Nouvelle Societe

14-03-08

49 La relation patient médecin

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:30

C’est le patient/client qui choisit son médecin. C’est ce que veulent tous les systèmes de santé où est maintenu le statut de professionel autonome du médecin, mais, dans une situation de carence chronique, le choix du patient est bien illusoire. On peut lui redonner ce choix en augmentant le nombre de médecins et en créant une raisonnable surabondance de services, mais seulement si on échappe au piège du paiement a l’acte. C’est ce que permet le paiement par capitation.

Le patient/client attend du médecin un service amical. Empressé, même, car il peut toujours changer de médecin et, quand le patient s’inscrit au bureau d’un médecin, son inscription vaut son prix; le patient avec sa famille et ses amis représente un revenu non négligeable pour le médecin. Un revenu qui vaut d’être conservé quand celui-ci ne peut plus compenser une baisse de sa clientèle par une augmentation des actes médicaux pratiqués sur ses autres patients.

Le médecin qui suit son patient comme un ami suit du même coup un dossier toujours en marche qu’il est aussi de bonne logique commerciale de ne pas négliger. C’est donc le médecin qui prend l’initiative des visites de routine, c’est lui qui revient à la charge pour que le patient maigrisse, cesse de fumer, prenne un peu d’exercices. C’est la mission du médecin et c’est aussi aussi son intérêt. La formule de paiement par capitation modifie le rapport des forces entre le médecin et son patient et exige donc des médecins qu’ils soient sans arrogance, soient affables et offrent un meilleur service à leurs patients.

Comment le médecin donnera-t-il ce meilleur service? Surtout, en manifestant une plus grande disponibilité. La relation médecin-patient est personnelle, mais chaque médecin doit impérativement convenir avec un collègue que, s’il n’est pas disponible, celui-ci le sera, de façon à garantir la continuité de l’accueil des patients. On peut s’attendre, d’ailleurs, à ce que les médecins pratiquent par petites équipes, de façon à pouvoir s’assurer cette suppléance. Si le bassin de population le justifie, ces équipes pourront être reconnues comme cliniques d’urgence locale pour les cas légers, dégageant ainsi les urgences des hôpitaux d’une foule de cas où il ne s’agit que de donner des premiers soins. Nous en parlerons plus loin.

La plupart des médecins feront des visites à domicile, une initiative qui ne sera pas limitée aux praticiens débutants. Ces visites seront particulièrement appréciées dans les cas de maladies de longue durée où le patient aura choisi l’option d’un traitement à domicile, cette démarche venant alors valoriser le travail des infirmiers et des préposés aux soins affectés au cas, ajoutant aussi une dose de compassion supplémentaire et procurant indirectement un contrôle officieux des services rendus par les gérontologues ou autres spécialistes impliqués.

Beaucoup de médecin, pour la même raison. iront aussi visiter « leurs » patients à l’hôpital, pour maintenir le lien et s’assurer de visu que chacun est bien traité, pleinement satisfait de son ou de ses spécialistes. Le médecin devient alors un intermédiaire bien utile entre le malade et un système hospitalier qui, pour optimiser l’utilisation de ses ressources rares, a depuis trop longtemps subordonné les relations humaines à un souci d’efficacité.

La relation étroite entre le patient et le médecin et la disponibilité constante de ce dernier – modifient ainsi le rapport de force entre le patient et le système de santé tout entier. Face aux autres spécialistes, aux autorités d’un hôpital où il est accueilli, au régime de compensation pour les accidents reliés au travail – quelle que soit la forme que revête ce régime dans l’avenir – et à ses assureurs dans le volet discrétionnaire de la santé, l’individu a toujours un expert-conseil avec lui. Il a son manager dans son coin du ring : son médecin.

Même si le patient devenu un ami et un client acquiert un certain pouvoir, grâce à son droit inaliénable à changer de médecin, on peut penser que la relation entre médecin et patient demeure bien inégale. Le médecin se donnera-t-il tout ce mal ? Disons, d’abord, que ce serait mésestimer les médecins de penser qu’ils ne veulent pas se réaliser en donnant le meilleur d’eux-mêmes; mais, pour ceux qui auraient le cynisme d’en douter, soulignons deux (2) facteurs nouveaux dans une Nouvelle Société et dont les effets se renforcent.

D’abord, l’abondance nous a conduits à une société presque totalement tertiaire où la compétence et une bonne réputation deviennent, plus que l’argent, les critères de la réussite et du prestige social. Or, une réputation est bien vulnérable à la critique de clients déçus. Ensuite, la totale transparente de l’information – universellement diffusée sur Internet – accroît immensément le pouvoir de cette critique et il vient s’y joindre l’habitude qu’acquiert vite le citoyen de faire valoir ainsi ses droits, que viennent alors soutenir des centaines, des milliers, des centaines de milliers de citoyens vigilants.

Derrière ce contrôle incitatif puissant, il y a aussi un processus plus formel pour garantir le respect des droits du patient. Un recours, d’abord, devant un comité de vigilance professionnelle, un recours ensuite devant le tribunal civil, le principe s’appliquant, comme toujours dans une Nouvelle Société, que justice doit être rendue toutes affaires cessantes, le juge ou l’arbitre sur qui repose la décision y consacrant tous ses efforts et n’ayant pas d’autres causes qui lui soient confiées avant qu’il n’ait rendu jugement.

Il peut sembler surprenant que la rémunération du médecin ne soit pas modifiée quand son patient est malade, mais Il faut se souvenir que, lorsqu’une maladie est décelée, ce n’est pas le médecin, mais les spécialistes qui offrent des traitements et dont la tâche de travail augmente. Ce que l’on attend du médecin, quand il a rendu son diagnostic et que son patient est officiellement « malade », c’est simplement qu’il accorde ponctuellement plus d’attention à ce dossier et manifeste peut-être plus ouvertement sa compassion et sa sympathie, des denrées que l’on souhaiterait qu’il ne vende pas, mais qu’il donne.

Pierre JC Allard

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