Nouvelle Societe

04-09-08

15 Gouvernance et administration

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 6:41

La gouvernance est un service et elle correspond à un besoin. C’est le service qui répond au désir, parfois inconscient qu’a souvent chaque individu, qu’on lui dicte son comportement. La gouvernance est nécessaire. On peut imaginer une juxtaposition d’individus dégagés de toute gouvernance, mais cette anarchie devient d’autant plus utopique qu’augmente l’interdépendance entre individus et donc l’indispensabilité du consensus pour l’action.

On dit gouvernance quand l’autorité est « souveraine ». L’autorité est souveraine dans le champ de ses attributions. On peut limiter le champ où la gouvernance s’applique, mais, à l’intérieur de ce champ, elle ne peut qu’être absolue, puisqu’elle sert de référentiel à l’exercice de tout autre pouvoir.

Dans tout le champ des domaines qu’ils ont choisis, ou qu’on leur a imposés, de « mettre en société », les sociétaires doivent être gouvernés à la pleine la mesure de la complémentarité que la complexité de leur société leur impose. Ils sont gouvernés par l’État.

La gouvernance est un service nécessaire, mais apparaît comme un contrainte et peut être odieuse. Une société cherche donc à limiter le pouvoir de l’État. D’abord, en reconnaissant la primauté d’un Contrat Social explicite ou implicite qui limite le champ de compétence de l’État; ensuite, en accordant à d’autres entités une autorité qui n’est pas soumise à celle de l’État et qui devient alors elle aussi « souveraine ».

Dans cette optique, une société peut admettre, sur le territoire où s’exerce le pouvoir de l’État, des espaces géographiques, – régionaux, municipaux, communaux, etc – où existent des intérêts communs qui peuvent différer de ceux des autres entités de même niveau.

Elle peut alors permettre que se créent des structures locales et leur reconnaître le droit de poursuivre légitimement ceux de leurs propres objectifs qui ne mettent pas en péril la survie de la société elle-même. Chacune de ces structure peut avoir sa compétence exclusive propre, des droits inaliénables et des obligations bien définies.

Ces structures peuvent être des créatures de l’État et lui être soumises. Leur autorité leur est alors déléguée d’en haut et l’État qui la leur consent peut la leur retirer. Il est aussi possible, cependant, que l’autorité de ces structure émane de la volonté du peuple qui est alors leur commettant. Dans le cadre de leurs attributions, ces structures peuvent alors elles aussi être souveraines et ceux qui les dirigent « gouverner ».

Dans une Nouvelle Société, la fonction de gouvernance ne s’arrête pas là. Dans une autre dimension, à angle droit de ce quadrillage géographique, il se développe aussi, au sein de ce qu’on est convenu d’appeler la « société civile », une structure-gigogne de groupes divers auxquels le citoyen CHOISIT de participer.

L’État reconnaît à l’individu le droit de s’associer et de déléguer à ces associations une autorité sur son comportement selon les termes auxquels il aura librement consenti, l’État renonçant à y intervenir autrement que dans le cadre qu’aura prévu cet accord entre l’individu et l’association. Dans le cadre de leurs mandats respectifs, qui ne leur viennent pas de l’État, mais de leurs commettants et que seuls ceux-ci ont l’autorité légitime de leur retirer dans le respect de leurs engagements, ces associations sont donc elles aussi souveraines … et « gouvernent »

Ce concept d’une adhésion volontaire à des structures créées au sein de la société civile qui ont ensuite le pouvoir d’imposer leurs décisions à leurs membres est une abomination pour la pensée politique dominante actuelle. Il est anathème, car il fait contrepoids au pouvoir absolu de l’État… que perçoivent comme leur chose les tenants de la pensée politique dominante.

Cet encadrement qui mène à une souveraineté partagée est néanmoins la réponse à l’isolement et à la faiblesse de l’individu, dans une société où le développement des technologies et l’interdépendance qui en découle imposent de se structurer sans cesse davantage, alors que le bonheur de l’individu exige qu’on pose un minimum d’entraves à sa liberté. Le citoyen ordinaire d’une Nouvelle Société, s’il le souhaite, peut être plus étroitement encadré que le citoyen de la société actuelle… mais c’est lui qui choisit son encadrement.

Cette gouvernance personnalisée est un service qu’on lui offre et l’on sera surpris de l’enthousiasme que mettront certains à accueillir une gouvernance dont ils sont conscients d’avoir besoin et qu’ils ne rejettent souvent aujourd’hui que parce qu’elle leur est imposée. Le mot « paternalisme » – comme « anarchie » – est de ceux qui pourraient bien être réhabilités.

La fonction de gouvernance a aussi un autre visage, celui de l’administration. Au besoin d’être gouverné est indissolublement lié celui d’être administré. On dit souvent à tort que l’administration n’est que l’application des décisions de la gouvernance, mais ce n’est pas vrai. L’administration est  aussi l’application casuistique de la gouvernance aux infinies spécificités de la réalité.

Elle est indispensable, car aucun principe n’est la réponse parfaite à une situation concrète. Un ajustement est toujours nécessaire et ne peut être qu’intuitif et discrétionnaire, puisque, par définition, c’est ce qui ne peut être normé qui requiert un ajustement ad hoc. S’il n’y avait pas une composante décisionnelle à l’administration, elle serait programmée et les administrateurs remplacés par des machines.

En symbiose avec un gouvernement, il y a donc toujours une administration. Une administration qui engendre un fonctionnariat. Pour le citoyen, gouvernance et administration répondent conjointement à un seul et même besoin, mais dans un régime démocratique il est crucial de distinguer entre l’une et l’autre, car le gouvernant est élu et l’administrateur nommé.

On voudrait bien que chacun agisse à son palier, le gouvernant au général et l’administrateur au particulier; mais, dans un État moderne, des connaissances spécifiques sont requises pour résoudre les problèmes que posent des situations complexes. C’est le fonctionnariat qui a l’expertise et il en acquiert plus d’importance. D’autant plus que la gestion de cette complexité devient elle-même une expertise.

C’est celui qui sait qui doit décider. Il y a donc transfert inévitable d’autorité des gouvernants vers des administrateurs. Il y a génération spontanée de gouvernance au sein de la fonction administration et donc émergence, parmi les administrateurs, de « gouvernants » de fait qui ne sont pas élus, mais nommés.

Où se situe la barre entre un ajustement légitime au spécifique qui est bien la mission de l’administration et une gouvernance usurpée ? C’est un côté sombre, occulte parfois, de la gouvernance qu’une Nouvelle Société ne pourra éliminer, mais se fera un devoir d’éclairer.

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