Nouvelle Societe

31-08-08

POUR L’AMOUR DE GAÏA

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:39

Quand on salit son nid

Gea –  Gaïa, pour les intimes – c’est notre seule planète. Il y en a sans doute un trillion d’autres dans le cosmos, mais ce ne sont pas la nôtre. Gaïa est à nous et on l’aime bien. On l’aime bien, mais on la maltraite. Du moins, c’est ce que disent les mauvaises langues.

En réalité, il est bien difficile de croire que l’on puisse faire du mal à Gaïa. Surtout quand on la connaît un peu. Nous sommes bien petits, elle est bien grande. Vues de 12 000 mètres d’altitude, les grandes métropoles humaines ont l’air de petites moisissures. Les constructions humaines qu’on peut discerner de là-haut, Pyramide ou Grande muraille de Chine, ont l’air de minuscules jouets d’enfants. Un seul orage tropical dégage l’énergie de 1 000 bombes atomiques.

Il faut être bien prétentieux pour penser qu’on puisse faire du mal à Gaïa. D’abord, parce que l’échelle n’est vraiment pas la même, mais aussi parce que, quoi qu’on fasse, on n’ajoute ni n’enlève rien de Gaia, sauf peut-être, lorsqu’on envoie une fusée dans l’espace, ce qui pour Gaïa ne représente pas vraiment une masse significative.

Est-il vraiment crédible que nous soyons en train de modifier significativement et systématiquement les paramètres d’un corps céleste ? La vérité, c’est que nous ne pouvons pas faire grand-chose à Gaïa comme corps céleste. Que la couche d’ozone s’amincisse, que le niveau des océans baisse ou monte de 100 mètres, que la température ambiante varie de 5 ou 10° C. Gaïa en a vu bien d’autres dans sa longue vie et ne s’en portera pas plus mal. Tout ce que l’on pourrait changer de Gaïa sera simplement et tranquillement remis en place par Gaïa, qui refera son maquillage à sa convenance et qui a tout son temps pour le faire.

Ce que nous POUVONS faire, toutefois, c’est de modifier, imperceptiblement pour Gaïa, mais bien significativement pour nous, les quelques variables qui permettent que nous puissions y vivre. Il n’est pas inutile de préciser cette distinction, car il faut comprendre que, lorsque nous faisons quelques efforts pour protéger notre terre nourricière, ce n’est pas vraiment par amour de Gaïa, comme le laissent souvent entendre les poètes sentimentaux de l’écologie, c’est pour nous rendre la vie plus confortable à nous.

« Confortable » étant ici un euphémisme. Si nous mêlons un peu les cartes, toute vie sera disparue de cette planète bien avant que Gaïa comme planète en subisse un préjudice. La vie des humains avant celle des autres, parce qu’elle est plus fragile, plus dépendante de l’environnement artificiel que nous avons posé sur l’environnement naturel. Quelques variations du climat, et l’on meurt de faim.

Toute culture et toute civilisation auront disparu, d’ailleurs, bien avant que la vie elle-même n’ait été affectée par nos gestes. Quelques glaciers qui fondent, et ce qui sert d’habitat à la moitié du genre humain disparaît sous les eaux. La meilleure moitié, celle en bordure des fleuves et des océans où s’est développée la civilisation.

Je suis un humaniste et que je ne souhaite pas que s’immole l’espèce humaine pour céder la place à des espèces plus respectueuses de l’environnement et mieux adaptées aux caprices de Gaïa, comme peut-être les fourmis ou les bactéries. Je ne crois pas que nous soyons au service de la planète, mais que celle-ci doit être mise à notre service; mais, si la moitié de ce qu’on nous dit est vrai, il faudrait prêter un peu attention à ce que nous faisons à Gaïa. Pour notre propre bien.

Ouf, on crève !

On parle d’un réchauffement accéléré de la planète, de tempêtes, d’ouragans. C’est ce qu’on nous prédit depuis des décennies, mais on le fait avec plus de véhémence, depuis quelques jours, depuis la sortie du Rapport Stern et son parrainage par Al Gore, ex – et peut-être futur – candidat démocrate à la présidence des États-Unis. On ajoute maintenant – ça fait une manchette plus racoleuse que la simple fin du monde  – la disparition avant 50 ans de toute vie animale dans les océans

La température monte imperceptiblement. Un degré par 50 ans, ce n’est pas ce qui fait courir vers le thermostat, mais Gaïa, elle, le ressent et nous le fait sentir. Est-ce bien vrai ? On n’est jamais sûr de rien, mais ce ne sont pas des cartomanciens qui nous le disent. C’est l’élite des scientifiques de la planète qui nous préviennent qu’après la date butoir de 2050, il ne faudra plus penser sashimi, seulement tofu et que, si rien ne change, encore quelques décennies et notre survie même sera menacée. On ne peut être sûr de rien, mais la plupart de ceux qui le disent semblent s’y connaître mieux que la plupart de ceux qui refusent d’en parler.

Si le risque est bien là, il faudrait faire quelque chose tout de suite, car on ne parle pas de siècles, on parle de l’avenir de VOS enfants. L’enfant né aujourd’hui, avec une espérance raisonnable vie de plus de 80 ans, connaîtra un monde où les pays tempérés seront tropicaux et où les pays tropicaux seront devenus de nouveaux Saharas. Les famines seront omniprésentes. Les rayons UV du soleil, sans la protection d’une couche d’ozone, multiplieront par 10 le nombre des cancers. On subira chaque année deux ou trois ouragans de type « Katrina », non seulement sur le Golfe du Mexique et la Mer de Chine, mais aussi là où l’on n’en a jamais connu. L’an dernier, la côte du Brésil a vécu son PREMIER ouragan de ce type. Toutes les villes en bord de mer devront être protégées par des digues, transformées en autant de New Orleans n’attendant que d’être englouties.

Faire quoi, en plus de songer à l’élevage du thon ? Il semble que le réchauffement de la planète soit de loin le problème le plus grave. Ce changement climatique résulte surtout de l’ « effet de serre » que produisent les émissions de CO2 et autres gaz de combustion. L’atmosphère en est polluée et la chaleur qui nous arrive du soleil ne s’irradie plus aussi bien vers l’espace. La clim a des ratées.

