’acquérir. Les équipements culturels, ce sont essentiellement les bibliothèques où l’on peut avoir accès à ce qui a été écrit – et donc aux idées et à la pensée abstraite, comme aux données qui décrivent la réalité – et les musées et lieux de mémoire, lesquels permettent la perception directe et le contact le plus étroit possible avec les œuvres et les objets auxquels un consensus raisonnable prête une valeur esthétique, historique, etc. Aussi une musicothèque, une cinémathèque… En pratique, ce sont le goût du public et l’opportunité qui dicteront l’agencement de ces équipements.

3) créer des services d’aide aux travailleurs de la culture et de soutien à la diffusion des produits culturels. L’État, par exemple, devrait publier annuellement un « Annuaire des Arts & Lettres ». Quiconque se prétend artiste – et ce n’est pas à l’État de mettre en doute cette affirmation, puisque le propre de l’art est d’être libre et librement structuré – peut s’y inscrire et se décrire, ainsi que sa démarche, dans l’espace mis à sa disposition. S’y inscrivent également les salles de spectacles, les galeries d’art et les autres espaces et établissements dont les services sont reliés à l’art et aux lettres.

4) L’État peut ajouter une autre dimension à sa promotion de la culture en faisant sur son site Internet la promotion de tous les spectacles et événements littéraires et artistiques. Les journaux le font déjà, mais de façon bien incomplète et ils ne disposent pas, comme l’Internet, de la capacité d’adapter sans cesse la nouvelle à l’évolution de la situation.

L’État peut faire plus. L’État peut assurer la publication sur le Web de tout livre, essai, ou autre document littéraire ou scientifique d’un auteur qui en fait la demande. Il peut subventionner leur consommation, afin que le citoyen puisse jouir d’une gamme plus variée de produits culturels que ne le permettrait la seule loi du marché, compte tenu du coût des facteurs de leur production et de l’espérance de gain nécessaire pour inciter à leur création. Nous en dirons beaucoup plus dans un volume qui suivra.

Pierre JC Allard

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