Nouvelle Societe

04-09-08

11 Le contrôle par l’État

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:28

 

L’État doit assurer la surabondance de l’offre. Il doit indubitablement contrôler la qualité des services. Doit-il en faire plus ? Alors que la plupart des gouvernements ont déjà laissé l’industrie aux entrepreneurs pratiquement sans coups férir, il semble que l’État, un peu partout, conserve un attachement immodéré à sa gérance directe de certaines activités tertiaires, particulièrement des grands réseaux de l’éducation et de la santé. Il y a ici un combat à livrer pour que la mission d’enrichissement de l’État puisse devenir cohérente,

Cet engouement de l’État pour la gestion directe des services est d’autant plus nuisible que nous entrons dans une économie tertiaire et que ce sont ces activités de services qui deviennent primordiales. Il est d’autant plus troublant que ce sont souvent les éléments les plus progressistes de la société qui semblent prendre pour acquis qu’il appartient tout naturellement à l’État d’assurer la gestion de ces services. Il y a ici une perception erronée du rôle de gérance de l’État qui découle d’une double confusion.

La premiere confusion est entre gérance directe et indirecte. L’État n’a pas l’obligation de gérer directement des institutions, car il n’y connaît rien et ce n’est pas son rôle ; l’État peut être l’acheteur que son volume d’achats rend incontournable et les entrepreneurs ont alors intérêt à se faire une concurrence féroce pour s’en faire un client. C’est de cette concurrence que nous consommateurs tirons avantage. Aussi bien au tertiaire que dans l’industrie. C’est la corruption qu’il faut surveiller avec vigilance ; nous en parlons dans un autre texte.

L’autre confusion qui contribue à promouvoir cette préférence pour une gestion directe des services publics par l’État n’est pas uniformément répandue dans la société, mais sévit uniquement chez certains croyants de la Gauche. Elle s’installe lorsqu’on persiste à penser que ce qu’on a vu hier à gauche reste à gauche, alors que la société est un train en mouvement et que les panneaux indicateurs que l’on dépasse s’inversent quand on progresse… Est-il si étonnant, lorsqu’on bouge, que des balises qui demeurent fixes prennent un jour un sens opposé ?

Ainsi les syndicats, qui ont lutté pour la classe ouvrière…., mais qui défendent maintenant les privilèges corporatistes de certains travailleurs, contre les intérêts des plus défavorisés : ceux qui ne travaillent pas. Ainsi, l’éducation universitaire gratuite, qui a déjà permis l’accès à l’université des moins nantis de la société, mais qui, aujourd’hui, passe au contribuable la facture de la formation d’une petite élite en devenir dont cette formation sera le fond de commerce, faisant ainsi payer par les travailleurs moyens un investissement qui assurera plus tard à cette petite élite dix fois le revenu de ces travailleurs moyens !

Quand on admet qu’il peut et qu’il DOIT y avoir concurrence entre fournisseurs de services du tertiaire, la problématique de la gestion des services par l’État apparaît essentiellement la même que celle de sa gestion des entreprises industrielles. Son rôle de gérant y est fondamentalement le même: il n’a pas à faire, il n’a qu’à faire faire. Qui diable à bien pu penser que l’État, dont la fonction principale est de nous gouverner et ensuite de nous aider à nous enrichir, pourrait aussi gérer correctement des écoles et des hôpitaux ?

L’important, pour que la population soit bien servie, c’est que la concurrence ne se fasse pas sur le prix qu’en demandent les fournisseurs de services, mais sur la QUALITE des services qu’ils rendent, ce qui est possible, si l’on accroit l’inertie de la structure des prix. L’État doit limiter de plus en plus strictement sa fonction de gérance aux aspects de planification, de contrôle et d’évaluation des résultats et cela vaut aussi bien pour les entreprises de services que pour les entreprises industrielles. L’État doit sortir de la gestion de l’éducation et de la santé.

Quand on veut penser que ce sont des brigades de travailleurs de la santé et de l’éducation au service de l’État qui peuvent seuls enseigner et guérir, c’est une vision passéiste de la solidarité entre travailleurs/consommateurs. Le vrais progrès, ce sera que professeurs et médecins soient au seul service de leurs clients, élèves ou patients.

Si l’État se retire de la gestion des services, particulièrement de la gestion des grands réseaux de la santé et de l’éducation, qui le remplace ? PERSONNE ! L’une des conséquences de la spécialisation croissante est un déplacement du métacentre décisionnel, du haut de la pyramide de production vers sa base. C’est un effet de ce que nous avons appelé, ailleurs, la compétence « olympienne »; celle qui est si pointue que nul ne peut efficacement contrôler celui qui la possède, puisqu’il la possède mieux que quiconque et qu’on ne peut donc qu’évaluer ses résultats. Ce déplacement n’est pas un phénomène propre au secteur industriel.

Bien au contraire, il n’apparaît dans l’industrie que par contagion et c’est dans le secteur des services qu’il a commencé et revêt toute son ampleur. Que la compétence du fournisseur de service soit ou non unique, d’ailleurs, sa relation avec son client elle l’est toujours. Un service tient d’abord à une relation entre un fournisseur de service et celui à qui un service est rendu. Il faut respecter l’espace où ce service est rendu.

La nature de la relation entre fournisseurs de services et leurs clients suggère donc que rien ni personne ne gère les services, hormis les fournisseurs de services eux-mêmes. Ils doivent être soumis à un contrôle strict des résultats, bien sûr, mais toujours APRES que le service a été rendu.

Toute tentative de gestion ponctuelle de l’exécution d’un service par un autre que le fournisseur de services est nuisible; il faut laisser le volant au conducteur. Il ne faut pas de profanes, et surtout pas d’administrateurs dans le bloc opératoire ! Les professionnels doivent être contrôlés au palier des résultats qu’ils obtiennent, mais ils doivent s’autogérer.

Pierre JC Allard

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