Tous les combustibles que nous utilisons, y compris le bois et autres matières organiques, produisent à des degrés divers du CO2 et diverses saletés, avec pour conséquence de polluer l’atmosphère dans laquelle nous évoluons. Tous, mais charbon, pétrole et gaz produisent 92% de ces émissions. Le problème est donc là. Tout baigne dans l’huile, mais on va en crever. Il faut réduire la consommation des combustibles fossiles.

La grande illusion

C’est ce que demande la Protocole de Kyoto… qui n’a aucune chance d’être respecté. Notre consommation de combustibles fossiles sert à nous procurer de l’ÉNERGIE. À nous chauffer, à nous rafraîchir, à la production industrielle et au transport. C’est donc ça que le protocole de Kyoto voudrait nous faire réduire. Évidemment, il n’en est pas question.

Il est tout à fait illusoire de penser que les pays en voie de développement, Chine en tête, vont gentiment s’abstenir de faire, maintenant qu’ils le peuvent, ce que nous avons déjà fait lorsque nous nous sommes industrialisés et rester donc éternellement tributaires de notre production. Si illusoire, qu’on ne le leur demande même pas ! Kyoto s’abstient d’exiger des sacrifices des pays en développement.

On peut le comprendre, mais il est tout aussi irréaliste de penser que les pays développés vont spontanément freiner leur production industrielle, en attendant que les pays en voie de développement les aient rejoints. À eux on le demande, mais ils refusent, bien sûr, comme les USA, ou disent oui, mais n’en font rien, comme la plupart des autres pays. Il est inimaginable qu’ils le fassent.

Comme il est impensable, d’ailleurs, que le citoyen moyen d’un pays en développement, dont la voiture est la satisfaction de son rêve et de celui de son père avant lui, accepte volontairement de s’abstenir d’utiliser cette voiture. On peut le lui interdire ou lui en rendre le coût d’usage prohibitif, mais il sera TRES mécontent. Pour l’en dissuader, il faudrait une génération de conditionnement et aussi que les nantis lui en donnent l’exemple, ce qu’eux non plus ne veulent pas.

On peut donc se donner bonne conscience, en jasant de réduire la production d’énergie. On peut tenter de manipuler les autres pour qu’ils le fassent, eux, pendant que l’on s’abstient naturellement soi-même de le faire, mais il est absurde de croire que l’on réduira volontairement la demande d’énergie dans le monde, puisque c’est cette énergie qui est la source de la production et donc de toute richesse matérielle

On peut rationaliser la production; c’est ailleurs l’une des objectifs d’une Nouvelle Société et nous en parlerons plus loin, mais il ne faut pas se leurrer et penser à une diminution absolue de la production d’énergie. La réduire serait faire volte-face et décider que l’on va remonter le temps vers la pauvreté et le sous-développement. Ce n’est pas ce qu’on veut.

En fait, la production mondiale d’énergie, dans 15 ans, devrait avoir plus ou moins triplé, la consommation annuelle augmentant d’environ 8 800 MTEP, le MTEP étant l’énergie équivalente à celle d’un million de tonnes de pétrole de qualité moyenne, pour atteindre 22 000, peut être 33 000 MTEP, selon qu’on aura plus ou moins convaincu les gens d’adopter la « bonne solution » de réduire la production d’énergie.

La bonne solution qui serait la mauvaise, puisqu’elle freinerait à bloc le développement des pays émergents, où la consommation énergétique par tête n’est encore que le dixième de celle des USA, et prolongerait donc indéfiniment la pauvreté et les injustices. Il est inacceptable de freiner le développement.

Une baisse programmée de la consommation d’énergie est illusoire. Il est non seulement inacceptable d’arrêter le développement, mais même la suggestion sérieuse qu’on pourrait le freiner entraînerait une crise économique sans précédent.

Entre freiner le développement et une catastrophe écologique peut-être fatale, d’ailleurs, ne voit-on pas tous les jours le monde choisir, par son inaction, le risque de catastrophe à venir plutôt que la certitude de la crise immédiate ? On ne renoncera pas à l’énergie. Alors allez, l’écolo, cause toujours !

Vive l’énergie propre

Causons toujours, mais causons utile. il faut comprendre que la solution réaliste à la diminution de l’utilisation des combustibles fossiles et donc au réchauffement de la planète n’est pas de tenter de réduire la demande globale d’énergie, mais de remplacer l’utilisation des combustibles fossiles par l’utilisation d’autres formes d’énergie. Vive l’énergie, mais une énergie propre. Une énergie qui respecte Gaïa.

Quelles sont ces énergies « propres » qui ne donnent pas des bouffées de chaleur à Gaïa ? On les connaît bien. Ce sont l’énergie nucléaire, certaines sources d’opportunité, dont l’hydroélectricité est la plus évidente, mais auxquelles il faut joindre la géothermie, les marémotrices, etc et, enfin, les énergies éolienne et solaire, celle-ci sous sa forme thermique ou photovoltaïque. Qu’est-ce qu’on peut attendre de ces sources d’énergie, lesquelles, toutes ensemble, ne représentent aujourd’hui qu’environ 10% de la production globale d’énergie ?

L’hydroélectricité est d’une pureté virginale au palier de son exploitation, mais la mise en place initiale des équipements n’est pas sans effets regrettables sur l’environnement immédiat. Construction de barrages, remodelage pas toujours heureux du paysage et quelques effets bien néfastes sur la faune. Puisqu’il s’agit de survie planétaire, on pourrait peut-être fermer les yeux, mais hélas, il n’y a pas un nombre infini de sites hydroélectriques à aménager. Même chose pour la géothermie, les marémotrices et autres sources d’opportunité. On dépend ici d’un relief du sol, d’une activité volcanique, d’une singularité. Ce sont des cadeaux que nous fait Gaïa, mais sa générosité à ses limites

On couvre aujourd’hui par l’hydroélectricité 2,6 %de nos besoins mondiaux d’énergie. Même en utilisant tous les sites d’opportunité rentables — au prix de bouleversements inouïs, comme dans le cas d’Aswan, ou plus récemment des Trois Gorges du Yangtze — on ne fera pas mieux que ce 2,6 %. Cette proportion ira même en diminuant, puisqu’il est prévu que nos besoins en énergie tripleront d’ici 20 ans et qu’il est clair que, même en lui accordant la priorité qu’elle mérite, on ne pourra pas tripler l’apport au bouquet énergétique de la production hydroélectrique et des autres sources d’opportunité.

