Nouvelle Societe

04-09-08

Péréquation et assurance

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 10:53

Parmi tous les besoins essentiels de notre société qu’il faut satisfaire – et qui exigent donc qu’on mette en place les services et les ressources pour le faire – il en est un qui passe souvent inaperçu, mais qui mérite d’être mis en lumière. Le besoin de péréquation.

Péréquation dans son sens étymologique de « rendre égaux ». Elle correspond à la nécessité de rééquilibrer sans cesse le revenu disponible des citoyens pour que la vie leur soit agréable ou au moins tolérable, dans une société développée qu’on veut dynamique et donc de libre entreprise, mais où l’on est bien conscient que joue à fond le phénomène de concentration de la richesse.

Sans un rééquilibrage constant, tous les jetons dans une société entrepreneuriale, se retrouvent vite chez les gagnants. Les roues s’arrêtent alors de tourner, faute de demande effective, et le jeu se termine quand les perdants balancent table et tapis vert à la tête des croupiers, avant de défenestrer les croupiers eux mêmes. Pour éviter une révolution, « prendre de Pierre pour donner à Paul » est devenu, de loin, la principale activité de l’État dans tous les pays développés. Péréquation.

Il le faut bien…. La façon qui apparaît naturelle de distribuer le revenu est de payer le travailleur pour son travail, ce qui satisfait son respect – inné ou acquis, reste à voir – pour la justice commutative. Mais quel travail ? L’industrialisation a réduit comme peau de chagrin le travail humain qui reste à faire; la main-d’œuvre décroît aussi rapidement que la stabilité sociale le permet. La crise actuelle servira de prétexte pour chasser encore plus vite la main-d’œuvre hors des usines.

La migration vers le tertiaire et la production de services est limitée par la contrainte de la rentabilisation du capital investi en industrie et, même si cette migration reste massive, elle n’oriente qu’une minorité des travailleur vers les emplois improgrammables les seuls qui garderont bientôt une raison d’être. La majorité d’entre eux sont dirigés au contraire vers des postes et des tâches qui n’exigent pas de formation longue et dont la valeur ajoutée ne vaut souvent pas le revenu qu’il est indispensable de leur procurer pour qu’ils puissent consommer ce qu’il faut et que les roues continuent de tourner.

Inquiétant, car la courbe de consommation doit continuer de coller à la courbe de production. Quand on parle de péréquation, c’est cette équilibre, hélas, que le système a en tête plus que la justice… mais le résultat est bénéfique. Arrimer correctement le revenu au travail est dépendant un énorme défi. Puisqu’il n’y a pas assez de travail pour justifier la distribution du revenu qui rendra la demande effective, il faut distribuer ce revenu autrement.

On devrait évidemment augmenter la valeur relative du travail – l’équivalant de donner plus de biens et de services au travailleur pour moins de travail – mais ce serait diminuer la valeur relative du capital… une option à laquelle ne consentent pas encore de bon gré les propriétaires de capitaux. En attendant que ceux-ci aient été persuadés d’accepter cette mise à jour qui sera la vraie solution, la péréquation doit prendre d’autres moyens..

D’abord, offrir une multitude de services gratuits pour usage divis ou indivis. Ensuite, développer l’assistanat au sens strict, par des paiements de transfert. L’État moderne recueille au moins le tiers et parfois la moitié de la valeur produite par les sociétaires et le redistribue ou le dépense pour le bien de tous. Enfin, le coût des imprévus, surtout en santé, dépassant ce que quiconque pourrait assumer, la collectivité s’en charge, devenant une « société d’assurance » contre les vicissitudes de la vie. C’est la péréquation en action.

Dans un pays développé comme la France, la courbe de consommation de biens et services RÉELS n’est donc pas du tout normale (gaussienne) comme elle l’est encore plus ou moins en pays sous-développés. Elle est amputée de sa partie gauche qui est gommée et sa partie droite est re-dessinée par la péréquation, avec une concentration artificielle des éléments près de ce qui en aurait été le centre de la courbe initiale, mais en est dorénavant devenu la limite inférieure. On ne doit plus à Pareto que le respect nostalgique due à une bonne idée: la courbe des revenus pour consommation est devenue un construction politique.

Les écarts de consommation réelle entre pauvres et riches, dans les pays développés, sont donc bien moins marqués qu’il ne semble, ce qui est une victoire pour la justice distributive et la dignité humaine, mais l’effet secondaire négatif en est de convaincre les gens – pauvres comme riches – que le lien entre travail et revenu est désormais bien tenu… Le travail vraiment productif, comme source de revenu, perd sans cesse du terrain face à un assistanat généralisé.

Nous ne discutons pas ici de la moralité des modalités du partage de la richesse, seulement de leurs exigences techniques pour qu’une société perdure. Nous soulignons que, pour que la société se maintienne dans la zone de motivation-dynamisme entre paresse et révolte, il y a un BESOIN de partage-péréquation qui repose désormais sur un assistanat à trois (3) volets dont l’importance croît.

D’abord, un volet discret, où l’on garde le travailleur occupé à un pseudo travail qui ne produit rien d’utile; il est actif et heureux, on ménage son amour propre pendant qu’on lui verse le revenu que le système de production a besoin qu’il dépense. Ensuite, le pur assistanat : un revenu distribué sans aucune contrepartie-travail: Sécurité sociale, chômage, pensions, indemnités diverses, charité publique et privée, etc… Enfin, un volet d’assurance qui est la reconnaissance que l’assistanat DOIT exister pour tous dans une société dynamique et donc audacieuse. C’est le filet sous le trapèze. L’expression de la solidarité. Elle doit être encouragée et rationalisée.

Le besoin de péréquation est énorme dans une société dynamique et les services d’assistanat sont nombreux qu’on transformera en services d’assurance. La fonction de péréquation exige une main-d’oeuvre abondante et des compétences variées, allant de la conception de nouveaux programmes d’aide ou de protection à la distribution bénévole de paniers de Noel. C’est un volet des services qu’on veut parfois oublier… mais il ne faut pas.

Pierre JC Allard

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