Nouvelle Societe

19-05-08

46 L’impératif technologique

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:25

Quels sont les « changement radicaux » qui feront naître un nouveau Phénix ? Ceux quirendront la structure de production conforme au progrès des techniques. La structure sociale suivra. Il n’en va jamais autrement…

Une société est un lieu d’échanges. On y échange des idées et des affects, mais, encore plus ostensiblement, on y échange des biens et des services. Quoi qu’on en dise, c’est à l’aune de sa capacité à mettre en place et à gérer correctement une structure permettant la production et la distribution de ces biens et services qu’un gouvernement est d’abord jugé. C’est donc toujours l’un des actes fondateurs de toute société de définir les principes, les lois les règles qui déterminent ces échanges et d’établir les organismes qui les encadreront. C’est la fonction de gérance de l’État

La relation entre les citoyens et l’État est surtout déterminée, d’ailleurs, par la façon dont celui-ci s’acquitte de cette fonction. Le but bien prosaïque de tout gouvernement est de produire et de distribuer le mieux possible ce que veut la majorité effective de sa population. Cette priorité sera maintenue aussi longtemps que tous les désirs matériels n’auront pas été comblés.

Quand on dit : « le mieux possible », on implique la quête d’un optimum, un désir d’efficacité qui est le corollaire de la désutilité du travail. Il s’agit toujours d’avoir plus, pour moins. Plus de richesse, pour moins de travail et aussi pour moins de ressources consommées, puisque les ressources sont à trouver et que les obtenir exige donc aussi du travail. Quand on s’écarte du principe de l’efficacité optimale, c’est que la structure de production a été pervertie ou qu’une nouvelle technologie est apparue à laquelle la structure ne s’est pas encore adaptée.

La structure d’encadrement de la production dépend des besoins et priorités de sa population, mais aussi des technologies disponibles, lesquelles modifient la manière de satisfaire ces besoins. Quand des techniques nouvelles apparaissent, elles changent les modalités de production et de distribution. C’est la seule voie de l’évolution, car ceux qui ont le pouvoir et qui pourraient guider la société vers le changement ne veulent généralement pas que les choses changent. Le changement ne peut donc venir que des déséquilibres qu’apportent des causes extérieures au système et, de toutes ces causes, aucune n’est plus inexorable que le progrès des technologies.

La technique est une influence d’autant plus imparable qu’elle est insidieuse. Les nouvelles technologies ne veulent pas détruire le système et ne cherchent pas à influer sur la structure sociale. La structure de production va vers l’optimum, comme la limaille vers l’aimant. Elle y va subrepticement, en toute innocence ; on voit un nouveau procédé qui résout un problème ou qui répond à une demande et on l’accepte.

Ce faisant, toutefois, par simple inadvertance, on rend superflus ceux qui offraient à ce problème une solution moins efficace et les artisans laissés pour compte sont inscrits à la liste des espèces disparues. Simultanément, de nouveaux intervenants deviennent utiles qui ne l’étaient pas et, surtout, l’innovation fait miroiter l’espoir d’autre chose auquel on ne rêvait même pas d’accéder. Le rêve devient un espoir, puis une demande et l’on va bientôt chercher avec diligence à réaliser ce qu’hier encore on croyait impossible.

Quand les innovations apparaissent une à une, on les accepte sans trop y prêter attention. Les joueurs qui s’activent dans la structure doivent intégrer l’impact de ces nouvelles techniques et la structure qui les encadre doit aussi changer, mais la structure d’encadrement va spontanément s’adapter au changement nécessaire.

Si elles sont nombreuses et se cumulent, toutefois, la structure tentera bien de s’y adapter, dans toute la mesure de la flexibilité qu’on lui a accordée, mais cette évolution spontanée sera rarement suffisante, car si on n’avait pas introduit au départ dans la structure des éléments contraignants lui donnant une certaine rigidité, cette structure n’aurait rien n’interdit, ni donc jamais rien encadré.

Quand les correctifs à apporter se multiplient, la masse en devient d’une telle ampleur que la structure en place ne peut plus s’accommoder des lois et des règles établies ; c’est l’État qui doit alors répondre aux signaux qu’il reçoit jour après jour de ses commettants et modifier la structure. C’est l’État qui doit apporter à la vieille structure les changements qui permettront à chacun de tirer de son appartenance à la société tous les nouveaux avantages que celle-ci, enrichie des nouvelles techniques disponibles, peut désormais lui offrir.

Confronté à l’émergence de ce nouveau paradigme économique, l’État doit accepter de modifier en profondeur la structure d’encadrement de la production et les règles du jeu. Ce qui ne lui est pas facile, car modifier l’importance relative des diverses activités économiques modifie celle des acteurs, ce qui change la nature même de la société et de sa hiérarchie sociale.

Il y a donc résistance à ce changement. Dès qu’une transition majeure est engagée, cependant, elle va inéluctablement vers sa fin, car les techniques qu’on apprend ne se laissent plus oublier. La société change peu à peu, rendant effective une décision collective pour le changement qui naît ainsi d’un consensus social tacite. L’équilibre des forces change, au grand dam de ceux qui auraient bien préféré que les choses ne changent pas.

La décision s’applique souvent bien avant qu’elle ne soit prise par l’État, mais c’est néanmoins à celui-ci qu’il appartient d’y acquiescer formellement et qui, en édictant de nouvelles normes, va proclamer que la société s’est radicalement transformée. Il y met plus ou moins de temps, selon qu’il est plus ou moins sous la tutelle du groupe dominant au profit duquel les normes qui ont cours ont été mises en place et dont ces modifications peuvent mettre en péril la position de force.

Il le fait de plus ou moins bonne grâce, mais il le fait toujours. S’il n’y consent pas, c’est l’État lui-même qui est « modifié », après quoi la transition se poursuit et la société devient ce que les techniques lui imposent d’être. Une société NE PEUT PAS refuser les exigences de la technologie à laquelle elle a accès.
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Pierre JC Allard

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