L’énergie nucléaire, pour sa part, fournit à peu près 7,6 % des besoins mondiaux. Son développement est limité par la disponibilité d’uranium et certains problèmes bien réels reliés à l’élimination des déchets radioactifs, mais surtout par les réticences de la population. On peut dire, bien sûr que les réticences à l’utilisation de l’énergie atomique sont largement fomentées par le lobby des hydrocarbures, ce qui est vrai, mais, jusqu’à présent, seule la France a réussi à résister au lavage de cerveau anti-nucléaire et à faire de l’atome sa première source d’énergie. Les USA font aussi du nucléaire, mais accessoirement, discrètement, presque en cachette. Ça ne règle pas le problème de la planète

Après tout le mal qu’on en a dit et avec les problèmes réels que comporte l’utilisation du nucléaire, ce serait déjà un défi de multiplier la production d’énergie nucléaire par 3, en 15 ans, pour que cette source maintienne seulement sa part du marché. La multiplier par 30 pour en faire le produit de substitution aux sources actuelles d’énergie ne serait pas accueilli par la population.

A moins que l’on ne découvre enfin la fusion à froid — mais rien ne semble indiquer qu’on s’en rapproche et le temps presse — il est douteux qu’on aille beaucoup plus loin dans la voie du nucléaire avant d’avoir vraiment TOUT essayé. « Tout », c’est l’énergie solaire et éolienne.

Au vent et au soleil

Pourquoi pas l’énergie éolienne ? Il est techniquement réalisable de passer à l’éolien. Les éoliennes fonctionnent, leur capacité et leur efficacité augmentent tous les jours. Le Danemark satisfait en hiver à 30 % de ses besoins de chauffage par son réseau d’éoliennes.

L’Allemagne, leader en éoliennes, en a maintenant d’une capacité de 6 MW, assez puissantes pour tous les besoins d’un petit bourg. Les éoliennes de 10 MW sont déjà en construction. Mieux, on peut créer des « fermes» d’éoliennes, et la capacité de ces fermes n’est évidemment limitée que par le nombre de machines en réseau qu’on y met et la qualité du vent.

Encore mieux, pour ceux qui préfèrent ne voir un moulin-à-vent dans le paysage qu’en Hollande ou dans la Mancha, Norsk Hydro a déjà le plan, prêt à réaliser clef-en-main, d’un développement offshore de 200 éoliennes de 5 MW chacune, pour une capacité totale de 1 GW équivalente à celle d’une grosse centrale nucléaire. On les voit plus, on ne les entend plus, elles ne polluent pas. Le bonheur.

L’Observatoire de l’Energie, en France, estime à 547 TWh le potentiel d’énergie éolienne dans l’Hexagone et considère qu’il est réaliste de penser couvrir à partir du vent 30% de nos besoins en 2040. Pourquoi 2040, plutôt que 2010 ?

La capacité d’énergie éolienne installée aujourd’hui dans le monde atteint 60 GW, c’est-à-dire l’équivalent des besoins de la Grèce et du Portugal. On n’est plus en phase expérimentale. Il n’y a aucune raison technique pour ne pas passer à l’utilisation massive de cette énergie propre. Une simple décision politique à prendre.

Pourquoi pas l’énergie solaire ? Il est tout aussi techniquement réalisable de passer à l’énergie solaire. L’utilisation thermique de l’énergie solaire est devenue une discipline mature. Son utilisation ne présente plus vraiment de surprises. L’utilisation de l’énergie solaire captée et transformée en courant électrique par des cellules photovoltaïques fait elle aussi chaque jour des progrès. L’Australie a annoncé la mise en place prochaine d’un ensemble photovoltaïque d’une capacité de 154 MW.

Comme l’éolien, le solaire a dépassé le stade expérimental. En Californie, dans le désert de Mojave et aux alentours, on a 354 MW installés de capteurs solaires, 64MW de plus sont en construction. On prévoit que la Californie, en 2020, couvrira à partir du solaire 20%de ses besoins en énergie, lesquels sont du même ordre de grandeur que ceux de la France. Bravo, mais pourquoi seulement 20% et pourquoi seulement en 2020 ?

Évidemment il y a des contraintes physiques. Il n’y a finalement qu’un certain nombre d’endroits sur la planète où l’on peut mettre des éoliennes et où l’on peut poser des cellules photovoltaïques ou des miroirs solaires. La substitution de ces énergies propres aux combustibles fossiles est-elle physiquement réalisable ?

La question n’est pas sans pertinence, car il n’y a aujourd’hui que 0,02 % des besoins mondiaux en énergie qui sont satisfaits par le vent et moins de 0,4 % qui le sont par l’énergie solaire. Si on veut que le solaire et l’éolien prennent la relève des combustibles fossiles, on parle de multiplier par 500 la production d’énergie des éoliennes en service et à multiplier au moins par 200 les superficies couvertes de capteurs solaires.

Ces chiffres sont énormes, il faut les voir comme ils sont, sous peine de les exagérer encore par l’imagination. Le solaire, surtout le photovoltaïque, exige beaucoup d’espace, qu’on nous dit, mais beaucoup d’espace est bien relatif. Où peut-on placer commodément ces équipements ?

Pour les éoliennes, les forts vents qui prévalent sur les cimes montagneuses et en bordure de mer rendraient possible d’en tirer l’énergie dont nous avons besoin. On ne s’amusera pas, cependant à mettre inutilement un moulin-à-vent dans chaque paysage; c’est le vent du large qui est la solution.

Avec le modèle Norsk que nous avons vu plus haut, ce sont de véritables « barrages de vent » qu’on peut créer sur l’océan et qui peuvent avoir la capacité de barrages hydrauliques. Rien n’empêche de trouver le fjord bien orienté où les vents s’engouffrent, d’y aménager des éoliennes sur cent ou deux cents kilomètres et d’en tirer 5 ou 10 GW.

Pour le solaire, c’est encore beaucoup plus simple. Il ne s’agit pas de poser des capteurs solaires sur les Champs-Élysées – même si on finira bien par en avoir sur tous les toits ! – mais n’importe où, où le terrain est raisonnablement plat et o le soleil brille. Gaïa nous a donné tout ce qu’il faut. Madame est bien bonne

Un kilomètre carré de cellules photovoltaïques en Californie, avec 4 000 heures d’ensoleillement par année, peut produire environ 105 Gwh par an d’énergie. Demain on fera mieux, mais ce rendement est déjà bien satisfaisant.

Si on fait l’équivalence entre Mwh et MTEP (1 MWh = 0,083 tep , 1 tep = 11 630 KWh) , 1 Kw = 875 000 KWh par an), on constate que les 8800 MTEP d’énergie dont le monde a aujourd’hui besoin exigent une capacité installée d’environ 12 000 000 MW (12 TW) et peuvent être obtenus en couvrant de photovoltaïques un territoire de 96 000 Km2 , c’est a dire un carré approximatif de 310 Km de côté.

Ce qui n’est rien du tout. Une petite mouche, sur la joue de Gaïa. Le monde est plein de déserts bien plats où le soleil brille plus de 4 000 heures par an et où un carré de 310 Km de côté n’est pas une aubaine immobilière

Vous voulez produire de l’énergie ? Partez au Tanezrouft. Retournez à Bidon 5, depuis longtemps abandonné, mais dont les plus vieux se souviendront. Au lieu de planter des tours de forage, cette fois, avancez comme l’ « Homme qui plantait des arbres », mais en plaçant des cellules photovoltaïques plutôt que des glands de chêne.

60 kilomètres tout droit, 60 à droite Délimitez un espace de 3600 Km2. Allez sans crainte, les obstacles sont rares. Vous ne dérangerez personne. La population locale sera ravie de vous aider, si vous la motivez un peu. Vos 3600 Km2 de reg ou de sable vont vous offrir une capacité de 450 000 MW d’électricité et une production annuelle d’énergie 30 fois supérieure à celle de Chooz, la plus grosse centrale nucléaire de France. En fait, votre petit enclos va produire plus d’énergie que n’en consomme aujourd’hui toute la France, laquelle s’en tient modestement à 279 MTEP d’énergie primaire et à peine 160 MTEP d’énergie utile par année.

Évidemment, il faut des infrastructures de stockage et de distribution, toute une logistique qui demande qu’on y pense. Le message que je passe ici, c’est que vous ne manquerez pas d’espace et que vous ne manquerez pas d’énergie solaire. N’en abusez pas. Restez sagement dans votre carré de sable et n’allez pas plus loin. Laissez-en pour les autres

Les autres ont aussi ce qu’il faut. Il est amusant de penser que, si l’on réalisait la même opération au Rub al-Khali et qu’on ne s’arrêtait pas à la satisfaction des besoins locaux, l’Arabie Saoudite, le plus gros producteur de pétrole du monde, pourrait tirer chaque année, en exploitant ce seul désert, 10 fois plus d’énergie de son soleil que l’on n’en tire aujourd’hui de la combustion de tout le pétrole qu’elle exporte ! Une énergie propre, infiniment renouvelable.

Il suffit de penser « lignes de transmission » plutôt que « pipelines ». Le Rub al-Khali pourrait, si c’était nécessaire, satisfaire àlui seul, en énergie solaire, tous les besoins en énergie de la planète pendant tout l’avenir prévisible.

Si c’était nécessaire.., mais ça ne l’est pas. Il y a de l’énergie partout et pour tout le monde. Si vous êtes encore anxieux, souvenez- vous que le soleil nous envoie, en permanence, 15 000 fois plus d’énergie que nous n’en consommons aujourd’hui.

On dit souvent qu’on ne peut dépendre que d’une seule source d’énergie Vrai, mais le vent et le soleil sont admirablement complémentaires. Pourquoi ne pas se mettre à l’éolien et au solaire et arrêter la consommation de gaz, de pétrole et de charbon dès que l’infrastructure de ces énergies propres sera en place ? Parce qu’on parle d’argent

La logique économique

Aujourd’hui, on ne discute pas vraiment de la faisabilité de l’énergie éolienne ou de l’énergie solaire, on discute uniquement de leurs coûts. On se borne à comparer le coût de production des énergies éolienne et solaire au coût de production des énergies procédant des combustibles fossiles. Toutes ces comparaisons sont biaisées, exactement dans le sens et la mesure qu’on veut, puisque, pour les comparer, on doit nécessairement poser au départ quelques hypothèses concernant les coûts fixes et les coûts variables, entre les coûts de première installation et les coûts récurrents des diverses solutions énergétiques et que leur rentabilité relative dépend entièrement de ces hypothèses.

Tout dépend de la période d’amortissement choisie et de la projection du coût des intrants. Le soleil et le vent ne coûtent rien. On peut dire que le pétrole, le gaz et le charbon eux aussi sont gratuits : il suffit d’aller les chercher… Mais chaque million de tonnes de charbon exige, pour son extraction, le même temps de travail que l’extraction de chaque million de tonnes qui l’a précédé et que chaque million de tonnes qui suivra. Pour le vent et le soleil, quand les systèmes sont en place, leurs coûts d’opération n’est pas nul – il y a toujours des déficiences techniques – mais il ne représente que 2 % du coût de mise en place initiale dans le cas des éoliennes et encore moins dans le cas des cellules photovoltaïques.

Le rapport des coûts entre l’utilisation des combustibles fossiles et celle des sources vent et soleil dépend donc d’abord de l’horizon que l’on se fixe. Ensuite, il se modifie chaque jour en faveur de ces dernières. Pourquoi ? Pour trois raisons complémentaires.

La première, c’est le facteur rareté. Les combustibles fossiles s’épuisent; leur coût ne peut donc que s’élever, d’autant plus vite qu’on les exploite davantage. Le vent et le soleil, eux, resteront gratuits

La deuxième, c’est que, dans n’importe quel processus industrialisé, aussi longtemps que le cadre technologique reste stable, ce sont les coûts de main-d’oeuvre qui contribuent à l’augmentation des coûts de production. La production d’énergie par les combustibles fossiles étant à plus forte intensité travail, ses coûts de production s’élèveront plus rapidement que ceux pour la production solaire et éolienne.

Enfin, c’est cette croissance des coûts de main-d’oeuvre qui sert d’incitation pour que le cadre technologique soit amélioré. Toutes choses étant égales, c’est donc la production des énergies fossiles qui devrait réagir par des innovations. Mais, étant une industrie mature, elle va au contraire modifier ses technologies plus lentement que le solaire ou l’éolien, ce dont on a la preuve tous les jours. Ce sont ces deux dernières sources, qui non seulement vont améliorer chaque jour leur positionnement concurrentiel parce qu’elles sont à plus faible intensité de travail, mais vont aussi, de temps en temps, bondir en avant par introduction de procédés radicalement nouveaux et plus performants

Avec un horizon ouvert — le seul réaliste, puisqu’on ne prévoit pas y mettre un terme à l’activité humaine et fermer la planète ! — il est clair que le temps travaille pour l’éolien et le solaire, lesquels ne peuvent tôt ou tard qu’être plus rentables que des ressources en voie d’épuisement.

Cela dit, c’est un raffinement bien inutile que de vouloir prouver la rentabilité relative des énergies propres en les comparant aux énergies basées sur les combustibles fossiles, puisque nous sommes partis de l’hypothèse d’une détérioration fatale de l’environnement liés à l’utilisation de ces dernières et qui met celles-ci hors-jeu.

On peut faire le calcul exact des coûts requis pour mettre en place une structure énergétique basée sur l’utilisation d’éoliennes et de capteurs solaires et de ceux requis pour fournir l’énergie par le biais des combustibles fossiles. Ce calcul montrerait que, l’infrastructure pour les énergies solaire et éolienne étant à bâtir, le coût en est nécessairement plus élevé au départ, mais que, cette structure mise en place, elle fournit ensuite l’énergie à un bien moindre coût que le charbon, le gaz ou le pétrole.

On peut faire ce calcul, ce qui nous donnerait des mois ou des années de plaisir, mais, quel qu’en soit le résultat, il faudra ensuite jeter le glaive dans la balance et effectuer le passage à l’éolien et au solaire, puisque, si la vie sur la terre en dépend, il est clair que rien n’est vraiment trop cher pour la préserver.

Rien de trop cher, non plus, pour préserver une société riche en énergie, le résultat de nos derniers 5 000 ans d’efforts. Une réduction annoncée et programmées de la production d’énergie signifierait le retour vers une société de rareté d’énergie et de pauvreté et serait absolument inacceptable. On veut que les roues tournent et, puisqu’il semble bien qu’elles ne peuvent plus tourner que par l’action du soleil et du vent, on fera ce qu’il faut faire pour s’y adapter, quel que soit le prix qu’il en coûtera. Cela dit, combien nous en coûtera-t-il ?

La grosse facture

On parle d’un projet à échelle planétaire et dont les coûts ne peuvent être qu’à dimension planétaire. Combien en coûterait-t-il pour substituer entièrement les énergies éolienne et solaire aux combustibles fossiles, aux prix d’aujourd’hui et avec l’efficacité d’aujourd’hui ?

Présentement, les coûts moyens d’installation des équipements pour le captage et le stockage des énergies éolienne et solaire oscillent entre USD $ 1 000 et 1 500 ¤ par mégawatt. Disons en moyenne USD $ 1 500/MW, avec un large marge d’erreur. il y a des études techniques et comptables à faire, mais ceci n’est pas une offre de services : j’ai donné au bureau. Il n’est pas nécessaire de faire un devis détaillépour comprendre l’ordre de grandeur du projet et c’est ce qui nous intéresse.

Les énergies fossiles représentent aujourd’hui 90% de la consommation mondiale d’énergie qui est d’environ 8 800 MTEP. Pour s’y substituer, nous avons besoin d’environ 11 millions de mégawatts Installés (11 TW). Prenant l’hypothèse de USD $ 1 500/MW pour l’installation des équipements requis, nous devrons faire face, pour passer au solaire et à l’éolien, à une facture d’environ USD $ 16,5 trillions. Pouvons-nous l’acquitter ?

Bien sûr. D’abord, un trillion est encore beaucoup d’argent, mais ce n’est plus une somme qui dépasse la réalité quotidienne. Le PNB des USA atteint 11 trillions de dollars. Les transactions financières à échelle globale se mesurent déjà en trillions. La valeur globale des actions en bourses est aussi une affaire de trillions. Huit (8) trillions de dollars se sont perdus, à Wall Street, dans les seules deux séances qui ont suivi l’attaque du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center de New York.

16,5 trillions, ce n’est même pas une année de revenu pour l’humanité. Il n’y a rien de choquant à ce qu’un propriétaire investisse quelque mois de revenus, pour changer le système de chauffage et réparer la maison qui menace ruine. Disons que c’est une fleur pour Gaïa; il n’est pas du tout certain qu, en bout de piste, cette petite attention nous coûte plus cher que les misères que nous lui faisons et qu’elle nous rendra bien.

16,5 trillions, une aubaine. Mais ça, comme disent les opticiens, a, c’est pour la monture. ll faut aussi prévoir l’avenir. Il faut se demander à quel rythme augmentera la consommation d’énergie. Les chiffres actuels prévoient une augmentation en 15 ans de 250 % à 415%, passant des 8 800 MTEP actuels à une fourchette allant de 22 000 à 33 000 MTEP. Le MTEP basé sur le pétrole étant alors devenu archaïque, disons plutôt, ce qui est la même chose, qu’en 2020 la demande globale d’énergie exigera que la puissance installée passe de 12 aujourd’hui à 30, voire à 50 térawatts (TW).

Si on ne pense plus uniquement au 11 TW de capacité pour la substitution aux énergies fossiles, mais à une demande globale d’énergie qui exigera de 30 à 50 TW de puissance installée dans 15 ans, ce n’est plus une dépense de USD $ 16,5 trillions qu’il faut prévoir, mais une dépense de 45 à 75 trillions de dollars américains durant cette période pour installer la capacité requise ! C’est beaucoup.

On parle de USD $ 3 à 5 trillions par année durant ces 15 ans, ce qui, dans une large fourchette, nous donne pour chaque habitant de la planète de 500 à 800 dollars par année, en dollars constants 2006, et de deux trois fois plus pour chaque travailleur ou autre bénéficiaire d’un revenu, selon les hypothèses de démographie et de participation à l’effort productif que l’on retient. Est-ce que nos ressources économiques nous permettentce d’absorber ce coût, ou la tâche est-elle au-dessus des moyens de l’humanité?

Apparemment, c’est trop cher: c’est près de la moitié du PNB des USA et, selon les diverses hypothèses que l’on peut poser, deux à trois fois celui de la Chine ! C’est trop. Mais on va faire des économies… et les apparences sont bien trompeuses.

La prime au progrès

D’abord, on va faire de sérieuses économies et sans aucun effort. Nous nous sommes élevés contre la thèse d’une réduction programmée de la production et de la consommation d’énergie, laquelle nous semble le négation de tous les espoirs humains et un risque grave de remplacer une dynamique de progrès par une attitude défaitiste qui pourrait marquer un tournant pour le pire dans l’histoire de l’humanité. On ne doit pas remplacer par moins, on doit remplacer par mieux.

Or, remplacer par mieux entraîne des économies d’énergie. Il y a déjà 30 ans que l’on constate que le rapport de la consommation d’énergie à la production globale est en constante régression et que cette régression est en corrélation avec l’augmentation du niveau de vie. Ce phénomène n’a rien de mystérieux et est mme trivial pour quiconque a lu un peu sur le site Nouvelle Société : c’est l’effet évident du passage à une société de services. La fourniture de services consomme moins d’énergie que la production de biens. Elle carbure à la pensée et à la bonne volonté.

Cette tendance vers la production d’intangibles va s’accélérer encore dans les pays développés. À mesure que les pays en voie de développement vont satisfaire leurs exigences matérielles de base et demander plus de services, ils atteindront eux aussi les seuils de tertiarisation que nous avons déjà atteints dans les pays développés et la consommation RELATIVE d’énergie diminuera à l’échelle globale.

Il y a des économies à prévoir et il faut les accueillir avec enthousiasme, parce qu’elles ne sont pas le résultat d’une volonté d’amoindrir, mais un simple effet de la satiété et d’une volonté souvent inconsciente d’échapper à la dépendance envers la matière dont le contrôle peut en être désormais tenu pour acquis.

Il ne faut pas oublier, cependant, que les deux tiers de l’humanité n’en sont pas encore là, et que ce n’est pas parce que les usines qui fonctionnent aux énergies fossiles produisent avec moins de travailleurs qu’elles font moins de fumée La consommation d’énergie relative au PNB global diminuera, mais pas la consommation d’énergie en termes absolus.

Je répète donc qu’il ne faut pas freiner le développement par une pression à la baisse sur la production d’énergie. Il faut changer le type d’énergies. Il faut cependant être réceptif au freinage spontané qui résultera d’une allocation prioritaire des ressources au secteur tertiaire à mesure que les besoins matériels essentiels son satisfaits. La consommation d’énergie se stabilisera et sa production aussi, laquelle, si elle était indéfiniment augmentée ferait obstacle aux investissements requis dans les services.

USD $ 75 trillions pour l’infrastructure énergétique en quinze ans? Les croissances dont l’extrapolation mène à des absurdités se résorbent d’elles-mêmes. Ce n’est pas un miracle, c’est une lapalissade. C’est pour ça qu’à partir de 1973 la consommation d’énergie a cessé de doubler chaque année, comme elle le faisait depuis assez longtemps pour les naïfs y voient une loi de la nature.

C’est pour ça que nous n’investirons pas indéfiniment chaque année dans la production d’énergie trois (3) fois le PNB de la Chine. Un coût, soulignons-le, qui à terme ne serait pas moindre si on choisissait de garder la solution des énergies fossiles. Nous arrivons à l’ère des services et des produits intangibles. La consommation d’énergie augmentera encore pour un temps, mais elle atteindra un plateau.

Il est donc d’autant plus important, d’abord de consentir le coup de collier initial qui nous permettra de passer aux énergies propres – et d’être encore là pour jouir de l’abondance promise ! – mais ensuite de ne pas rompre prématurément l’essor du développement par une réduction intempestive de la consommation d’énergie, laquelle se stabilisera à son rythme dans bien peu de temps.

Cette tendance à une tertiarisation économe en énergie sera accélérée par l’avènement d’une Nouvelle Société, laquelle posera des questions sur la part de la production industrielle qui est indispensable pour le développement et le bonheur de l’humanité, et les parts qui en sont en simplement utile, discrétionnaire et même, a la limite, totalement ridicule. Nous discutons de cette rationalisation de la production industrielle au texte 712

Une Nouvelle Société rationalise la production industrielle en supprimant tout ce qui est simplement ridicule n’est là que pour favoriser l’accumulation de richesse virtuelle. Elle rationalise aussi le transport, par la large substitution du transport en commun au transport privé dans les zones urbaines et par le quadrillage des zones interurbaines et rurales par un système ferroviaire adéquat.

Même si on laisse de côté la rationalisation que devrait amener une Nouvelle Société, il faut s’attendre à une contraction relative de la production industrielle, simple constat de la priorité des services dans l’évolution de la consommation. Cette contraction aura un impact important sur la consommation d’énergie.

On peut donc espérer, sans freiner en rien le développement réel que souhaitent les populations, que le taux de croissance la consommation d’énergie diminuera progressivement, à mesure que la demande pour des biens sera satisfaite et remplacée par une demande de services de plus en plus intangibles. On peut espérer qu’elle ne dépassera pas 30 TW en 2020 et ne montera pas beaucoup plus haut.

On peut l’espérer … ou ne pas y accorder trop d’attention. Quand le coût initial de mise en place est amorti, l’énergie solaire ou éolienne devient bien économique. On fera peut-être alors des choix sociaux qui encourageront une consommation supérieure d’énergie au lieu de tenter d’en dissuader. Une question à régler entre humains; tant qu’on s’en tient au soleil et au vent, Gaïa s’en fiche.

Au-delà des apparences.

Atteindre une capacité globale de 30 TW pour 2020 exige encore qu’on y consacre USD $ 3 trillions par année pendant 15 ans. Est-ce qu’on y arrivera ? On peut dire que l’on parle pour rien, puisqu’il le faut et qu’on le fera, mais il faut surtout dire qu’on parle de RIEN.

Parler d’argent n’est pas seulement ici inconvenant, mais aberrant, parce que, non seulement aucune somme ne sera si exorbitante qu’on renoncera à sauver Gaïa ou même à maintenir notre niveau de développement, mais surtout parce que l’on parle de « rien ». Tout cet argent est virtuel, symbolique et n’a d’autre réalité que celle que nous lui prêtons.

Il faut enlever les oeillères monétaristes que nous a posées le capitalisme pour que nous marchions tout droit et revenir ici, encore une fois, à cette évidence que nous avons soulignée si souvent sur ce site: toute matière première est gratuite ; la seule valeur ajoutée, c’est le travail. Il faut donc poser autrement la question de notre aptitude à relever le défi de la mise en place de cette capacité énergétique de 30 TW.

Si l’on veut bâtir des éoliennes ou des capteurs photovoltaïques et les installer, non pas dans le miroir financier, mais dans la réalité, on ne parle pas d’or, de monnaie, ni de signes dans un ordinateur qu’un État peut manipuler. On parle de trois (3) choses : les connaissances techniques requises, la main-d’uvre adéquate et, enfin, des quantités relativement modestes de matières premières qui ne sont pas rares, même si le marché du sélénium pour les capteurs solaires a été et peut encore être manipulé pour en donner l’impression.

Quand on a ces trois éléments, on peut bâtir des éoliennes ou des capteurs photovoltaïques et les installer. L’argent n’entre dans cette équation que pour faciliter l’utilisation des facteurs. Il y aura toujours l’argent nécessaire pour payer ce qui est essentiel, puisque s’il nous faut un peu plus de monnaie, c’est le rapport de l’argent aux bien réels qui va devoir s’ajuster et que c’est la valeur même de l’argent qui va fluctuer.

Il faut donc plutôt demander : « Pouvons-nous disposer des matières premières nécessaires et des ressources humaines adéquates pour faire le travail d’implantation des éoliennes et des capteurs solaires qui pourront fournir à l’humanité, d’ici 15 ans, les milliers de terawatts-heures par année d’énergie dont elle aura besoin? » Quand la question est ainsi posée, la réponse est évidemment : OUI. On formera les ressources et on les aura. C’est un choix.

Le miroir monétaire est une fascinante distraction pour une civilisation en croissance, mais on ne périra pas pour protéger le miroir. Il n’y a aucun obstacle RÉEL à ce que la transformation totale de la production d’énergie à l’éolien et au solaire se fasse. Il n’y a pas de « coût exorbitant »; il n’y a que du travail que l’on ne veut pas encore faire. Du travail que l’on ne veut pas financer, alors que son financement ne changerait pourtant pas d’un l’iota les biens réels dont disposent ceux qui ont aujourd’hui l’argent.

La transformation vers l’éolien et le solaire n’est plus un défi technique. Il n’y a aucune raison pour que le travail nécessaire ne soit pas fait. Sa réalisation dépend de l’issue d’une guerre à gagner contre les lobbies des hydrocarbures et du charbon. Une guerre à gagner contre les mauvaises habitudes. Une guerre pour le bon sens. La première bataille à livrer, c’est celle d’un véritable accord pour que le passage à l’éolien et au solaire puisse se faire

La Bataille de Kyoto II

N’importe quel pays peut décider demain, de son propre chef, de cesser la consommation ou la production d’énergies fossiles. Il y gagnera sur le plan environnemental et, tôt ou tard, sur le plan économique également. Ce n’est pas ça, toutefois, qui réglera le problème du réchauffement de la planète. Pour régler ce problème, il faut une action concertée. Une décision globale. Kyoto.

Mais Kyoto a été une bataille perdue. Elle l’a été parce qu’on y a introduit une composante de décroissance. Il faut livrer une Deuxième bataille de Kyoto, laquelle, cette fois, n’évoquera pas l’hypothèse irrecevable de diminuer la consommation d’énergie sur la planète, mais posera le problème dans sa véritable dimension qui est de se mettre au travail et d’apporter les changements nécessaires à notre approvisionnement en énergie.

Si on veut que « Kyoto II » soit autre chose qu’un autre coup d’épée dans l’eau, il faudra qu’il se traduise par un engagement ferme des pays en développement comme des pays développés de faire rapidement tout ce qu’il faut pour que tout ce qui fonctionne aujourd’hui aux énergies fossiles fonctionne rapidement à l’éolien et au solaire.

L’accord de Kyoto II doit être universel. Il doit prévoir une diminution progressive de la production des énergies fossiles ainsi que des quotas d’achat dégressifs pour les pays importateurs qui soient ajustés à cette baisse de production. Il faudra que cet accord soit assorti de conditions sévères, que les pays signataires s’engageront à faire respecter par un embargo total sur les échanges de toute nature avec les pays délinquants.

Si ce qu’on nous dit est vrai, la transformation aux énergies propres est urgente pour Gaïa et donc pour nous. Il faudra donc établir un échéancier. À discuter, mais disons 20 ans, pour qu’il ne s’utilise plus de combustibles fossiles, avec un oeil sur la suppression des autres sources de gaz à effet de serre dont ils ne faudrait pas que l’élimination du charbon, du pétrole et du gaz, fasse exploser l’utilisation. C’est une décision pour les énergies propres que l’on prend.

Un échéancier suppose un plan. Il faut qu’il soit préparé, fasse consensus et soit appliqué. Il faut que chaque année l’on puisse faire le point, fustiger les contrevenants, aider les retardataires, corriger les bévues.

Sauver le monde, l’Histoire en a fait la preuve, n’est pas une motivation suffisante pour pousser les gens à l’action. Il leur faut un petit bonus. Qu’est-ce qu’on offre pour les motiver à sauver leur peau ?

Pour les pays en voie de développement et les pays sous-développés, la carotte officielle est la possibilité d’une autosuffisance énergétique à laquelle ils n’ont jamais pu rêver, sauf s’ils sont eux-mêmes producteurs d’énergies fossiles. Officieusement, c’est aussi le boom économique qui ira de paire avec leurs efforts pour mettre en place les infrastructures de production et distribution des nouvelles énergies.

Les pays en voie de développement ou sous-développés, cependant, ne pourront, assumer eux-mêmes le financement de cette transformation. S’ils s’y essayaient, ils retarderaient leur développement et, pendant des décennies additionnelles, imposeraient la pauvreté à leurs populations déjà pénalisées de ce que les pays développés se soient industrialisés avant elles.

Ce boom qui les motivera à faire les transformations nécessaires et à suivre la même voie vers l’éolien et le solaire ne sera donc possible que s’ils reçoivent une assistance financière et technique massive mais ciblée qui leur permettra de les faire. Les pays développés doivent être disposés à fournir cette assistance. Ils la fourniront d’autant meilleure grâce qu’ils financeront ainsi, pour une large part, la vente à ces pays de leurs équipements et de leur expertise.

Pour les pays développés, le bonus sera ces 30 trillions de contrats, qui leur échoiront nécessairement presque en totalité, puisque ce sont eux qui ont les brevets, feront les plans, vendront les équipements et, au moins au départ, fourniront le plus clair de la main-d’oeuvre spécialisée. Ils auront aussi la satisfaction supplémentaire de s’affranchir d’une dépendance envers les pays producteurs d’énergies fossiles qui leur pèse de plus en plus lourd.

Les conditions de crédit qui seront accordées aux pays en développement et les plans vers l’autosuffisance énergétique qu’on leur proposera détermineront pour une bonne part le succès de leur passage rapide aux énergies solaire et éolienne. Il faudra que les banquiers fassent quelques ajustements, mais l’opération demeure dans la ligne de ce qu’ils font déjà. Une Nouvelle Société le financera autrement, mais le résultat sur le terrain sera identique : on captera l’énergie éolienne et solaire partout.

Le financement de l’opération de transformation elle-même, cependant, ne sera qu’une partie du problème que posera aux pays en voie de développement et aux pays sous-développés le passage aux énergies propres. Cette transformation va modifier les termes d’échanges et les conditions de concurrence entre tous les pays.

Il faudra donc que soit trouvée une solution qui permettra que ne soit pas irrémédiablement bouleversé l’équilibre de l’économie mondiale. Cette solution sera une combinaison de dons et de prêts qui devra être négociée simultanément aux ententes concernant la transformation elle-même au solaire et à l’éolien.

Seront particulièrement touchées, naturellement, les économies et la position concurrentielle dans le monde des pays producteurs et surtout exportateurs de combustibles fossiles. Il faudra aussi en tenir compte. Il faudra prévoir des mesures d’aide à la transition pour s’assurer que cette perte de marchés n’entraîne pas pour eux des conséquences politiques dramatiques. C’est une question épineuse. Je ne la réglerai pas aujourd’hui… Il faudra bien, cependant, que l’on s’attaque au problème. La bonne nouvelle, c’est que la transition se fera sur 20 ans. On a le temps de voir venir.

Sortir des énergies fossiles impose une logistique impeccable. Entrer dans l’ère de l’éolien et du solaire n’est pas moins exigeant. Il faudra rendre plus efficaces les moyens de stockage et de distribution de l’énergie. Par l’électricité d’abord, puisque le lien entre la captage par cellules photovoltaïques et la distribution de l’électricité peut être direct, mais en pensant aussi à d’autres vecteurs, comme l’hydrogène, puisque la disponibilité en abondance des énergies propres éliminera l’obstacle majeur à sa fabrication et donc à son utilisation généralisée.

Conclusion

Un vaste mouvement s’est désormais engagé pour réduire la pollution et stopper le réchauffement de la planète. Ce mouvement doit relever le double défi, d’une part de passer au solaire et à l’éolien, mais aussi, d’autre part, de sortir sans catastrophe politico-économique d’un monde drogué aux énergies fossiles.

Ce mouvement réussira d’autant mieux qu’il adoptera une attitude positive, conquérante, messianique On ne convaincra pas l’humanité d’accepter un sevrage de l’énergie qui est un modèle de régression vers la pauvreté. On peut la convaincre, cependant, de consentir avec ferveur les efforts pour passer à des énergies propres.

Plutôt que d’exiger de l’humanité des sacrifices qu’elle ne consentira pas, il serait plus astucieux et plus efficace pour le mouvement de défense de l’environnement de se donner pour objectif concret le passage accéléré aux énergies propres complémentaires que sont l’éolien et le solaire.

Dans le respect de l’hydroélectricité en place, un coup d’il sur la géothermie et une ouverture d’esprit au maréthermique, mais, pour l’essentiel, miser sur le vent et le soleil. Un travail énorme à faire, mais tout à fait réalisable et qu’on doit accomplir sans délai. Pour l’amour de Gaïa. Pour l’amour de nous-mêmes.

Pierre JC Allard

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